Un peu d’histoire

La Havane, capitale de Cuba, a été fondée le 25 juillet 1514. Le siège en aurait été transféré plusieurs fois et ce n’est que le 16 novembre 1519 que physiquement, « à l’ombre d’un arbre immense (paraît-il un flamboyant) », l’agglomération de San Cristobal de La Habana aurait été fixée par une messe solennelle. C’est donc l’une des plus anciennes villes du Nouveau Monde. Longtemps soumise aux attaques des pirates et des corsaires, à la solde le plus souvent des autres puissances européennes, telles que la France, l’Angleterre et la Hollande, jalouses et inquiètes de la puissance montante de l’Espagne, elle a été dotée dès le xvie siècle de plusieurs forteresses toujours visibles. Elles ont d’ailleurs fait l’objet de récentes rénovations.
Cette ville florissante était en effet très convoitée. Non seulement elle était le principal port de transit du trafic triangulaire des esclaves entre l’Europe et l’Amérique via l’Afrique, mais encore tous les trésors des Indes occidentales s’y entassaient dans des demeures publiques ou privées, propriétés des administrateurs et des commerçants de la colonie. La ville devint aussi le centre de tout le commerce entre les Amériques et l’Espagne ; les navires espagnols chargés des ors et des pierres précieuses en provenance des autres colonies (notamment Pérou, Mexique, Colombie, Saint-Domingue) s’y regroupaient pour former cortège avant la grande et périlleuse traversée transatlantique vers Séville et Cadix.
Cependant, des tensions sociales et nationalistes commencent à voir le jour, alors même que la situation intérieure espagnole n’est pas des plus brillantes ni stables avec la conquête napoléonienne. C’est à La Havane en 1810 qu’éclata la première « conspiration pour l’indépendance », menée notamment par des francs-maçons dont Ramon de la Luz et Joaquin Infante. Première ébauche d’une constitution pour le pays. En 1812 : toujours à La Havane, première révolte contre l’esclavage, conduite par José Antonio Aponte. À ces accès, les Espagnols réagirent avec grande dureté, notamment en 1844 et 1852 et imposèrent une main de fer. C’est dans ce contexte que Carlos Manuel de Céspedes libéra ses esclaves le 10 octobre 1868 et proclama dans l’est du pays la république. Les milieux libéraux de la capitale rejoignirent le mouvement. L’histoire de La Havane se confond dorénavent avec celle du reste du pays.

