Soucieuse de développer une identité politique qui fasse d’elle un membre à part entière dans la communauté des Etats du Pacifique Sud, la Polynésie française a, depuis quelques années déjà, compris que son accession à une autonomie élargie de la tutelle républicaine passait immanquablement par une certaine maturité économique et un renforcement de son identité culturelle.

Economie 

Longtemps restée l’enfant gâté de la République, la Polynésie française a peu à peu réussi à se bâtir une liberté économique en même temps qu’elle peaufinait son autonomie politique vis-à-vis de son ange gardien tutélaire. Elle possède aujourd’hui l’un des PIB par habitant les plus élevés du Pacifique Sud, Australie et Nouvelle-Zélande comprises. Cependant, la manne des redevances de l’Etat français pour le Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique évanouie, la Polynésie se retrouve – presque – livrée à elle-même pour subvenir aux besoins de ses habitants (exonérés de tout impôt). Heureusement, même si la France demeure encore très présente dans l’équilibre budgétaire du territoire, la Polynésie n’est pas dénuée d’atouts, dus en grande partie à sa situation privilégiée au cœur d’un Pacifique ensoleillé.

Le tourisme 
Au premier rang de ceux-ci, le tourisme fait chaque année un pas supplémentaire vers les cimes (près de 180 000 visiteurs) et a permis le lancement du premier avion de la compagnie territoriale Air Tahiti Nui.Malgré un prix moyen du billet qui a considérablement baissé lors de ces dix dernières années, Tahiti et ses îles demeurent une destination chère. Les investissements des professionnels du tourisme et des réceptifs ne cessent cependant de croître et les infrastructures se multiplient, à terre (chaînes hôtelières) comme en mer (croisiéristes).

La perliculture 
Deuxième fer de lance de l’économie, mais premier au titre des exportations (plus de 70 % pour plus de 9 tonnes en 2006), la perliculture a aussi fait le renom du territoire grâce à l’appellation joaillière de « perle de Tahiti ». La progression et l’amélioration de la production ces dix dernières années ont permis de fonder les meilleurs espoirs quant aux perspectives de développement et de rentrées de devises offertes par ce secteur qui reste néanmoins fragile par son aspect naturel.

La pêche 
Troisième revenu du territoire, la pêche est longtemps restée au stade artisanal avant de subir une profonde mutation au début des années 1990.
Consommée presque entièrement par les Polynésiens eux-mêmes pendant longtemps, la production mise sur un développement à plus de 10 000 tonnes, dont la majeure partie sera destinée aux marchés extérieurs. Il faut aussi signaler une aquaculture de crevettes et de chevrettes (eau douce), qui recouvre le tiers des importations.

L’agriculture 
Ressource traditionnelle des atolls,
 elle a souffert de l’absence de politique globale d’aménagement des sols et de l’effondrement des cours du coprah (huile tirée de la noix de coco séchée). Mais la tendance serait à l’embellie, notamment avec la culture du noni (ou nono, 8 000 tonnes exportées en 2006), fruit très prisé par l’industrie pharmaceutique et cosmétique. Dans les îles hautes, la vanille est souveraine, notamment depuis que ses cours flambent. Restent les fleurs, surtout celles dont sont extraites les essences (tiare, frangipanier…) qui vont embaumer le célèbre monoi de Tahiti (à base d’extraits de noix de coco).

Hā: Breath of Life © Burt Lum

Hā: Breath of Life © Burt Lum

Institutions politiques et administratives 

Le nouveau statut d’autonomie en vigueur depuis 2004 fait de la Polynésie française un Pays d’Outre-mer au sein de la République, qui se gouverne librement et démocratiquement. En d’autres termes, elle possède son hymne, son drapeau, en parfaite coexistence avec ceux de la France, mais l’état civil, les finances, les relations internationales, ainsi que la défense, le maintien de l’ordre et l’exercice de la justice relèvent de la République, cette dernière étant représentée sur le territoire par un haut-commissaire nommé par le gouvernement français.
Pour l’éducation, la santé, l’emploi, la protection sociale, l’économie, les transports, le commerce, le tourisme, la fiscalité, l’urbanisme, l’environnement…, la Polynésie fait appel à trois institutions majeures : l’Assemblée territoriale, forte de 41 représentants des divers archipels élus au suffrage universel, qui vote le budget tout en contrôlant le pouvoir exécutif (c’est elle qui élit le président du territoire) ; le gouvernement exécutif du territoire, dirigé par un président, entouré de ministres, qui promulgue des arrêtés et en transmet les projets à l’Assemblée pour délibération ; et le Conseil économique et social, consultatif depuis 1977, composé des représentants du tissu économique, social et culturel des archipels, qui donne son avis et ses recommandations au gouvernement.
Un projet de loi constitutionnelle a été adopté en 1999 pour faire de la Polynésie un pays d’outre-mer, augmentant les compétences du territoire et permettant à l’Assemblée territoriale de jouir de pouvoirs législatifs élargis. La Polynésie est enfin représentée à Paris, à l’Assemblée nationale et au Sénat, par deux députés et un sénateur.

