Colorée et métissée, la société réunionnaise séduit par le mélange des cultures et des traditions héritées des différentes ethnies constitutives de sa population. Une véritable richesse que l’île exploite par un tourisme florissant.

Economie

La Réunion navigue au gré du paradoxe d’un niveau de vie de pays riche ayant le revenu par habitant le plus bas de France. Sans parler d’un chômage trois plus élevé qu’en métropole. Le tissu économique de la Réunion est dominé par les services organisés autour d’un fonctionnariat important, secondé par le commerce et le tourisme.
La Réunion ne peut cependant absorber les énormes flux de demandeurs d’emploi consécutifs à une explosion démographique galopante. Heureusement, au-delà des aménagements fiscaux liés au statut de département d’outre-mer de la République, la Réunion bénéficie aussi d’aménagements et de réglementations octroyés par Bruxelles. Mais l’île attire une immigration importante en provenance de Madagascar, de Maurice ou des Comores, qui vient encore alourdir les déficits sociaux.

Agriculture

Longtemps demeurée la ressource principale de l’île, la canne à sucre reste l’un des moteurs essentiels de l’économie réunionnaise avec plus de 2 millions de tonnes produits en moyenne par an pour 65 % des exportations du territoire. De cette culture, la Réunion tire ainsi en moyenne 200 000 tonnes de sucre par an, essentiellement exportées en France.
Mais la fermentation et la distillation de la mélasse de canne donnent aussi 150 000 hl annuels de rhum industriel, alors que le rhum agricole (fermentation directe du jus de canne puis distillation) reste très marginal. Les sous-produits de la canne sont également utilisés : si la paille, brûlée, sert essentiellement d’engrais, la bagasse, paille sèche de canne après extraction du jus, est intégralement utilisée pour la production d’énergie dans des usines qui revendent leur électricité à EDF et assurent jusqu’à 45 % de la consommation électrique de l’île.
Derrière la canne à sucre, la vanille Bourbon (20 à 30 t par an) a réussi à imposer son label de qualité dans le monde. Si la culture du vétiver et du champac introduits d’Inde et celle de l’ilang-ilang originaire d’Asie ont peu à peu été abandonnées, celle du géranium Bourbon, originaire d’Afrique du Sud, subsiste encore dans les hauteurs. Mais sa production anecdotique ne dépasse pas 10 t d’essence par an contre 165 t en 1962…

La vanille

Introduite en 1819 à la Réunion, la vanille est une orchidée originaire d’Amérique du Sud qui lance ses lianes à l’assaut des arbres sur lesquels elle s’enroule. Dans la nature, la vanille originelle était fécondée grâce à un petit insecte sans que cette interaction soit connue. A la Réunion, il fallait s’en tenir au hasard pour qu’une fleur sur cent se transforme en fruit.
En 1841, un jeune esclave du nom d’Edmond Albius eut l’idée de soulever la cloison qui séparait le pistil et les étamines de la fleur et de rapprocher ces derniers. La fécondation réussit, ouvrant la voie à une nouvelle ère de culture industrielle pour la vanille « Bourbon ». Caractérisée par un arôme riche, cette vanille « haut de gamme » est réputée dans le monde entier tant par sa qualité que pour son prix.

 

Suivez le guide!

S’il ne reste que deux usines en activité, ne manquez pas pour autant de visiter à Saint-Leu l’ancienne sucrerie Stella Matutina, transformée en musée.

Tourisme

Devenu depuis peu le premier secteur économique de la Réunion, le tourisme justifie aujourd’hui tous les investissements publics et privés dont l’île a fait sa priorité. Un climat agréable à longueur d’année et des paysages sublimes séduisent déjà plus de 400 000 visiteurs par an (dont 80 % venant de métropole) partagés entre mer, montagne et volcan. Ces derniers peuvent en outre découvrir une culture originale et participer à des expériences sportives mémorables.

Pêche

La pêche réunionnaise est largement demeurée traditionnelle car l’absence de plateau continental rendait cette dernière difficile. La petite pêche entretient aujourd’hui une centaine de pêcheurs, certains d’écouler leurs prises tant la cuisine réunionnaise est friande de produits de la mer.
Le développement de la pêche au large a fortement progressé grâce à l’installation de compagnies bretonnes, de même que la pêche australe qui fait descendre ses navires jusque dans les cinquantièmes hurlants, vers l’immense plateau des Kerguelen.