La Vieille Havane

C’est par le coeur de La Havane coloniale, la Vieille Havane, autour de la plaza de Armas (place d’Armes) que vous devrez commencer votre initiation à la ville. Sous l’égide de l’Unesco, qui en a classé plusieurs éléments au titre du Patrimoine de l’Humanité en 1982, après le propre classement par le Gouvernement cubain en 1976 comme Monument national, de gigantesques travaux de sauvegarde et de rénovation, voire de réanimation, sont toujours en cours, tant avec des fonds cubains qu’avec l’appel à la solidarité internationale. 
Il faut saluer à ce sujet le travail immense du conservateur en chef et maître d’oeuvre local (Historiador), M. Eusebio Leal Spengler. On estime qu’il y a à La Havane un total de 900 immeubles d’importance historique. Cinq places témoignent des multiples vocations de La Havane du temps des Espagnols : la place d’Armes, la place San Francisco, la place du Christ, la place de la Cathédrale et la plaza Vieja (la Vieille Place). La plaza Vieja, par exemple, était à son édification au milieu du xvie siècle un espace d’un type nouveau en Amérique latine : un vaste lieu consacré par excellence à la vie civile. Regardez. Observez : elle combine, avec délice, en une composition authentiquement cubaine, pourrait-on dire, différents styles : baroque, néo-classique et même art nouveau. Elle a en effet assumé ces mêmes fonctions sociales jusqu’au début du xxe siècle, période marquant le début de son déclin relatif. 
Commencez par Le Templete (Le Petit Temple), situé place d’Armes. 
Ce simple monument élevé en 1828 commémore la fondation de la ville le jour de Saint-Christophe, le 16 novembre 1519. Une fresque naturaliste émouvante de l’artiste français Jean-Baptiste Vermay de Beaume, élève de David, très pédagogique, mais malheureusement un peu dans la pénombre, raconte toute cette histoire. Le peintre et son épouse y reposent.
Puis visitez le musée de la Ville de La Havane (El Museo de la Ciudad de La Habana) qui est installé dans le superbe cadre baroque de l’ancien Palais des capitaines généraux du temps de la colonisation espagnole, au c’ur de la Vieille Havane, sur un des flancs de la place d’Armes, ornée encore de ses pavés en bois. 
Passez le porche. Le patio aux dimensions majestueuses est ombragé par deux palmiers royaux qui vous accueillent aux côtés d’une statue de Christophe Colomb, l’un des rares hommages au navigateur resté debout à Cuba (ici logèrent les 65 capitaines généraux successifs). Au rez-de-chaussée comme dans les étages, le long des galeries, des chambres comme des niches, avec chacune un thème d’exposition : du mobilier, des armes, des vieux métiers, des costumes et des vêtements, des ustensiles de cuisines, etc. 
Une mention toute spéciale à la salle présentant vaisselles et cristaux de toutes les cours d’Europe. Voir aussi la salle consacrée « à la Poubelle de l’Histoire », celle d’avant la révolution castriste. Ne manquez pas la cathédrale pièce maîtresse pour elle-même mais également en tant qu’élément fondamental de la grande place dont elle porte le nom. Succédant à une chapelle dédiée à saint Ignace, elle aurait été édifiée à partir de 1788 par des jésuites puis transformée et agrandie au début et au milieu du xixe siècle. Elle est disposée en plan carré avec trois nefs et huit chapelles latérales. La façade dite toscane comporte deux tours. Les oeuvres d’art qu’elle contient sont signées d’un artiste italien du nom de Bianchini. Voir notamment l’autel principal, une vraie dentelle d’or, et les riches ornements en marbre et métaux précieux. De nombreux tableaux et fresques (des copies ou des authentiques) complètent l’abondante décoration. Les cendres de Christophe Colomb (ou supposées telles) y étaient disposées dans la nef centrale jusqu’en 1898, avant leur transfert à Séville. Fait exceptionnel, le cardinal de New York y a donné la messe en 1987 et Jean-Paul II en 1998. On y célèbre désormais des offices régulièrement. 

Le centre historique (Casco historico)

Le centre historique de La Havane doit se visiter à pied. Bonnes chaussures, lunettes de soleil et crème solaire. Vos connaissances d’histoire de l’art, vos souvenirs des conquistadores et votre c’ur en bandoulière’ rues Obispo, Mercaderes, O’Reilly, Muralla, San Ignacio, Oficios, Teniente Rey, Monserrate, Egido, Aguiar : rues touristiques par excellence, parce que ce sont les artères historiques de La Havane, parmi les plus beaux chemins de Cuba, et les plus chargés d’Histoire et d’histoires ; et aujourd’hui piétonniers. En effet, tout ce quartier entre dans le plan de rénovation piloté par l’Unesco et le gouvernement cubain en cours d’application. Partout, on creuse, on corrige, on récupère, on consolide, on fait revivre. Jetez un coup d’’il dans les cours intérieures pour bien mesurer comment on vivait ou comment l’on vit encore parfois derrière les façades rénovées. La Botica (La Pharmacie), c’est comme au xixe siècle. El Herbolario (L’Herboristerie) arbore une superbe porte Art Nouveau. À La Casa de las Infusiones (La Maison des Infusions), lorsque ses fragiles portes bleu pâle sont ouvertes, on peut consommer cannelle, anis et clou de girofle en infusion. Le mardi et le jeudi matin, vous aurez peut-être la chance de profiter des savants conseils d’une délicieuse abuelita, une grand-mère comme on n’en fait plus.
Poussez une haute porte : le Musée automobile, modeste de présentation, contient des richesses. La Maison Arabe (calle Oficios n°8, entre calles Obispo et Obrapía, Vieille Havane) toute peinte en vert, du xviie siècle, de « style andalou », comprend une salle de prières pour les musulmans et un restaurant de grande classe ; dans le patio pousse toujours de la vigne mais ses raisins sont amers. La grande « Maison » des Comtes de San Juan de Jaruco, la première à avoir été rénovée, date du XVIIe siècle. Elle est aujourd’hui le siège du Fonds Cubain des Biens Culturels. Vous devez absolument visiter le splendide palais où est installée la Fondation Havana Club (ave del Puerto n°262, Esquina Sol, ouvert tous les jours, sauf le dimanche, de 9 h à 17 h), musée de l’élaboration du rhum dont vous connaîtrez toutes les étapes. 
Au détour des rues à angle droit, vous tomberez, comme dans le quartier du Marais de Paris, dans le vieux Rennes, ou encore à Pézenas (ville siège des États généraux du Languedoc) sur de belles demeures du tout début du XVIIe à la fin du XVIIIe siècle ; l’ensemble dans une unité de noblesse presque parfaite, mais avec des fortes nuances dans les styles. Les échafaudages prometteurs inciteront certainement à une nouvelle visite. Mentionnons : la casa de Felix Martin de Arrarte, la casa del Marques de Arcos, la casa de Los Condes de Peñalver, la casa de los Condes de Bayona, l’hôtel Palacio Cueto, la casa de Don Pedro Alegre, la casa de la Tarja del Conde de Ricla, la casa de las Hermanas Cárdenas, la casa del Conde San Esteban de Cañongo, la casa del Conde de Lombillon, le collège El Santo Angel, la casa de los Franchi, etc. Plusieurs de ces grandes et belles demeures, ainsi que d’autres plus modestes, sont devenues des musées, des galeries d’expositions ou des centres culturels, comme par exemple le centre culturel Wifredo Lam (Centro Cultural Wifredo Lam : San Ignacio n° 22, angle Empedrado), consacré aux oeuvres du grand artiste cubain mais aussi à d’autres créateurs plastiques du Tiers Monde. 

