Terre d’accueil et d’ouverture, le Jordanie ne cesse d’affirmer sa place dans le monde moderne, tout en conservant la richesse de son patrimoine et de ses traditions.

Economie

L’économie jordanienne est handicapée par sa situation géographique : outre l’absence de ressources naturelles, tout débouché lui fut longtemps interdit à l’ouest pour cause de guerre avec Israël ; l’afflux de réfugiés palestiniens n’arrangea pas la situation. De plus, le royaume a payé son soutien à l’Irak pendant la guerre du Golfe de 1991par l’expulsion de ses immigrés installés dans les monarchies pétrolières. Elle a ainsi perdu une source importante de devises, et toute son activité économique s’en est trouvée ralentie. La chute de Saddam Hussein en 2003 a eu des répercussions importantes sur la Jordanie, notamment en entraînant un afflux important de réfugiés irakiens venus échapper au chaos et à la guerre civile dans leur pays.

La guerre pour l’eau ?

Alors que des accords politiques se dessinent entre les Etats arabes et Israël, l’or bleu pourrait bien, selon les experts, être à l’origine de nouvelles guerres dans la région. Tous ces Etats manquent d’eau, même si les montagnes libanaises sont recouvertes de neige. En 1964, l’Etat hébreu a détruit un projet syro-libanais visant à modifier le cours de la source du Jourdain. Le partage des eaux du Litani et du Yarmouk est une question vitale pour le Liban et la Jordanie. Quant à la Syrie, elle accuse la Turquie d’avoir réduit le débit de l’Euphrate et s’oppose farouchement à tout autre projet de barrage.

Population

L’immense majorité de la population de la région est arabe, ce qui ne présume ni d’un mode de vie (nomade ou sédentaire), ni d’une religion, mais d’une langue maternelle commune. Cependant, tout voyageur aura le loisir de l’observer : la Jordanie, la Syrie et le Liban offrent un large panel – certains diront mosaïque – de groupes ethniques et religieux différents. Un critère est fondamental pour comprendre le fonctionnement de ces sociétés : l’appartenance à une famille, un clan, une tribu. 
Sédentaires et Bédouins, chrétiens et musulmans, Jordaniens et Palestiniens : que de groupes différents en Jordanie qui compte près de 6 millions d’habitants à 90 % musulmans ! Les Bédouins, « habitants du désert » et soutien indéfectible de la lignée hachémite, se divisent en tribus régies par un cheikh. Deux d’entre elles possèdent un poids démographique et politique d’importance : les Houietates, du sud, et les Beni Sakhr, du centre.
Elles ont des places assurées dans l’armée ou la police et, aujourd’hui, bien peu sont encore nomades : moins de 1 % de la population jordanienne ! Elles ont troqué leurs chameaux contre des camions, mais ici et là, on voit encore les tentes noires traditionnelles. Les Palestiniens constituent un quart de la population. Seuls 6 % d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés, les autres sont non seulement intégrés, mais participent pleinement à la société, d’autant que leur exil forcé les a poussés à s’investir dans l’éducation. Ils forment la population la plus diplômée du Proche-Orient.

Les Bédouins

Ces Arabes du désert, ces nomades ont, par leur participation à la révolte arabe de 1916 puis par leur soutien au régime hachémite, contribué à façonner le visage actuel du Bilâd al-Châm. De moins en moins nombreux (300 000 en Syrie, 40 000 en Jordanie), ils ont remplacé, pour leurs transhumances, leurs chameaux, animaux de bât et de transport traditionnels, par des camions. Longtemps, les Bédouins ont incarné les valeurs de l’idéal arabe : honneur, courage, fidélité, simplicité. Pour beaucoup sédentarisés, ils ne se différencient plus guère – en apparence du moins – de leurs concitoyens. Parfois, une tente plantée à côté d’une maison en dur rappelle l’origine de telle ou telle famille.

 

Institutions politiques et administratives

Depuis la création de l’Etat, la Jordanie est un régime monarchique parlementaire. Trois rois se sont succédé à la tête du royaume : Abdullah le fondateur, son petit-fils Hussein, surnommé affectueusement « le petit roi », et enfin, depuis le décès de ce dernier, son fils Abdullah II. C’est le roi qui nomme le Premier ministre. Le Parlement, représentation nationale, compte 80 membres. Particularité de la monarchie hachémite : à l’instar des anciens souverains arabes, le roi a conservé le goût du contact direct avec ses sujets. Le roi Hussein les recevait, le roi Abdullah aime à se promener incognito, et souvent déguisé, dans le pays, pour en prendre la température.

Religion

L’islam

La religion majoritaire dans toute la région est l’islam, apportée par les troupes arabes. Dernière née des grandes religions monothéistes, elle fut révélée au viie siècle au prophète Mahomet (Mohammed, en arabe) par l’ange Gabriel, qui lui dicta le Coran, le Livre saint. L’islam repose sur cinq piliers, cinq devoirs : la profession de foi, les cinq prières quotidiennes, l’aumône, le jeûne du ramadan et le pèlerinage à La Mecque, ou hajj. Dès le siècle suivant la mort du prophète, la communauté musulmane (Oumma) s’est scindée en deux grands courants : sunnites et chiites. Contrairement aux sunnites, les chiites se sont dotés d’un clergé, les imams. S’ils sont largement minoritaires dans la région, leur parti politique le plus connu, le Hezbollah, joue un rôle de premier plan. Les Alaouites sont issus du chiisme. Longtemps persécutés, ils gardent jalousement le secret de leurs origines et de leur dogme. Autre branche de l’islam chiite très secrète et longtemps persécutée : les Druzes. Très unis et très solidaires, ils se marient uniquement entre eux.

