La côte sud

En quittant Kinsale par la R600 défile l’Irlande des prairies morcelées, des haies compactes, des genêts d’or. Des plages de sable fin aussi, telles que Inchydoney ou Barley Cove.
Une abbaye franciscaine du XIVe siècle (ouvert tlj, entrée libre) domine Timoleague. Une courte halte à Clonakilty, pour admirer les charmantes maisons géorgiennes de Emmet Place, et voici Drombeg Stone Circle : un spectaculaire cercle de pierres levées de 9 m de diamètre, composé de 17 monolithes (accès libre).

La péninsule de Mizen Head
A partir de Baltimore, bourgade justement réputée pour la qualité de ses plateaux de fruits de mer, la côte devient de plus en plus sauvage et dentelée, sur fond de buissons de fuchsias et de falaises de grès. A l’extrémité sud-ouest de l’Irlande, la péninsule de Mizen Head a toujours été dure pour les paysans, qui n’y trouvent qu’une terre stérile. Mais quel paradis pour les flâneurs et pour les poètes ! De nombreux artistes se sont d’ailleurs installés dans le coquet bourg de Ballydehob et à Schull, construit entre mer et montagne, et théâtre de nombreuses régates estivales. La Coast Road est accidentée, superbe. Difficile d’y suivre les indications routières, souvent rédigées en gaélique. Qu’importe ! On finit toujours par parvenir au cap de Mizen Head, à ses brumes inquiétantes, à ses énormes falaises grises qui tombent, à la verticale, sur les flots grondants. Le spectacle est unique. Il mérite qu’on se lève tôt, pour en profiter dans la solitude du petit matin.

Bantry House
Bantry. Ouvert tlj, de 9 h à 18 h de septembre à juin, de 9 h à 20 h en été. Entrée payante.
Au fond de la paisible baie de Bantry, avec les Caha Mountains à l’horizon, une vaste demeure géorgienne qui domine la rade. Magnifique façade de pierre grise rehaussée de brique rouge ; avec ses meubles rares, ses tapisseries d’Aubusson, ses tapis de la Savonnerie, l’intérieur est à l’unisson. Les tapisseries exposées dans la Rose Room auraient été réalisées pour le mariage de Marie-Antoinette et Louis XVI. On s’attardera dans la salle à manger, ornée de portraits royaux, et surtout dans les jardins à l’italienne, merveilleusement dessinés.

Le parc forestier de Gougane Barra
Situé à 39 km à l’est de Bantry par la R584.
Avant de rejoindre Glengarrif par la route côtière, un petit crochet s’impose par l’intérieur des terres. La raison de ce détour ? Ce parc, sillonné de chemins de randonnée, qui est un des plus beaux de toute l’île. C’est aussi le premier parc national créé en Irlande. Ses arbres énormes veillent sur un lac plein de poissons et de légendes ; ne dit-on pas que saint Finbarr y pourfendit un monstre ? Sur ses rives, de nombreux endroits ont été aménagés pour y pique-niquer.

La solitude du traveller de fond
La grande famine du milieu du XIXe siècle jeta sur les routes d’Irlande des milliers de pauvres gens sans un sou et affamés. Certains ne se fixèrent jamais plus. Les travellers, autrefois baptisés tinkers, sont leurs descendants directs. Ils vivent de façon sommaire, dans des roulottes et des caravanes. Pour survivre, ils font toutes sortes de petits métiers. Souvent illettrés, sans soins médicaux, rejetés par la population traditionnelle, ces nomades se regroupent, de plus en plus, dans les banlieues déshéritées, où les plus jeunes persistent à vivre avec leurs chevaux. A leur intention, le gouvernement irlandais a lancé un premier programme de construction de logements sociaux.