Robert Wan, le pape de la perle 
Millionnaire à soixante-cinq ans passés, Robert Wan assure à lui seul plus de 70 % de la production de perles noires de Polynésie, première exportation du territoire. Si ses origines familiales sont chinoises, c’est par ses amitiés japonaises qu’il s’intéresse, dès 1974, à la culture de la perle noire. Il achète une ferme, puis un atoll, puis deux… Devenu plus de vingt-cinq ans plus tard le principal employeur de Polynésie et l’un de ses plus gros investisseurs, le président de Tahiti Perles, instigateur du musée de la Perle à Papeete et récent fondateur de la deuxième compagnie aérienne intérieure, est aujourd’hui à la tête d’un patrimoine foncier et financier sur lequel il reste, discrétion orientale oblige, muet comme une carpe.

Population 

Pluriethnique, la société polynésienne est bien à l’image de sa situation au beau milieu du Pacifique, à un carrefour de migrations et de routes transocéaniques. Deux siècles de métissage continu l’ont ainsi modifiée sans pour autant gommer ses origines asiatiques ou ses particularismes acquis au cours de la lente formation du peuple maori. Navigateurs, planteurs, pirates, aventuriers, chasseurs de baleines, colons et militaires ont tous participé au grand melting pot, constitué de Maohi (83 % de la population), Farani (Français) et Popa’a (étrangers, 12 % de la population). Même les Chinois (5 % de la population) ont trouvé là un havre d’assimilation. Certains ethnologues ne sont pas loin d’affirmer que l’âme polynésienne a ceci d’indestructible qu’elle semble pouvoir se diluer à l’infini.

Les « Demis » 
Reste que la population, même métissée, souffre de quelques distinguos. Impossible ainsi de ne pas faire référence aux « Demis » (20 % de la population), terme qui ne désigne plus uniquement l’origine du métissage Polynésien/Blanc (« Demi-Blanc ») ou Polynésien/Chinois (« Demi-Chinois »), mais davantage le statut social de l’individu, les « Demis » formant aujourd’hui une bourgeoisie urbaine où se recrute l’essentiel des fonctionnaires et des professions libérales du territoire.

L’exode vers Tahiti 
Et puis il y a la disparité entre Tahiti (74 % de la population totale avec Moorea) et les autres îles (îles Sous-le-Vent : 11 %, Marquises : 4 %, Australes : 4 %, Tuamotu-Gambier : 7 %). Tahiti, et surtout Papeete, attirent une population de moins de vingt ans à plus de 50 %. L’exode, qui tend aujourd’hui à se stabiliser, a dépeuplé de nombreux atolls lointains, créant même un début d’exclusion sociale pour une frange d’insulaires ayant du mal à s’intégrer dans le tissu socio-économique de l’île capitale.

Religion 

Malgré une certaine insouciance et une nonchalance souvent exacerbée, les Polynésiens ont conservé, du passage des missionnaires, un profond respect de la religion. Celle-ci exerce une influence réelle sur la vie quotidienne des îles. On devrait d’ailleurs dire celles-ci, puisque le paysage religieux de la Polynésie est à l’image de l’histoire de son évangélisation, à savoir pluriel.
Devenue Eglise évangélique au début des années 1960, l’Eglise protestante est à la fois la plus ancienne et la plus représentée en Polynésie française (55 % de la population), avec une prédominance dans les îles de la Société et les Australes.
L’Eglise catholique vient en deuxième position (30 % de la population), sauf aux Marquises où elle est très largement majoritaire (90 %), aux Tuamotu et aux Gambier.
Viennent ensuite les Eglises secondaires (mormons, sanitos – mormons dissidents -, adventistes du septième jour, témoins de Jéhovah…), entre 2 et 3 % chacune.
Cette diversité se traduit bien souvent sur le terrain par une multiplication des églises, y compris dans les atolls les plus reculés dont le moindre petit village peut compter deux à trois lieux de culte différents. Deux règles leur sont cependant communes : la tradition vestimentaire de la robe missionnaire à fleurs et du chapeau tressé, et les « himene », ces chants à la polyphonie inoubliable où vibre toute l’âme maohi.
Malgré tout, de nombreux Polynésiens, pour ne pas dire la plupart, favorisent la survivance de multiples croyances anciennes auxquelles ils demeurent indiciblement attachés. Ils consultent ainsi encore les tahu’a (guérisseurs) et plantent autour de leurs habitations une épaisse haie d’auti, censée éloigner les esprits maléfiques. Car naturellement, en Polynésie, tout le monde croit encore aux tupapau, ces esprits des morts qui viennent, dès le crépuscule, narguer ou menacer les vivants.

