La pointe nord du Danemark est une région peu peuplée, traditionnellement attachée à la pêche. L’austérité des paysages balayés par le vent s’accompagne d’une luminosité exceptionnelle, due à la présence dominante de l’eau autour de la lande.

De Hobro à la pointe nord

Au fond du fjord de Mariager, 40 km environ à l’intérieur des terres en venant de la baie d’Ålborg, se trouve l’ancien port de commerce de Hobro. On ne sait pas grand-chose des origines de cette ville qui est détruite à plusieurs reprises par des incendies où les archives et les registres paroissiaux disparaissent. Elle est mentionnée comme place marchande à partir de 1300, mais la mémoire écrite de la ville aux XVe et XVIe siècles n’existe plus. 

Village viking de Fyrkat 
A 52 km au sud-ouest de Ålborg. Fyrkatvej 37B-45, Hobro. Ouvert tlj de 10 h à 16 h d’avril à octobre. Entrée payante.
Comme les villages vikings de Lejre et Ribe, Fyrkat propose un voyage à travers le temps, et on y assiste aux tâches quotidiennes d’un village du Xe siècle. La teinture des étoffes, la fabrication du pain, la préparation des peaux de bêtes se déroulent à l’abri de Langgården (la ferme commune) ou en plein air, selon le temps qu’il fait et la nature des activités. Mais l’attraction principale de Fyrkat est son village fortifié. On en a retrouvé quatre au Danemark, tous construits sous le règne de Harald Blåtand. Les trois autres se trouvent à Odense, Slagelse et Løgstør. Construits d’après un plan géométrique parfait à l’intérieur d’un rempart circulaire, les quatre villages sont identiques. A l’intérieur du cercle sont tracés quatre quartiers égaux dans lesquels sont réparties seize maisons, qui témoignent d’une organisation sociale réglée et rigoureuse.

Lado feo de la ciudad © andresmh

Lado feo de la ciudad © andresmh

Mine de calcaire de Thingbæk 
A 28 km au sud de Ålborg. Røde Møllevej 4, Skørping. Ouvert samedi, dimanche et jours fériés de 10 h à 17 h d’avril à octobre. Ouvert tlj de 10 h à 17 h de mai à août. Entrée payante.
En exploitation jusqu’en 1936, la mine est alors la propriété du sculpteur Anders Bundgård (1864-1937). L’exploitation n’est pas rentable, et Bundgård décide de faire des galeries souterraines un lieu d’exposition unique pour ses sculptures ; parmi elles, le plâtre ayant servi de moule au « Taureau des Cimbres »d’Ålborg, et celui de la fontaine de Gefion de Copenhague. Dans une grotte à part, l’artiste crée un monument à la mémoire des expatriés d’Amérique. En 1969, la commune d’Ålborg ouvre les mines aux œuvres du sculpteur Carl Johann Bonnesen (1868-1922) qui y sont exposées depuis comme une partie de la collection. Cinq espèces de chauvessouris ont élu domicile dans l’ancienne mine, ajoutant au mystère du lieu par leur présence discrète pendant les mois d’hiver, et par leurs ombres furtives pendant la période d’activité. Les pique-niques sont autorisés devant l’entrée de la mine ou dans la grange.

Suivez le guide ! 
A l’occasion des fêtes et des concerts, la mine est illuminée de 3 000 lampions qui animent ses voûtes calcaires.

Ålborg et le musée d’art moderne

A 118 km au nord de Århus. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h. Entrée gratuite pour les enfant, libre pour tous au mois de décembre.
Elissa et Alvar Aalto et Jean-Jacques Baruël sont à l’origine de ce bâtiment rendu célèbre par son éclairage unique. La proportion des pièces – où des parois mobiles peuvent être intégrées – et leur ouverture direct sur le ciel en font en effet un lieu d’exposition modulable à l’infini. C’est l’art du XXe siècle qui est ici mis à l’honneur, avec des œuvres d’artistes contemporains danois ou étrangers aussi variés que Vilhelm Lundstrøm, Niki de Saint-Phalle, Fernand Léger ou Max Ernst. Un café est installé au rez-de-jardin et donne sur le parc des sculptures. Il est décoré par Poul Gernes en 1994 ; on peut y déjeuner ou y prendre un café. En été, des tables sont aussi installées en terrasse. 

