La Malaisie n’est pas une grande source d’inspiration à ce point, on a plusieurs idées sur les raisons de cet état, et on va garder celles-ci : le temps gris, les gens pas si aimables, les paysages pas désagréables mais pas non plus vraiment envoûtants, et la léthargie du mois de janvier qui nous a rattrapée malgré tout. Et oui, c’est pas parce qu’on est à l’autre bout de la planète, que les températures sont largement positives qu’on y a échappé; on est assez épuisés et on manque de motivation… En bref, la Malaisie, ça nous excite autant que si on nous avait offert des vacances en Creuse…

Un récit de voyage de Marion Kvaternik

Enfin, tout a commencé avec l’arrivée à Malacca. Non en fait, tout a commencé avec le passage de la frontière: nous avons quitté la ville propre, high tech de Singapour pour arriver dans un poste de frontière glauque (mais ils le sont tous), et surtout pour découvrir les toilettes malaisiennes. Après 3 mois de confort à l’européenne, c’est un choc de se retrouver face aux chiottes à la turque, sans PQ (ici, on se nettoie à l’aide d’un tuyau qui traîne par terre, le rêve).

Puis la gare routière de Malacca, qui n’est pas sans nous rappeler de bons souvenirs de Bolivie tiens ! On prend vite un taxi qui nous amène dans le quartier touristique de la ville; Chinatown, et ouf ! C’est vraiment mignon, et assez étrangement propre. L’auberge est toute choupette, la chambre veut offrir un semblant de confort, on n’est pas si mal. Vient la découverte des douches. Donc ici, retour à l’essentiel; une pièce pour toilettes et douche toute petite, mais l’occasion de tester une chose peu commune: se laver les cheveux en faisant popo. Incroyable, quelle innovation, et quel gain de temps !

Ensuite vient la mission de trouver les devises locales, soit trouver un distributeur. Ce qui s’avère étonnement compliqué, la plupart des banques refusent de nous donner de l’argent, il nous faudra donc une bonne heure pour accomplir cette mission.
Le soir, en allant nous repaître, nous tombons sur le marché nocturne de la rue derrière la nôtre, un marché très sympa avec plein de choses à grignoter, plein de connasseries à acheter, et d’autres trucs plus bizarres: les petits hamsters en train de crever parce que laissés à 15 dans un tupperware, sans eau, par exemple. Il faut quand même reconnaître une chose ici: que c’est bon de se retrouver avec un si gros pouvoir d’achat. Tout est si peu cher.

Malacca, Malaisie

Malacca, Malaisie – © Marion Kvaternik

Mais le sac ne s’agrandit pas lui… Jerry, dans un élan de générosité humanitaire, se prendra d’affection pour un vendeur de noix de coco caché au milieu de tous ces vautours habitués aux touristes et qui fait un peu pitié, et se retiendra de peu de lui acheter la caisse entière de coco.
Le lendemain commence la vraie visite. On se rend compte que, rien qu’en étant allé dîner et chercher le petit déjeuner, on a déjà vu la plus grande partie de la partie visitable de la vie. Heureusement qu’elle fleurit de petits temples tous mignons, qui nous occuperons une bonne partie de la journée. Et qu’elle fleurit également de petits magasins de merdouilles qui, sans pour autant vraiment alléger notre porte monnaie, grossiront bien le sac. Une bien jolie ville ceci étant, du moins ce quartier-ci, très agréable à visiter. Mais une journée pour le faire, c’est amplement suffisant.

Malacca fut aussi l’occasion de rencontrer deux Français; Astrid et Paul, ainsi qu’un Guyanais avec qui nous passerons la dernière soirée à échanger des souvenirs et des astuces de voyage. Mélange qui fait toujours de bonnes soirées.
Lendemain, départ pour Kuala Lumpur. J’ai toujours aimé le nom de cette ville, un vrai son d’exotisme, j’avais hâte de voir ce que nous réservait cette capitale. Mais d’abord, des problèmes plus importants se présentaient: Jerry et ses dents de sagesse qui poussent, puis Jerry et son angine à cause de la clim et des ventilateurs: un Jerry ralenti donc, et qui a besoin de repos. Et de repos sans clim, aïe! Mais pour l’heure, il faut déjà trouver le moyen d’y aller.