Instances politiques et administratives

Département français d’outre-mer depuis 1946, la Réunion est placée sous l’autorité d’un préfet. L’île est découpée en trois sous-préfectures (Saint-Paul, Saint-Pierre et Saint-Benoît) mais forme aussi une région, la seule de France qui ne soit constituée que d’un seul département. Le conseil général et le conseil régional se répartissent les nombreux domaines d’action qui permettent la vie courante et le développement de l’île.
Celle-ci est divisée en 24 communes issues du découpage historique mis en place par la Compagnie des Indes, qui offrait à l’époque aux colons la terre « du battant des lames au sommet des montagnes ». La Réunion compte enfin 3 représentants au Sénat, 5 députés à l’Assemblée nationale et 3 élus au Parlement européen.

Population

Trois siècles et demi de colonisation colorée et variée ont dessiné une carte ethnographique unique à la Réunion et fait de sa population l’une des plus métissées de la planète. Colons blancs européens et surtout français, esclaves d’Afrique de l’Est (très peu d’Afrique de l’Ouest) et de Madagascar, Indiens de la côte Malabar, Indiens musulmans du nord de Bombay, Asiatiques et surtout Chinois de la région de Canton ont esquissé au cours des ans le premier visage de l’île.
Plus récemment se sont rajoutés de nouveaux Blancs métropolitains, des Malgaches et des Comoriens. Le métissage a fait le reste. Mais si les insulaires sont avant tout et majoritairement créoles, la réussite du creuset réunionnais tient aussi au partage des épreuves (crises économiques, cyclones, épidémies, guerres) qui ont contribué à rapprocher et à forger les Réunionnais d’aujourd’hui.

Créoles, Z’oreils, etc.

Dans le creuset ethnique que constitue la Réunion et où les « Créoles » résultent d’un processus de métissage initié de longue date, l’acceptation de la différence par le mélange ne veut pas dire son oubli total. Ainsi, vous êtes « Gros Blanc » si vous descendez d’une famille de colons, « Petit Blanc des Hauts » ou « Yab » si vous descendez d’une famille blanche ruinée ou de condition modeste et exilée dans la montagne.
Les « Cafres » ont pour ancêtres les Noirs africains, les « Malbars » sont issus des Indiens tamouls du sud de l’Inde, les « Z’arabs » des Indiens musulmans du nord de Bombay. Les Chinois ont échappé à une appellation locale, ce qui n’est pas le cas des métropolitains, résidants ou simples touristes, surnommés « Z’oreils » parce qu’ils tendent l’oreille quand ils ne comprennent pas les « Créoles ».

Religions

Catholicisme

Au même titre que l’île constitue une mosaïque de visages, la Réunion offre une palette étonnante de religions dominées par le catholicisme hérité de la colonisation. Très croyants, les Réunionnais expriment partout leurs vœux à grand renfort d’églises, de croix, de petites chapelles, de statues et d’ex-voto.
Cette base chrétienne est en outre renforcée par de nombreuses croyances locales. Notre-Dame-de-la-Salette aurait ainsi protégé Saint-Leu de la grande épidémie de choléra qui fit 2 000 morts en 1859, la Vierge Noirede la Rivière-des-Pluies aurait protégé un esclave en fuite, la Vierge au Parasol du Grand Brûlé, bien que déplacée à plusieurs reprises devant l’avancée de la lave, serait censée protéger la région du volcan…

Les autres croyances

A cela, il convient naturellement d’ajouter les croyances populaires héritées de la religion des ancêtres, très vivaces, et qui flirtent bien souvent avec la sorcellerie et la magie noire. De leur côté, les communautés issues de l’immigration ethnique continuent de pratiquer leurs cultes d’importation. Les Indiens tamouls, qui ont dressé un peu partout dans l’île leurs temples hindous colorés, fêtent le Cavadee ou Dipavali, la fête des Lumières, et pratiquent la marche sur le feu.
Les Indiens musulmans ont érigé des mosquées et des minarets et respectent toutes les fêtes du calendrier islamique. Les Chinois quant à eux, bouddhistes pour la plupart bien qu’ils soient nombreux à s’être convertis au catholicisme, maintiennent de solides traditions comme le culte des ancêtres.

Saint Expédit

Représenté par un soldat romain en cuirasse, ce saint très populaire à la Réunion, et à qui l’on demande un peu tout et n’importe quoi, fait l’objet d’un culte de plus en plus vivace. Son origine n’est pas très claire et de nombreuses histoires circulent à ce sujet. Certains disent que des religieux, ayant demandé à Rome de leur envoyer des reliques saintes pour offrir un saint patron à l’île, auraient donné par erreur le nom mentionné sur la caisse arrivée en mauvais état et qui ne portait plus que la mention expeditus.
Ce serait une certaine madame Chatel qui aurait en tout cas introduit sa première statue en 1918. Depuis, on trouve saint Expédit un peu partout sur l’île, au bord des routes, des chemins et des plages dans de petites niches rouges fortement décorées de cierges et d’ex-voto.

