Sealand du Nord

La campagne et le bord de mer au nord de Copenhague jusqu’à Gilleleje comprennent des lieux de villégiature très prisés des habitants de la capitale à partir du XIXe siècle. Puis les villages s’agrandissent et les quartiers pavillonnaires se multiplient, surtout le long de la côte. Aujourd’hui, la densité de population lui vaut le surnom de « Côte d’Azur danoise ».

Musées de la côte est

Les familles aisées de Copenhague avaient autrefois leur résidence secondaire sur la côte d’Øresund : de grandes villas dont les jardins descendaient jusqu’à la mer. Les petits ports de pêche, souvent bien préservés, abritent aujourd’hui les bateaux de plaisance, et de nombreux musées accueillent les touristes dans d’anciennes demeures réaménagées. Ainsi Louisiana et Arken, bien que géographiquement éloignés l’un de l’autre (l’un au nord, l’autre au sud de Copenhague), sont comparables par leur taille et la situation qu’ils occupent, face à la mer, invitant la nature environnante à l’intérieur des murs. 

Arken 
A 17 km au sud de Copenhague. Skovvej 100, Ishøj. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, mercredi jusqu’à 21 h. Entrée payante.
Inauguré en mars 1996, Arken est bâti d’après les dessins du jeune architecte Søren R. Lund, semblable à un navire échoué sur la plage. Les expositions temporaires y sont choisies selon un critère d’universalité et de modernité, se limitant aux artistes d’après-guerre. La collection permanente quant à elle rassemble des œuvres contemporaines. On peut citer Baumgärtel, Ellberg, Jorn, Kirkeby, Noble et Webster, Toubro et Wörsel parmi les artistes représentés.

Des débuts difficiles 
Les Danois ne sont pas près d’oublier les débuts du musée Arken. La conservatrice recrutée par le conseil d’administration avait falsifié ses diplômes. Ne possédant en réalité aucune des qualifications exigées pour le poste, elle mena l’entreprise au fiasco. Après la réalisation d’un projet architectural qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre, le projet culturel était loin de satisfaire les attentes du public. Aujourd’hui, le musée tourne enfin à la mesure des ambitions qui l’ont fait naître et confère aussi une activité culturelle importante à la région sud de Copenhague, traditionnellement moins attrayante que le Nord

Helsingör. Kronborg under byggarbete i hamnen © Guillaume Baviere

Helsingör. Kronborg under byggarbete i hamnen © Guillaume Baviere

Louisiana 
A 39 km au nord de Copenhague. Gl. Strandvej 13, Humlebæk. Ouvert tlj de 10 h à 17 h, mercredi jusqu’à 22 h. Entrée adultes payante.
Louisiana est construit entre 1958 et 1982 dans le cadre exceptionnel d’une villa du XIXe siècle au milieu d’un parc qui plonge dans la mer. Il accueille chaque année 6 à 8 expositions temporaires, et des œuvres d’artistes aussi divers que Arp, Bacon, Calder, Dubuffet, Ernst, Francis, Giacometti, Kiefer, Moore, Picasso, Rauschenberg ou Warhol en constituent l’exposition permanente. Le parc du musée vaut également le détour. S’il fait beau, on peut déjeuner sur la terrasse face à la mer.

Ordrupgaard 
A 10 km au nord de Copenhague. Vilvordevej 110, Charlottenlund. Ouvert mardi, jeudi et vendredi de 13 h à 17 h, mercredi de 10 h à 20 h, samedi et dimanche de 11 h à 17 h. Entrée payante pour les plus de 16 ans.
Comme Louisiana, le musée a pour cadre une villa construite en 1918. Mais celle-ci a la particularité d’avoir été conçue par Wilhelm Hansen, propriétaire de la collection, dans le but d’y accueillir ses toiles. On y trouve un ensemble d’œuvres impressionnistes françaises, mais aussi de Delacroix, Rousseau, Courbet, Manet et Gauguin. Les Danois, Hammershøj, Eckersberg, Kyhn, Lundbye et Marstrand y tiennent également une place importante. Une aile moderne, dessinée par l’architecte irakienne Zaha Hadid, a été ajoutée au musée en août 2005 afin de permettre une plus grande variété d’expositions.