Heureusement, il n’y a qu’une gare routière à Malacca, et le taxi qui nous y conduit n’est pas avare en bons conseils: pour aller à Kuala Lumpur, il faut savoir où l’on veut arriver, cela détermine complètement le voyage; il doit y avoir une dizaine de gares routières dans cette ville. Heureusement, on nous indiquera la plus proche de notre auberge.

L’arrivée à Kuala Lumpur dans la gare routière la plus centrale est assez déroutante. Nous sommes dans Chinatown, un quartier grouillant de vie et d’odeurs, des bonnes (brochettes de satay sur le barbecue) et des moins bonnes (des voitures partout), et on cherche notre auberge. Qui n’est pas là où Google Maps veut nous l’indiquer… On cherche, on cherche, et on finit par trouver derrière la marchande de bouteilles d’eau dans la petite rue archi fréquentée l’entrée qui mène à l’auberge deux étages plus haut.

Arrivés à l’étage, Oh, c’est trop chou, ces décorations en bois et en fleurs, si colorés, si kitsh. Et cet aquarium avec le poisson immense dans l’entrée. Wahou. Voilà, c’est Wahou jusqu’à ce qu’on ouvre la porte de notre chambre…. La plus glauque des chambres trouvées jusque là. Mais le prix est imbattable donc. Ca tombe bien en plus, j’en connais un qui a justement besoin d’y passer pas mal de temps ces prochains jours.

Autant vous dire que je n’ai pas tenu longtemps avant de m’enfuir de mon côté. Dès le lendemain, je le laisse dormir et pars en exploration. Chinatown d’abord, et la rue Petaling, centre commercial immense en plein air où l’article le plus recherché est celui de contrefaçon. Impossible d’acheter quoi que ce soit qui n’ait pas une marque dessus. Tant pis, je continue mon exploration en passant devant un temple chinois, puis un hindou. C’est amusant comme toutes ces religions cohabitent bien dans ce pays, en une rue tu peux voir une cérémonie hindoue, des prières bouddhistes, et entendre l’appel de la mosquée. Assez troublant, mais notion intéressante.

Tours Petronas, Kuala Lumpur, Malaisie

Tours Petronas, Kuala Lumpur, Malaisie – © Marion Kvaternik

L’exploration continue et, comme j’ai bien envie de marcher aujourd’hui, je pousse mes pas vers les tours iconiques de Kuala Lumpur, d’abord la Sky Tower, facile à voir, puis les fameuses tours Petronas, et quelques détours plus tard, j’arrive au pied du KLCC, le centre commercial hyper luxueux attenant aux fameuses tours jumelles. Une traversée rapide du centre commercial pour arriver dans le jardin du KLCC, où se trouve un petit lac où aiment jouer les fontaines, une pseudo piscine publique , des arbres et quelques statues sympathiques, un ensemble d’ingrédients qui rendent la découverte des tours Petronas encore plus agréable.

Seul hic au détour de la piscine: tout ou presque y est interdit, je pense que les adultes n’ont pas le droit d’aller y mettre un pied, sauf en cas d’accompagnement des enfants, et les zones bleues sont infranchissables en chaussure. Au moindre contournement de ces règles strictes, l’officier en service ne plaisante pas et harcèle le contrevenant de coups de sifflet. Je crois que je pourrais passer des heures à regarder ce spectacle, les règles sont cachées pour la plupart et les gestes de l’officier incompréhensibles, résultat, tout le monde fait n’importe quoi et le sifflet retentit à tout bout de champ créant stupeur et effroi dans les yeux de chaque passant. Mais à la place, je prends des photos.