Lispole Railway Viaduct in Dingle © sludgegulper

Lispole Railway Viaduct in Dingle © sludgegulper

Garinish Island
Ouvert de 9 h à 17 h 30 en semaine, de 13 h à 18 h le dimanche. Entrée payante.
Retour à l’océan. Bien abritée au fond de l’estuaire de la Bantry, Glengarrif doit sa popularité à ces jardins exotiques, aménagés au début du XXe siècle. Au départ de Wooden Pier et Blue Pool, des bateaux desservent l’île toutes les 20 minutes.
Ce n’était qu’un rocher austère et inculte quand le très riche Annan Bryce décida de le couvrir de terreau et d’y planter des espèces rares. La douceur dispensée par le Gulf Stream fit le reste. Aujourd’hui, les 15 ha de l’île disparaissent sous les plantes subtropicales, mais aussi sous les clématites, les azalées, les rhododendrons. Un véritable paradis botanique miniature.

La péninsule de Beara
A l’ouest de Glengarrif, la péninsule est aussi dénudée que Garinish Island est luxuriante. Mais ses montagnes escarpées, chaotiques même, permettent d’extraordinaires promenades au cœur d’une solitude quasi totale, à peine troublée par quelques moutons broutant une herbe invisible. Entre Adrigole, au sud, et Lauragh, au nord, le col de Healy Pass offre une vue à couper le souffle sur toute la région. La vie ne reprend vraiment qu’à Kenmare, petit centre de pêche bigarré qui ouvre les portes du Kerry.

L’anneau du Kerry

A l’extrême ouest de l’Europe, le Kerry est la dernière paroisse avant l’Amérique et Iveragh la péninsule la plus étendue d’Irlande. Elle propose un merveilleux circuit de découverte : l’anneau du Kerry (Ring of Kerry) qui, entre montagnes et lacs, cultive les petites criques et les hautes falaises, les calmes embouchures et les flots déchaînés.

Suivez le guide !
Sur l’anneau du Kerry, les cars circulent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Mieux vaut rouler à contre-courant, du sud au nord.

Sneem
Tout au long de la N70, c’est un excellent résumé de l’île, avec cottages, tourbières, rivières poissonneuses. Sneem ouvre le bal, avec un vieux pont de pierre, des pelouses passées au peigne fin, des pubs où les vieux Irlandais ôtent leur casquette pour saluer tout nouveau venu.

Staigue Fort
En poursuivant vers l’ouest, on parvient à ce site préhistorique, planté au bout d’un chemin étroit et qui grimpe sec. Datant d’environ mille ans av. J.-C., il possède une impressionnante enceinte circulaire de pierre sèche : 2 m de largeur, 5 m de hauteur. A l’entrée, une boîte recueille les oboles. A Deerynane, il faut marquer une halte prolongée à la maison de Daniel O’Connell, champion de l’émancipation des catholiques au XIXe siècle.

Derrynane House
Derrynane. Ouvert de 9 h à 18 h de mai à septembre (de 11 h à 19 h le dimanche), de 13 h à 17 h en avril et en octobre. Entrée payante.
De nombreux souvenirs de Daniel O’Connell, entre portraits de famille et caricatures du grand homme politique irlandais. Au premier étage, sa bibliothèque est restée intacte. La maison est entourée d’un parc splendide, planté d’essences tropicales. Il descend jusqu’à une plage de sable fin bordée de dunes. Le site, qui invite à de longues promenades soigneusement balisées, est vraiment idyllique.

Waterville
La pétulante station balnéaire possède un golf de réputation internationale et de superbes plages. Elle s’étire le long de l’océan, au pied de vertes collines quadrillées avec art. Célèbre lieu de villégiature depuis le XIXe siècle, elle ouvre le chemin de Valentia Island.

Suivez le guide !
A Waterville, les admirateurs de Charlot visiteront le Butler Arms Hotel : ses murs sont tapissés de photos de l’acteur, client assidu du lieu.

Valentia Island
Reliée à la côte par un nouveau bac au départ de Reenard Point et par le pont de Portmagee.

Skellig Experience Centre
Au pied du pont. Ouvert tlj d’avril à septembre. Entrée payante.
Projection d’un film consacré à la vie monastique sur les îles Skelligs.
Les ornithologues amateurs ne sont pas oubliés, avec une passionnante évocation de la vie des oiseaux marins, des pétrels aux fous de Bassan, en passant par les macareux. En complément à la visite, minicroisières autour des îles.