Lindholm Høje 
A la périphérie nord de Ålborg. Vendilavej 11, Nørresundby.
Le cimetière de Lindholm Høje est à la fois un lieu historique et un site naturel exceptionnel. Placées sur les hauteurs qui dominent le Limfjord, des centaines de pierres sont dressées à la mémoire des morts, depuis l’âge de fer jusqu’au temps des Vikings. Le bleu du fjord au pied de la colline rappelle l’importance de la mer dans la vie de ces hommes, à la fois ressource naturelle et moyen de transport. Des fouilles importantes effectuées dans les années 1950 ont permis de retrouver une partie du village attenante au cimetière et un champ fraîchement labouré recouvert de sable par une tempête. La croûte formée lors de cette catastrophe naturelle a conservé le lieu jusqu’à nos jours. Des objets, dessins, plans et photos sont exposés dans le musée.

Skagen

A 105 km au nord de Ålborg.
Le petit port de pêche à la pointe nord du Jutland est un lieu singulier : la fin du voyage. On ne traverse pas Skagen, on s’y rend et on en repart, mais la route s’arrête là. Et la lumière qu’on y trouve, le ciel démesurément grand sur la mer est aussi ce que viennent y chercher, au XIXe siècle, les peintres de l’école de Skagen. Déjà sortis du romantisme, mais pas encore impressionnistes, ces jeunes artistes n’ont eu de cesse d’exprimer l’étonnement que leur inspire la luminosité exceptionnelle qui baigne cette langue de terre entourée d’eau. 

Den tilsandede kirke (église ensablée) 
Gammel Landevej, Skagen.
L’avancée des dunes à l’intérieur des terres commence au XVIe siècle. On date l’église de Saint Laurentii aux alentours de 1300, et à la fin du XVIIIe siècle, le sable atteint les murs de l’église, obligeant les paroissiens à les dégager à la pelle avant et après les offices. En 1795, le roi ordonne la fermeture du lieu dont seul le clocher est visible aujourd’hui. Des sondages sont effectués en 1994 et permettent de voir, à l’aide de bornes plantées dans le sable, les contours du bâtiment d’origine.

Skagens Odde Naturcenter 
Le bâtiment, dessiné par Jørn Utzon en 1989, est réalisé sous la direction de son fils Jan Utzon en 1999-2000. L’observatoire émerge des dunes à la pointe nord du Jutland. Il donne à voir des phénomènes naturels liés à l’eau, au vent, à la lumière et au sable. C’est à quelques mètres de là en effet que la langue de sable Grenen se termine dans la réunion des mers du Kattegat et du Skagerrak. L’énorme quantité de sable charrié par les vagues qui entament la côte ouest est déposée ici, allongeant la pointe au nord et à l’est. Observer et comprendre les phénomènes naturels qui se donnent à voir à l’extérieur des murs : la migration des oiseaux, l’érosion de la côte, les courants marins ou les couleurs du ciel, c’est ce que propose ce musée hors du commun. Une collectionneuse d’ambre de Skagen vient de lui céder les pièces les plus rares de sa collection. Karin Nordmann Ernst habite Skagen depuis son enfance et tenait jusqu’à une date récente un petit musée de l’ambre au cœur de la ville. Elle cesse aujourd’hui son service au public mais continue à exercer sa passion : la recherche, dans les morceaux d’ambre, d’insectes préhistoriques dont elle a déjà trouvé 120 000 exemplaires !

Suivez le guide ! 
Au bout de la pointe de Grenen, la rencontre des courants est si nette qu’on peut se tenir debout avec un pied dans chaque mer.

Ecole de Skagen 
A partir des années 1870, les élèves de l’Académie royale des beaux-arts découvrent la ville de Skagen et la fabuleuse luminosité de ses paysages. Erik Brøndum, l’aubergiste, les accueille pendant les mois d’été et les jeunes gens finissent par s’y sentir chez eux. Les uns après les autres, Michael Ancher, Peder Severin Krøjer, Marie Triepcke entre autres, s’y installent et forment l’école de Skagen. Pour la plupart éduqués aux beaux-arts à Copenhague, ils voyagent également en France et en Italie. Mais s’ils se démarquent volontairement du romantisme qui caractérise l’âge d’or danois, ils n’échappent pas à l’influence impressionniste. Il faut dire que Skagen offre des conditions exceptionnelles au travail des couleurs et des impressions ressenties face à la nature toute nue. Le musée de Skagen ainsi que la maison d’Anna et Michael Ancher retracent la vie de cette communauté d’artistes qui ont fait école et restent parmi les plus cotés de leur époque.

