Face à la déferlante de quelque neuf millions de visiteurs étrangers par an, sept îles et six îlots, peuplés d’un peu plus de deux millions d’habitants, essaient de préserver leur identité tout en se tournant vers des horizons nouveaux.

Economie

Depuis la découverte des Amériques, les Canaries ont été et restent la halte des navires lors des voyages transatlantiques. Ils s’y arrêtent pour le ravitaillement, la charge et la décharge de marchandises. Ainsi, l’économie des îles a évolué au rythme du commerce avec les autres pays. La monoculture de la canne à sucre, introduite au XVe siècle sur les îles, fut remplacée par la vigne au XVIe siècle, quand les Antilles monopolisèrent la quasi-totalité du marché. Puis, ce fut le tour de la cochenille, introduite dans la première moitié du XIXe siècle, lors de de la mise en place du libre-échange entre l’Angleterre, la France et l’Espagne. En 1852, Bravo Murillo, ministre de l’Intérieur, promulgue une loi qui accorde le statut de port franc aux Canaries donnant ainsi un nouvel élan aux activités commerciales.
De 1940 à 1950, les effets de l’après-guerre entraînent une grande précarité économique provoquant une très grande vague de migration vers le Venezuela. Cette émigration fut telle qu’on surnomma le Venezuela la « huitième île ». Loin de leur terre, les émigrants apporteront une aide financière substantielle à leurs familles restées au pays. Par la suite, le développement touristique des années 1970 incitera ces émigrants à rentrer au pays.
En effet, à partir de 1962 débute l’époque du développement touristique, qui devient un facteur déterminant dans l’économie des îles, peu riches en matières premières. Cette euphorie a également motivé le déplacement des paysans vers les grands centres touristiques. Actuellement, le taux de croissance de la population des Canaries est le plus élevé d’Espagne.

L’agriculture

Ces îles volcaniques se caractérisent par un relief escarpé, dénivelé et rocailleux. Les agriculteurs sont obligés d’engager une lutte tenace contre la nature, de transformer des terres impropres à la culture en sols fertiles. Ils doivent élever des murs, façonner les pentes abruptes en petites terrasses pour en faire des terrains de plantation, aplanir le sol des malpaís (champs de lave). Heureusement, cette terre est productive, à condition de ne pas manquer d’eau et d’être protégée du vent. Dans les années 1990, l’entrée dans l’Union européenne a suscité de grands espoirs mais également des incertitudes, particulièrement dans les domaines agricoles et industriels. Aides et subventions ont été mises en place. La banane, qui avait remplacé les autres cultures, laisse petit à petit la place à la diversification : tomates, fruits exotiques et fleurs d’ornement tels les œillets, glaïeuls et strelitzia deviennent à présent des valeurs plus sûres, car elles sont moins assujetties à la fluctuation des cours.

L’eau

Elle est la grande préoccupation des Canaries car l’archipel est considéré comme un pays « assoiffé ». En effet, les îles occidentales sont les plus humides tandis que Lanzarote et Fuerteventura peuvent être assimilées à des déserts…
Dans la majorité des îles, la partie nord est la plus mouillée puisqu’elle reçoit de plein fouet les alizés, vents de nord-est entraînant humidité, nuages et brouillards.
Nulle rivière ne coule à longueur d’année, les seules existantes dans l’archipel descendent des ravins de la Caldera de Taburiente (La Palma), du ravin de l’Infierno (Ténérife) et de celui d’El Cedro (La Gomera).
Parfois, en hiver, sur une courte période où les pluies sont importantes, des torrents se forment dans les ravins, entraînant dans leur chute rochers et terre, qui donnent une couleur marron à l’eau qui se jette dans la mer.
Pour féconder leurs champs, les hommes ont construit des milliers de puits et galeries, perçant et pénétrant dans les profondeurs de la terre ; ils ont réalisé des milliers de kilomètres de canaux, conduits et canalisations qui contribuent à vivifier tout le sol insulaire.
Pour subvenir aux besoins agricoles et domestiques, des stations de dessalinisation sont installées un peu partout. Cette eau est potable mais a un très fort goût de chlore, c’est la raison pour laquelle la majorité des habitants des îles et des visiteurs font une grande consommation d’eau minérale encapsulée provenant des quelques sources existantes.

La pêche et l’élevage

Les eaux canariennes sont extrêmement poissonneuses mais la pêche connaît une baisse d’activité depuis ces dernières années. La flotte se compose de deux types d’embarcations : celles de la pêche à la traîne pour poulpes, calamars et sardines avec une congélation immédiate ; et celles composées de petites et vieilles embarcations qui pêchent de façon traditionnelle pour leur propre consommation.
L’élevage tient une importance mineure dans l’économie, servant uniquement à la consommation locale.

