Welcome to Australia, welcome to my country

PAR MARINA HAKEM

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Au milieu de l’immense Northern Territory, en Australie, il y a Katherine. Petite ville où l’on s’arrête parfois pour travailler dans les fermes alentours ou bien pour se prélasser dans les sources chaudes naturelles. Le soir du Territory Day, Katherine avait revêtu ses plus beaux atouts : lumières et feux d’artifice. Nous étions cinq backpackers comme ils disent ici, cinq voyageurs bien décidé à faire la fête.

Nous avons assisté au feu d’artifice de la ville mais nous voulions prolonger les festivités. Alors comme le veut la tradition, nous nous sommes installés dans un parc, pour tester nos propres feux d’artifice.

Et puis nous avons rencontré Ritite.

Avec son sourire franc, sa bonhomie et son imposante stature, Ritite nous a de suite semblé sympathique. La première impression est souvent la bonne. Nous faisons les présentations et Ritite enchaîne :

  • Welcome to Australia, welcome to my country*

* : Bienvenue en Australie, bienvenue dans mon pays

Nous le remercions et en y réfléchissant, c’est la première fois, depuis sept mois que je suis ici, qu’un habitant me souhaite la bienvenue, de manière si chaleureuse qui plus est.

Ritite semble un peu embêté car pour accueillir des invités décemment, il faut offrir un présent. Nous répondons d’une seule voix que nous n’avons besoin de rien. Notre cadeau, c’est cette rencontre. Mais non, Ritite ne veux rien entendre : il va fouiller dans ses sacs et cabas et nous tend fièrement un tee-shirt noir, orné d’un graphisme aux couleurs chaudes. Ce vêtement semble avoir une valeur sentimentale pour notre hôte mais il est fier et heureux de nous le tendre. Nous sommes gênés mais il insiste et s’excuse même car nous sommes cinq et qu’il n’a qu’un cadeau à offrir … Nous sommes bouche bées devant tant d’attention. L’un de nous saisi le tee-shirt et le porte instantanément. Ritite est ravi.

 

 

Nous faisons enfin connaissance. Ritite nous apprend qu’il est professeur en informatique. A voir les bonnes ondes qu’il dégage, je ne doute pas qu’il soit un professeur passionnant. De ceux qu’on a envie d’écouter et avec qui l’on a plaisir à échanger.

Il insiste en nous disant que, contrairement aux apparences, il est intelligent. Je suis perplexe. J’ai l’impression qu’il précise car il a l’habitude de ne pas être pris au sérieux. Il poursuit en nous expliquant qu’il est capable de parler quatre langues : trois langues Aborigènes (dont je ne saurais malheureusement retrouver le nom) et enfin l’anglais. Nous sommes impressionnés ! Et lui demandons avec humour d’excuser notre anglais moyen.

  • Don’t pay to much attention to my skin, my color*

* : Ne faites pas trop attention à ma couleur de peau

Je sais que Ritite précise car le racisme systémique est ici hallucinant. Cela me brise le cœur qu’en 2017, un homme noir se sente obligé de dire ce genre de chose. Ce qui me réconforte un peu et me fait sourire intérieurement c’est que nous sommes cinq Français, avec quatre origines différentes. Portugais, Bolivienne, Polonais, Algériennes. J’ai envie de dire à Ritite que mon père et la moitié de ma famille n’a pas la même couleur de peau que moi. Et que c’est bien le cadet de mes soucis. Qu’entre-nous cinq, on se fiche pas mal de qui-vient-d’où.

Nous poursuivrons la soirée à écouter Ritite nous conter les merveilles de son pays. Il nous apprendra également qu’il est peintre et que c’est lui qui a crée le design sur le tee-shirt cadeau. Ritite n’a pas franchement retenu nos prénoms, alors il nous appelle « brother » ou « sister ». Et c’est bien l’impression que nous avons eu.

Ce soir-là, à Katherine et à 17 000 kilomètres de nos chez nous respectifs, nous avons passé une soirée en famille. A discuter, à rire, à débattre, à s’écouter : à partager. Merci Ritite d’avoir rendu inoubliable mon premier Territory Day dans ton pays.

Marina Hakem