C’est le point culminant du voyage. La cité de Petra mériterait de figurer au rang de merveille du monde. Rarement la main de l’homme a su aussi bien exploiter la nature tout en la respectant à ce point.

Histoire

Les Nabatéens, grands commerçants et cultivateurs ingénieux, ne se sont pas trompés en choisissant ce site grandiose et tourmenté où la roche se teinte de couleurs incroyablement diverses, de l’ocre au bleu en passant par toutes les nuances de jaune, de brun, de blanc ou de gris, selon les moments de la journée. La manière dont ils ont taillé leurs temples et tombeaux dans le roc relève du génie. Le tout forme un immense décor de théâtre baroque à ciel ouvert, un jeu de pistes géant où l’on s’amuse à débusquer les monuments dans le décor.
Petra connaît son apogée au ier siècle de notre ère. Ensuite, elle décline peu à peu, endommagée par deux tremblements de terre, au viie siècle. C’est seulement au xixe siècle que des voyageurs européens la redécouvrent. En fait, la région a été occupée autour de 10 000 ans av. J.-C. Rien ne subsiste de l’âge de bronze et c’est à partir de l’âge de fer (2 000 av. J.-C.) que le site est réellement occupé par les Edomites, un peuple semi-nomade en guerre continuelle avec les Hébreux.
Au vie siècle av. J.-C. apparaît une nouvelle tribu, les Nabatéens, des nomades venant de la Péninsule arabique et parlant l’araméen. Ils tirent l’essentiel de leurs revenus de l’élevage et du commerce de l’encens et des épices. Petra leur servi d’entrepôt et de refuge. Un refuge inexpugnable : les lieutenants d’Alexandre le Grand, les Hébreux puis les Romains s’y sont cassé les dents. Mais affaibli par le contournement de ses routes caravanières, le royaume nabatéen finit par être annexé par l’Empire romain sous le règne de Trajan. Petra connut alors un regain de prospérité. Sous les Byzantins, la ville fut le siège d’un évêché de taille moyenne. Les conquérants omeyyades la délaissèrent. Puis trois tremblements de terre successifs achevèrent de la ruiner. Brièvement, les croisés l’intégrèrent à leur système de défense du Royaume de Jérusalem, puis la ville tomba dans l’oubli.

Petra Khazneh © Tangka

Petra Khazneh © Tangka


Un miracle géologique

Le nom d’origine, sémitique, de Petra est « la bariolée ». Ce résultat inégalable est le résultat de l’action conjuguée du vent, du sable et de l’eau. Le massif de Petra se situe sur les escarpements du rift de la vallée du Jourdain, ce qui explique ses failles spectaculaires révélant les différentes strates de roche. La cause principale de l’érosion est le vent qui a modelé les formes arrondies des sommets. De même, les flancs des montagnes ont été striés par l’action éolienne. Enfin, l’eau, en circulant dans la roche, a creusé des cavités caractéristiques. Un projet, mené par EDF, prévoit de recueillir ces eaux par le moyen d’un petit barrage. Stockées et dessalées, elles pourraient servir à arroser les jardins et faire baisser le niveau de la nappe phréatique.

La cité

A 230 km au sud d’Amman. Ouvert tlj du lever au coucher du soleil. L’entrée est chère, et si l’on reste plusieurs jours, il est intéressant d’acheter un forfait.

Musées
Musée nabatéen
Situé dans les locaux du Basin Restaurant. Ouvert de 9 h à 16 h (17 h en été). Entrée gratuite. 
Ce musée met en scène une intéressante collection d’objets (poteries, assiettes peintes, statuettes en bronze, bijoux, monnaie, lampes à huile, etc.) retrouvés dans la région et des mosaïques nabatéennes exhumées au wadi Musa. L’histoire de Petra est replacée dans son contexte. Des cartes du site sont disponibles.

Musée archéologique
Derrière le Qasr al-Bint. Ouvert de 9 h à 15 h 30 (17 h en été). Entrée gratuite. 
Ce musée appelé le Petra Cave Museum est niché dans une falaise. Plusieurs objets retrouvés sur le site y sont exposés, dont des bijoux, des statuettes et de la céramique. Ce ne sont pas tant les œuvres exposées que les murs, striés de couleurs, qui valent le détour. Magnifique vue depuis la terrasse.

Jeu de pistes
Inutile d’espérer visiter les moindres recoins : on y serait encore. Le site s’étend en effet sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés et l’on a recensé 800 monuments. L’idéal est d’y passer deux, trois, voire quatre jours.