Le christiannisme

C’est cette terre qui a vu naître et se développer le christianisme. C’est aussi dans les eaux du Jourdain que Jésus Christ s’est immergé pour son baptême. Avec son petit groupe de fidèles, il a parcouru ces chemins de Syrie, du Liban et de la Jordanie pour prêcher la nouvelle religion. Mais, comme les musulmans, les chrétiens d’Orient ont oublié l’unité primitive et se sont divisés en plusieurs obédiences. La plupart relèvent du rite oriental, des Grecs orthodoxes aux nestoriens. L’Eglise maronite, née au viie siècle en Syrie, est, elle, directement rattachée à Rome.

Vie sociale

« Individualisme » : voilà un mot inconnu dans la région. L’individu, ici, s’insère dans un réseau fort complexe d’appartenances familiales, géographiques (à l’échelle d’un quartier ou d’une région), claniques, communautaires et religieuses. Les familles mononucléaires sont d’autant plus rares que les logements sont chers. Les grands-parents s’occupent des enfants, les jeunes des vieillards. La famille, pour étouffante qu’elle puisse parfois paraître, est gage de sécurité. Cette solidarité s’accompagne d’une sociabilité étonnante pour les visiteurs occidentaux : ici, il n’est pas nécessaire de prévenir avant de passer, et les visites peuvent se prolonger longtemps, autour d’un café ou d’un thé. Faillir à l’hospitalité, c’est commettre plus qu’une faute : une insulte. Aussi, on ne refuse pas une invitation, sinon en y mettant une foule de formes… Traditionnellement, ces sociétés sont patriarcales et conservatrices.
L’honneur d’une famille repose également sur la conduite exemplaire de ses femmes. Mais le temps est loin où elles étaient cloîtrées : à Amman, à Beyrouth, à Damas des femmes portant le voile traditionnel croisent d’autres femmes en jeans, les cheveux au vent. Nombre de jeunes filles fréquentent l’université, puis travaillent. Le mariage reste cependant le moment essentiel de leur vie et donne lieu à de grandes festivités, qui s’étalent sur plusieurs jours et pour lesquelles les familles se saignent à blanc. La crise économique a donc pour conséquence une augmentation de l’âge du mariage : 30 ans en moyenne. Dans les classes sociales les plus élevées, il se déroule dans les grands hôtels, avec plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’invités.

Les cafés et les hammams

Hauts lieux de la sociabilité masculine, les cafés appartiennent pleinement au paysage urbain. Jeunes et vieux s’y côtoient ; on y déguste pendant des heures le café (turc), le thé (sucré), on y fume le narguilé (pipe à eau), on y joue, surtout : aux cartes, aux dominos, au tric-trac. Les hammams ont disparu de Jordanie, mais cette tradition qui allie rencontre, détente et propreté se porte bien en Syrie. Les mères, paraît-il, viennent regarder les jeunes filles et choisir celle qui pourrait devenir leur bru…

Fêtes et coutumes

Les fêtes islamiques n’ont pas lieu à des dates fixes puisque le calendrier musulman est lunaire et non solaire. Etant donné la cohabitation de deux religions monothéistes, les fêtes religieuses les plus importantes sont célébrées par les chrétiens et par les musulmans. C’est le cas de Noël qui, pour les orthodoxes, se situe le 6 janvier ; c’est le cas également pour l’Aïd al-Kebir, l’une des fêtes les plus sacrées du calendrier musulman. Elle commémore le sacrifice d’Abraham : c’est pour cette raison que chaque famille sacrifie traditionnellement un mouton. Elle se déroule quarante jours après la fin du ramadan, mois sacré du jeûne au cours duquel il est interdit d’absorber quoi que ce soit de l’aube au crépuscule. C’est également un mois de fête : la rupture du jeûne se déroule en famille et, le soir, les rues sont bondées de promeneurs. Pendant cette période, les pays tournent au ralenti. Au Liban, les chiites célèbrent l’Achoura, l’anniversaire de la mort du martyr Hussein, fils de Ali. Moment de douleur et de contrition, cette fête donne lieu à des manifestations au cours desquelles les hommes se flagellent. Elle est particulièrement impressionnante dans le sud du pays.

Art et culture

Les civilisations raffinées qui se sont succédé dans le Bilâd al-Châm, les différentes communautés qui y cohabitent, font de la région une terre de culture particulièrement riche.

L’architecture

De la ville rouge de Petra aux forteresses croisées en passant par les ruines de Jerash et les mosquées richement décorées, les amateurs d’architecture seront ravis par la diversité, la beauté et la richesse des sites. C’est bel et bien toute l’histoire de la région qui se lit à travers ses monuments et ses habitations historiques préservées.

La littérature

Depuis la dynastie des Omeyyades, elle est l’un des piliers de la culture orientale. Aujourd’hui encore, les joutes oratoires et les épopées en vers drainent toujours leurs amateurs, même si, dans la plupart des cafés, les postes de radio et de télévision ont remplacé les ciseleurs d’histoires. La riche littérature moderne, arabophone et francophone, témoigne elle aussi du foisonnement culturel.

La musique

Un art par excellence, avec un grand A ! Et un art omniprésent : les véhicules, les habitations, les cafés déversent des notes en permanence. Les soirées privées où se produisent des groupes de musique classique orientale sont très prisées. Le roi des instruments, le « oud » (luth), remonterait aux Omeyyades, et accompagne le chant avec bonheur. Citons également le qanoun, une cithare sur table, la darbouka et le tambourin.

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