La Jordanie est l’un des pays arabes ayant le plus fait pour la préservation de sa faune et de sa flore. Le royaume hachémite concentre en effet un étonnant cocktail de milieux environnementaux (montagnes, vallées, oasis, wadis). Le braconnage et l’urbanisation sont responsables de la disparition d’une vingtaine d’espèces en un siècle. Depuis le milieu des années 1960, conscients de l’importance de préserver leur patrimoine naturel, les Jordaniens ont créé de grandes réserves dirigées par des instances professionnelles. La Société royale pour la protection de la nature (RSCN) veille sur des espaces protégés dans lesquelles la faune et la flore peuvent s’épanouir, et s’évertue à réintroduire des espèces disparues. C’est le cas de l’oryx, une race de très belles antilopes aux longues cornes incurvées. La RSCN gère plusieurs réserves naturelles. C’est par elle qu’il faut passer pour visiter ces sites (www.rscn.org.jo).

Biodiversité de la Jordanie

Forêt de Dibeen
Cette réserve, créée en 2004, est la plus récente et l’une des plus petites. Elle se situe à 15 km au sud de la cité romaine de Jérash. Elle est principalement consacrée aux pins d’Alep et aux chênes verts. En matière de faune, elle abrite des espèces en danger, comme l’écureuil roux, ainsi que le loup gris et la hyène rayée. Ses richesses ornithologiques sont également importantes puisque les forêts denses accueillent tout un ensemble d’oiseaux rares des régions boisées. Le parc est traversé de courts sentiers de randonnée.

Marécages d’Azraq
A 500 m au sud de la ville d’Azraq. Ouvert tlj. Entrée payante (billet couplé avec la réserve de Shaumari).Dans l’oasis d’Azraq, vaste étendue de marais située en plein désert semi-aride jordanien, seuls 12 km2 ont été protégés, alors qu’il y a des millénaires le bassin d’Azraq représentait 12 0000 km2 (plus que le Liban !). Des dommages écologiques irréversibles résultent du pompage intensif de l’eau fossile pour assurer les besoins des agglomérations d’Amman et d’Irbid, en pleine expansion depuis la Deuxième Guerre mondiale. Dans les années 1990, il a fallu aller chercher l’eau jusqu’à 10 m sous le niveau du sol, alors qu’elle était encore en surface une génération auparavant. Alors que l’oasis comptait 35 0000 oiseaux en 1967, ils n’étaient plus que 1 200 en 2000. La RSCN tente d’inverser la tendance. Quelque 300 espèces d’oiseaux migrateurs, dont des rapaces, continuent de transiter par l’oasis durant leur périple entre l’Asie et l’Afrique. Parmi les espèces présentes figure le roselin du Sinaï, l’oiseau national de la Jordanie.

Réserve de Shaumari
A 10 km au sud-est d’Azraq. Prendre la route pour l’Arabie Saoudite sur 5 km, puis tourner à droite au panneau. Ouvert tlj de 7 h 30 à 21 h 30. Entrée payante. 
D’une superficie de 22 km2, la réserve de Shaumari a été créée en 1975 pour réintroduire des espèces en voie d’extinction ou disparues du désert jordanien. Elle abrite aujourd’hui des animaux dont certains sont les plus rares du Moyen-Orient, comme les gazelles, les autruches ou les oryx. Les programmes de reproduction mis en place ont permis de réintroduire des couples d’oryx dans le wadi Rum. Aujourd’hui, une tour d’observation permet d’observer la faune avec des jumelles. C’est tôt le matin que l’on a le plus de chance de les apercevoir.

