Cet itinéraire, bien que plus long que celui passant par Ma’an et le désert, est le plus agréable pour rejoindre Petra. C’est une route chargée d’histoire : les Hébreux en route pour la Terre promise, les pèlerins chrétiens en route vers le lieu du baptême du Christ, les musulmans en route pour La Mecque et les chevaliers croisés l’ont empruntée.

Madaba

A 32 km au sud d’Amman. C’est la ville chrétienne la plus importante de Jordanie. Abandonnée après la conquête arabe, elle ne fut repeuplée qu’à la fin du xixe siècle. Elle conserve de son passé byzantin plusieurs églises et de très belles mosaïques. On peut même dire que Madaba est la capitale de la mosaïque en Jordanie. A tel point que le gouvernement jordanien y a ouvert en 1992 une Ecole de mosaïque unique en son genre au Proche-Orient.

Eglise Saint-Georges
Ouvert tlj de 8 h à 17 h (jusqu’à 18 h en été). Elle est la plus connue de Madaba pour sa célèbre carte de Palestine. Bien que celle-ci ne soit plus complète (elle représentait une zone allant de l’Egypte au Liban et mesurait 16 m de long sur 6 m de large), elle constitue un document exceptionnel sur la région durant les premiers siècles du christianisme. Sa réalisation s’est fondée sur des passages bibliques et des récits de pèlerins. Pas moins de 150 sites sont en effet repérés. On a pu la dater (entre 542 et 560). Son charme réside dans le mélange de précision géographique et de symbolique religieuse. Les inscriptions, en grec, signalent aussi bien les lieux que les personnages et les événements qui y sont rattachés. Jérusalem figure bien entendu au centre de la carte, bien que son nom soit tronqué.

Parc archéologique
Ouvert tlj de 8 h à 17 h (jusqu’à 19 h en été). Entrée payante. Situé à 300 m de l’église Saint-Georges, ce parc archéologique offre une agréable promenade. Il est agrémenté de belles mosaïques (dont la plus ancienne découverte en Jordanie issue du site de la forteresse de Makawir). Ce parc englobe les vestiges de plusieurs églises byzantines, notamment l’église de la Vierge, et l’Hyppolytus Hall qui faisait partie d’un palais du viie siècle. Les fouilles entreprises ont mis au jour des vestiges de la ville romaine (notamment des fragments du cardo qui traversait la ville d’est en ouest).

Madaba Ecole de Mosaïques © Tangka

Madaba Ecole de Mosaïques © Tangka

Eglise des Saints-Apôtres
Au sud de la ville, au niveau du carrefour en direction de Pétra. Ouvert tlj de 8 h à 16 h (jusqu’à 18 h en été) ; les vendredi et jours fériés de 10 h à 16 h. Cette église abrite une magnifique mosaïque des disciples de Jésus Christ. A ne pas manquer !

Musée archéologique
Ouvert tlj de 8 h à 16 h (jusqu’à 19 h en été ; les vendredis et jours fériés de 10 h à 16 h. Entrée payante. Ce musée regroupe des mosaïques trouvées dans la région. Le Musée du folklore expose des bijoux, des costumes traditionnels, ainsi qu’une copie de la stèle de Mesha du Louvre.

Lire la carte de Madaba
Il faut un certain temps avant de pouvoir s’orienter facilement sur la célèbre mosaïque. Le nord se situe en effet à gauche. Jérusalem est placée au centre de la carte. Le Saint-Sépulcre est représenté, ainsi que les portes de la ville Sainte et ses murs. Tout de suite après vient Bethléem (en lettres rouges). Les principales villes de Cisjordanie, Naplouse, Hébron Jéricho, y figurent aussi en bonne place. Sapsafas désigne Béthanie. Quelques bateaux naviguent la mer Morte tandis que les poissons fuient ses eaux trop salées. A l’extrême droite de la carte, on reconnaît le mont Sinaï. Tout au sud, il y même un bout de delta du Nil et de Gaza.

