Abandonnant la vie aux champs, l’homme tranquille de John Ford est sur Internet. L’Irlande, en plein boom économique, empoigne son époque à bras-le-corps. Dans tous les domaines, elle se libéralise. Toujours hospitalière, joyeuse et religieuse, elle devient le troubadour du monde.

Economie

Depuis 1996, les Irlandais reviennent chez eux, au rythme de 15 000 à 20 000 retours par an. Cette traditionnelle terre d’émigration vire sa cuti. Avec le décollage économique, ses enfants retrouvent l’espoir qu’elle puisse tous les nourrir. Mieux : ce sont les autres – les Anglais et les Français notamment – qui viennent y chercher des emplois.

Après le dragon asiatique, le tigre celtique ?
En 1998, son taux de croissance atteignait 9,5 % (le plus fort de la zone OCDE), son chômage battait tous les records à la baisse (6,7 %), sa balance commerciale annonçait un excédent de 9,2 milliards de livres irlandaises. La république d’Irlande n’est plus le parent pauvre de l’Union européenne. Depuis le début des années 1990, elle en est même un des moteurs. Grâce à une fiscalité avantageuse, à des réglementations réduites, mais aussi à une main-d’œuvre bon marché, elle a su attirer de nombreux investisseurs étrangers, dont quelque 500 entreprises américaines. Malgré la suspension des aides européennes dont il bénéficia longtemps, le pays apparaît, en 2007, comme le deuxième plus riche de l’Union européenne, derrière le Luxembourg.

Une agriculture familiale
L’agriculture occupa, plusieurs siècles durant, une place fondamentale dans l’économie irlandaise. Même si le pays s’industrialise à grands pas, il y consacre encore 70 % de sa superficie. Ce sont essentiellement des fermes familiales, souvent au seuil de la rentabilité, qui exploitent la terre, plutôt pauvre au nord, plutôt fertile au sud. Les grosses exploitations se situent dans les comtés de Cork et de Limerick, où elles se tournent vers la production laitière, et dans la région de Dublin, vouée à l’élevage du bétail d’exportation. Pomme de terre, avoine, froment, betterave à sucre, mais aussi orge et houblon à destination des brasseries : traditionnellement, la ferme irlandaise est à vocation mixte. C’est de l’élevage que les agriculteurs tirent leurs revenus les plus substantiels. Du porc, du mouton et du bœuf, bien sûr, mais aussi de ces superbes chevaux de course indissociables de la plupart des paysages de l’île. Les Irlandais ne sont-ils pas les premiers éleveurs européens de pur-sang ?

Niamh Kavanagh - Irland © aktivioslo

Niamh Kavanagh – Irland © aktivioslo

Les pieds dans la tourbe

En Irlande, la tourbe est un combustible ancestral. Avec la houille blanche, c’est toujours la principale source d’énergie du pays. Les tourbières irlandaises ont souvent plusieurs mètres d’épaisseur. Ce sont les plus importantes d’Europe, même si certains gisements menacent de s’épuiser. Elles couvrent 15 % du territoire, essentiellement à l’ouest et au centre. Taillée en briquettes, soit à la main pour la consommation individuelle, soit à la machine pour fournir les centrales thermiques, la tourbe brûle d’autant mieux qu’elle est composée de résidus végétaux vieux de plusieurs milliers d’années. Revers de la médaille : les dégâts écologiques produits par son extraction.Un boom industriel exemplaireBien qu’à la tête de richesses minérales multiples, dont le gisement de zinc le plus important d’Europe, le pays ne posséda jamais de grandes industries.
L’Angleterre veillait, soucieuse de tuer dans l’œuf toute concurrence de proximité. Il fallut attendre les années 1980 pour que la république d’Irlande connaisse un réel développement industriel, après la mise en place de l’Industrial Development Authority et de mesures dynamiques favorisant l’investissement. Aujourd’hui, elle apparaît comme la terre d’élection des compagnies multinationales, qu’il s’agisse d’industries mécaniques, électroniques, chimiques ou pharmaceutiques. C’est ainsi que l’américain Intel, numéro 1 mondial des microprocesseurs, a établi sa tête de pont européenne à Leixlip. Quant à Cork, elle est devenue la capitale du Viagra, en accueillant à bras ouverts le laboratoire Pfizer ! En dix ans, le pays a ainsi basculé de la ruralité à l’économie de marché, créant plus d’emplois que pendant les trois précédentes décennies. L’Irlande du Nord, quant à elle, a beaucoup souffert du déclin de ses industries traditionnelles, et notamment de ses fameuses constructions navales. Grâce aux aides conjuguées de Londres et de l’Union européenne, elle retrouve, peu à peu, le chemin de la croissance, en s’appuyant sur les secteurs de pointe de l’électronique et des télécommunications.

