C’est le Connemara, mais ce n’est pas que lui. A ses horizons légendaires, l’Ouest irlandais ajoute des îles aux villages fantômes, des lacs à brochets et des rivières à saumons, des grèves désertes au pied de falaises géantes. C’est d’abord la terre des silences et des solitudes. Avec Galway, elle possède pourtant une des plus joyeuses villes d’Irlande.

Galway et ses environs

Galway donne accès à la plus célèbre province d’Irlande : le Connemara. Il lui vole la vedette. On traverse souvent trop vite cette cité pleine de vie, qui transforme ses docks en boutiques et ses entrepôts en hôtels pour mieux accueillir ses visiteurs. C’est la ville européenne qui croît le plus rapidement en nombre d’habitants. C’est aussi la gardienne des traditions insulaires, entre des façades de toutes les couleurs, des pubs à musique et des ruelles à brocante. Dans le port, les marins dialoguent avec les mouettes en évoquant le temps, pas si lointain, des dangereuses traversées vers les îles d’Aran. Au pied de l’université, les pêcheurs, indifférents aux voitures et aux passants, lancent leurs mouches artificielles à la surface de la rivière Corrib, qui roule des eaux claires et des saumons argentés. De la troisième ville d’Irlande (60 000 habitants), le romancier et historien Sean O’Faolain disait : « Un homme souhaitant que sa fille apprenne la vérité sur la vie ne pourrait mieux faire que de l’envoyer pour six mois à Galway. » Le conseil est également valable pour les garçons.

Le tour de la ville
Eyre Square, la place centrale de Galway, est dédiée à John F. Kennedy. Sur son côté nord se dresse Browne Doorway, un haut porche du XVIIe siècle. Lynch’s Castle, la plus vieille demeure de la cité, date du XVIe siècle et occupe l’angle de Shop Street et de Upper Abbey Gate. Elle est devenue une banque. En continuant le long de Shop Street, on rejoint la Collegiate Church of St. Nicholas : le plus bel édifice médiéval de la ville en dépit de ses nombreuses restaurations ; remarquables sont à la fois ses pierres tombales, ses fonts baptismaux et… ses gargouilles (ouvert tlj, entrée libre). Par High Street et Quay Street, bordées de petits restaurants sympas, on parvient au Spanish Arsh, vestige des remparts qui protégeaient les quais au XVIe siècle. Au-delà du Wolfe Tone Bridge se dessine le Claddagh : ex-quartier des pêcheurs, c’est aujourd’hui le secteur populaire de la cité, plein de boutiques délicieusement désuètes et de pubs chaleureux.

Suivez le guide !
Sur High Street, Galway possède la plus vaste librairie de l’Ouest : Kenny’s, monument de 150 000 ouvrages couru par tous les intellectuels irlandais.

Kylemore Abbey, Connemara © Mark Waters

Kylemore Abbey, Connemara © Mark Waters

Le nez au vent
Place commerciale de grande importance sous les Anglo-Normands, Galway conserve des traces flatteuses de son passé. Mais son présent est tout aussi passionnant. La présence de milliers d’étudiants lui confère une couleur et un dynamisme très particuliers ; Quay Street n’est-il pas surnommé Latin Quarter ?
Cette cité-là se vit d’abord le nez au vent, entre ses nouvelles galeries commerciales de Eyre Square Shopping Centre ou de Galway Shopping Centre, son énorme moulin à eau bien restauré de Bridge Mill et, sur Middle Street, son théâtre Antaibhdearr, qui bannit toute pièce en langue anglaise de son répertoire. A la belle saison, festivals artistiques et rencontres sportives s’y succèdent à un rythme fou. Ils donnent une ardeur supplémentaire à la ville.

L’Irlande à huître ouverte
Moins célèbres que les saumons frais ou fumés, les huîtres d’Irlande tiennent pourtant le haut des meilleures tables de l’île. Elles ont même droit à des fêtes spécifiques, comme celles de Clarenbridge ou de Foyle. A Galway, le festival des Huîtres va de pair avec des concerts et des spectacles de danses. Il atteint son paroxysme avec l’oyster pub crawl : une coutume qui consiste à déambuler de pub en pub pour déguster des huîtres accompagnées, selon la meilleure tradition, d’une pinte de Guinness ou de Murphy et de pain brun. Est-ce utile de préciser que ce petit jeu-là n’est pas triste du tout ?