Puis je fais le chemin retour pour aller retrouver un petit malade qui ne se sent pas tellement mieux, mais qui se dit qu’il serait quand même mieux dehors à la lumière du jour qu’enfermé dans une auberge sans fenêtre. Une surprise nous attend avant de partir; l’un des employés de l’auberge a un singe apprivoisé avec lui, c’est trop mignon de voir cette petite bête grognon avec sa couche. Le propriétaire nous explique qu’il l’a depuis tout bébé, qu’il lui a été enlevé le jour où le gouvernement a décidé qu’il n’était plus possible d’avoir des singes chez soi et donc envoyé en zoo où il fut maltraité, le propriétaire a donc gagné le droit de le récupérer, mais ça en fait maintenant un singe qui n’aime pas follement les étrangers…

Le temps de quelques photos et on reprend donc le même chemin, en faisant quelques arrêts shopping. Oui, Jerry a mal à la gorge, il en prend donc grand soin. Mais, nous n’avons plus d’écharpe, donc, tout ce que j’ai trouvé pour lui, c’est mon pareo rose. Ce qui est très joli et utile pour dormir caché dans la chambre mais, une fois dehors… C’est pas sa couleur le rose quoi. Donc on part à la recherche d’autre chose, et on finit par trouver une espèce de cheich kaki, mais bien sur, il faut qu’il y ait écrit Dior un peu partout dessus.

Puis on repart vers les tours jumelles, parce qu’on est un peu devenu fan des photos de nuit. Et on attend la nuit à côté de la piscine. Pendant que Jerry fait ses réglages, je profite du spectacle sifflet, toujours un aussi bon moment. Cet endroit est loin d’être aussi bouleversant que Marina Bay à Singapour, mais il faut admettre que ces tours sont particulièrement belles, et originales en termes d’architecture. Par contre, le spectacle son et lumière lui… reste bien décevant après Singapour, mais ça reste joli à regarder tout de même!

De retour à l’auberge, nous célébrons cette première journée de visite avec une petite bière et, oui, avouons, une petite cigarette, à l’entrée de l’auberge, quand soudain apparaissent Astrid et Paul, les deux Français rencontrés à Malacca, avec qui nous n’avions absolument pas partagé nos plans d’hébergement à Kuala Lumpur. Le monde est vraiment tout petit.

Kuala Lumpur, Malaisie

Kuala Lumpur, Malaisie – © Marion Kvaternik

Deuxième jour dans cette ville bruyante, surpeuplée et sale, et notre motivation n’est pas au plus haut. On se traîne jusqu’au marché central pour essayer son food court, soigneusement réputé par le Lonely Planet. On choisit nos mets au hasard, et on se cherche une table pour découvrir tout ça. Pour obéir à la loi qui veut qu’on se sente plus en sécurité entourés de personnes qui nous ressemblent, on s’installe à une table déjà occupée par un couple d’occidentaux.

On n’aurait pas pu faire mieux: deux Français, de Bordeaux, en vacances pour quelques jours en Malaisie, qui ont fait la même chose que nous jusque là et qui ne se trouve pas incroyablement emballés non plus. C’est vraiment amusant toutes ces rencontres. Le genre de choses qui manquent quand on retrouve une vie normale. Pour l’après-midi, nous allons visiter un peu aléatoirement, et ne rencontrons pas grand chose d’intéressant. Kuala Lumpur n’est vraiment pas une ville de rêve, on est plutôt déçus.

Pour notre denier jour du coup, on décide d’écouter les conseils qui nous ont été donné et nous nous dirigeons vers les grottes de Batu, à 10 km au nord de la ville. Pour cela, plusieurs choix: taxi, bus ou ligne de train qui y va directement. A condition de prendre le bon. Ce qu’on pensait avoir fait; il y avait écrit Batu Caves sur le panneau, on s’est dit que c’était bon! Et non, échec. On finira donc en taxi.