Le coup de pouce du tourisme
En Irlande, le tourisme est une vieille affaire. Dès le milieu du siècle dernier, les Anglais passaient volontiers leurs vacances d’été dans le Kerry ou le Connemara. Et il y a une centaine d’années, les Américains y venaient déjà en voyages organisés. Depuis 1950, le nombre de touristes a doublé sur l’île, pour atteindre, au cours de la dernière décennie, une moyenne de trois millions de visiteurs par an. Dans le même temps, 30 % des emplois créés à travers le pays l’ont été dans le domaine du tourisme et des loisirs. Au troisième rang de la production nationale, l’industrie touristique apparaît comme un facteur de prospérité à part entière, notamment pour les régions demeurées à l’écart de la dynamique industrielle. Pour l’Irlande du Nord qui, peu à peu, sort de ses conflits et s’ouvre à l’extérieur, cette activité constitue un réel espoir de développement.

Institutions politiques et administratives

La république fut proclamée en Irlande en 1948, quand le pays eut définitivement rompu ses attaches avec la Grande-Bretagne. Les institutions irlandaises, ratifiées par référendum dès 1937, rappellent celles de la IVe République française, même si le président est élu au suffrage universel pour sept ans. Rééligible une fois, ce dernier n’a, en effet, aucune fonction exécutive. La réalité du pouvoir est entre les mains du Premier ministre, élu par l’Assemblée nationale à la suite d’une élection générale.

Deux chambres
L’Irlande est une démocratie parlementaire à deux chambres : l’Assemblée nationale (Dail Eireann) et le Sénat (Seanad Eireann).Les députés qui composent la première sont élus au suffrage universel. Les sénateurs, eux, sont soit nommés par le Premier ministre, soit élus au suffrage indirect. Le découpage du pays en circonscriptions est complexe, le système électoral aussi, si bien que le décompte des voix est toujours très long (parfois plus de une journée ! ). Le Fianna Fail (Soldats du destin) et le Fine Gael (Peuple d’Irlande), les deux partis qui, depuis vingt-cinq ans, se partagent le pouvoir en République d’Irlande, sont de tendances centriste et libérale. Leur organisation s’apparente à celle du clan. L’un et l’autre sont issus du Sinn Fein, mouvement nationaliste apparu en 1905.

L’exception nord-irlandaise
La république d’Irlande se compose de 3 des 4 provinces de l’île : Leinster, Munster et Connaught, divisées en 23 comtés. S’y ajoutent 3 des 9 comtés de la province de l’Ulster. Depuis 1921, date de la partition de l’île, les 6 autres constituent l’Irlande du Nord, directement administrée par Londres. L’électorat nord-irlandais ne peut se faire entendre, dans son entier, que depuis 1960. Localement, il est appelé à voter pour le renouvellement des municipalités. Il intervient aussi lors des consultations électorales en Grande-Bretagne. Au cours de ces dernières années, la Couronne britannique a desserré son étreinte, interdisant notamment les pratiques discriminatoires en matière d’emploi. Elle s’efforce aussi de favoriser le renouveau d’une économie longtemps en difficulté.

