Partout à travers le pays vous serez sollicité pour visiter les îles et îlots de l’archipel cubain qui en comprendrait 1 600, notamment Cayo Largo, couvrant au total une surface de 4 000 km2 tout autour de l’île de Cuba. Le mot cayo viendrait du créole haïtiencaye (en anglais key). Les excursions aux cayos cubains constituent une forme de tourisme purement balnéaire en pleine expansion. Point de monument ; point d’histoire ; généralement point d’hébergement ; bref, des terres vierges et tranquilles. « Un paradis pour la vie à l’état de nature », disent les dépliants. C’est sans doute dans les cayos et dans quelques rares coins cachés de Varadero que le naturisme peut être pratiqué sans risque d’amende. Parfois, aller et retour dans la journée en avion ou en petit bateau à partir de La Havane ou d’autres villes. Avec un arrangement forfaitaire payable en dollars des États-Unis ou une négociation directe à l’improviste avec le « patron » d’une embarcation légère. Mais sachez que tout peut se dérouler comme vous ne l’avez pas prévu ; Cuba est un pays en voie de développement et un pays latin’ et les avions ne sont ni nombreux ni ponctuels. Vous aurez de toute façon à l’arrivée votre dose de soleil, de tropiques, de sable blond, et de poissons et langoustes grillés tout vifs.

Cayo Largo (35 km2 ; tout en longueur) ; est situé à 70 km au sud de l’île de Cuba, dans l’archipel des Canarreos que remarqua l’explorateur allemand Alexander de Humboldt au début du xixe siècle. Cet archipel est aujourd’hui dans son ensemble un grand producteur de langoustes, de crabes, de tortues et d’éponges. Cayo Largo est desservi par avion plusieurs fois par jour depuis La Havane et depuis Varadero (40 mn de vol). Quelques pêcheurs y habitent en permanence. Pour nous, Cayo Largo manque un peu de végétation’ Il est vrai qu’il y pleut infiniment peu. On décompte en effet 260 journées d’ensoleillement à l’année d’une durée de plus de 12 heures. Très belles plages aux eaux transparentes (fonds marins magnifiques avec une grande variété de coraux). Importante faune (tortue, iguanes, lézards’). La playa Sirena est typique des cartes postales, mais ce paradis commence à être très fréquenté ; déjà plus de 1 800 lits. Cayo Guillermo est en face de Moron, province de Ciego de Avila, au nord de Cuba dans l’archipel de Camagüey. Cayo Guillermo (superficie : 14 km2) a fait son apparition récemment dans les brochures des voyagistes internationaux. Tous les sports nautiques sont possibles. Proximité de la deuxième barrière de corail du monde. Accès par une « route sur la mer », par bateau ou par avion. 

Cayo Avalos :
une île-plage longue de 2 km dans l’Archipel des Canarreos. 

Cayo Romano :
près de 1 000 km2 en face de Moron, dans l’archipel de Camagüey. Zébus et chevaux sauvages. On vous racontera la légende du bateau naufragé d’où s’échappèrent des animaux qui y vivent aujourd’hui par centaines en toute liberté, au milieu de 50 habitants’ 
Île de la Jeunesse (Isla de la Juventud ; anciennement île aux Pins, Isla de los Pinos) :
située en face de la côte méridionale de Pinar del Rio, dans le Golfe de Batanabo, c’est la grande île des Canarreos et la plus vaste des cayos. Elle est reliée au « continent » par des « ferries » entre Surgidero de Batabano et Nueva Gerona (durée : 6 heures en bateau ou avion, 4 vols par jour depuis La Havane). L’île est peuplée de 70 000 habitants, et sa capitale Nueva Gerona en compte 32 000. Le nord de l’île est mis en valeur par différentes cultures de vergers (agrumes) et des pinèdes ; le sud est plus sauvage avec de belles forêts tropicales et de superbes plages (Playa Larga et Punta del Este). À Punta del Este, se trouve la Grotte n° 1 (Cueva Numero Uno), qui témoigne de la présence des Indiens siboneys avec ses très nombreuses peintures rupestres. Visitée par Christophe Colomb, qui la baptise Évangéliste, elle fut dénommée aussi île des Perruches à cause de leur présence en grand nombre. Mais c’est des pirates que l’île de la Jeunesse tire sa célébrité ; elle servait de repaire à toute la flibuste des Caraïbes et l’on suppose que maints butins y seraient cachés, d’où son autre nom : l’île au Trésor. L’île a été aussi une terre d’exil pour José Marti (en 1870) et Fidel Castro (d’octobre 1953 à mai 1955). La prison Modelo eut jusqu’à 6 000 prisonniers allemands, japonais et italiens pendant la seconde guerre mondiale. 