Valentia Heritage Centre
Knightstown. Ouvert de 12 h à 18 h du 1er juin au 15 septembre. Entrée payante.
Pour tout connaître du folklore, des traditions, des activités de l’île, très réputée pour ses carrières d’ardoise. Les ardoises utilisées pour la couverture du palais Garnier en proviennent.
Intéressante évocation de la pêche professionnelle, mais aussi du télégraphe transatlantique ; jusqu’en 1966, celui-ci offrit des dizaines d’emplois aux habitants de l’île.

Les bourgs du nord
De gros villages qui embaument le varech et le whiskey : Caherciveen, capitale de la péninsule et lieu de naissance de Daniel O’Connell. Glenbeigh et sa poignée de vieux cottages joliment restaurés, très goûté des pêcheurs en eau douce comme en eau salée. Killorglin, bourgade agricole célèbre pour son marché aux bestiaux de la mi-août et sa fête du Puck Fair, présidée par… un bouc. Très visités du printemps à l’automne, tous ces bourgs conservent néanmoins leur âme intacte.

Gillie gillie !
Championne du microprocesseur, l’Irlande l’est aussi des petits métiers. Celui de gillie, ou guide de pêche, s’inscrit parmi les plus pittoresques. Au XIXe siècle, il répondait à la demande des pêcheurs anglais de truites et de saumons. Désireux de prospecter les meilleurs secteurs des rivières et des lacs, ceux-ci se faisaient accompagner par un autochtone, rémunéré pour leur faire prendre un maximum de poissons. Aujourd’hui, les gillies s’occupent des pêcheurs amateurs venus de l’Europe entière. Leur situation peut sembler enviable : gagner sa vie en pêchant à la ligne, quelle sinécure. Mais il s’agit là d’une activité saisonnière. Bien souvent, les gillies doivent recourir à d’autres « petits boulots » pour boucler leurs fins de mois.

Killarney
Plaque tournante de l’anneau du Kerry, Killarney est éminemment touristique ; c’est même une des très rares villes d’Irlande à organiser des promenades en calèche. Sa cathédrale néogothique St. Mary’s est construite en calcaire brut et accueille, sans mal, un millier de fidèles (ouvert toute l’année, entrée libre).
Ses rues étroites sont bien connues pour leurs embouteillages estivaux. En saison, les nombreuses boutiques de Main Street, New Street, Plunkett Street demeurent ouvertes jusqu’à 22 h ou même 23 h. Et la plupart de leurs restaurants sont excellents. Mais le grand mérite de Killarney, c’est de se trouver au cœur de 10 000 ha de forêts, de montagnes, de lacs, de rivières : ceux du célèbre Killarney National Park.

Killarney National Park
Le paradis de la randonnée à pied, à dos de poney, à VTT. C’est là que furent tournées les scènes de chasse du Taxi mauve, le film d’Yves Boisset tiré du roman de Michel Déon. L’ère glaciaire a sculpté le terrain. Les vallées sont étroites et encaissées, les lacs profonds. Sur leurs rives boisées se dissimulent les dernières hardes de cerfs de l’île. Le domaine est immense. On y découvre les ruines fantomatiques d’abbayes et de châteaux ; celles de Ross Castle sont les plus célèbres. A ne manquer sous aucun prétexte : le Gap of Dunloe, un col vertigineux que l’écrivain Brendan Behan, rarement sobre, trouvait plus excitant que le vin de Champagne ! Le Torc Waterford, une chute d’eau magique de 18 m de hauteur qui éclabousse les rhododendrons. Le lough Leane, le plus vaste des lacs du parc, avec, au beau milieu, la luxuriante île de Innishfallen que baigne une lumière surnaturelle.

Muckross House
Sud de Killarney. Ouvert tlj de 9 h à 18 h (jusqu’à 19 h en été). Entrée payante.
Ce manoir du XIXe siècle, à la fois imposant et romantique, domine les lacs du Killarney National Park. Il a conservé de très beaux meubles et abrite un musée d’histoire et d’artisanat local. Le domaine possède d’admirables jardins paysagers, avec des azalées et des rhododendrons qui sont comme autant de prodiges, mais aussi une ferme traditionnelle.