Skagens Museum 
Brøndumsvej 4. Ouvert tlj de 10 h à 17 h d’avril à septembre, mercredi et dimanche de 10 h à 15 h d’octobre à mars. Entrée gratuite pour les moins de 15 ans.
Collection de l’école de Skagen qui regroupe, dans l’auberge de Brøndum, où ils aimaient se réunir, des œuvres de tous les artistes ayant appartenu à ce mouvement. Dans la salle à manger de l’auberge, une série de portraits des peintres réalisés en mémoire de leurs séjours, forme une frise intégrée aux boiseries.

Les mesures prises pour préserver le littoral 
Råbjerg Mile n’est qu’une partie du problème. Si l’on essaie de freiner la course du sable, il faut également agir à la source, c’est-à-dire là d’où il vient. Sur toute la côte ouest sont construits des môles – arrondis pour certains, de sorte à neutraliser les vagues – qui servent à enrayer l’action du courant sur les fonds marins. Pour freiner la course du sable en effet, on a été forcé d’agir en amont, c’est-à-dire là d’où le sable provient. Une méthode plus ancienne consiste à planter la surface afin de retenir le sable. Celle-ci a été largement pratiquée à partir de la fin du XIXe siècle, où la pinède mais aussi l’oyat (ou élyme des sables), sont plantés à même les dunes. Ce procédé, particulièrement efficace, entraîne aujourd’hui la nécessité de déboiser certaines zones sous peine de voir disparaître la lande, caractéristique de la région.

Anchers Hus 
Markvej 2-4. Ouvert tlj de 10 h à 17 h de mai à septembre. Entrée gratuite pour les moins de 15 ans.
La maison d’Anna et Michael Ancher regroupe un certain nombre de tableaux du couple, mais aussi une série importante de toiles et d’objets offerts par leurs amis.

Råbjerg Mile (dune de Råbjerg Mile) 
A 16 km au sud-ouest de Skagen se trouve un espace protégé : la dune de Råbjerg Mile. Considérée comme patrimoine naturel, elle se déplace de plusieurs mètres par an en direction du nord-est. Née d’une part de la « petite période glaciaire » du XVIe siècle – où le niveau de la mer était considérablement plus bas qu’aujourd’hui et les plages par conséquent plus larges – et d’autre part de l’utilisation massive des côtes comme pâturage, la dune a pris des proportions excessives. Les efforts pour freiner son avancée à l’intérieur des terres ne peuvent que la ralentir, mais rien ne saurait arrêter ces 3,5 millions de m3 répartis sur 1 km2. La dune a déjà enseveli plusieurs villages, et dans 100 ans, elle coupera la route d’accès à Skagen. Outre ses effets dévastateurs, le paysage quasi désertique qu’offre ce phénomène naturel sert de refuge aux migrations d’oiseaux qui passent au-dessus de la pointe de Skagen. Des aigles et des hiboux migrateurs sont visibles, au printemps surtout, lorsqu’ils viennent se reposer dans les zones humides à l’ouest de la dune, avant de poursuivre leur voyage.

Nordsømuseet (musée de la Mer du Nord) 
A 50 km à l’ouest de Skagen. Willemoesvej, Hirtshals. Ouvert toute l’année tlj de 10 h à 17 h, en juillet et en août de 10 h à 20 h. Entrée payante.
Situé à 20 km au sud-ouest de Skagen, cet océanorium est un lieu à visiter en famille. Outre les phoquesvivant en captivité dans des conditions exceptionnelles, on y observe de nombreuses autres espèces vivant en mer du Nord. L’exposition permanente est un parcours le long de la chaîne alimentaire, expliquant la nécessité d’user avec parcimonie des ressources naturelles. Des animations sont proposées aux enfants, avec des bassins tactiles de poissons et de crustacés. Une grande aire de jeu construite sur le thème de la mer et de la pêche permet aux petits et aux grands de se détendre avant de poursuivre la visite. Une cafétéria se trouve au dernier étage du bâtiment, et un kiosque de restauration rapide devant le bassin des phoques. Des aires de pique-nique sont également à la disposition des visiteurs.

