Avec la vallée du Jourdain et la Mer Morte, on entre de plein pied dans le passé biblique et chrétien de la Jordanie. Lieu du baptême du Christ, la vallée du Jourdain est aussi la frontière naturelle avec le monde juif.

La vallée du Jourdain

La vallée du Jourdain est un lieu aussi mythique que… décevant. Le fameux cours d’eau, qui constitue aujourd’hui un enjeu géopolitique majeur, est plus un ruisseau qu’un fleuve. La plus grande partie de ses eaux sont captées par Israël au niveau du lac de Tibériade. 
La vallée du Jourdain est une exception géographique : cette faille prolonge le Rift africain et la mer Rouge. Elle se termine en Syrie, où la plaque tectonique africaine rencontre la plaque arabique. Ces deux plaques continuent de s’éloigner au rythme d’un demi centimètres par an. D’où les sources d’eau chaude, qui témoignent d’une forte activité sismique. Située à près de 400 m au dessous du niveau de la mer, la vallée du Jourdain est une fournaise où les températures avoisinent les 50 °C. 
Théâtre de guerre entre 1967 et 1973, la Jordan Valley Authority a entrepris de bonifier des terres dévastées en modernisant les techniques d’irrigation. Avec ses vergers d’agrumes et ses bananeraies, la vallée ressemble à une immense oasis, voire à certains pays d’Afrique. Dans l’imaginaire chrétien, la vallée du Jourdain n’est-elle pas le Jardin du Seigneur, une réminiscence du jardin d’Eden et un avant-goût du paradis ? Certaines zones, comme le wadi Araba, au sud de la mer Morte, restent trop inhospitalières pour être cultivées.

Quant à l’héritage religieux, il est riche comme dans toute cette région. A la rencontre du Jourdain et de la mer Morte se trouve la Béthanie, lieu de baptême du Christ, qui venait de la région d’Umm Qais en descendant la vallée. Les musulmans ne sont pas en reste avec les tombes de compagnons du Prophète Mahomet, dont celle de Dhirar ibn al-Azwar, à Deir Alla, l’ancienne Sukkot biblique. Aujourd’hui, les chrétiens ont beau ne représenter que 5 % de la population jordanienne, ils jouissent de tous leurs droits religieux et, souvent, de positions enviables dans l’économie et la société. Cela ne les empêche pas d’émigrer plus que la moyenne, notamment à cause de la montée de l’islamisme au Proche-Orient.

Mer Morte Récifs © Tangkak

Mer Morte Récifs © Tangkak

La Béthanie au-delà du Jourdain

C’est là que le Christ a été baptisé et où se rencontrèrent les cinq premiers apôtres. C’est là aussi que prêchait saint Jean-Baptiste. Le lieu, appelé Al-Maghtas en arabe ou encore wadi Kharrar, a été formellement identifié par les archéologues à la fin du xxe siècle seulement. Le pape Jean-Paul II y célébra une grande messe en plein air au printemps 2000. On dit aussi que c’est ici que le prophète Elie fut emporté au ciel par une tornade. Le lieu se trouve en tout cas à un carrefour stratégique, à seulement 12 km de Jéricho, 27 km de Jérusalem et autant d’Amman.

Tell Mar Elias
La visite commence par la source de saint Jean-Baptiste, l’un des nombreux sites supposés de son baptême. En fait, la plupart des baptêmes des pèlerins étaient donnés dans les eaux du wadi al-Kharrar. La route chemine à travers les tamaris et les cerisiers. Le site archéologique consiste en trois églises bâties successivement au fil des siècles sur le même emplacement, l’une à la place de l’autre. Il reste un sol en mosaïque de pierres blanches. Une petite construction commémore le baptême de Jésus Christ. On passe ensuite devant une petite église orthodoxe grecque de construction récente. La frontière israélienne est toute proche. On passe par la maison de Marie l’Egyptienne, une pécheresse repentie du ive siècle et la grotte d’un ermite. Puis on s’arrête au tell où le prophète Elie fut emporté aux cieux. Sur la colline à l’arrière se trouve la grotte de saint Jean-Baptiste. Le monastère grec orthodoxe Rhotorios a été édifié au ve siècle sur le site. On voit les escaliers menant aux fonts baptismaux. Au tout début de la chrétienté, lorsque saint Jean-Baptiste était au moins aussi révéré que Jésus, ce pèlerinage était le plus important qui soit et l’on venait de loin s’y faire baptiser.