La péninsule de Dingle

Montagneuse dans sa moitié nord, que domine la Brandon Mountain, elle est doucement vallonnée à l’ouest, tandis que sa partie sud aligne de grandes plages. Y prospèrent de nombreuses espèces d’orchidées sauvages. Parfois, on y parle encore le gaélique. Dingle est la ville la plus importante de cette péninsule, où fut tourné le célèbre film de David Lean La Fille de Ryan. A la grande joie des touristes, les dauphins cabriolent volontiers dans la baie de ce charmant petit port de pêche, qui possède un grand aquarium.

Dingle Ocean World
Dingle. Ouvert tlj, de 9 h à 21 h 30 en été, de 10 h à 18 h au printemps et en automne, de 10 h à 17 h en hiver. Entrée payante.
Pour ceux que passionne le milieu marin. Dans un immense aquarium évoluent quelque 150 espèces de poissons. Grâce au tunnel qui le traverse, ils semblent tous à portée de main !

Iles Blasket
Sur la R559, entre Ventry et le promontoire de Slea Head, se succèdent divers édifices datant de l’âge de la pierre : huttes, forts, souterrains, pierres levées. Des falaises de Slea Head, sculptées par l’océan, la vue s’étend jusqu’aux îles Blasket, désormais inhabitées. Uniquement peuplé de moutons qui s’agenouillent pour brouter l’herbe sous la roche grise, c’est un des lieux les plus impressionnants, les plus poignants d’Irlande. En 1588, deux des navires de l’Invincible Armada sombrèrent dans ce détroit.

Blasket Centre
Dunquin. Ouvert de Pâques à septembre, tlj de 10 h à 18 h. Entrée payante.
Sur la route de Ballyferriter, il présente une architecture discutable. Le contenu vaut beaucoup mieux que le contenant, avec un audiovisuel et des expositions qui font revivre le passé des îles Blasket et l’Irlande d’hier. Mille informations passionnantes sur la culture gaélique, dont ces îles furent longtemps les dépositaires à travers des pêcheurs qui étaient aussi des poètes.

Connor Pass
Le gros bourg de Ballyferriter ouvre le chemin de la côte nord de la péninsule, domaine privilégié de la randonnée pédestre. Un coup d’œil sur les ruines du monastère de Riasc, un autre sur la petite chapelle millénaire de Gallarus Oratory, et, par la R560, on parvient au col le plus élevé d’Irlande (457 m). Il offre un panorama exceptionnel sur toute la région, et notamment sur la baie de Tralee. Avec ses 20 000 habitants, cette ville-là constitue le centre économique du Kerry. Après les verdoyantes pâtures cloisonnées de Dingle Peninsula, c’est le retour à la civilisation urbaine.

Kerry The Kingdom
Denny Street. Ouvert tlj, de 9 h à 19 h en été (de 10 h à 18 h le dimanche), de 9 h à 18 h de mars à juin et en septembre et octobre, de 9 h à 17 h 30 en hiver. Entrée payante.
Une évocation aussi complète que passionnante du Kerry, de la préhistoire à nos jours, à l’aide d’une technologie de pointe. Au rez-de-chaussée, la reconstitution du Tralee médiéval est en tous points remarquable, entre la reconstitution de l’habitat, les scènes de la vie quotidienne, l’évocation des petits métiers. Il y a les cris et les chuchotements de ce temps-là, mais aussi les odeurs. En face du musée, un extraordinaire jardin de roses ; il est vrai que, chaque année, la ville consacre un festival à ces fleurs.

Arfert Cathedral
Huit km de Tralee par la R551. Ouvert tlj du lever au coucher du soleil. Entrée payante.

Au Ve siècle, saint Brendan y fonda un monastère. Le site est imposant, avec les ruines de ses chapelles, de ses églises et de sa cathédrale. Cette dernière, qui date du XIIe siècle, a conservé des éléments romans plus anciens.