Les grottes de Batu sont un ensemble de temples dédiés à plusieurs divinités hindoues, et l’un d’entre eux se trouve, contre toute attente, dans une grotte. Ca prend 250 marches pour y monter, des marches raides et relativement régulières, et c’est vraiment très sympa comme visite. Mais le bonus, c’est avant tout les singes qu’on y trouve, qui se sont complètement appropriés les temples. C’est aussi une première fois pour moi; la première fois que deux jeunes asiatiques me demanderont de poser pour une photo avec eux…. Très bizarre comme expérience.

Et enfin arrive le jour où nous allons finalement quitter la pollution et la surpopulation pour une grande bouffée d’air pur: direction le Taman Negara! Le parc national qui renferme la forêt la plus ancienne au monde, pleine de bestioles quasiment disparues en fait: tigres, éléphants d’Asie, oiseaux à corne, etc… mais bien sûr, qu’on n’a aucune chance de voir perdus qu’ils sont dans cette immense étendue verte. N’empêche, ça fait quand même quelque chose d’aller droit vers cette forêt primaire, avec juste un peu d’imagination, on pourrait se dire qu’on part à la recherche de traces de dinosaures encore vivants… Mais on a les pieds sur terre, on se dit pas ça évidemment.

En attendant, pour y aller, la solution la plus simple est de prendre un bus jusqu’à Jerantut, et de là un autre bus jusqu’à la jungle. Le taxi qui nous emmène à la bonne gare routière de KL est à nouveau une mine d’information sur la Malaisie et son tourisme, et il s’annonce comme très satisfait du programme prévu. Arrivés à la gare routière, il faut chercher la compagnie qui vend le bon bus, à la bonne heure. Echec, plus de places avant trois heures. Solution bis, trouvée à force de harceler les vendeurs de tickets (qui a dit que j’étais vraiment une chieuse?), prendre un bus jusqu’à Temerloh, changer de bus jusqu’à Jerantut, et rattraper le dernier bus. Ok, allons y.

Grottes de Batu, Malaisie

Grottes de Batu, Malaisie

Premier bus: check. Deuxième bus, un peu plus tard que prévu mais dans les temps quand même: Check! Troisième bus…. Bon, arrivant à Jerantut, on est d’abord étonnés par la non existence de gare routière. On finit quand même par trouver des petites cabanes, avec des gens dedans qui nous font plus ou moins comprendre dans leur anglais approximatif, que le prochain bus ne va pas tarder à arriver, qu’on n’a qu’à attendre là et qu’ils viendront nous chercher. D’accord.

Bus prévu à 16h40, à 17h, aucune nouvelle, et le monsieur qui nous a renseigné a disparu. Tiens donc. Pas grave, je rendosse la cape de SuperChieuse et je repars à l’assaut. On me montre le monsieur qui doit conduire le minivan (plus de bus). Je le suis partout, et je dois finir par le fatiguer puisqu’il finit par venir nous voir pour se faire confirmer qu’on va au Taman Negara. Oui, c’est ça. Aaaahhhh…. Mais c’est que ça va pas être possible finalement, parce que on, vous comprenez, on n’est que trois à vouloir y aller donc bon, c’est chiant, alors finalement, il nous appelle un taxi… Heureusement que ce pays ne coute pas cher! Enfin, c’est quand une expérience énorme, cette confrontation au non professionnalisme doublé d’une nonchalance parfaitement déstabilisante.

Finalement, on y est arrivé, en taxi. On s’est dirigé vers le truc écrit: “Tourist Information” pour se renseigner sur les hostel, mais tout ce qu’on a pu en tirer c’est; “vous voulez faire un tour demain? J’ai déjà des gens, venez faire le tour”. Ouaip mais non, on cherche un endroit où dormir. Et on finit par avoir un coup de cœur pour une petite guesthouse aux chambres hyper propres et lumineuses. On cherche pendant un temps la propriétaire, puis on accepte le prix (un scandale: 9€ par personne la double avec salle de bain), mais qu’est-ce que ça fait du bien d’être enfin installés correctement. On suit les conseils de la madame et on part dîner sur l’un des restaurants flottants qui peuplent les rives de la rivière, encore accueillis par une grande nonchalance, mais finalement satisfaits.