Le tourisme

Dans les années 1960, se produit le grand boom touristique. Actuellement, il constitue le secteur le plus important de l’économie canarienne.
La presque totalité des touristes viennent d’Europe. Les conditions climatiques, la beauté de la nature et la pratique de prix modérés sont des facteurs qui les attirent. Ténérife et Grande Canarie sont les îles les plus visitées, suivies de Lanzarote et Fuerteventura. La Palma, mais surtout El Hierro et La Gomera ne connaissent pas, pour l’instant, une trop forte affluence touristique. La Gomera, toutefois, se distingue en se spécialisant dans le tourisme rural, très apprécié des Européens.

Institutions politiques et administratives

Jusqu’au XIXe siècle, les Canaries étaient une colonie espagnole ; depuis 1872, elles sont devenues une province, qui s’est transformée, en 1982, en autonomie. Les sept îles ont une unité politique et administrative avec le même drapeau et le même blason.
Depuis 1982, afin de ménager des rivalités ancestrales, le gouvernement s’installe tous les quatre ans et alternativement à Santa Cruz de Ténérife et à Las Palmas de Grande Canarie.
La communauté autonome des Canaries possède ses propres institutions. Le Parlement est constitué de députés régionaux élus pour quatre ans et au suffrage universel. Le gouvernement a son président, élu par le Parlement.
Chaque île a son conseil municipal insulaire et chaque ville sa mairie (ayuntamiento).

Population

Les Canariens sont un peuple né du brassage entre les anciens Guanches et les conquistadores, puis des colons venus des différents pays méditerranéens. Ils ont inventé un style de vie à part, inspiré des coutumes des uns et des autres, et façonné par la douceur du climat, mais aussi guidé par la dure vérité d’une terre sans concessions.
Les habitants de l’archipel détestent la corrida, mais partagent avec les gens du sud de l’Espagne, leurs descendants pour la plupart, le même sens de la convivialité, le même goût pour les tapas, petites portions de mets variés que l’on arrose d’un verre de vino blanco, ainsi qu’une pratique fervente du catholicisme. Mais, attention, il faut bien se garder de dire à un insulaire qu’il ressemble à un Espagnol de la métropole ! Il se sentirait humilié, voire insulté. En effet, les Canariens ont un profond sentiment de différence. Ils sont terriblement attachés à l’archipel et plus précisément à « leur » île. Cette différence se perçoit dans leur façon de parler le castillan avec des intonations atténuées, qui rappellent davantage celui parlé en Amérique du Sud.
Dans les villages les plus reculés, on rencontre l’expression la plus authentique de l’âme canarienne traditionnelle. Elle se manifeste, par exemple, lors d’une romería, où les chants sont un mélange de tristesse du flamenco, de vague à l’âme du fado et des mouvements chaloupés façon cubaine.
Gracieuse et imperturbable lenteur, discussions à n’en plus finir, amour de la vie et jouissance de tous les bons moments, les Canariens sont le parfait reflet de leurs îles, où il est de bon ton de prendre son temps et de profiter de chaque instant.

Religion

Tout comme dans le reste de l’Espagne, la société s’est laïcisée et libérée mais le catholicisme est toujours très pratiqué. Même les moins fervents des Canariens se rendent à l’église plusieurs fois par an à l’occasion de baptêmes, communions, mariages ou enterrements. Ils pratiquent la religion avec cette dévotion très méditerranéenne où se mêlent une foi chrétienne bien enracinée et un mysticisme empreint de folklore. Malgré le fait que la société se soit laïcisée et libérée, il est mal vu d’entrer dans une église en tee-shirt ou en short.
Depuis les années 1970 d’autres cultes ont vu le jour et un temple œcuménique, où toutes les croyances peuvent avoir leurs offices, a été construit à Playa del Inglés (Grande Canarie), mais ces pratiques religieuses restent minoritaires.

Vie sociale

Le mode de vie sociale s’est acclimaté de génération en génération à la façon de vivre de la péninsule ibérique. Vie moderne oblige, le móvil (téléphone portable) tinte à tous les coins de rues. Il est bien fini le temps où chaque région se distinguait par le simple costume traditionnel, ils sont maintenant réservés aux jours de fête. Pourtant, les jupes à rayures multicolores et les chemisiers en dentelle ont conservé leur importance symbolique.
Le soir venu, toutes les classes sociales confondues se retrouvent pour la promenade (el paseo) sur les grandes esplanades ou en front de mer. Dans les villages reculés, les habitants sortent les chaises devant les portes et les heures défilent dans la fraîcheur des rues, et chacun y va de sa petite histoire…