La mer Morte

La mer Morte, la mer de Loth, ou encore al-Ghor (la « terre submergée » comme disent les Arabes), est une merveille de la nature qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte. Elle détient un record : il s’agit de la dépression terrestre la plus profonde. En découvrant cette faille située à 408 m sous le niveau de la mer, on est saisi par un sentiment d’effroi, tant le relief et la nature sont dramatiques. La surface de la mer Morte, qu’aucun souffle de vent ne vient troubler, ressemble à une plaque métallique. Il fait une chaleur étouffante. Les falaises se jettent abruptement dans l’eau, dans laquelle aucune forme de vie ne peut se développer à cause d’un taux de salinité huit fois supérieur à celui des océans. Les poissons du Jourdain qui y sont emportés par les crues ne survivent pas : on les retrouve raidis et enveloppés d’une gangue de sel. La mer Morte s’est formée grâce à l’intense évaporation due à la chaleur environnante. Le processus s’est accéléré ces dernières années à cause du pompage du Jourdain et l’exploitation de la potasse, dont la Jordanie est l’un des premiers producteurs au monde. Près d’un tiers de la surface a déjà disparu. A tel point que l’on craint la disparition de cette mer fermée de 920 km2 (75 km de long sur 16 de large) d’ici cinquante ans. En attendant, les produits de beauté de la mer Morte (sels de bain, savons, etc.) rencontrent un énorme succès.

Attention : sel !
L’eau est d’une telle densité dans la mer Morte que l’on ne peut pas s’y noyer, même avec toute la bonne volonté du monde. Il est même difficile de nager, tant le corps est porté naturellement. En revanche, la baignade n’est pas sans risque pour… les yeux et la peau. Il faut absolument éviter tout contact avec les yeux et les muqueuses (bouche, nez, oreilles), sous peine de brûlures. On a vu des visiteurs étrangers s’y jeter la tête la première et ressortir en se tordant de douleur. Il faut éviter de s’y baigner si l’on a des blessures en cours de cicatrisation et éviter de se raser ce jour-là. Et surtout, prendre une douche immédiatement après !

Dead Sea Rest House
A 45 km au sud d’Amman. 
C’est à peu près au 27e km, après avoir quitté Amman, que l’on passe sous le niveau de la mer, comme l’indique une stèle placée au bord de la route. Le meilleur endroit pour faire une petite brasse dans la mer où l’on ne coule jamais est la Dead Sea Rest House (parking payant, douches et cabines, restaurant), juste après Suweimeh (à 45 km d’Amman). Eviter les vendredis, où l’affluence est record. Pour davantage de tranquillité, on trouvera une plage (à 10 km au sud de la Rest House), à proximité de laquelle jaillissent des sources d’eau chaude et douce surnommées « la fontaine d’Hérode ». Le roi, tout comme Cléopâtre avant lui, venait soigner ici ses problèmes de peau. On a même retrouvé des vestiges du port où accostait son navire. L’eau et les boues de la mer Morte contiennent du calcium et du magnésium, bons contre les allergies et les bronchites. Elles sont aussi riches en brome (relaxant), en iode (problèmes endocriniens) et en goudron naturel (anti-inflammatoire). C’est là que se trouve le plus beau spa du Proche-Orient, celui de l’hôtel Mövenpick (www.zaraspa.com).

Suivez le guide !
On peut effectuer une promenade en bateau sur la mer Morte. De manière ingénieuse, ces embarcations fonctionnent à l’énergie solaire étant donné la quasi-absence de vent.

Amman Tourist Beach
A 2 km au sud des hôtels. La municipalité d’Amman a eu l’heureuse idée d’aménager sa propre plage publique. La plage est propre, équipée de douches et de parasols et l’ambiance garantie. On peut louer des chaises longues pour 1 dinar. Les habitants de la capitale, dont les femmes qui se baignent tout habillées, viennent souvent y pique-niquer le week-end.

Sanctuaire de Loth
A 50 km au sud de la Rest House. Tourner à gauche après l’usine de potasse, puis de nouveau à gauche sur un chemin en terre. C’est ici que se seraient réfugiés Loth et ses deux filles après la destruction de Sodome et Gomorrhe. On accède à la grotte par un escalier. Les vestiges d’une église ont été trouvés sur place.

Remplir la mer Morte
Il existe un projet de liaison mer Rouge – mer Morte qui aurait le triple avantage de stopper la baisse du niveau de la mer Morte, de produire de l’électricité ainsi que de l’eau douce. L’eau de mer pompée à Aqaba serait acheminée jusqu’à la mer Morte. Là, en projetant cette eau, grâce à la différence de hauteur, sur celle ultra salée de la mer Morte, on produit de l’électricité et on obtient de l’eau douce par un procédé d’osmose inverse. Il reste ensuite à remonter l’eau douce vers Amman. Seul petit problème : l’investissement coûterait 3 à 4 milliards d’euros.

 

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