Population

Malgré un taux de natalité élevé, l’île demeure peu peuplée : sa densité est de 50 habitants au kilomètre carré. C’est sa partie est qui est la plus habitée. Parlant de l’Irlande, William Butler Yeats, auteur dramatique du tournant du siècle, s’écriait : « Ce n’est pas là pays fait pour les vieux ! » L’histoire lui a donné raison : aujourd’hui, la moitié de la population a moins de 25 ans et 30 % moins de 15 ans. Comme beaucoup d’insulaires, les Irlandais furent longtemps individualistes et peu curieux du monde extérieur. Grâce au rajeunissement du pays, au développement de l’audiovisuel, et, surtout, à l’adhésion enthousiaste à l’Union européenne, c’est tout le contraire qui se produit de nos jours. Les jeunes Irlandais abordent le troisième millénaire au cœur de la cité, avec un anneau dans l’oreille et un solide bagage universitaire dans la poche. Beaucoup d’étudiants, intelligemment guidés par leurs autorités de tutelle, suivent des filières scientifiques ou commerciales. Grâce à leurs qualités de battants, ils intéressent nombre de firmes étrangères. Mais qu’on se rassure : le peuple irlandais, à la fois si nouveau et si ancien, conserve ces qualités de cœur qui, depuis longtemps, forcent la sympathie des visiteurs : il demeure cordial, hospitalier, sentimental, bavard et poète. Et il n’a pas perdu son légendaire esprit querelleur ! Quant à la boisson, elle reste une des composantes essentielles de sa culture, même si, en 1994, furent promulguées des lois restreignant la consommation d’alcool.

Religion

La république d’Irlande est catholique à 95 %. Réduite à sa plus simple expression, la communauté protestante est considérée d’un œil bienveillant par le reste de la population. En Irlande, le christianisme s’est imposé en douceur. Il y eut assimilation plutôt que conflit avec les croyances ancestrales ; ainsi les premiers évêques étaient-ils des druides fraîchement convertis à un autre dieu. La foi des Irlandais n’en est que plus profonde. Et l’influence de l’Eglise catholique sur la vie quotidienne plus marquée. « Pour chaque poste à pourvoir, les ecclésiastiques ont leurs candidats », écrivait Liam 0’Flaherty en 1929.

Thanks to God

Malgré le vent de libéralisation des mœurs qui, depuis peu, souffle sur le pays, aucun domaine n’échappe vraiment à l’action du clergé, qu’il soit moral, bien sûr, mais aussi politique, social, éducatif ou même culturel. La laïcité fait figure de curiosité, les calvaires fleurissent au coin des routes comme les boutons-d’or dans les prés normands et on trouve des troncs pour les bonnes œuvres jusque dans les pubs ! Les grands pèlerinages drainent toujours des centaines de milliers de fidèles, telle l’ascension du croagh Patrick. Et nombre d’Irlandais ponctuent encore leurs phrases par un rituel : « Thanks to God » (« Merci à Dieu »). Envers et contre tout, cette population-là demeure une des plus religieuses de toute l’Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer l’accueil délirant qu’elle réserva au pape Jean-Paul II, dont la photographie est pieusement épinglée dans la plupart des maisons.

Un protestantisme triomphant

En Irlande du Nord, la population est à majorité protestante. Une courte majorité : un peu plus de 50 % pour les protestants, un peu moins de 40 % pour les catholiques, qui connaissent un taux de natalité plus élevé. Elle permet néanmoins aux premiers de régner en maîtres sur les institutions, avec la bénédiction de Londres, à l’origine d’un découpage de l’Ulster qui leur est favorable. Cette situation est à l’origine d’une guerre civile larvée qui a duré vingt-cinq ans. Si l’antagonisme demeure entre protestants et catholiques, les deux communautés acceptent, aujourd’hui, de parler de paix en se réunissant autour d’une table : du jamais vu depuis trois quarts de siècle.