Fêtes et coutumes

Le calendrier des festivités des Canaries est très riche et varié en événements tout au long de l’année : Pour l’Epiphanie, de magnifiques cortèges se forment dans tout l’archipel. Les plus beaux sont à Santa Cruz (Ténérife), Las Palmas (Grande Canarie) et à Valle Gran Rey (La Gomera). En février-mars, le carnaval est à l’honneur dans toutes les îles. Celui de Puerto de la Cruz (Ténérife) est mondialement réputé, ce serait, dit-on, le deuxième après celui de Rio de Janeiro.
Durant la Semana Santa (Pâques) se déroulent des processions et chemins de croix. Les plus spectaculaires ont lieu à Santa Cruz, à La Laguna et à Las Palmas.
Le deuxième dimanche de juillet, à Puerto de La Cruz (Ténérife), a lieu un défilé de bateaux en l’honneur du grand pouvoir des dieux.
Le 15 août est la fête de la Virgen de la Candeleria, patronne de l’archipel. Un gigantesque pèlerinage se forme et une marche prend la direction de la basilique.
Le troisième dimanche de septembre, la fête est à Fuerteventura pour célébrer la Virgen de la Peña, à Betancuria. En septembre-octobre a lieu le pèlerinage de la Virgen del Pino, patronne de la Grande Canarie, à Teror.
Dans la nuit du 29 au 30 novembre, la fête de San Andrés se célèbre dans une dizaine de bourgades anciennement vigneronnes, comme La Orotava, Icod de los Vinos et à Puerto de la Cruz.
Le 13 décembre, le festival des Lumières a lieu à Arucas, sur l’île de Lanzarote, et à Galdar, sur la Grande Canarie. Le Carême est célébré par un carnaval et pour le corso (défilé), tous les acteurs de la vie canarienne se mettent en branle et préparent, des semaines à l’avance, costumes et chars. De l’aïeule au dernier des bambins, tout le monde se déguise. Le défilé terminé, c’est le début d’un bal (la verbena), durant lequel on danse à la lueur des lampions.
En dehors des innombrables romerías, processions honorant les saints patrons des agriculteurs, une fête se détache par sa mise en scène somptueuse : la Fête-Dieu, qui se passe courant juin. Ce dimanche-là, villes et villages se couvrent de tapis de fleurs, chefs-d’œuvre éphémères offerts au Seigneur avant que la foule ne vienne les piétiner. Cette coutume, qui remonte au siècle dernier, fut ravivée par une pieuse aristocrate qui eut l’idée de faire composer un magnifique parterre de fleurs coupées pour le jour donné.
Cette initiative enthousiasma tellement la population que, chaque année, les paroisses se lancent dans la réalisation de ces tapis.

Folklore

L’attachement au folklore est ici un garde-fou essentiel contre la dissolution de l’âme canarienne, perturbée par ses différentes attaches : l’archipel est lié géographiquement à l’Afrique, historiquement à l’Espagne et sentimentalement à l’Amérique latine !
Si l’on ne porte plus la coiffe ancestrale qui protégeait des rayons du soleil, les groupes de danse et de musique traditionnelle, les combats de lutte canarienne ont, depuis des dizaines d’années, retrouvé une nouvelle jeunesse. On est surpris, lors d’un spectacle folklorique, par le chatoiement des costumes, qui rappellent les couleurs andines, tandis que les gilets lacés et brodés évoquent plutôt la Bavière.

Art et culture

L’art canarien est le fruit de continuelles influences et relations avec l’extérieur. L’archipel a favorisé la venue d’artistes internationaux et un mouvement avant-gardiste est né avant même d’arriver sur la péninsule ibérique.

Peinture et sculpture

Depuis la fin du XIXe siècle, la peinture canarienne s’affirme tous les jours davantage. Quelques artistes atteignent une renommée qui dépasse les frontières : Gregorio Toledo, Nestor Martín Fernández de la Torre, José Aguiar, Antonio Padrón…
La sculpture se tourne vers l’indigénisme. Martín Chirino, Plácido Fleitas sont reconnus comme étant ses plus remarquables représentants.

Littérature et musique

La littérature compte aujourd’hui de grands noms tels Sabas Martín et Fernando G. Delgado, poètes et romanciers, ou Isaac de Vega, le narrateur actuel le plus en vue.
Les Canariens sont aussi très attachés à la musique. Las Palmas a son orchestre philharmonique, celui de Ténérife est symphonique. Au printemps se tient le festival international de musique classique, auquel participent les plus grands noms.
L’opéra occupe une grande place depuis la fin du XIXe siècle. Il a été introduit par les compagnies européennes qui partaient donner des représentations aux Etats-Unis et dont les bateaux faisaient une halte pour se ravitailler avant la grande traversée. Profitant de cette escale, ils se produisaient à Las Palmas (Grande Canarie). Par ailleurs, le célèbre ténor Alfredo Kraus était originaire des Canaries.
La musique populaire a ses instruments propres aux îles, comme le timple, petite guitare, le tambour de La Gomera, ou las chácaras, sorte de castagnettes d’une taille plus grande.
Les rythmes latino-américains s’accordent bien aux îles. Certains groupes et chanteurs canariens sont très appréciés dans la péninsule, comme la chanteuse Rosana, dont les chansons El Talismán ou A fuego lento ont été des tubes d’été.

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