Cayo Santa Maria :
au nord de Santa Clara, un nouveau cayo vierge vient d’être relié à la côte par une belle route sur la mer. 

Cayo Paredón Grande : 
le plus petit cayo du groupe de l’archipel de Camagüey avec 6 km2 et ses ravissantes petites plages. Près de la deuxième barrière de corail du monde après celle d’Australie. Phare construit en 1856 par des coolies chinois. 

Cayo Sabinal :
au nord de la Province de Camagüey. 33 km de plages séparées du continent par un bras de mer de faible profondeur. Faune très intéressante. Forêts sauvages. Bateau depuis Playa Santa Lucia. Hébergement : plusieurs petits bungalows. 

Jardines de la Reina (Jardins de la Reine) :
archipel constitué de nombreux cayos répartis au sud de Ciego de Avila à plus de 80 km au sud de Cuba ; il s’étire sur 150 km de long. Zones vierges. Faune variée. Particulièrement appréciés par les plongeurs. Quittons La Havane et sa grosse agglomération non par la route côtière mais par la route intérieure sud/sud-ouest qui va jusqu’au bout du pays, à Pinar del Rio, en passant par Brava, Caimito, Guanajay et Artemisa. Tous bourgs plus ou moins importants, dont la population va parfois travailler chaque jour jusqu’à la capitale et qui somnolent un peu dans la journée. La région est riche en sources thermales, connues depuis plusieurs siècles. À Guanajay, si vous bifurquez au nord, vous arrivez à Mariel, dont le port face à Key West, en Floride du Sud, est devenu célèbre en 1980 en raison de l’embarquement massif d’émigrés cubains vers les États-Unis. À une soixantaine de kilomètres de La Havane, s’est ouvert l’Hôtel Moka, dans la Sierra del Rosario, superbe petite unité de 26 chambres, bien intégrée à la nature environnante. Air conditionné et salles de bains avec baignoire. Après Candelaria, vous quittez la province de La Havane pour entrer dans celle de Pinar del Rio. Nous vous proposons un détour par Soroa, en prenant la route à droite. 

Soroa
Soroa, dont la fondation serait due au Français Jean-Pierre Soroa, qui aurait planté ici des caféiers pour la première fois, est au c’ur d’une forêt tropicale douce, mais tropicale tout de même. À 80 km de La Havane, dans la Sierra del Rosario. Lieu idéal pour l’initiation à toutes les plantes de la Création. Ne ratez pas le Jardin des Orchidées qui se vante d’en posséder un millier. Pour jouir du paysage de charme de Soroa et d’un grand repos, restez au moins une nuit au Motel Soroa. Pratique de la bicyclette, du cheval, de la natation, même la nuit ; le luxe suprême dans ce lieu isolé, fort apprécié, raconte-t-on, par les jeunes couples, avec ou sans enfants. Hébergement en 80 bungalows climatisés (cabañas). Allez goûter les plats de cuisine cubaine préparés par le Castillo de las Nubes dans l’agglomération. Reprenons l’axe principal à Candelaria. Voici San Cristobal, Entronque de Herradura et Consolacion del Sur. À quelques kilomètres au nord, la station thermale de San Diego de los Baños et le Parc national La Güira, qui s’étend sur plus de 20 000 ha. 

La Vallée de Viñales
Avant de poursuivre tout droit la route principale et gagner Pinar del Rio, la plus grosse agglomération de la région, nous vous suggérons de tourner à droite et de piquer plein nord. L’un des plus beaux et étonnants sites de Cuba s’offre alors à vous : la vallée de Viñales (el Valle de Viñales). Sur près de 30 km, tout est calme, luxe et volupté, comme disait le poète en parlant sans doute de plages de l’océan Indien. Ici c’est la douce harmonie de la campagne et de l’homme. Inattendu sous les tropiques brûlés parfois de soleil et en tous cas débordant de sons et de lumières forts ; ici, tout le contraire. La route fort sinueuse oblige à lever le pied de l’accélérateur car elle ne peut se parcourir qu’à vitesse moyenne ; elle porte d’ailleurs le surnom de Route des Hommes Ivres (Carretera de los Borrachos). La Sierra de los Organos la domine partout avec ses formes bizarres, les mogotes. Prenez le temps de visiter la Grotte de l’Indien (Cueva del Indio) dans laquelle on circule en barque. Ou de monter à crû les chevaux qu’on vous proposera dans les petits ranches au bord de la route. À San Vicente, sources d’eaux sulfureuses et la Fresque de la Préhistoire (Mural de la Prehistoria) : un émule de Diego Rivera (peintre mexicain célèbre pour ses fresques) y a peint en détail sur le flanc de la montagne une série sur les animaux préhistoriques dont on dispose de traces dans la région. 