Vie sociale

A Dublin, le cybercafé gagne du terrain sur le pub, les distributeurs de préservatifs éclosent à chaque carrefour et, peu à peu, les designers remplacent les bouquinistes et les yuppies les philosophes. Aujourd’hui, 58 % des habitants de la république d’Irlande vivent dans les villes. Ils aspirent, sans honte, à la réussite matérielle. Longtemps étriqué, replié sur lui-même, le pays s’est enfin dégagé de ses complexes vis-à-vis de l’Angleterre, ne serait-ce qu’en réduisant des deux tiers sa dépendance commerciale avec elle. Il secoue ses politiciens en dénonçant, haut et fort, leurs turpitudes. Il laisse, petit à petit, la censure tomber en désuétude. Surtout, il ne remâche plus les mille avanies de son passé. L’homosexualité a été décriminalisée, le divorce légalisé. Bref, l’Irlande respire un grand coup, en libérant ses énergies, en dépoussiérant ses mentalités. Mais elle n’échappe pas, notamment à Dublin, à Cork ou à Limerick, aux inévitables tensions liées au passage rapide d’une société rurale à une société urbaine. Cependant, aujourd’hui encore, le pays compte parmi les plus sûrs d’Europe.

Fêtes et coutumes

Les deux Irlande inscrivent cinq fêtes nationales à leur calendrier. Civiles ou religieuses, elles sont chômées :
1er janvier.
17 mars : jour de la St-Patrick (St. Patrick’s Day) et fête nationale de la république d’Irlande.
Lundi de Pâques.
25 et 27 décembre.

En république d’Irlande
Le Vendredi saint.
Les Bank Holydays, des jours fériés dont l’origine n’est pas religieuse (ces jours-là, les banques sont fermées, d’où leur nom) : premier lundi de juin, premier lundi d’août, dernier lundi d’octobre.

En Irlande du Nord
1er lundi de mai : fête internationale du Travail.
Dernier lundi de mai : congé du printemps.
12 juillet : Orangeman’s Day, célébration de la victoire des protestants, conduits par Guillaume d’Orange, sur les catholiques, à la bataille de la Boyne (1690). Cet anniversaire est source d’affrontements entre les deux communautés.
Dernier lundi d’août : congé d’été.

Foires et marchés
Une des expériences irlandaises majeures ! Arriver dans une ville envahie de veaux, cochons, oies, chevaux, poules, ânes, moutons, et de toute une population rurale qui en vante ou discute les vertus, vous ramène un siècle en arrière :

A Cork (comté de Cork), le samedi.
A Castletownbere (comté de Cork), le premier jeudi du mois.
A Cahirmee (comté de Cork), foire aux chevaux en juillet.
A Kenmare (comté de Kerry), tous les mois (jour variable).
A Ballinasloe (comté de Galway), grande foire aux chevaux et au bétail début octobre.
A Clifden (comté de Galway), Connemara Pony Show à la mi-août.
A Spancil Hill (comté de Clare), foire aux chevaux, troisième semaine de juin.

Les grandes manifestations
Mars : St. Patrick’s Day, avec défilés de chars, reconstitutions historiques et… solides libations.
Mai : foire aux Moules à Bantry (comté de Cork). Festival des Jardins dans le comté de Wicklow.
Juin : Bloom’s Day, célébration de l’œuvre de James Joyce, Ulysse, dans les rues de Dublin. Concerts dans les grandes demeures irlandaises. Athlone River Festival (comté de Westmeath) : concerts, théâtre de rue, activités nautiques autour du Shannon.
Juillet : pèlerinage de Croagh Patrick (comté de Mayo). Festivals des Arts à Galway (comté de Galway) et Ballina (comté de Mayo).
Août : Rose of Tralee (comté de Kerry). Kilkenny Arts Festival (comté de Kilkenny) : musique classique, théâtre, cinéma, littérature d’Irlande et d’ailleurs. Festival de musique folk à Ballyshannon (comté de Donegal).
Septembre : festival des Huîtres à Clarenbridge (comté de Galway). Festival international d’opérette à Waterford (comté de Waterford). Galway Oyster Festival à Galway (comté de Galway). Festival international des gourmets à Kinsale (comté de Cork).
Octobre : festival du théâtre, marathon et défilé de Halloween à Dublin. Wexford Festival Opera (comté de Wexford). Festivals de jazz et du cinéma international à Cork (comté de Cork).
Décembre : Mummers Feile, fête traditionnelle de Woodford (comté de Galway).

