Rhodes et le Dodécanèse

Leur nom (dodeka nisia) signifie « douze îles » : celles qui, en 1908, se liguèrent contre les Turcs. Kastellorizo les rejoignit plus tard, faisant passer leur nombre à treize. Après un intermède italien, elles ne sont redevenues grecques qu’en 1948. Egrenées en chapelet, on les parcourt une à une comme un jeu de l’oie plein de surprises.

Rhodes

Son nom rauque comme un soupir de taureau a du mal à rendre une douceur qui se prolonge au cœur de l’hiver. L’Ile rose traîne le souvenir intimidant de son Colosse et des rudes chevaliers qui harcelèrent les Turcs pendant 213 ans, avant de plier bagage, direction Malte.

Rhodes-ville
Bateau depuis Héraklion. 
Avion depuis Athènes.Au XIVe siècle, l’ordre militaire de l’hôpital, concurrent des templiers, fuit la Palestine face à l’avance musulmane. Il s’installe dans l’île : les « chevaliers de Rhodes » viennent de naître. Troquant le cheval pour la galère, ils s’intéressent moins à la lutte contre les Turcs qu’aux marchandises de leurs vaisseaux. Soliman le Magnifique les assiège et les déloge, en 1523. Ils laissent derrière eux un ensemble militaire et civil unique.Les remparts enserrent un réseau animé de ruelles où résonnent les rires des tavernes. Chaque portion de mur était défendue par une nationalité différente. Après le service, les chevaliers se groupaient par pays dans sept « auberges » qu’on voit dans la rue des Chevaliers. Hors des murs s’ouvrent les larges rues fleuries de la ville moderne et trois ports, avec leurs moulins.

Palace of the Grand Masters © David Spender

Palace of the Grand Masters © David Spender


Palais des Grands-Maîtres
Ouvert du mardi au dimanche de 8 h à 19 h, jusqu’à 15 h en hiver. Entrée payante.
Son et lumière d’avril à octobre, en français mercredi et dimanche. Entrée payante.C’est le palais où logeait le grand maître des chevaliers. Il a été abusivement restauré par Mussolini, qui comptait en faire sa résidence secondaire. Les vastes salles sont pavées de mosaïques mises au jour dans tout le Dodécanèse.

Hôpital des chevaliers
Ouvert du mardi au dimanche de 8 h à 19 h, jusqu’à 15 h en hiver. Entrée payante.
C’est dans cet édifice gothique que les moines-soldats soignaient les malades. Il abrite un Musée archéologique aéré, avec sa courette où miaulent les chats.

Nouvelle ville
Quittant les remparts de la vieille ville, on entre dans la nouvelle par la porte de Nea Agora, le nouveau marché, reconnaissable à son dôme blanc. A droite s’ouvre le Mandraki, le port principal devenu marina. Il est gardé par deux colonnes surmontées, l’une d’une biche, l’autre d’un cerf. Dressées par les Italiens, elles désignent l’emplacement du Colosse, tel que le voyait – de manière erronée – l’occupant d’alors. Celuici a également laissé le palais du gouverneur, de style néo-vénitien. En revanche, c’est aux Ottomans qu’on doit l’élégante mosquée de Murat Reis, qui porte le nom du chef d’état major turc tombé pendant le siège de 1523.

Kalithea
A la sortie de Rhodes-ville, blanchissent les ruines roses de cette station thermale désaffectée de l’époque fasciste. La peinture s’écaille. Les enfants crient. La plage délicieuse ensable le béton. Les platanes ont poussé à l’intérieur des piscines, ouvrant des perspectives surréalistes.

De Rhodes à… New York
Les fondations du palais des Grands-Maîtres recouvrent le piédestal du Colosse, une des Sept Merveilles du monde antique. Détruit par un séisme, cet Apollon couronné de rayons et brandissant une torche fut vendu au poids du bronze; mais il inspira la statue de la Liberté, dont il avait à peu près la hauteur.

Suivez le guide !
Pour la visite des remparts, un guide officiel attend tous les jours à 14 h 30, devant le palais.

Lindos
A 50 km de Rhodes se dresse la deuxième attraction de l’île, Lindos. 
Les escaliers courent dans le village blanc. De nombreux portails sculptés marquent les maisons de capitaines d’autrefois. Dans les courettes pâles, on sert le café sur des coussins brodés. Au-dessus, une grande forteresse des hospitaliers squatte une acropole antique (ouverte du mardi au dimanche, de 8 h 30 à 15 h) au plan étonnemment symétrique.

L’intérieur
Petaloudes, ce sont des ruisseaux à sec où des papillons noir et beurre se forment en tapis. On visite l’endroit grâce à de petites passerelles… de juin à septembre du moins, car, hors saison, les insectes désertent l’endroit. Au loin se dresse le mont couvert de pins de Profitis Ilias, idéal pour cueillir le crépuscule, à moins de rester studieux en optant pour la visite de deux autres châteaux des hospitaliers, le nid d’aigle de Monolithos et Kameiros, près du site antique homonyme.

Suivez le guide !
Sur la colline surplombant Rhodes, dans les maisons en ruines en contrebas, vous trouverez d’amusants graffitis de scènes d’auberge laissés par les soldats allemands, pendant l’occupation.