La maison de l’Afrique (Casa de Africa : Obrapia n° 157, entre Mercaderes et San Ignacio) présente des objets de différentes cultures africaines, notamment de cultes, ainsi qu’une collection de présents remis à Fidel Castro par différentes personnalités et chefs d’État africains. La maison Benito Juarez (Casa Benito Juarez : Obrapia n° 118, angle Mercaderes) est entièrement dédiée à la culture mexicaine. La maison fondation Simon Bolivar (Casa Fundación Simon Bolivar : Mercaderes n° 156, entre Obrapia et Lamparilla) concerne le Venezuela et l’Amérique latine. La maison fondation Oswaldo Guayasamin (Casa Fundacion Oswaldo Guayasamin : Obrapia n° 111, entre Mercaderes et Oficios) contient des ‘uvres originales du grand peintre contemporain équatorien qui y a travaillé. 
Enfin, La Havane a toujours été célébrée pour la puissance de ses forteresses qui la défendaient dès le XVIe siècle contre toutes les invasions. Il en reste plusieurs qui sont autant de but de promenades. Sorte de pèlerinage qui nous permet de mieux mesurer l’importance historique du port de La Havane et de son trafic aujourd’hui.

La forteresse de La Cabaña contrôle toujours l’entrée du chenal de l’autre côté de la baie, vers l’ouest. Construite par les Espagnols en 1763, elle est dédiée au roi Charles III, d’où son nom complet de forteresse de San Carlos et San Severino de La Cabaña. C’est de là que tous les soirs à 21 h retentit à nouveau le son du canon (cañonazo). Il indiquait jadis l’heure de fermer l’entrée du port. Très proche, se dresse la forteresse del Morro (Castillo de los Très Reyes del Morro, carretera de la Cabaña, Habana Este), de la fin du xvie siècle, qui rappelle aussi le souvenir des Anglais lorsqu’ils attaquèrent la ville en 1762. L’ensemble constitué par le Morro et la Cabaña a été transformé il y a quelques années en parc historico-militaire Morro-Cabaña (Parque historico-militar Morro-Cabaña), l’un des plus grands musées du pays, qui présente l’histoire universelle et cubaine par le développement des armes, de l’archéologie et de l’architecture militaire. Des tours de ville en soirée sont organisés par les agences de voyages locales pour vivre pour participer au cañonazo et dîner dans l’un des restaurants installés dans le parc militaire. 

La forteresse de la Force Royale (castillon de la Real Fuerza), à l’angle nord-est de la place d’Armes, à l’entrée de la Vieille Havane, en face de l’ensemble Morro-Cabaña, a été le premier construit pour protéger la ville contre les pirates. Édifié une première fois entre 1538 et 1544, il a été un haut-lieu des affrontements franco-espagnols en raison des exactions du corsaire français Jacques de Sores qui finit par le détruire en 1555. Il a été reconstruit à peu près au même endroit en 1558. C’est désormais le musée de la Céramique Cubaine. Parfois des concerts y sont donnés en soirée. Ajoutons deux autres forteresses, dites d’appoint, bâties vers 1630 : le castillo de la Chorrera et le castillon de Cojimar.