Art et culture

Littérature
Les mots sont à l’Irlande ce que la lave est aux volcans. Il faut qu’ils sortent. Proportionnellement à sa population, c’est, sans doute, le pays au monde qui a produit le plus de poètes et d’écrivains. Qui a exporté le plus de textes de portée universelle, entre Les Voyages de Gulliver, de Swift, et En attendant Godot, de Beckett. On ne s’étonnera donc pas qu’à Dublin, un musée, The Dublin Writers Museum, rende un vibrant hommage à tous les chantres de l’île. Depuis les bardes, auxquels on prête volontiers la paternité du légendaire roi Arthur, les Irlandais apparaissent comme des conteurs nés, emplis de la tradition orale celte, qu’ils jettent des vers sur du papier ou qu’ils discourent une chope de Guinness à la main.

Les gloires littéraires
Et il y en a pour tous les goûts, entre le satirique Jonathan Swift, l’immoraliste Oscar Wilde, le romantique Oliver Goldsmith, la rurale Elizabeth Bowen, le politique Liam O’Flaherty, l’humoriste George Bernard Shaw, l’idéaliste Thomas Davis, le réaliste William Carleton… Du XVIIe siècle à nos jours, l’Irlande foisonne d’auteurs aussi divers que talentueux, qu’ils s’attaquent au roman, à la nouvelle, au théâtre ou à la poésie. Bien sûr, l’immense James Joyce (1882-1941) qui, avec Ulysse, planta les jalons de l’écriture moderne, leur fait parfois un peu d’ombre : statufié dans les parcs publics, il donne son nom à des rues, à des pubs, à des librairies ; Dublin lui dédie même une fête annuelle, à travers l’un de ses personnages : Leopold Bloom. Mais, en Irlande, il y a de la place pour tous les littérateurs, d’autant plus droits dans leurs bottes qu’ils durent longtemps affronter l’intolérance et la censure. Le roman irlandais contemporain se porte d’ailleurs très bien, auréolé plus qu’écrasé par la notoriété posthume de Joyce.

Les écrivains d’aujourd’hui
Souvent engagés et même brutaux, comme Brendan Brehan avec Un peuple partisan, volontiers provocateurs, comme John Mac Gahern avec Le Pornographe, parfois populistes, comme Doddy Doyle avec Paddy Clarke Ha Ha Ha, les écrivains d’aujourd’hui restent très imprégnés par la violence qui caractérise l’histoire de leur pays. Autant qu’avec de l’encre, la littérature irlandaise, souvent teintée de désespoir, est écrite avec de l’alcool et avec du sang. C’est dans cette tradition que s’inscrit Frank McCourt qui, en 1996, a obtenu le prix Pullitzer pour Les Cendres d’Angela, un des ouvrages capitaux de la fin du XXe siècle.

Prix Nobel : quarté gagnant
« Qu’avez-vous à déclarer ? – Mon génie ! » Cette célèbre réplique de Oscar Wilde peut s’appliquer à l’Irlande, qui a enfanté quatre prix Nobel de littérature. Samuel Beckett, dont la majeure partie de l’œuvre, profondément pessimiste, fut écrite en français. George Bernard Shaw, doué d’un humour dévastateur. William Butler Yeats, poète imprégné par les légendes celtiques. Et, plus près de nous, Seamus Heaney, couronné, en 1995, pour une œuvre poétique s’inscrivant magnifiquement dans la tradition irlandaise.