Le lac Corrib
Voisin immédiat de Galway, le lac Corrib, au nord de la cité par la N59 et la N84, est le deuxième du pays en importance après le lac Neagh. Constellé de petites îles désertes, il constitue un extraordinaire havre de paix, généreusement saupoudré de romantisme. Sarcelles, foulques et cygnes s’y plaisent beaucoup. Les pêcheurs à la ligne aussi.

Oughterard
Sur la rive occidentale, il faut marquer une première pause dans cette délicieuse petite ville, toute de cottages aux toits de chaume et de restaurants gourmands. Les saints patrons s’y nomment Truite et Brochet. Toutes les boutiques y regorgent de cannes à pêche, moulinets, poissons naturalisés, leurres et épuisettes, glissés entre bottes de carottes, journaux du jour et présentoirs à cartes postales. A 5 km au sud-est se dresse Aughnanure Castle, ruines impressionnantes d’une maison forte médiévale (ouvert tlj de mi-juin à mi-septembre, entrée payante).

Suivez le guide !
En été, les saumons remontent la Corrib pour frayer. Ils se bousculent au cœur de Galway : à Salmon Weir, où se rétrécit la rivière. Superbe à voir.

Cong
Situé tout à fait au nord du lac, ce bourg servit de décor à L’Homme tranquille, film mythique tourné en 1952 par John Ford, avec Maureen O’Hara et John Wayne dans les rôles principaux. La chaumière où se déroule l’intrigue existe toujours ; elle est au centre d’un petit circuit de promenade baptisé « Quiet Man », à l’ombre d’un des plus beaux hôtels d’Irlande : Ashford Castle.

Les îles d’Aran
Tlj, ferries réguliers pour Inishmore, l’île principale, au départ de Galway, 1 h 30 de traversée. Autres départs possibles de Doolin et de Roosaveal, traversée de 30 min seulement, mais départs plus ou moins fréquents selon les saisons. Navettes entre les îles aux horaires incertains. Vols quotidiens sur les trois îles au départ de Inverin. Renseignements à l’office du tourisme de Galway, tél. : 563 081.
Inishmore, Inishmaan et Inisheer : à l’entrée de la baie de Galway, les îles d’Aran y forment un brise-lames naturel. Isolées du monde pendant des siècles, elles demeurent pleines de la mythologie irlandaise. Y rugissent tous les éléments. Leurs falaises vertigineuses sont battues par des vents assassins, ébranlées par des vagues monstrueuses. Retenue par des murets de pierre, leur mince couche de terre n’est qu’un mélange d’algues, de sable et de fumier. Face à l’océan, sombre et mouvant, toutes les saisons finissent par s’y ressembler. Leurs habitants aussi, le visage marqué par l’âpreté de la nature qui les entoure.

Inishmore
La plus touristique des trois est aussi la plus vaste, avec 13 km de longueur. De nombreux sites préhistoriques y sont disséminés. C’est Dun Aengus qu’il faut voir en priorité. Il couvre 4 ha et offre un superbe panorama sur toute l’île. On peut y ajouter Dun Eoghanachta et sa double enceinte, très impressionnante. L’île possède aussi des vestiges du début de l’ère chrétienne, tels que la hutte de pierre de Clochan na Carraige ou la minuscule église de Teampall Bheanain.
Falaises de 50 à 60 m de hauteur au nord, plage de sable fin au sud : Inishmore varie sinon les plaisirs, du moins les horizons. Et, comme pour se faire pardonner sa dureté, elle annonce plus de 400 espèces de fleurs sauvages différentes.

Les p’tits bateaux ont-ils des ailes ?
On pourrait le croire en voyant les voiliers traditionnels de Galway glisser dans la baie. Leurs voiles rouges, leur coque noire et rebondie, leur mât solide ornent le blason de la cité. Ces hookers firent longtemps du cabotage pour transporter la tourbe et la bière. Aujourd’hui, on ne les sort plus que pour les grandes occasions ; ainsi, au mois d’août, le rassemblement du Cruinniu na mBad, dans le charmant port de pêche de Kinvarra. A cette occasion, un seul bateau paraît susceptible de leur voler la vedette : le currach, une embarcation de toile goudronnée, légère mais capable de transporter de lourdes charges. Ce sont les habitants des îles d’Aran qui la fabriquent depuis des siècles.