Nécropole de Gaïa
Entre l’entrée du site et le Siq. 
Gaïa est l’ancien nom du village actuel de wadi Musa : certaines tombes sont inspirées de l’art égyptien, comme la fameuse tombe aux obélisques. Au bout de 1 km, on parvient à l’entrée du Siq, un défilé naturel long de 1,2 km, large de 3 à 11 m, et haut d’une centaine de mètres. Par endroits, les parois se touchent presque. Le chemin, qui menait à la cité, était pavé, et plusieurs portions ont été restaurées. On remarque les canalisations qui courent tout le long du Siq et les barrages construits par les Nabatéens pour retenir l’eau de pluie ruisselant de la montagne. Le long des parois, des divinités comme Uzzat, déesse du panthéon nabatéen, et Dushara, le dieu du soleil, ont été gravées sur la roche. Seule une partie a été pavée. Peu avant d’arriver, sur la gauche, un bas-relief représente des chameliers et leur troupeau. C’est au dernier moment que l’on découvre avec éblouissement le Khazneh(« trésor », en arabe).

Khazneh
Ce monument, le plus beau et le plus connu de Petra, mesure 40 m de haut. Il est entièrement sculpté dans la roche, dans un style incorporant nombre d’apports alexandrins et égyptiens (amazones, déesse Isis). Il servait de tombeau. La date de sa construction (avant ou pendant les Romains) est sujette à controverse. Son nom vient de la fameuse urne de pierre qui surmonte la façade: les Bédouins, croyant qu’elle renfermait un fabuleux trésor, l’ont longtemps canardée à coups de fusil. A l’intérieur, trois pièces nues où l’on admirera les marbrures multicolores de la roche. La meilleure heure pour le voir est à 10 h du matin, lorsque les rayons du soleil commencent à animer la façade.

Ville basse
Depuis le Khazneh jusqu’au petit musée archéologique, derrière le Qasr al-Bint. C’était le cœur de la cité, là où se passait l’essentiel de la vie publique (théâtre, thermes, marché, sanctuaires, etc.)
Le tombeau d’Aneishu se trouve à mi-chemin entre le Khazneh et le théâtre, sur le côté droit, en haut de deux séries de tombes. Aneishu était un ministre de la reine Shuqailat II, vers 70 apr. J.-C. Des bijoux en or y ont été retrouvés.
Le théâtre de 7 000 places remonte aux Nabatéens et non aux Romains, comme on pourrait le croire. Sur la droite s’alignent les tombes royales : la plus impressionnante est le tombeau-palais de cinq étages, la plus grande façade de Petra. La Silk Tomb, elle, est connue pour ses marbrures bleues incroyables. Quant au tombeau à urnes, il fut transformé en église au ve siècle.
La ville romaine s’étend ensuite le long du cardo maximus, dont il reste la porte monumentale. Sur la gauche, on trouve les ruines du temple sud, puis les thermes.
Le Grand temple (ou palais bouleutérion) était en réalité une construction civile, qui a changé de plan et d’affectation au cours du temps. Au départ, il s’agissait de la partie publique du palais royal que les Romains ont transformé en bouleutérion. Dans la partie supérieure de l’édifice se trouve un petit théâtre. Accolé à ce palais se trouve le Paradeisos, un ensemble de jardins suspendus.
Le temple aux lions ailés se trouve sur la butte dominant le wadi Musa. Il s’agit d’un sanctuaire nabatéen carré du ier siècle av. J.-C., dont le plan rappelle la maison du Labyrinthe à Pompéi. Les fresques en stuc sont exposées au musée nabatéen.

A l’est du temple aux lions ailés se trouvent les restes d’une église byzantine mise à jour en 1990. Les murs réutilisent des éléments architecturaux nabatéens et romains. Son principal attrait réside dans son pavement en mosaïque, décoré de vigne, de paniers, de vases, d’animaux et de figures symbolisant les saisons.
Après la porte monumentale, le Qasr al-Bint est un temple nabatéen. C’est le seul monument de Petra non sculpté directement dans la roche. Il est très abîmé et nécessite d’importantes restaurations. Le long de la montagne d’al-Habis, qui ferme la perspective, on peut voir de nombreuses grottes troglodytiques, habitées il y a encore peu par les Bédouins du coin, les Bduls, qui ont dû déménager pour le village d’Umm Seyhoun.
Le petit musée (entrée libre), situé à côté du restaurant Petra, expose des photos et quelques objets anciens, comme des vases et fragments de poterie.

C’est juste en face que débute la montée au monastère (al-Deir, en arabe). Il faut compter une petite heure de grimpette, mais le panorama en cours de route et le site une fois là-haut valent le détour. Le plan du bâtiment, bâti au ier siècle, est proche de celui du Khazneh, même s’il est beaucoup moins fin.
Le Haut Lieu du Sacrifice est l’occasion d’une autre balade (30 min) sur les hauteurs. Elle démarre 200 m à gauche avant le théâtre. Avant d’arriver, on verra des obélisques taillés dans le roc. Puis le fameux Haut Lieu destiné aux sacrifices… qui n’étaient pas humains. Du sommet, on a une vue sur tout le cirque de Petra. Pour descendre, prendre vers le petit stand de boissons et laisser les obélisques à gauche. En chemin, on voit un grand lion sculpté sur la paroi, la tombe du soldat romain. Prendre à gauche après cette dernière, on arrivera près du Qasr al-Bint. Une promenade qui commence à droite du tombeau-palais mène au djebel al-Khubtha, d’où l’on a une vue imprenable sur le Khazneh.