Vie sociale 

Les habitants de Tahiti et de ses îles ont su préserver un style de vie en accord avec la nature. En dehors de la zone urbaine de Tahiti, la vie quotidienne est encore bien souvent rythmée par des activités traditionnelles telles que la pêche et la culture des fruits et des fleurs. Dans les autres îles, la vie est principalement concentrée autour de l’unique village, qui s’apparente bien souvent à une communauté où la tradition d’accueil n’est pas un vain concept.

Les deux piliers de la société polynésienne 
En règle générale, un attachement à la terre et à la langue caractérise les Polynésiens.
La langue a été miraculeusement préservée grâce aux premiers évangélistes qui ont, dès 1837, traduit la Bible et apprivoisé la langue maohi par l’écriture, ciment de la pérennité des traditions orales. Mais, si l’on parle tahitien dans les îles de la Société, on s’exprime en paumotu aux Tuamotu, en marquisien aux Marquises et en mangarevien aux Gambier. Le rassemblement sous la bannière polynésienne n’empêche nullement les archipels de cultiver leurs différences.
Quant à la terre, qui se transmet de génération en génération à travers les descendances directes et les recompositions familiales après mariage, elle est protégée des investisseurs gourmands et des promoteurs peu scrupuleux par un système ancestral d’indivision, véritable imbroglio juridico-culturel qui fait les belles heures du bureau des affaires foncières du tribunal de Papeete.

La femme au cœur de la cellule familiale 
La société polynésienne fonctionne traditionnellement sur le modèle matriarcal, et la vahine (femme), fréquemment plus instruite que le tane (homme), s’occupe le plus souvent de l’économie et de la logistique de la famille, la fonction maternelle renforçant son autorité. Dédiée au fenua (la terre), tandis que la mer (maeva) est depuis toujours le domaine réservé des hommes, la femme polynésienne est devenue le chef foncier de la famille, source on ne peut plus importante de prestige et d’autorité.

Le mythe de la dernière escale 
Héritiers spirituels de Fletcher Christian, de nombreux aventuriers, voyageurs, marins ou explorateurs sont tombés dans le piège délicieux de la Polynésie. Champion de tennis, dandy parisien, héros de guerre, premier marin à traverser l’Atlantique d’est en ouest, écrivain à succès, Alain Gerbault le rebelle avait fait du Bora Bora des années 1930 son port d’attache. Navigateur émérite mais davantage philosophe, Moitessier avait abouti à cette même fuite devant une gloire triomphante à la fin des années 1960. D’autres navigateurs ont suivi (Alain Colas, Joan de Kat…), un explorateur de renommée mondiale (Paul-Emile Victor), un médecin célèbre (Pierre English, cofondateur de SOS Médecin ), un chanteur-aventurier (Antoine) et tant d’autres qui ont nourri ce mythe du havre de paix rédempteur…

Fêtes et coutumes 

Il n’est pas un samedi soir qui ne se termine en « bringue » sur la plage. De même, rares sont les hôtels qui n’organisent pas une soirée, trop souvent qualifiée de folklorique, avec un florilège de danses et chants polynésiens. Pourtant, « folklorique » n’a, dans ces îles merveilleuses, rien d’artificiel ni de suranné. Les Polynésiens aiment faire la fête. Ce trait de caractère indéniable trouve son origine dans une histoire culturelle riche où les activités sportives le disputaient au divertissement.

Les « heiva » 
Les heiva (fêtes) font partie du patrimoine des archipels depuis bien avant l’arrivée des premiers Européens : courses de pirogues, matchs de lutte, concours de lancer de javelot ou de tir à l’arc et, le plus important, festivals de danse étaient organisés. La danse était à l’époque directement liée à tous les événements de la vie quotidienne. Ainsi dansait-on pour implorer les dieux, accompagner les rites religieux, défier un ennemi, accueillir un visiteur ou simplement manifester sa joie. Aujourd’hui, toutes ces traditions, de même que la réminiscence des anciennes luttes claniques, trouvent un écho retentissant lors du heivaannuel institué autour du… 14 juillet républicain, durant lequel s’affrontent les clubs, municipalités et villages d’une même île, qui délègue son champion au heiva suprême à Tahiti.