Après une bonne nuit de sommeil, nous partons à l’assaut de la jungle. On traverse la rivière pour se retrouver dans un énorme resort avec un nombre incalculable de cabanes qui s’étendent sur un bon kilomètre. Stupéfiant, mais à priori intéressant; les gens qui y ont séjourné nous ont pour la plupart affirmé y avoir vu plus d’animaux sauvages que dans la jungle…  Nous traversons le resort pour entamer une petite balade sur sentier relevé, et arrivons au Canopy, prouesse technique qui nous permet de marcher au niveau de la cime des arbres.

Puis on continue vers un point de vue supposé sensationnel sur la jungle. Pour y arriver, il suffit de grimper (j’ai compté) pas moins de 700 marches, et à l’arrivée, on voit une longue étendue verte. Donc oui, le Taman Negara, c’est grand. Tout ça pour ça….

Au retour de l’autre côté de la rivière, nous commençons à nous renseigner pour faire ce fameux tour de 2 jours 1 nuit dans la jungle. On fait le tour des agences et des Tourist Information, mais le résultat est toujours le même: personne n’a encore booké donc le prix est exorbitant. Donc on prend la solution bis: on décide de faire ça par nous même. Le monsieur de la vraie Tourist Information nous explique que c’est tout à fait possible, à pied, en bateau, qu’il y a même des endroits où dormir avec des lits.

On décide donc d’y aller en bâteau, de dormir sur place, dans une tour d’observation, et de revenir à pieds.
Lendemain, on booke tout ça et on part dans l’après-midi en bateau. Qui nous dépose à peu près nulle part, pour le début de l’aventure. A ce stade, il faut que je fasse une confession. Mes chaussures de rando, paix à leur âme, ne sont plus tout à fait ce qu’elles furent dans leur prime jeunesse; la semelle extérieure de la chaussure droite fait régulièrement des tentatives d’évasion, chose que, parce que je m’y prends toujours au dernier moment et qu’on est dans un village paumé au milieu de la jungle donc on n’y trouve rien d’intéressant, j’ai combattu à l’aide de sparadrap. Ca donne un look unique aux chaussures et, jusque là, ça marche.

Taman Negara, Malaisie

Taman Negara, Malaisie – © Marion Kvaternik

Autre chose à savoir, au Taman Negara, il pleut toutes les nuits, étant donné que c’est une forêt humide, on peut s’attendre à trouver le chemin un peu mouillé, voire glissant. Quant à parler de chemin, c’est surtout de la bonne volonté: 20 centimètres de sol à peu près dégagé, quand il ne faut pas escalader les arbres qui sont malencontreusement tombés en plein milieu. Dernière information, il y a quand même UN animal qu’on ne peut pas manquer dans cette jungle (on n’est donc pas complètement venus pour rien), ce sont les sangsues.

Donc, je récapitule: chaussures foutues + chemin ultra glissant et sportif + sangsues = (comme on peut s’y attendre) Catastrophe. Au début, c’était fun, on se sentait comme des Indiana Jones à la recherche d’un temple perdu où l’on aurait trouvé des reliques sacrées gardées par un troupeau de sangsues féroces. On réussissait même à faire des photos, rapidement hein, parce que les petites bêtes suceuses de sang n’ont pas besoin de plus d’une minute pour venir se cacher dans les chaussures puis remonter doucement vers la chair nue.

Puis très vite, ce fut l’horreur. C’est épuisant de devoir se battre à chaque pas. Une seconde d’inattention et tu mets ton pied au mauvais endroit: il s’enfonce dans la gadoue et… au revoir la semelle. Enfin, pas tout à fait, elle a l’air bien solidaire devant, je me retrouve donc avec des chaussures tong, chose très pratique dans ce genre de cas. On passe encore quelques ponts faits de mini bouts de bois, et c’est l’accident; je m’effondre…. sur un arbre ouf!

