La pratique religieuse a longtemps été brimée par la Révolution, par essence laïque, voire anticléricale. Mais les choses ont changé et l’on peut constater un certain réveil, même si on le qualifie de « mode ». En avril 1988, Fidel Castro aurait accepté l’importation de 30 000 bibles en langue espagnole et augmenté le quota de religieux étrangers, notamment protestants, dans la république ; depuis des années, le Livre Saint était, paraît-il, introuvable. Officiellement, on vous affirmera que toutes les « églises » sont libres, y compris la maçonnerie’ La religion dominante est toujours le catholicisme, qui, même s’il n’est pas pratiqué fiévreusement, imprègne toujours de nombreux actes de la société cubaine d’aujourd’hui. Il s’est bien sûr implanté avec les Espagnols. Les églises qu’on pourrait qualifier d’actives ont cependant des horaires d’ouverture assez restreints. Nombreuses sont celles qui ont été transformées en édifices civils. 
Les relations avec le Vatican n’ont jamais été interrompues et il y a quelques centaines de prêtres catholiques en permanence dans l’île exerçant leur ministère. Le 19 novembre 1996, le pape Jean-Paul II recevait Fidel Castro au Vatican et le couronnement de cette évolution fut la visite du Saint-Père à Cuba en janvier 1998.

L'église de l'Ange Custodio à côté du musée de la révolution © Tony Hisgett

L’église de l’Ange Custodio à côté du musée de la révolution © Tony Hisgett

Les protestants, toutes nuances confondues, seraient au nombre de 100 000. Les religieux protestants sont autorisés à exercer des activités de santé. La communauté juive compterait 1200 personnes que l’on appelle ici les Hébreux (hebreos). Ce sont surtout des sépharades (sefaraditas), pour la plupart d’origine gréco-turque (turcos), et souvent âgés. La santería, le vaudou à la cubaine, est surtout pratiquée dans les populations noires, notamment celles d’origine haïtienne. Certains la rapprochent aussi du candomblé et de la macumba du Brésil. Classons, à la mode des guides cubains, la Maçonnerie dans cette rubrique’ L’importance des Maçons et de la Maçonnerie dans la formation de la nation cubaine indépendante a été grande (José Marti, le Père de l’Indépendance était Maçon). Dans presque toutes les grandes villes cubaines, il existe une loge maçonnique gardant tous les ornements rituels exposés à l’extérieur. Nous n’avons pas pu trouver d’information sur leur fonctionnement actuel.

La Santería ou le vaudou à la cubaine

À Cuba, les pratiques de santería furent introduites par les premiers esclaves noirs et durent encore aujourd’hui par simple transmission orale. Pour conserver leur identité culturelle, les esclaves devaient camoufler leurs divinités par des noms de saints chrétiens avec lesquels il y avait une certaine similitude. De cette manière, ils pouvaient organiser, sans trop de risque devant les maîtres, des cérémonies religieuses. Ce fait ne troublait pas tellement le clergé catholique de l’époque, d’où une interpénétration certaine de la religion catholique avec la santería.
On trouve les adeptes de la santería surtout dans la partie orientale du pays, dans les zones où sont arrivés les premiers esclaves. Le centre encore le plus actif est certainement Santiago de Cuba. Il est évident cependant que l’éducation massive et marxiste a pu faire reculer certaines pratiques de santería, comme cela s’est également produit avec les religions judéo-chrétiennes.
Lorsqu’un initié souhaite rendre hommage à une divinité qu’il adore, il organise une fête où interviennent des instruments à percussion, où des chants rituels sont chantés et où les danseurs par leurs vêtements et leurs mouvements imitent les dieux. Pour ces fêtes en l’honneur du saint, les non-croyants sont admis. Au fur et à mesure que la force et la cadence des percussions se font plus denses, les initiés entrent progressivement en catharsis ou autosuggestion. Une divinité a alors pris possession de leurs corps. 
Ils se mettent ensuite à danser comme le ferait, selon la tradition, la divinité en question elle-même ; ils annoncent alors des prophéties. Les danses sont généralement accomplies dans certains vêtements déterminés par la tradition. Le chant occupe une grande place dans ces cérémonies. Il existe des chants généraux pour tout le panthéon et des chants spécifiques à l’invocation de certaines divinités seulement. 
Au début de la cérémonie, le tambour et les voix invitent les divinités à assurer par leur présence le succès de la fête. Selon le rite, la présence du dieu ou de la déesse est effective lorsqu’un danseur tombe en transe ou en autosuggestion. Le dieu ou la déesse prend alors possession du corps du danseur, révèle des prophéties. Des offrandes sont faites aux divinités qui, en retour, les offrent aux participants, et aux chanteurs comme symbole d’abondance.

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