Quelques traditions 
Les fêtes du heiva sont l’occasion de renouer avec des traditions vestimentaires qui n’ont plus cours aujourd’hui. Les hommes portent le more, pagne court, de grandes coiffes ou des couronnes de feuilles. Les femmes évoluent en paréo ou dans des pagnes tressés avec des fibres végétales et ornementés de nacre, de coquillages, de fleurs ou de plumes. Pour certaines danses, elles revêtent la robe missionnaire dont les imprimés colorés sont devenus l’un des symboles de la Polynésie « moderne ».
Le collier de fleurs est un autre héritage chatoyant et parfumé de la tradition d’accueil des archipels et le premier symbole fort que tout arrivant reçoit en gage de bienvenue. Il est également une coutume qui veut que l’on affiche sa liberté ou son attachement à une personne en glissant une fleur de tiare derrière l’oreille droite ou derrière l’oreille gauche.
Les traditions festives s’accompagnent le plus souvent de rites culinaires où les convives se retrouvent autour d’un grand tama’ara’a, équivalent tropical de notre sacro-saint repas dominical. Quand l’événement est suffisamment important, le lagon résonne des échos d’une pêche aux cailloux, certainement l’une des traditions les plus hautes en couleur de Polynésie, tant par le cadre magique où elle se déroule que par le véritable ballet aquatique que les participants exécutent.

Art et culture 

Le « tiki » et la sculpture 
Si le « tiki » demeure sans conteste la référence artistique la mieux connue de tout un chacun, rares sont ceux qui savent que ces sculptures anthropomorphes en bois, en corail ou en pierre avaient jadis une signification religieuse. On retrouve ainsi le tiki associé à des éléments d’architecture, à la proue ou à la poupe des pirogues, ou encore intégré dans des objets de la vie courante (peignes, éventails, bijoux, instruments de musique…). On le retrouve aussi dans les pétroglyphes, ces gravures ancestrales qui ornent encore quelques rochers inaccessibles ou préservés. On le retrouve enfin comme décoration sur le tapa,étoffe végétale fabriquée à base d’écorce de mei battue qui servait de vêtement et de symbole social, religieux, funéraire, et d’étalon de la richesse d’un individu ou d’un groupe en étant associée aux cadeaux et aux échanges entre familles ou personnalités.
La sculpture est certainement la forme artistique la plus présente en Polynésie et, outre les tiki, les artistes polynésiens produisent un éventail assez large d’objets – plats, pagaies, lances, casse-tête, animaux marins tels que tortues et dauphins… Si la matière travaillée est le plus souvent le bois ou la pierre, les Marquisiens ont depuis longtemps développé une sculpture sur os d’une finesse et d’une précision parfois remarquables.

Les tissus et les bijoux 
Outre le tapa, le pareu (paréo) arbore ses couleurs vives et ses motifs où, traditionnellement, l’élément végétal domine, à la plage comme à la ville.
Les bijoux sont réalisés à base de coquillages, de nacre, de dents de cétacés ou de requins, d’os, sans parler de la fameuse perle noire que rêvent d’arborer toutes les vahine faisant leur entrée dans le monde.

La vannerie et le tressage 
Très ancien, cet art, commun à de nombreuses îles, s’exprime à Tahiti sous la forme de paniers, de bracelets, de colliers et surtout de chapeaux, en fibre de coco ou en feuilles de pandanus.

Le tatouage 
La véritable spécialité artistique de Tahiti et de ses îles, c’est le tatouage, héritage culturel venu de la nuit des temps et qui, dans la société polynésienne pré-européenne, était non seulement une marque de beauté mais faisait partie des exigences sociales. Encore une fois, c’est aux Marquises que cet art était le plus raffiné et le plus développé : un Marquisien pouvait être entièrement tatoué, y compris sur le visage et… sur la langue, ce qui, lorsque l’on connaît les techniques utilisant des aiguilles pointues en os ou en écaille, montre un certain stoïcisme. Si, par le passé, le tatouage était une marque d’appartenance à un clan, à une île ou à un archipel, il semble qu’il soit devenu aujourd’hui un moyen d’affirmer une certaine identité pour une jeunesse qui cherche à préserver les signes originaux de sa culture tout en se tournant vers l’avenir.

La Polynésie vue par les artistes 
Dans le sillage de Bougainville et de son Journal de voyage décrivant Tahiti comme la « nouvelle Cythère », de nombreux écrivains ont été attirés par les charmes de la Polynésie française, parmi lesquels Herman Melville, Victor Segalen, Robert Louis Stevenson, Jack London, Pierre Loti, Rupert Brooke, Sommerset Maugham, Charles Nordhoff, James Norman Hall et James Michener. Le plus célèbre des peintres y ayant séjourné est naturellement Paul Gauguin. Parmi les films tournés dans l’archipel, citons Tabou (1929), Les Mutinés du Bounty (1935), Les Révoltés du Bounty (1962), Hurricane (1979), Bounty (1984) et Love Affair(1994). Côté chanson, la Polynésie et plus particulièrement les Marquises ont été irrémédiablement marquées par Jacques Brel, qui repose dans le même cimetière que Gauguin, à Hiva Oa.