Le mont Nebo

A 12 km de Madaba. Ouvert tlj de 7 h à 19 h (jusqu’à 17 h en hiver). Entrée payante. 
C’est en fait le petit massif (823 m) où Moïse aurait été enterré, sans atteindre la Terre promise. Les musulmans, pour qui ce dernier est l’un des prophètes les plus importants, ont construit une mosquée sur l’emplacement présumé de sa sépulture. Du sommet, on découvre un panorama époustouflant, enveloppant la vallée du Jourdain, les collines de Judée et de Samarie, Jéricho et même Jérusalem.
Il existe aussi une église du mémorial de Moïse quiremonte au ive siècle. Elle a été agrandie aux ve et vie siècle pour devenir une grande basilique. La plus belle mosaïque, plus encore que celles de Madaba disent certains, se trouve dans le baptistère, sur le flanc gauche du sanctuaire. Elle est divisée en quatre scènes. Dans la première, un berger protège un zébu attaqué par un lion, tandis qu’un soldat transperce une lionne. Dans la deuxième, des chasseurs attaquent un ours et un sanglier. La troisième montre un berger qui, tel le Bon Pasteur, fait paître ses brebis.
Enfin, dans la dernière, un homme noir tient en laisse une autruche, alors qu’un Perse conduit un zèbre et un dromadaire. Le pavement de la chapelle de la Theotokos, à droite de l’entrée, représente des gazelles et un taureau, dans le style de Madaba. A l’extérieur, un gigantesque mémorial en bronze symbolise tout à la fois la mort de Jésus sur la Croix et le serpent de bronze brandi par Moïse pour chasser les serpents du désert.
A Ayoun Musa, la « source de Moïse », à 1 km avant le mont Nebo, est l’un des deux lieux possibles où le prophète aurait fait apparaître une source en frappant un rocher de son bâton. Le site est petit, enlaidi par la proximité avec une usine désaffectée. Il existe des restes de deux églises désaffectées.
A 11 km au nord de Madaba, Hesban est un site occupé de l’âge de bronze à la période ottomane. Les mosaïques de l’église byzantine sont exposées au musée de Madaba. Le gardien connaît parfaitement les lieux et peut guider votre visite.

Khirbet al-Mukhayrat
A 6 km de Madaba, sur la route du mont Nebo. 
Ce village est bâti sur le site de l’antique Nebo. Dans l’église Saint-Lot et Saint-Procope, une très belle mosaïque décrit des scènes de la vie quotidienne : chasse, pêche, cueillette. La très vieille église Saint-Georges est fermée au public.

Suivez le guide !
Le Dead Sea Panorama Complex, construit pour les touristes, est une excellente occasion d’accéder à la mer Morte depuis la route des Rois, en suivant la direction de Hammamat Ma’in. Au coucher du soleil, le spectacle est superbe. Un musée et un restaurant, avec une terrasse dotée d’une table d’orientation, accueillent le visiteur (ouvert tlj. Entrée payante).

Hammamat Ma’in
A 40 km au sud d’Amman. 
En allant de Madaba à Zerqa Ma’in, on passe, en 37 km, de 1 400 m au-dessus du niveau de la mer à 100 m au-dessous. Attention aux oreilles ! Le site est connu pour sa soixantaine de bassins naturels d’eau thermale chaude (jusqu’à 60 °C) et froide, riche en magnésium, potassium et calcium. L’une d’elles coule en cascade d’une hauteur de 45 m. Les eaux, riches en soufre, ont la réputation d’être excellentes pour les rhumatismes et les voies respiratoires. Même Hérode vint y suivre une cure : on peut s’y rendre par un sentier de randonnée, qui mène au wadi Zarqa Ma’in. Deux lieux sont ouverts au public : les bains romains, non-mixtes, chauffés et couverts ; et le bassin familial, installé sous une cascade. Il existe aussi une grande piscine d’eau froide et toute une gamme de soins est disponible.

Umm al-Rasas

A 80 km au sud d’Amman. Les mosaïques se trouvent dans un bâtiment dont les horaires d’ouverture sont irréguliers. Entrée libre. 
En chemin sur la route des Rois, un détour (40 km aller-retour) à partir de Libb permet de visiter la forteresse de Machéronte (Mukawir, en arabe) où Salomé obtint la tête de saint Jean-Baptiste, après sa danse diabolique sous les yeux concupiscents d’Hérode. Le prédicateur aurait été décapité dans l’une des grottes à l’entrée du site. Les ruines du château sont modestes. Le palais d’Hérode se trouvait à l’endroit où se dressent des colonnes.
Umm al-Rasas, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est une ville en ruines dont le principal intérêt réside dans ses deux mosaïques byzantines de l’église Saint-Etienne. La principale, réalisée au viiie siècle, représente un fleuve très animé (on y voit même un crocodile) avec des personnages et des villes. Elle a été très abîmée par les iconoclastes. A un kilomètre se dresse une colonne stylite, sur laquelle se tenaient traditionnellement des ermites.

Les tapis des Beni Hamida
Les tapis tissés à la main sont un artisanat bédouin traditionnel en Jordanie. Ceux des femmes de la tribu des Beni Hamida sont devenus célèbres. Les Beni Hamida vivent à une centaine de kilomètres au sud d’Amman, sur une hauteur isolée proche de la route des Rois. En pure laine de coton, leurs tapis aux couleurs chatoyantes sont très recherchés par la bourgeoisie huppée de la capitale. Les motifs, librement inspirés au départ, se sont standardisés. On en trouve en vente dans les boutiques les plus chics. La Fondation de la reine Nour s’occupe depuis 1985 de leur commercialisation dans un centre artisanal à Mukawir.