Musée Karen Blixen-Rungstedlund 
A 27 km au nord de Copenhague. Rungsted Strandvej 111, Rungsted Kyst. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h de mai à septembre, du mercredi au vendredi de 13 h à 16 h, samedi et dimanche de 11 h à 16 h d’octobre à avril. Entrée gratuite pour les moins de 12 ans.
Installé dans la maison familiale de l’écrivain, le musée est un mémorial de sa vie et comprend une exposition de ses manuscrits et souvenirs de voyages. L’atmosphère intime du lieu transporte le visiteur dans un monde flottant entre fiction et réalité. Après la visite, on peut se promener dans les allées du jardin déclaré réserve ornithologique, et au fond duquel se trouve la tombe de Karen Blixen, au pied d’un grand hêtre.

Karen Blixen 
Née en 1885 et mariée en 1914 à son cousin le baron Bror Blixen, elle vit près de Mombassa au Kenya jusqu’en 1931. Elle assiste impuissante à la faillite de la plantation de café que sa famille avait confiée à son mari. En 1918, elle rencontre Denys Finch Hatton, officier britannique avec lequel elle entretient une liaison. Le baron demande le divorce et quitte la ferme, congédié par sa belle-famille. Après le divorce, Karen Blixen a pour seul but d’écrire. Ce n’est qu’en 1934 qu’elle perce véritablement, aux Etats-Unis, avec Sept Contes gothiques. Mais ce sont ses mémoires qui la rendront célèbre : La Ferme africaine (1938) – adaptée au cinéma par Sidney Pollack en 1985 -, et Lettres d’Afrique (posthumes). Elle meurt à Rungstedlund en 1962, reconnue et ruinée.

Helsingør (Elseneur)

A 46 km au nord de Copenhague.
Kystbanen (la ligne de la côte) a son terminus à Elseneur, d’où on traverse Øresund jusqu’en Suède en 15 min. C’est là en effet que le bras de mer est le plus étroit, et on voit très distinctement la ville suédoise de Helsingborg depuis la côte. Ainsi l’histoire de Elseneur est-elle particulièrement marquée par les guerres et par le commerce avec la Suède. 

Château Kronborg 
Kronborg 1, Elseneur. Ouvert tlj de 10 h 30 à 17 h de mai à septembre, du mardi au dimanche de 11 h à 15 h d’octobre à avril. Entrée payante.
D’abord connu sous le nom de « Krogen », le fort construit vers 1420 n’est plus visible aujourd’hui qu’à la base de l’enceinte actuelle. C’est Erik de Poméranie (1412-1439) qui le fait édifier pour surveiller le passage des navires sur l’Øresund, afin de récolter le droit de passage qu’il y impose en échange de la sécurité assurée dans les eaux de la Baltique. De 1574 à 1585 d’abord, où Frederik II soumet la forteresse à une rénovation totale, Kronborg, comme il la baptise, prend des allures de château Renaissance. Puis entièrement détruit par un incendie auquel seule la chapelle résiste en 1629, Kronborg est reconstruit par Christian IV dans un style baroque. En 1658 enfin, le château est bombardé par l’armée suédoise et pillé. La fontaine qui orne alors la cour carrée du château est emportée ainsi que la totalité des meubles. Il faut attendre 1923 pour que l’édifice bénéficie d’une restauration intégrale… mais le mobilier est resté en Suède.

Holger Danske (Ogier le Danois) 
On ne peut visiter le château de Kronborg sans faire un détour par les casemates où trône la statue de Holger Danske. Le colosse est endormi, appuyé sur son épée, et se réveillera si le royaume est en danger pour venir à son secours. La statue des casemates n’est à l’origine que le modèle du moule où Hans Pedersen-Dan coule en 1907 le monument de bronze de l’hôtel Marienlyst. Mais le cadre du souterrain du château l’a rendu plus célèbre que la statue finale. L’exemplaire actuel n’est cependant qu’une copie en ciment du plâtre d’origine, celui-ci ayant été endommagé par l’humidité.