Pinar del Rio
Notre itinéraire de base se termine à Pinar del Rio (la Pinède du Fleuve). Cette petite ville pourra vous paraître un peu endormie au pied de la Sierra de los Organos, malgré ses 120 000 habitants. C’est qu’elle est d’abord une bourgade agricole, devenue capitale administrative de la province du même nom. Une terre qui vous paraîtra, la surprise aidant, aussi verte que la Bretagne, mais beaucoup plus vallonnée, voire montagneuse. Arrêtez-vous un moment pour observer cet harmonieux camaïeu de vert : celui du tabac, plus sombre, le long des flancs de la Sierra del Rosario que longe la route principale, celui des prairies avec leurs vaches, celui des palmiers, ou encore celui des cèdres. 
La ville en soi ne présente pas de sites essentiels mais l’étape se justifie comme centre d’agréables et déroutantes excursions. Déroutantes bien sûr par rapport à l’image qu’un Européen porte en lui de Cuba. Son intérêt réside aussi cependant par son caractère « typique » et ordinaire de petite ville en milieu rural cubain ; à la vie rythmée seulement par les travaux des champs et par de petits ateliers et usines, où les ouvriers dés’uvrés en soirée, montent et descendent la Grand’Rue avant le dîner (préparé par les femmes), le long des arcades formées par les balcons des maisons basses aux couleurs pâles ; à voir aussi le Musée des Sciences Naturelles (au moins autant pour le contenu que pour la coquille : une belle maison rococo).

Poussons plus loin notre route d’environ 30 km vers l’ouest/sud-ouest en direction de Playa Bailén pour visiter la « Capitale du Tabac », zone déterminée par les modestes agglomérations de San Juan y Martinez et San Luis. 

C’est la Vuelta Abajo, terre privilégiée qui serait dotée de tous les ingrédients naturels aptes à faire pousser au mieux avec l’aide de la main experte de l’homme cette plante extraordinaire : le sol, la température, l’ensoleillement, etc. C’est d’ailleurs dans ce secteur que l’État cubain, avant Castro, dispose d’un centre expérimental du tabac. Vous voulez pousser jusqu’au « finistère » cubain ‘ Filez alors par une petite route vers Las Martinas, laissant à votre gauche le cap des Français (Cabo Francés), et La Bajada. Devant vous, plein ouest, la baie de Corrientes (Bahia de Corrientes). Plein nord, par des routes vraiment secondaires, ou alors en revenant sur vos pas, vous gagnez La Fé, au centre du golfe de Guanahacabibes, où se pratiquent chasse et pêche sportive. 

La péninsule de Guanahacabibes où vous vous trouvez, est truffée de grottes et de lagunes, et la côte y est abrupte. C’est un Parc national, classé réserve de la biosphère par l’UNESCO. La plage Maria la Gorda est un centre de plongée exceptionnel (26 chambres simples). De l’autre côté de la baie, exposé au nord, l’archipel de los Colorados, dont plusieurs îlots inhabités sont abordables. Ils sont desservis depuis Arroyos de Mantua, Santa Lucia et La Esperanza. 

Pour relier ces deux capitales de la Cuba contemporaine, La Havane et Varadero, nous prendrons la route côtière vers l’est, longue de 142 km, deux bonnes heures en moyenne pour un trajet direct. 
Nous quittons La Havane par la zone portuaire et gagnons bien vite la mer. 
La route longe un ensemble balnéaire informe et sans vrai centre sur une dizaine de kilomètres, connu sous le nom générique de Plages de l’Est (Playas del Este) ou encore le Circuit Bleu (Circuito Azul). Ce sont en effet les plages les plus proches de La Havane. Citons le nom de ces nouvelles communes touristiques : Bacuranao, Mégano, Santa Maria del Mar, Boca Ciega, Guanabo, Jibacoa, Arroyo Bermejo, Tropico (en nous éloignant de La Havane). 