Douze apôtres

Rhodes est au centre d’une ligne de douze îles qui sont comme ses apôtres. Actives ou renfermées, saintes ou farouches, elle forment le parcours initiatique du Dodécanèse. Toutes sont reliées par bateau depuis Rhodes-ville.

Leros
C’était la base navale où le régime fasciste blottissait les derniers reliquats de sa flotte, anéantie à Tarente, en 1940. Près du port, l’occupation italienne a laissé la trace d’avenues rectilignes et de maisons bien dans le goût de l’époque. Non sans quelque mépris, les habitants semblent bouder ce mauvais souvenir pour vivre dans les maisonnettes, sur les hauteurs.

Simi
Simi est facile à visiter si l’on ne dispose que d’un jour de liberté : un petit bijou avec ses maisons carrées posées entre les rochers. Ses habitants vivent toujours de la pêche des éponges. Avec un sens du commerce typiquement grec, certains ont émigré sur le golfe du Mexique, à Tarpon Springs, où ils pratiquent la même activité.

Kos
Avion depuis Athènes.
Kos possède le plus ancien asklepeion (centre de soins) connu. Normal : Kos est l’île natale d’Hippocrate. Le père de la médecine chevauchait de village en village, pour offrir la santé aux plus humbles. Son génie, c’est d’avoir mis tous les organes des sens au service du diagnostic, et de tenir compte, dans ses soins, de l’environnement du malade : l’eau bue, la nourriture, l’affection des proches…Au sud se trouve le « S » de Tilos, et la paisible Nisiros, avec son monastère blanc qui joue les équilibristes sur le vieux cratère.

Patmos
Après Kalymnos et Leros, le ferry atteint la plus nordique des îles, Patmos. C’est l’endroit où un certain Jean rédigea le Livre de l’Apocalypse, vers 95 de notre ère. Pour honorer sa mémoire, un monastère (Agios Ioannis) aux allures de château de sable, cerné par les maisons blanches à arcades si typiques de l’île, écrase Patmos de sa masse. Près de Skala, on visite la grotte où le mystique aurait eu ses visions.

Karpathos
Avion depuis Athènes.
A mi-chemin entre la Crète et Rhodes, cette île sauvage est un souvenir vivant de l’époque des envahisseurs doriens : dans certains villages, on parle encore leur langue et reste farouchement attaché aux traditions. Le port principal n’a pourtant guère à voir avec l’architecture locale. Il a été construit avec les fonds venus des généreux Karpathiens partis amasser quelques fortunes aux Etats-Unis. Au sud-est se trouve la petite Kasos.

Komboloi
Certains peuples jouent avec des boules ou font claquer un éventail. En Grèce, on achète un komboloi dans un kiosque à journaux et on le tripote toute la journée. Chapelet sans valeur religieuse, le komboloi fait entendre son cliquetis à tous les niveaux de la société : pope obscur ou armateur en vue, chacun passe son stress en égrennant ses perles de plastique ou d’ambre, exécutant des tours d’adresse auxquels il est malvenu de prêter attention.

Astipalea
Table des dieux de la mythologie, sorte de Terre-Neuve pour le pêcheur latin, cette île en forme de cerneau de noix est déjà presque une Cyclade. Les moulins à vent accrochés à ses collines, les maisons blanches, ajoutent la touche nécessaire, et même le château vénitien est au rendez-vous.

Damiers, version « clim » 
Fruit d’un art aussi élégant que simple qui remonte au moyen âge, la hoklakia est un pavement de mosaïque bichrome. Elle est typique du Dodécanèse : couvrant les cours et les parvis, la hoklakia est constituée de galets noirs et blancs, rouges quelquefois. Les motifs sont souvent des frises de vagues ou d’élégantes rosaces, des fleurs ou des arbres stylisés, des scènes de genre grossièrement dessinées ou des transcriptions de la mythologie. Lorsqu’il fait chaud, les riverains recouvrent ces revêtements d’eau fraîche, dont l’évaporation entraîne une climatisation aussi efficace que rudimentaire. On verra les plus beaux exemplaires de hoklakia à Lindos (sur l’île de Rhodes) et à Nimporio (île de Halki).

Kastellorizo
Arriver ici, c’est avoir l’impression qu’on va déranger un jeu de cubes. Les petites maisons blanches à volets multicolores s’alignent sous une vieille église à clochetons et une colline aride. A quelques brasses de la Turquie, c’est la terre la plus orientale de la Grèce. La pierre rousse de son sol permit de construire son château en rouge, d’où son nom italien donné par les chevaliers de Rhodes, Castello Rosso, et déformé en Kastellorizo. Occupée par les Italiens depuis 1912, elle a été évacuée par eux pendant la Seconde Guerre mondiale. L’armée vaincue a passé la rage de ses revers stratégiques, pillant et incendiant l’île. L’œil averti en verra amplement les traces. Dépourvue de plages, Kastellorizo est cependant idéale pour ceux qui aiment la mer… dans sa version plongée. La faune sous-marine y est très riche et en surface, le phoque moine est parfois de la partie.

 

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