Européens mais… orientaux ! Pour paraphraser le slogan touristique, on va en Grèce pour les vieilles pierres, on y revient pour son art de vivre. La Grèce est sortie de l’étouffoir des dictatures il y a juste trente ans ; et, malgré cela, elle s’est forgé une culture actuelle, bien vivante, aussi originale que son passé.

 

Economie

Déméter – la terre

Une charrue qu’on pousse en costume ancestral, c’est une aubaine de photographe. Pas pour un Grec, qui souffre de voir son agriculture si obsolète. Olivier, vigne, blé… à part le maïs et le riz, les cultures sont les mêmes depuis Socrate. Et moutons et chèvres qui tiennent toujours le haut du pavé ! Mais le sol grec a beau être ingrat, trop vallonné, exposé aux incendies (qui ont donné toute leur mesure en 2008) et mal irrigué, on se le dispute dans les héritages. Et c’est ainsi que 90 % des fermes ont moins de 5 ha pour réaliser leurs ambitions.Pris entre les invasions, les guerres civiles et les abdications, le pays a eu peu de temps pour les réformes. Aujourd’hui, on guette les subventions de l’Union européenne, et seule une élite d’agriculteurs a adopté la mécanisation et l’irrigation, en grand. Cible vulnérable pour l’offensive des semences brevetées par les groupes céréaliers états-uniens, la Grèce a fait preuve de maturité politique en déjouant le lobbying et en se maintenant « zone sans OGM ».

Battambang - Centre ville

Battambang – Centre ville

Poséidon – le poisson

La pêche n’est pas seulement importante en Grèce, elle est légendaire. Premier employeur du pays, elle est souvent restée à l’âge de Zorba avec une flotte artisanale à 97%. A quoi serviraient de gros chalutiers ? La surexploitation et le braconnage ont déjà bien appauvri les fonds de l’Egée, et c’est ainsi que le pays le plus maritime d’Europe doit importer 1/4 de son poisson, en dépit du succès de l’élevage de la daurade et du bar.

Hermès – le commerce

L’autre légende grecque, c’est l’armateur. Au XIXe, il est un peu pirate, un peu patriote, et toujours cacique local ; mais de Jason à Onassis, les choses ont changé. Les chantiers navals ferment. La Grèce rachète les ferries à nos lignes bretonnes. Cela dit, la marine marchande reste la troisième du monde, voire la deuxième si on compte les bâtiments voguant sous la complaisance des pavillons chypriote et panaméen. L’armateur n’est que la figure de proue du commerce grec. Un habitant sur dix est à la tête d’un commerce ou d’une petite entreprise. Négociant-né, joueur et dur en affaires, le Grec retrouve sa forme antique dans l’essor des industries de service. Hélas ! le manque d’intérêt pour la demande internationale rend difficile la conquête des gros marchés – sur lesquels les cousins gréco-américains surfent en maîtres. Dix millions de touristes donnent au pays sa troisième source de devises. Après des débuts étatiques, l’hôtellerie s’est privatisée. Trop, peut-être : une bonne partie des lits et des hôtels ne sont pas déclarés ! Mais, en marge de ce côté artisanal et corsaire où le Grec excelle, une floraison d’hôtels de charme et des efforts pour mieux préserver la nature permettent de coller aux attentes du voyageur de demain.

Héphaïstos – l’industrie

Les mines d’argent du Laurion, qui financèrent la construction de la flotte de guerre antique, sont épuisées. La Grèce n’a plus que la bauxite du mont Parnasse et, pour produire son énergie, de la lignite et un peu de pétrole.Raffineries, cimenteries, hauts fourneaux… à voir le littoral d’Eleusis à Mégare, la Grèce semble ne manquer de rien, sauf, peut-être, de capitaux, parcimonieusement avancés par des banques, de plus en plus axées sur la spéculation boursière. Les firmes étrangères contrôlent la grosse industrie, et la rupture des barrières douanières fragilise la petite, très familiale, rarement tournée vers l’exportation. Un chômage de 10 % stimule une forte immigration vers les usines de Stuttgart ou de Munich – dont on revient en Mercedes avec du savoir-faire et des idées nouvelles.

Institutions politiques et administratives

Le gouvernement

La constitution de 1975 confie le pouvoir exécutif au gouvernement, que dirige un Premier ministre (protupourgos) élu au suffrage universel. Le Parlement n’a qu’une chambre, la Vouli. Ses 300 députés élisent pour cinq ans le président de la République (proedros tis Demokratias), fonction plutôt honorifique, hormis un droit de veto sur les votes de la Vouli.