Non parce qu’en plus, t’as vraiment pas envie de t’étaler de tout ton long dans une gadoue remplie de sangsues. C’est donc blessée, affaiblie et passablement couverte de boue que je finis par arriver à la tour d’observation, où nous découvrons nos lits et compagnons de galère. Les lits d’abord: 5 lits superposés, pas mal de place, ils ont juste oublié les matelas… Les compagnons… Non, rien à dire, très sympas et pas chiants. Heureusement (pour moi), on croise en arrivant un guide qui nous déconseille fortement de faire la randonnée retour le lendemain, on risquerait de se perdre, on décide donc de revenir en bateau le lendemain avec l’un des groupes qui passe la nuit avec nous. 

Le reste de la soirée sera passée à essayer de se débarrasser des sangsues. Et oui, tu as beau faire la maligne, avoir des grosses chaussures, des grosses chaussettes que tu vas jusqu’à mettre au dessus de ton pantalon, rien n’arrête les sangsues, elles arrivent quand même à sucer ton sang à travers les chaussettes. Je suis horrifiée par ces bestioles, mais, à leur décharge, au moins ne font-elles pas mal!
Nous ne verrons rien d’intéressant ce jour là, ni le lendemain, si ce n’est quelques écureuils et un gecko. La nuit sera moins inconfortable que prévue, et le retour par la jungle, une torture, mais l’arrivée du bateau qui nous ramène sera une merveilleuse vision. Donc, un conseil: prévoyez de bonnes chaussures pour faire le Taman Negara!

Pour notre prochaine destination, nous avons décidé de changer le programme. Direction les Cameron Highlands. D’abord deux heures de bateau pour profiter encore un peu de la jungle, puis quelques heures de minibus. Et, pour changer, de quelle nationalité sont majoritairement composés les deux minibus qui partent? C’est ça, de Français. Les deux pauvres touristes allemands ont du le sentir passer.

Cameron Highlands, Malaisie

Cameron Highlands, Malaisie

Nous sommes avec quatre retraités dans notre minibus, venant tous du sud-ouest. Décidément. Et c’est une excellente rencontre. On a tendance à imaginer qu’en voyageant aussi longtemps de cette façon, on va forcément trouver plus facilement des affinités avec les personnes qui font le même type de voyage que vous et, n’ayons pas peur de le dire, qui ont plus ou moins le même âge. C’est idiot. Je crois que depuis le début du voyage, je n’ai encore rencontré personne avec une telle passion des voyages, cette lumière qui s’allume dans les yeux quand la personne raconte ou partage des souvenirs d’anciens voyages. C’est juste l’étincelle que je voudrais retrouver, c’est comme s’ils étaient les jeunes à la découverte du monde, et nous les vieux blasés.

Ce genre de rencontre laisse à penser. Je tiens juste à faire remarquer que pour tous ceux qui ont un jour eu envie d’aller voir ailleurs comment c’est, qui se trouve actuellement à la retraite, n’hésitez plus! Ces quatre passionnés ont déjà fait de nombreux grands voyages, et rien que de les entendre parler de leur prochain projet, on se prend à baver. Une belle façon de se rendre compte que tout est possible, à n’importe quel âge, tant qu’on a l’envie.

Cameron Highlands est une destination assez unique en Asie. Déjà, c’est situé aux alentours de 2000m donc il y fait plus frais, ensuite, son attraction principale se trouve être des plantations de thé. Comme ça, ça ne fait pas forcément rêver, surtout quand, comme Jerry, on n’aime pas le thé, mais regardez les photos, vous comprendrez ce qui nous a attiré ici. De prime abord, le froid nous refroidit beaucoup trop. C’est en plus très humide et, il faut l’admettre, on s’est plutôt bien habitué à nos constants 30°. Mais on remet jean, pull et chaussures, et on affronte la pluie.