Hamlet au château de Kronborg 
Bien qu’il ne l’ait probablement jamais vu lui-même, William Shakespeare choisit le château d’Elseneur, alors nouvellement construit, comme cadre géographique pour le drame de Hamlet. C’est ainsi que Kronborg, à jamais lié au prince de Shakespeare, reçoit chaque été une troupe (souvent anglophone) choisie pour mettre l’œuvre en scène dans la cour du château. Ainsi « To be or not to be, that is the question » (« Etre ou ne pas être, telle est la question ») prend toute la dimension de sa profondeur lyrique, quand le ressac vient y donner la réplique contre les murs des fortifications.

Rendez-vous maritime dans le port d’Elseneur 
La régate des Baltic sails est organisée chaque année au mois d’août depuis 1997. 12 voiliers anciens venant des six villes de la Baltique Halmstad, Karlskrona (Suède), Klaipeda (Lituanie), Gdansk (Pologne), Rostock (Allemagne) et Elseneur s’y retrouvent. L’arrivée des bateaux dans le port danois est l’occasion d’une fête qui dure de 3 à 4 jours, au terme de laquelle les amateurs de voile sont invités à participer au reste du voyage. A proximité du château de Kronborg, des peintres et des sculpteurs exposent leurs œuvres, tandis que des spectacles de musique et autres festivités ont lieu dans toute la ville.

Hammermøllen (moulin à forge) 
A 5 km au nord d’Elseneur. Forêt de Hellebæk. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h d’avril à octobre, de 11 h à 16 h de novembre à mars. Entrée payante.
Pour subvenir aux besoins de Kronborg en matériaux de construction et en armes, Christian IV fait construire en 1598 ce moulin à forge dans la forêt de Hellebæk. Indépendamment de l’intérêt historique du lieu – 300 canons environ y sont fabriqués pour les navires de guerre du roi entre 1601 et 1630 -, le site est un lieu de promenade charmant. Niché au bord d’un lac dans une forêt de hêtres centenaires, le vieux moulin semble avoir toujours été là, ses murs épais et son toit de chaume invitant au calme et à la contemplation. Le petit musée présente des objets retrouvés sur place, des dessins et des photos expliquant le fonctionnement de la forge. Au rez-de-chaussée est installé un café, qui propose des spécialités locales ainsi que des boissons et des glaces. On peut y apporter son pique-nique à condition de consommer.

Esrum kloster (monastère d’Esrum) 
A 16 km à l’ouest d’Elseneur. Klostergade 11, Esrum. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 16 h de mai à octobre. Entrée payante. Visite guidée, renseignements au 48 36 04 00.
Non loin d’Elseneur à l’intérieur des terres, se trouve un des vestiges du catholicisme danois. Le monastère d’Esrum est fondé en 1151 par l’ordre des Cisterciens après la rupture avec les Bénédictins. Esrum est un des 68 premiers monastères construits en Europe sur le modèle de Clairvaux, dont saint Bernard est le fondateur. Les principes des Cisterciens reposent sur une pratique plus rigoureuse de la prière, le travail manuel comme seul mode de subsistance, et sur l’absence totale de profit personnel. Principes qui tendent à s’étioler au cours du Moyen Age, donnant lieu à une nouvelle rupture d’où naîtra l’ordre des moines trappistes. L’œuvre majeure des Cisterciens demeure néanmoins l’universalisation en Europe de certaines idées et notions. Implantés dans tous les pays, ils divulguent une conception commune du temps dans les populations occidentales – qui, aux alentours de 1200, ont encore des calendriers différents -, faisant naître ici et là un premier sentiment d’appartenance au monde européen.

Nordmandsdalen (vallée des Normands) 
Dessinée à la demande de Frederik V en 1764, cette partie du jardin de Fredensborg est un monument singulier pour son époque. Au centre d’un amphithéâtre à trois terrasses recouvertes d’herbe se dresse une colonne surmontée d’une boule d’or. Sur les terrasses qui l’entourent sont disposées 70 sculptures de paysans et de pêcheurs originaires de Norvège et des îles Féroé. En 2002, Margrethe II inaugure la restauration de ce jardin baroque dont les sculptures, sévèrement altérées par le climat, ont été intégralement remplacées. Les originaux sont désormais conservés dans le grenier à grain de Laurids de Thurah, dans l’enceinte du château.