Vie sociale

Les Réunionnais sont « très famille » et ne sortent guère le soir. De fait, les cafés tardifs et les boîtes de nuit n’existent que très peu en dehors de Saint-Gilles-les-Bains, LA zone touristique de l’île. Il faut dire aussi que, sous les tropiques, la nuit tombe vite et l’on se couche tôt. Le dimanche est naturellement sacré et l’on reçoit ses amis et ses parents.
La convivialité n’a d’égal, dans ces instants-là, que les saveurs de la cuisine réunionnaise qui en constitue le pilier. On pratique beaucoup l’art du pique-nique, que ce soit à la plage, sous les filaos, ou en montagne où de nombreuses aires ont été aménagées à cet effet. Le dimanche soir donne donc lieu à des embouteillages naturellement encore plus importants que ceux de la semaine.
Le reste du temps, les Réunionnais se rendent chez le « Chinois » pour acheter des produits de première nécessité mais aussi pour boire une bière et discuter des derniers potins.

Fêtes et coutumes

Au-delà des jours fériés républicains et des fêtes chrétiennes, la Réunion commémore l’Abolition de l’esclavage le 20 décembre et l’Immaculée Conception, le 8 décembre. S’y ajoutent les fêtes tamoules, musulmanes ou chinoises, et des fêtes locales souvent hautes en couleur.

Calendrier

Janvier : marches sur le feu, foire du Miel vert à la plaine des Cafres, fête de la Mangue de Saint-Paul.
Février : nouvel An chinois, championnats de France de pêche au marlin, vendanges de Cilaos.
Mai : fête du Chouchou à Salazie.
Juin : fête du Café à La Possession, festival Ekwa (sud équatorial de cinéma).
Juillet : Rando Gadiamb (randonnée festive en montagne), Energie nature (3 jours d’activité multi-sports) à Saint-Benoît.
Août : fête du Vacoa et du Palmiste à Saint-Philippe ; festival de musique, le Sakifo, à Saint-Pierre.
Septembre : salon des orchidées au Tampon, fête de l’Ail à Petite-Ile.
Octobre : Divapali, festival musical Kabar Réunion, fête des Bichiques à Bras-Panon, le grand raid, appelé aussi la diagonale des fous ; festival Mizik a Pat, à Mafate.
Novembre : fête du Curcuma à la Plaine-des-Grègues, Maïdo Run (open de vol libre en deltaplane et parapente) dans l’ouest de l’île, fête du Bambou à Saint-François, fête des Lentilles à Cilaos.

Art et culture

Langue

La langue créole est issue d’un vieux français importé qui s’est adapté pour permettre aux « maîtres » de dialoguer avec leurs esclaves. Il s’est ensuite enrichi de nombreux mots malgaches ou indiens et a subi moult modifications de syntaxe, ce qui lui donne son particularisme.

Musique

Même métissage côté musique. Le séga serait à l’origine la danse des esclaves africains et malgaches mimant les jeux de l’amour sur des rythmes empruntés à leurs pays d’origine comme à l’Europe des quadrilles. Il aurait gagné ses lettres de noblesse après l’abolition de l’esclavage, en prenant d’assaut les salons de la bourgeoisie créole. Gai mais assagi, il aurait alors donné naissance au maloya, le blues créole lancinant et triste, où la veine de l’Afrique ressurgit sous les roulements du rouleur, un gros tambour grave.
Longtemps interdit par la censure car assimilé à une certaine forme de protestation politique, le maloya est, pour certains, beaucoup plus représentatif de la musique traditionnelle réunionnaise.

Littérature

Au rayon littérature, l’île semble avoir essentiellement inspiré des poètes dont les œuvres, abondantes jusqu’à aujourd’hui, ont enrichi le patrimoine de la Réunion. Les enfants du pays, Antoine de Bertin, Eugène Dayot mais surtout Charles Leconte de Lisle et Léon Dierx ont ainsi offert à leur patrie parmi ses plus beaux vers. La littérature moderne fortement inspirée par l’histoire de l’île a vu monter une nouvelle génération d’auteurs tels Jean Toussaint et, plus récemment, Daniel Vaxelaire.

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