Les partis

Deux familles dominent la vie politique : les socialistes du Pasok, et la droite libérale de Nea Demokratia. Chaque parti fonctionne par clan. Piston (meso) et renvois d’ascenseur (rousfeti) font partie des mécanismes du pouvoir. Cela ne tempère en rien la chaleur des discussions, sport où la seule opinion bannie est de « ne pas faire de politique »…

L’administration

La Grèce est divisée en 7 provinces, 9 régions et 52 nomes que dirige un préfet, le nomarque, qui dispose de pouvoirs étendus.

La Grèce et ses voisins

Les Turcs

Grèce et Turquie sont comme chien et chat. Cinq siècles d’occupation ont laissé un souvenir vivace, et pour conforter leur position au sein de l’Otan (au sein de laquelle la collaboration entre les deux armées rivales est catastrophique), les Américains ont joué à plaisir sur les rivalités de leurs deux partenaires, jusqu’à l’affaire de Chypre, qui a débouché sur la création d’un rideau de fer au beau milieu de la Méditerranée. Des incidents surviennent régulièrement au sujet des eaux territoriales des îles grecques proches des côtes turques, et ces querelles viennent fort à propos pour masquer aux électeurs les « affaires » et la crise. Les Grecs comptent parmi les plus farouches opposants de l’entrée de la Turquie dans l’Union, plaçant la question chypriote au cœur du débat.

Des frontières embarrassantes

Un problème épineux a surgi avec l’éclatement de la Yougoslavie : la Macédoine (grecque, capitale : Thessalonique) s’est réveillée avec une autre Macédoine (slave, capitale : Skopje) pour voisine, devenue république indépendante. Redoutant d’hypothétiques volontés d’annexion, les Grecs descendent régulièrement dans la rue ou en appellent à l’Onu. Depuis l’effondrement du monde socialiste, les frontières se sont ouvertes au Nord, entraînant l’apparition d’une immigration clandestine qu’il faut gérer, même si l’extension de l’Union Européenne au monde slave tempère ce rôle de sas migratoire.

Population

Les quelque 11 millions d’habitants de la Grèce sont, à 95 %, des Grecs orthodoxes. En marge, existent aussi des minorités. La plus importante est celle des musulmans d’origine turque de Thrace, mais aussi les Arvanistes, d’origine albanaise, les catholiques, surtout dans certaines îles, les Tziganes et les Bulgares islamisés, qui représentent plus de 10 % de la population. Plus de la moitié des Grecs est citadine, avec une préférence pour Athènes et son agglomération, rassemblant le tiers de la population, et pour Thessalonique. Une concentration qui se fait aux dépens des villages et des campagnes, où les jeunes ne veulent plus vivre. Revers de la médaille, Athènes est l’une des villes les plus polluées d’Europe.

Religion

L’orthodoxie

95 % de la population est orthodoxe. Rarement athée, le Grec garde un zeste de sympathie pour son bas clergé, qui a prouvé sa cohésion avec le peuple durant les mauvais jours de l’occupation allemande. Rien n’empêche un homme marié de devenir pope (papas) – en revanche, un prêtre célibataire ne peut se marier.Hiérarchiquement, la Grèce se partage entre l’Eglise d’Athènes et celle de Crète, indépendantes. Seuls les territoires libérés après 1913 dépendent directement du patriarche (patriarhes) de Constantinople. Numéro un du monde orthodoxe, le patriarche a un pouvoir moindre que celui du pape catholique ; seul un concile peut changer les dogmes, différence de conception qui conduira, en 1054, à la rupture entre Constantinople et Rome. Popes, moines et ermites dépendent de l’évêque local (mitropolites), qui dispose d’une grande indépendance.Sur le plan rituel, la messe (leitourgia) est dite en byzantin, langue grecque de la fin de l’Antiquité. La consécration du pain se fait dans le secret du chœur, séparé des fidèles par l’iconostase.

Les autres religions

En 1923, la Turquie accorde aux Grecs d’Istanbul de pouvoir demeurer dans le quartier du Phanar. En échange, 100 000 Turcs restent en Thrace, faisant de l’islam la deuxième religion du pays. Le catholicisme est encore présent dans quelques îles, jadis colonisées par les Latins. L’occupation nazie a privé la Grèce de 90 % de ses israélites.

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