 

Cinéma
Tourné en 1951 dans le comté de Mayo, L’Homme tranquille, de John Ford, Américain d’origine irlandaise, a révélé au monde la beauté sauvage des paysages de l’île. Avec Gens de Dublin,John Huston, autre géant de Hollywood lui aussi originaire d’Irlande, a su porter subtilement à l’écran une des œuvres majeures de Joyce. Dans The Commitments, l’Anglais Alan Parker a mis en scène, avec réalisme, la jeunesse défavorisée de la banlieue dublinoise, en s’appuyant uniquement sur des acteurs irlandais. Et c’est grâce à l’adaptation cinématographique, par Yves Boisset, du roman de Michel Déon Un taxi mauve, que beaucoup de Français ont eu envie de connaître l’Irlande. Mais le cinéma irlandais existe aussi par lui-même. Les cinéphiles le savent : dès 1934, Robert Flaherty tourna L’Homme d’Aran, film poignant consacré aux pêcheurs des îles situées au large de Galway, à mi-chemin du reportage et de l’œuvre d’imagination. Depuis le début des années 1990, ses successeurs collectionnent les succès : Neil Jordan, le plus célèbre de tous, réalisateur de The Crying Game (1992) et de Michael Collins (1997), mais aussi Jim Sheridan, auteur de The Field (1990) et de Au nom du père (1993), sans oublier Pat O’Connor et son Cercle des amies (1995). Aujourd’hui, l’Irlande consacre de très nombreux festivals au cinéma. Y compris, à Dublin, aux films gays et lesbiens.

Musique et chant
Il existe une très forte tradition musicale en Irlande, où tout est prétexte à se réunir et à s’amuser. Pour chanter en public, l’Irlandais ne connaît pas de rival. Pour improviser non plus, en famille ou dans les pubs. Comme les bardes, il aime les refrains héroïques et mythiques. A travers la musique, il véhicule aussi ses idées patriotiques et politiques. La cornemuse irlandaise (uilleann pipe), la flûte métallique à six trous (tin whistle), le violon (fiddle), le tambourin en peau de chèvre (bodhran) : autant d’instruments traditionnels qui, soutenus par le tintement frénétique d’os ou de cuillères entrechoqués, ont toujours leur place dans les festivals(fleadhtha), relancés par Sean 0’Riada dans les années 1960.

La musique est partout !
Mais, de nos jours, les poussées de fièvre de la musique irlandaise dépassent, de loin, les limites de l’île. C’est le monde entier qui y succombe, avec des groupes aussi célèbres que U2, The Corrs ou The Cranberries. Il faut dire qu’à Dublin, la musique est partout. La ville annonce plus d’une centaine de concerts hebdomadaires, répertoriés dans le journal gratuit : The Event Guide. Techno, jazz, pop, country, rock and roll s’y disputent les scènes et les bars, mais aussi les rues, dans la grande tradition irlandaise du happening. Au Point Depot, le Zénith local, Dublin peut accueillir 5 000 mélomanes modernistes. Quant à Windmill Lane, le studio où le groupe U2 enregistra la plupart de ses succès, il est devenu un véritable lieu de pèlerinage.

The Corrs : le phénomène

Le Celtic Rock met le feu à la planète. Après U2 et The Cranberries, The Corrs tiennent la corde. Sharon au violon, Caroline à la batterie, Jim à la guitare et Andrea qui chante : à eux quatre, ils dépassent à peine cent ans d’âge. Sœurs et frère d’une famille dublinoise, ils sont beaux comme des dieux. C’est en 1991 qu’ils ont attiré l’attention de quelques spécialistes, en auditionnant pour le film The Commitments. En 1994, ils ne se produisaient encore que dans des pubs de province. Le succès est venu avec leur premier album : Forgiven, not Forgotten, vendu à 2 millions d’exemplaires. Leur second album, Talk on Corners, a dépassé les 3 millions de ventes, et, avec Dreams et I Never Loved you Anyway, ils occupent les sommets des hit-parades dans 22 pays. On les situe volontiers entre les groupes Abba et The Chieftains. Leur talent personnel fait le reste.

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