Il est difficile de visiter en une seule journée l’antique Gadara, Pella et la vallée du Yarmouk depuis Amman. Mieux vaut donc coupler cette excursion avec la visite de Jerash et faire étape à Ajlun. Cette région du nord de la Jordanie donne un aperçu d’un monde chrétien désormais totalement enfoui, celui où Byzance régnait sur un empire chrétien au Proche-Orient. Le Yarmouk, petit court d’eau de seulement 42 km, qui coule depuis la Syrie vers le Jourdain, est d’une importance stratégique dans cette région qui souffre de pénurie d’eau et où la question des frontières est explosive.

Umm Qais (Gadara)
A 80 km au nord d’Amman. Une route à gauche à la sortie du village moderne (en venant d’Amman) mène au site. Ouvert tlj sauf mardi de 8 h au coucher du soleil. Entrée payante. 

L’ancienne Gadara
Tout comme Gerasa (Jerash) et Philadelphia (Amman), l’ancienne Gadara romaine appartenait à la Décapole, l’ensemble de dix villes de la région fondées par les lieutenants d’Alexandre le Grand. C’est ici qu’eu lieu le miracle des cochons réalisé par le Christ. On comprend que le site ait plu aux Romains, aux Byzantins puis aux Ottomans qui y ont laissé des vestiges. Umm Qais est située sur la crête d’une splendide colline. D’en haut, la vue est à couper le souffle avec sa perspective plongeante sur la vallée du Yarmouk et un point de vue imprenable sur le Golan syrien annexé par Israël. Par beau temps, on voit scintiller le lac de Tibériade. La ville a été fondée par les Grecs, mais c’est sous la période romaine qu’elle a connu son apogée. Elle possédait trois thermes et autant de théâtres.

Umm Qais © Verity Cridland

Umm Qais © Verity Cridland

Les monuments
Le musée est installé dans un ancien bâtiment ottoman : la pièce principale est une mosaïque du ive siècle. Il présente un choix peu ordinaire de pièces antiques et de statues. La basilique byzantine, datant du vie siècle, est le bâtiment le mieux conservé : le sol en calcaire et basalte est particulièrement beau. Le théâtre ouest est le mieux conservé des trois de la ville ; celui du nord, le plus grand, a le plus souffert. L’un des trois thermes de la ville est encore décoré de mosaïques. En contrebas, les quatorze boutiques de la rue commerçante ont été restaurées avec soin. Face à la rue se dressent les restes d’un nymphée. Le mausolée romain souterrain a permis la découverte d’une mosaïque que l’on peut admirer au musée : les archéologues y ont aussi retrouvé huit sarcophages appartenant probablement à la même famille. Celui-ci contient en outre une statue de déesse en marbre blanc retrouvée dans le théâtre ouest. Le village ottoman a repris exactement les plans de l’acropole romaine.

Suivez le guide !
On peut déjeuner à la Resthouse d’Umm Qais. Les mezzés y sont succulents et la vue à couper le souffle. Une table d’orientation permet de situer les frontières du moment entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban.

Al-Hammeh
Dans l’Antiquité, Al-Hammeh abritait des thermes célèbres pour leurs eaux chaudes (25 à 50 °C). L’accès, tout proche d’Umm Qais, est aujourd’hui impossible en raison de la proximité de la frontière israélienne. On finit par quitter la vallée encaissée du Yarmouk pour déboucher sur le Jourdain.

Qweilbeh
A 15 km au nord d’Irbid. 
La cité antique d’Abila (Qweilbeh, en arabe) faisait probablement partie de la Décapole. Un tremblement de terre a tout détruit en 747 et les fouilles n’ont pas encore tout mis à jour. On peut toutefois y distinguer des grottes, des tombes, un théâtre sculpté dans la roche et des colonnes éparses.

Pella (Tabaqat Fahl)
A 40 km au sud-ouest d’Umm Qais. 
Constamment alimenté en eau, le site de l’antique Pella, autre cité de la Décapole romaine fondée par des soldats macédoniens (Pella est le nom du lieu de naissance d’Alexandre le Grand), a été occupé dès le Néolithique. Elle devint un centre important sous le règne de Byzance : 25 000 habitants y vivaient alors. Entourée de riches terres arables et située aux confins de la Syrie, du Liban et d’Israël, elle possède un intérêt stratégique certain. Pella domine en effet toute la vallée du Jourdain.L’ensemble du site, toujours en cours d’excavation, est loin d’avoir livré tous ses secrets aux archéologues. On y accède par une voie de 1,5 km à partir de la route principale.
Sur place, on peut visiter les restes de trois églises byzantines. De l’église ouest, il ne reste que le pavement et trois colonnes. La deuxième église, la plus importante, est surnommée église civile tant elle s’intègre aux bâtiments romains d’origine, entre l’odéon et l’esplanade. Enfin, l’église de l’est intègre un nymphée romain en son milieu…
Plus au sud, Deir Alla (25 km au sud de Pella) a été identifié comme Sokkot, là où Jacob se reposa après son combat avec l’ange. A tell al-Saidiyeh (20 km au sud de Deir Alla), des fouilles ont permis de retrouver des objets en bronze remontant au xe siècle av. J.-C.

La pénurie d’eau
La Jordanie est l’un des pays du monde les moins bien pourvus en eau. Les Jordaniens disposent de 250 m3 par jour et par habitant, contre 1 000 m3 pour la moyenne mondiale. Cela fait plusieurs étés qu’Amman souffre d’une pénurie, l’eau n’étant plus livrée qu’une fois par semaine et étant précieusement stockée par les habitants dans des réservoirs situés sur les toits. En 1998, elle a même manqué pendant cinq semaines : les camions-citernes étaient escortés par l’armée et le litre se vendait dix fois son prix habituel au marché noir. Inutile de dire que l’eau est un bien précieux que personne (y compris le visiteur étranger) ne doit gaspiller. Un barrage commun avec la Syrie devrait être construit sur le Yarmouk mais Israël s’y oppose et les bailleurs de fonds internationaux ne se pressent pas au portillon. Surtout, le gouvernement devra s’attaquer au lobby agricole, très présent dans la vallée du Jourdain, qui consomme 75 % des ressources.

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