Suivez le guide !
Avis aux photographes : à 12 km au nord de Galway, Annaghdown offre une vue exceptionnelle sur le lac Corrib à partir des ruines de son château.

Inishmaan et Inisheer
Moins facile d’accès, elles sont beaucoup plus petites que la précédente. Au début du XXe siècle, la première inspira au grand écrivain John M. Synge un ouvrage qui fait toujours figure de référence : The Aran Islands. L’une comme l’autre arguent ici d’un donjon en ruine, là d’une chapelle perdue. Mais c’est d’abord la solitude de leurs falaises rocheuses, leurs mouettes qui volent à ras de terre en criant, la forte houle qui balaie leurs rivages, qui troublent l’âme des visiteurs. Les uns les trouvent lugubres. Les autres, sublimes.

Le Connemara

Entre côte dentelée et tourbières alternent les landes, les lacs et les montagnes. La région est aussi sauvage que stérile. Au fil des siècles, ses habitants l’ont abandonnée en grand nombre pour Dublin, Londres ou New York. De ses champs conquis sur la pierre, les irréductibles ne tirèrent jamais qu’une maigre pitance. Beaucoup moururent de faim. Aux yeux de tous, c’est pourtant cette région rude, désolée même, qui symbolise le mieux l’Irlande. C’est peut-être que ses sommets bleutés, ses chemins archaïques, ses cieux douloureux, ses vents qui soupirent et qui geignent, n’ont aucun équivalent au monde. Plein des drames, et des défis, et des amours de l’île, le Connemara est unique.

Clifden et Cleggan

On le perçoit dès Clifden, bourgade blottie dans une baie profonde, au pied de la majestueuse chaîne montagneuse des Twelve Bens. Très touristique, elle continue pourtant à parler le gaélique. Surtout, elle conduit ses visiteurs à la Sky Road : une route vertigineuse qui longe la côte jusqu’à l’extrémité de la presqu’île de Kingstown. A perte de vue, l’océan est parsemé d’îles et de presqu’îles qui brillent dans une lumière toujours renouvelée. Le spectacle est à couper le souffle. Plus au nord, le joli village de pêcheurs de Cleggan permet de rejoindre l’île de Inishbofin.Suivez le guide !Pour aller de Galway à Clifden, mieux vaut suivre la N59 que la route de la côte, tortueuse et sans grand charme.

Inishbofin
Ouvert tlj, ferries réguliers pour Inishbofin, de 1 à 4 liaisons quotidiennes selon la saison au départ de Cleggan. Renseignements à l’office du tourisme de Galway, tél. : 563-081.
A l’extrême ouest du Connemara, c’est l’île nature par excellence, avec de magnifiques falaises et des plages de sable blanc souvent désertes. Il y reste de nombreuses ruines, ici d’un château, là d’un cottage, mais la véritable curiosité de l’endroit, ce sont les phoques gris. Pour les amateurs d’air vif et de totale solitude.

Connemara National Park
Près de Letterfrack. Ouvert tlj de mai à septembre. Entrée payante. Promenades organisées dans les collines et dans les tourbières, d’une durée d’environ 2 h.
Plus de 2 000 ha de montagnes, de tourbières, de lacs, de rivières soigneusement protégés. On y voit les fameux poneys du Connemara, broutant paisiblement au pied du pic de Diamond Hill, le plus haut de la chaîne des Twelve Bens (732 m). Beaucoup d’oiseaux également au rendez-vous, de l’émerillon, un faucon miniature, à la corneille mantelée. Chaussures montantes recommandées pour les promenades. Proche de l’entrée, le Visitors’Centre abrite une très intéressante exposition consacrée à la flore et à la faune régionales.

Kylemore Abbey
Au nord de Letterfrack. Ouvert toute l’année, de 9 h à 18 h en haute saison, de 10 h à 16 h en basse saison. Entrée payante.
Cet énorme château néogothique se mire dans les eaux du Kylemore Lough. C’est, sans doute, le plus photographié d’Irlande. Construit au XIXe siècle par un magnat de Manchester, il est devenu une respectable école privée de jeunes filles, dirigée par des sœurs. On visite le paisible parc boisé en toute liberté ; il vaut autant pour ses grands et beaux arbres que pour ses fuchsias et ses rhododendrons. Boutique et cafétéria.

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