Wadi Mujib - Jordan © Trilli Bagus

Wadi Mujib – Jordan © Trilli Bagus

Réserve du wadi Mujib
A 125 km au sud-ouest d’Amman. Il faut louer une voiture ou un taxi pour s’y rendre Ouvert tlj. Entrée payante. 
Cette zone est l’une des plus basses du monde (400 m sous le niveau de la mer). Elle est située dans les profondes gorges du wadi Mujib qui plongent dans la mer Morte. Cette réserve présente également une variation de 1 300 m, puisqu’elle culmine à 900 m dans les montagnes de Karak et Madaba. Cette variation associée à la présence de l’eau toute l’année dans la vallée permet une biodiversité exceptionnelle (420 espèces de plantes, 102 espèces d’oiseaux migrateurs et 10 espèces de carnivores ont pu être recensés). Les sentiers de randonnée, dont certains rejoignent les piscines naturelles de Malaqi, ne sont praticables qu’avec un guide (par soucis de sécurité et de préservation de l’environnement). Ils sont rendus dangereux par les possibles crues et il faut être bien entraîné (chemins escarpés, traversée de cours d’eau, chaleur extrême, etc.). Les vues sur la mer Morte sont magnifiques. La réserve compte un élevage d’oryx.

Réserve du wadi Dana.
A 60 km au nord de Petra, sur le chemin de la route des Rois. Louer une voiture ou un taxi pour s’y rendre. Ouvert tlj. Entrée payante. 
Dana est un petit village de maisons de pierre. Il est situé à la lisière de la réserve naturelle du wadi Dana, véritable joyau de la Jordanie. La plus vaste réserve du pays offre un écosystème d’une diversité incroyable : sites archéologiques (anciennes mines, tombeaux nabatéens, grottes, églises), falaises, wadis, palmeraies, cascades, 600 espèces de végétaux, 180 d’oiseaux, 45 de mammifères, etc. Ce site qui redonne toute sa valeur à l’expression « Paradis terrestre » s’étend sur 308 km2, passant de 1 200 m à 200 m sous le niveau de la mer dans la vallée du Rift jordanien. Le centre d’accueil des visiteurs vend les produits bios des jardins du village de Dana ainsi que de la poterie et des bijoux fabriqués par les Bédouins locaux. Dans le même bâtiment, un écomusée propose un parcours pédagogique qui sillonne les sentiers de la réserve. Les balcons de la Guest House, l’hôtel de la réserve, offrent des vues incomparables sur le paysage.

L’observation des oiseaux
A cause de son emplacement géographique, dans le prolongement de la vallée du Rift, la Jordanie est un lieu de passage pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs. Plus d’un demi million de volatiles y transitent, entre la Russie et l’Afrique et pas moins de 380 espèces ont été recensées.

Quels oiseaux observer ?
Le désert oriental abrite plusieurs espèces de vautours et de perdrix. On y compte aussi des alouettes, des sirlis du désert et des bouvreuils. Dans l’oasis d’Azraq se trouvent un grand nombre d’oiseaux aquatiques dont les hérons, les aigrettes et les busards, ainsi que les martins-pêcheurs. Le wadi Dana abrite aussi des faucons. Au bord de la mer Morte vivent des moineaux et des perdrix. Dans le nord du pays, on peut observer des fauvettes et des souimangas de Palestine. Le long de la route des Rois nichent des aigles de Bonelli, des chouettes de Butler, des traquets, des bruants et des corbeaux. Enfin Aqaba, au bord de la mer Rouge, est une étape prisée des oiseaux migrateurs.

Comment les observer ?
La RSCN organise des excursions à la demande pour les amateurs d’ornithologie (tourism@rscn.org.jo). C’est sans conteste à l’oasis d’Azraq et dans la réserve naturelle de Shaumari que se trouvent les plus beaux spécimens et le plus grand nombre d’oiseaux. A Azraq, le sentier baptisé Marsh Trail (sentier des marais) permet de traverser la réserve en une trentaine de minutes et permet d’observer les oiseaux d’assez près. A Shaumari, une tour d’observation dotée d’un télescope permet de voir les oiseaux sans les approcher. Au printemps ou au mois de décembre, on peut y voir des aigles royaux.

Comment les protéger ?
Plusieurs espèces sont menacées de disparition en Jordanie, telles que le canard marbré, l’aigle impérial, l’outarde ondulée et le faucon crécerellette. Le martin-pêcheur, un temps menacé, est désormais sauvé grâce aux efforts de préservation de l’oasis d’Azraq. Ceux qui le désirent peuvent adhérer à la RSCN et bénéficier d’une réduction de 20 % sur l’hébergement et 50 % sur les entrées dans les réserves. Ils peuvent aussi « adopter » un animal d’une espèce menacée moyennant 50 dinars par an.