La côte ouest

Particulièrement dépeuplée, cette région du Jutland a longtemps souffert d’un marché du travail sinistré par l’exode rural. L’agriculture reste néanmoins un domaine d’activité majoritaire, mais la taille des propriétés a considérablement évolué au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Les exploitations sont pour la plupart des entités industrielles ultramodernes dont la productivité est aujourd’hui multipliée par 10 ou 12 par rapport aux années 1980. 

Blokhus et Løkken 
A 25 et 52 km au nord-ouest de Ålborg.
Très recherchée par les amoureux de plage et les véliplanchistes (le vent souffle presque constamment de l’ouest), la côte occidentale du Jutland compte quelques stations balnéaires. A Blokhus et Løkken, par exemple, les maisons d’été sont les seules constructions autorisées sur plusieurs kilomètres de côte ; mais à la différence de beaucoup de villes européennes à forte affluence estivale, les maisons n’y ont généralement qu’un étage, et les toits sont recouverts d’herbes folles. Les plages de sable s’étendent à perte de vue… mais la température de l’eau dépasse rarement 22 °C !

Limfjorden 
Le fjord sépare les villes de Ålborg et Nørresundby et traverse le Jutland d’est en ouest.
Le fjord qui coupe le Jutland d’est en ouest s’étend sur une surface de 1 500 km2, et il est bordé d’environ 1 000 km de côtes. C’est le plus important du Danemark. Il se répartit entre des baies peu profondes et des fosses pouvant atteindre 28 mètres de fond. La faune marine, autrefois riche en poissons, en est aujourd’hui pratiquement dépourvue, mais de nombreux phoques y vivent, ainsi que des cormorans.

L’île de Fur 
Sa superficie de 22 km2 fait de l’île de Fur un lieu de promenade à taille humaine. Ses falaises d’argile blanche, rayées de noir par des couches de cendres volcaniques, sont un des signes particuliers de son paysage varié. Sur les bords du fjord que surplombent les falaises, on trouve de nombreux fossiles de poissons, d’oiseaux, de plantes, etc. Certaines pièces exceptionnelles sont exposées à Fur Museum. L’activité économique de l’île consiste essentiellement en deux domaines : l’industrie de l’argile et la pêche aux moules. La première transforme la matière première en matériaux d’isolation pour le bâtiment, en granulats de différentes sortes (graviers, litière à chats, etc.). La seconde est principalement destinée à l’exportation et participe du domaine de pêche le plus important de la région avec un total annuel de 100 000 à 110 000 tonnes de moules pêchées dans les eaux du Limfjord.

Fur Museum (musée de Fur) 
A 88 km au sud-ouest de Ålborg. Nederby 28. Ouvert de 12 h à 16 h d’avril à octobre, de 10 h à 17 h en juillet et en août.
Ce petit musée possède une collection unique de fossiles remontant pour certains à 55 millions d’années.Retrouvés dans le sol argileux de l’île, ces vestiges merveilleux de la préhistoire pénètrent ses mystères, de l’ère glaciaire au Moyen Age. Dans le corps du bâtiment, l’exposition permanente retrace la vie des habitants de l’île à travers les deux derniers siècles.

Strandingsmuseet Saint Georges (musée du Naufrage du « Saint Georges ») 
A 160 km à l’ouest de Århus. Marinarkæologisk Center, Vesterhavsgade 1E, Thorsminde. Ouvert tlj de 10 h à 17 h d’avril à octobre. Entrée payante.
Les eaux au large de la côte occidentale du Jutland ont la réputation d’être très dangereuses, à cause de leur fréquentation importante d’une part, mais aussi à cause de la violence des courants et de la fréquence des tempêtes. La nuit de Noël 1811, un ouragan déchaîne la mer, et deux bateaux de la marine royale britannique, « Saint Georges » (98 canons) et « Defence » (74 canons) s’échouent et coulent au large de Thorsminde, avec à leur bord plus de 1 300 hommes. Ce musée raconte la catastrophe à travers des objets retrouvés dans les épaves et les données historiques rapportées par un troisième bateau, le Cressy, qui en réchappe. D’autres naufrages célèbres y sont racontés, ainsi que la bataille du Jutland pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle près de 10 000 hommes ont péri. On estime aujourd’hui à 10 000 le nombre de navires engloutis par les eaux au large des côtes occidentales du Jutland.

 

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