Au moins les nuits sont plus agréables. Premier jour sur place, comme nous ne sommes pas renseignés, nous pensons rejoindre les plantations de thé par l’une des nombreuses randonnées à faire dans la région. On regarde les possibilités à l’auberge, et on demande où se trouve la plus belle vue. Commence la randonnée qui nous emmène droit dans la jungle. On commence à se poser des questions et, en croisant des personnes qui redescendent, on se fait confirmer qu’il n’y a pas de plantations de thé par là.

Très bien, deuxième tentative; il me semble avoir lu sur Internet que celle là conduit aux plantations de thé. Et c’est reparti pour une randonnée en jungle. Au début le chemin et sympa, et même pavé. Très vite, on se sent de retour au Taman Negara, avec un chemin pourri, glissant et de plus en plus inexistant. Bien sûr, ayant du abandonner mes chaussures de randonnée, ou ce qu’il en restait, me voilà en chaussures de ville parfaitement pas adaptées. Jusqu’au craquage où, après avoir escalader plusieurs énormes souches d’arbres au milieu du chemin, l’issue se trouve être un lac de gadoue en pente, et aucune indication de la suite du chemin…

Malheureusement, il n’est plus possible de faire demi-tour. Donc il faut trouver un chemin… Heureusement arrivent bientôt deux promeneuses allemandes, absolument pas intimidées par la qualité du chemin, qui nous aideront à trouver notre route. L’une d’elle, tiens donc, parle français car elle a passé un an d’études en France, à Bordeaux… Le reste de la randonnée se compose de marches, de centrale hydroélectrique et… Ah ben non tiens, pas de plantation de thé, juste des champs de cultures diverses et variées. Donc journée épuisante et décevante. La seule bonne surprise sera de recroiser nos quatre compagnons de voyage de la veille, qui réussiront à nous donner suffisamment envie pour rester un jour de plus et faire LEUR programme.

Donc pour cette fois, on prend tous les renseignements nécessaires, comme: mais où sont les plantations de thé au fait?, on loue un scooter, et je laisse Jerry conduire. Le loueur nous explique qu’on n’a pas le droit de monter sur le plus haut pic parce que ça abîmerait le scooter. Comme on est des sales merdeux de Français, nous, on entend: “ne montez pas sur ce pic car c’est là que vous aurez les meilleures vues, et comme on fait un tour qui y mène, payez nous un tour et ne le faîtes pas par voir même”.

Plantations de thé, cameron Highlands, Malaisie

Plantations de thé, Cameron Highlands, Malaisie – © Marion Kvaternik

Donc bien sûr, quand on arrive au fameux embranchement, on prend la mauvaise direction. Et en effet, c’est pas des blagues, c’est un paysage vraiment incroyable cette succession de plantations de thé. On se régale et on s’en met plein les mirettes! Le monsieur loueur nous avait également indiqué que si jamais il apprenait qu’on y était allé, on ne récupérerait pas la caution. Donc bien sur, on a croisé une voiture de l’agence. Par chance on était à l’arrêt, on a donc joué aux crétins qui se sont perdus et qui n’iront pas plus loin… Donc on a fait demi-tour et on s’est dirigé vers le salon de thé avec vue panoramique du coin. Mais évidemment, on a trouvé ça moins joli même si c’était quand même bien joli!

Et pour conclure en beauté, on a suivi les conseils proférés la veille, à base de: “Faîtes la ferme aux papillons, ils ont des phyllies (je me la pète parce que , ne retrouvant pas le mot phasmes, j’ai cherché insecte feuille, et donc ce ne sont pas des phasmes, même si c’est la même idée); soit des master du camouflage dans leur genre. Et donc on s’est offert un petit tour au milieu des papillons tropicaux (dont un nombre de mourants assez déstabilisant), à la recherche des phyllies donc, et on s’est amusés comme des petits fous. Donc enfin une très bonne journée en Malaisie!