Suivez le guide !
Depuis le sommet du mont Mukawir, la vue sur la mer Morte est à couper le souffle. Le sentier, escarpé, mène à une corniche qui domine l’étendue d’eau absolument immobile.

Kerak

A 118 km au sud d’Amman. Château ouvert tlj de 8 h à 18 h. Musée ouvert tlj de 9 h à 17 h sauf vendredi. Entrée payante. 
Capitale des Moabites, Kerak fut aussi celle des croisés de Transjordanie. Beaudouin Ier de Jérusalem la dota de sa forteresse. Renaud de Châtillon, prince cruel, en fit son quartier général, d’où il menait des raids sanguinaires contre les caravanes de passage. Salah ad-Din fit deux fois le siège du château sans le prendre. Il finit par tuer Renaud de Châtillon à Hattin, en 1187. La femme de ce dernier, Etiennette de Milly, soutint un long siège avant de céder : Salah ad-Din l’épargna. La forteresse fut délaissée après un tremblement de terre à la fin du xiiie siècle. Les Ottomans l’occupèrent de nouveau et reconstruirent des portions, dont la porte principale.
Les remparts sont particulièrement bien conservés. La citadelle, construite par les Francs, a été remaniée par les musulmans. On voit bien la différence de construction : tandis que les premiers utilisaient un basalte noir mal dégrossi, les Arabes préféraient des pierres de calcaire jaune, de plus grande taille, et mieux découpées. Le château couvre une surface de 250 m de long sur 80 à 135 m de large. Son plan épouse les anfractuosités de la roche. La porte était précédée d’un fossé de 30 m, aujourd’hui comblé. De la terrasse de la cour supérieure, où se trouve le donjon, la vue s’étend à la vallée du Jourdain et même au mont des Oliviers de Jérusalem, par temps clair. Un excellent Musée archéologique, présentant plusieurs collections d’objets anciens qui sont autant de témoignages sur le génie militaire et architectural des croisés, complètera agréablement la visite.
Un peu plus au sud, 3 km après Mu’tah, le musée islamique de Mazar commémore la première bataille entre armées musulmanes et chrétiennes. Il s’y trouve une mosquée et des tombes de compagnons du prophète tués au combat.

Suivez le guide !
Dans le wadi Dana, accessible depuis la route des Rois, le Feinan Lodge est un éco-relais unique en son genre. Niché dans un village du xve, accessible seulement à pied, il est éclairé à la bougie. L’eau est chauffée à l’énergie solaire. Toutes les chambres sont différemment décorées… et climatisées.

Hammamat Afra

A 23 km au nord de Tafila. Entrée payante. 
Ces sources d’eau chaude, d’une qualité exceptionnelle, proches du wadi Afra sont moins chères et tout aussi agréables que celles de Hammamat Ma’in. En route, on croise d’autres sources, celles de Hammamat Barbita.

Shobak

A 80 km au sud de Kerak. Ouvert tlj de 7 h à 16 h (jusqu’à 19 h en été). 
Le gardien donne volontiers des explications et offre le thé à la fin de la visite. Le pourboire est à discrétion mais recommandé. Construit par les croisés, le château de Shobak se nommait au départ krak de Montréal. Il en impose encore de la route car, si son intérieur est passablement ruiné, les murailles sont parfaitement conservées. Salah ad-Din en fit le siège pendant un an et demi avant de le prendre. Le plan épouse parfaitement les strates géologiques de la colline. De plus, deux vastes bassins taillés dans le roc et auxquels on accède par un escalier alimentaient la citadelle en eau. Sur le linteau de l’église, on peut encore voir une armoirie à fleur de lys.

Les croisades et la Jordanie
C’est dans la foulée de la première croisade (1095-1099) que Baudouin de Boulogne, frère de Godefroi de Bouillon, devenu en 1100 roi de Jérusalem, s’empare de terres à l’est du Jourdain. Il occupe et fait construire nombre de forteresses, dont Kerak et Shobak. Il en fait la « seigneurie d’Oultre-Jourdain », dont le rôle principal était de protéger Jérusalem et les principautés franques de la bande côtière. Son emplacement stratégique permettait aussi de couper les voies caravanières entre la Syrie, l’Egypte et l’Arabie saoudite. C’est avec l’avènement de Saladin que les Francs connaissent leurs revers les plus sérieux. Il les écrase lors de la bataille de Hattin, en 1187, lors de laquelle il fit exécuter Renaud de Châtillon, connût pour sa cruauté et sa félonie. Irrespectueux des trêves et des traités, ce dernier était connu pour faire torturer et tuer ses ennemis en les précipitant du haut des remparts de Kerak. Dans la foulée, Saladin prend Jérusalem. Les Francs ne reprendront jamais les territoires à l’est du Jourdain.

 

Lire la suite du guide