Hors des sentiers battus
Après la visite des sites incontournables, on peut entreprendre d’autres balades moins courues, qui nécessitent parfois une bonne condition physique et un guide. L’une des plus accessibles revient à prendre, vers la droite, le lit de la rivière qui barre l’entrée du Siq. C’est un Siq en miniature, passant par un incroyable tunnel de 90 m et qui mène au wadi al-Muthlim. Le sentier, qui parfois n’est pas plus large qu’un mètre, mène au wadi al-Metaha, qui lui-même conduit aux tombes royales. En passant, remarquez la maison de Dorothéos et le tombeau de Sextius Florentinus On peut également se rendre de là à Moghar al-Nasara, les grottes des chrétiens, tout près du village d’Umm Seyhoun, qui abrite de nombreuses tombes recouvertes d’inscriptions et de croix gravées.
Autre balade, pas trop difficile, le wadi al-Siyagh, accessible depuis le Basin Restaurant. On y voit l’une des seules tombes nabatéennes portant encore des traces de peinture.
Le château croisé de Woaira a été bâti en 1116 et pris 73 ans plus tard par les musulmans. Le pont-levis, qui franchissait une gorge impressionnante, a été remplacé par un pont.
Pour se rendre à al-Madras, il faut prendre à gauche, peu après le tombeau aux Obélisques. Le site est divisé en deux : le bas était consacré aux habitations et le haut au culte. 
On peut se rendre depuis le Qasr al-Bint à Umm al-Biyarah (la mère des citernes, en arabe) : l’ascension est fatigante mais la vue d’en haut vaut le coup d’œil. 
Le village néolithique d’al-Beydha (8 000 av. J.-C.) est l’un des plus anciens sites archéologique au Proche-Orient : 65 maisons rondes et rectangulaires incarnent le passage d’une société de chasseurs-cueilleurs à celle des agriculteurs-éleveurs. Le site est fragile. 
Au wadi al-Sabra se trouvent des vestiges nabatéens incluant des murailles, des temples, des ponts et un petit temple romain. 
Le mont Aron (djebel Haroun), là où est enterré le frère de Moïse, correspondrait au mont Hor de la Bible. Un petit mausolée blanc y a été construit au xvie siècle. La vue porte du Monastère (Deir) à la mer Morte. L’excursion, qui prend six heures, passe par le monument au serpent, un cube surmonté d’un reptile enroulé.

Suivez le guide !
Les lundis et jeudis à 20 h 30, le centre des visiteurs organise un circuit le long du Siq éclairé par des milliers de bougies. Le circuit se termine par des danses bédouines folkloriques devant le Khazneh. Un spectacle féerique.

Aux environs

Siq al-Barid
Le Siq al-Barid n’est pas aussi beau que la cité de Petra mais il vaut une visite. Le défilé, long de 400 m, débouche sur une succession d’espaces abritant un temple, des salles de banquet, une maison peinte, couverte de motifs de vigne, de fleurs ou d’oiseaux. Une citerne a été creusée dans la roche. A l’entrée du Siq al-Barid se trouvent des carrières nabatéennes.

Taybeh-Zaman
Situé sur les hauteurs, Taybeh-Zaman est un ancien village du xixe siècle aménagé en hôtel de grand luxe. On y a même installé un vrai-faux souk touristique. La vue sur l’ensemble du site de Petra est magnifique.

Wadi Araba
Des excursions sont possibles vers le wadi Araba, au sud de la mer Morte. Il faut impérativement être accompagné d’un guide, même en 4 x 4, étant donné l’isolement, la sécheresse et la nature accidentée de cette région.

Wadi Musa
Wadi Musa, le ruisseau de Moïse, est le village le plus proche de Petra. Au cours des années 1990, l’industrie touristique y a connu un énorme essor : le nombre d’hôtels est passé de 4 à plus de 70.

Monter à dos de chameau
Monter à dos de chameau n’est pas une sinécure et, pour un premier essai, il vaut mieux éviter une excursion trop longue. Sinon, gare aux courbatures ! Il faut porter des vêtements amples et en coton, et ne pas oublier lunettes de soleil et chapeau. Ensuite, il faut bien s’agripper au moment d’enfourcher car l’animal se redresse dès qu’il sent un poids. La meilleure position pour les jambes est en travers de l’encolure. Enfin, se laisser balancer en rythme, ne pas espérer galoper dans les premiers temps ! Et ne pas s’inquiéter des courbatures, c’est normal !