Leurs hôtels, trop souvent au style anonyme, sont déjà anciens et nombreux sont ceux qui ont subi une cure de rajeunissement et de mise aux normes du tourisme international. Nombreux loisirs balnéaires disponibles sur place : ski nautique, bateau à voile, bateau à rame, plongée, pédalos, « seafaris », équitation, etc. Sans compter les animations du genre Nuit afro-cubaine (Noche Afrocubana), ou encore le Guateque, fête paysanne traditionnelle. Les grands hôtels ont un cabaret. Une suggestion : si les « vieilles pierres » ne vous parlent pas trop, et si un séjour de vacances dans une ambiance urbaine dans une grande ville comme La Havane, qui a autant d’habitants que Paris intra-muros (2 millions) ne vous convient pas non plus, venez en excursion à La Havane pour la journée. Les distances le permettent aisément.

Partout, dans les champs, à perte de vue, des cultures intensives de sisal, arbuste cultivé pour faire notamment des cordages. Notre route à deux voies se poursuit mais progressivement les activités balnéaires cèdent la place à l’extraction du pétrole et à l’industrie pétrochimique. On vous affirmera « que toutes les précautions sont prises pour éviter la pollution ». Il est certain qu’à aucun de nos voyages nous n’avons eu l’occasion par exemple d’avoir les pieds tachés sur les plages par des goudrons divers.
Profitez de la limite des deux provinces de La Havane et de Matanzas pour vous arrêter au Mirador de Bacunayagua, accolé au pont-viaduc et équipé d’un bar dans la verdure. Des rapaces et autres oiseaux se signaleront à votre attention au fond de l’horizon profond. Vous êtes à peu près à mi-chemin. Après avoir quitté la province de La Havane, descendre vers celle de Matanzas, dont la capitale, à 104 km de La Havane, porte le même nom, qui veut dire massacres’ Nichée au bord de la mer de chaque côté d’une rivière, c’est un port fort actif. 

Matanzas
Fondée en 1693, enserrée entre les rivières Yumuri et Canimar, Matanzas est aujourd’hui réduite à la portion congrue. Ville de passage, bruyante, un peu laissée à l’abandon, elle n’a rien pour retenir. Rien encore. Mais elle aura. Nombreuses sont ses maisons, en effet, qui possèdent par exemple parmi les plus beaux éléments de ferronnerie de l’île. Observez aussi leurs façades souvent restées intactes depuis le temps de la Colonie. Essayez d’entrer dans son théâtre, face au pont mobile, même s’il est fermé « pour raison de sécurité » : un petit bijou fin xixe siècle, comme il y en a tant dans le pays, enfin rénové. 

Cherchez le Musée Pharmaceutique installé dans la vieille pharmacie du Français Triolet : sa collection d’instruments médicaux et de pots en faïence d’herbes médicinales est fort intéressante. Ou encore l’imposante forteresse de San Severino, la cathédrale San Carlos, l’église de Montserrat, etc. De grands projets d’aménagement de Matanzas auraient été décidés. Peut-être qu’à votre prochaine visite, vous ne reconnaîtrez plus cette ville fière de ses 120 000 habitants et dont les femmes seraient les plus belles de Cuba. À 20 minutes de Matanzas : voir encore les grottes de Bellamar. Elles sont la formation spéléologique la plus importante de Cuba et l’une des plus importantes de l’Amérique latine, vous diront les guides. Un tunnel de 2 500 m s’enfonce sous terre avec d’importantes formations de stalagmites et de stalactites. Un ruisseau souterrain s’écoule à l’intérieur de la grotte. D’autres grottes aux alentours possèdent des peintures rupestres. Pour vous restaurer, le Bahia, au fond de la baie, avec une belle vue. 
Le dernier tronçon de notre Route de la Mer, La Havane-Varadero est plus rapide, plus rectiligne, mieux aménagé, plus décoré. La chaux passe par là au moins une fois par an ainsi que des brigades de jardiniers. Il est vrai que nous arrivons bien vite dans une autre capitale cubaine, de nature différente, mais qui l’aide à exister dans le contexte international, une capitale touristique, Varadero.

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