Overlooking Lisbon © McPig

Overlooking Lisbon © McPig

Deux régions se partagent la vaste plaine fertile du Tage. L’Estremadura, qui séduit par ses plages et sa douceur de vivre, ses stations à la mode et ses lagunes protégées, garde jalousement, tout comme le Ribatejo, sites et monuments, joyaux de l’histoire de l’art portugaise. Et puis il y a Lisbonne, qui inspira les plus grands poètes, qui apparut à Saint-Exupéry comme une  » sorte de paradis clair et triste « . Celle qu’on surnomme la Ville blanche est la seule capitale européenne vraiment maritime. A ce titre, elle distille discrètement une atmosphère particulière, qui incite à la connaître mieux.

La Reine du Tage

Bâtie sur la rive droite de l’estuaire du Tage, Lisbonne est une ville très différente des autres capitales européennes. Ayant fort longtemps ignoré sa position continentale pour privilégier son expansion coloniale, elle s’ouvre depuis quelques années à peine aux visiteurs, souvent surpris de tant de richesses. Un week-end, une semaine, un mois : le temps ne compte pas pour découvrir cette ville, alors que les monuments et les sites historiques y sont beaucoup moins nombreux qu’ailleurs.
Lisbonne, la Ville blanche du réalisateur Alain Tanner, est le reflet du pays tout entier. Capitale maritime, elle est joyeuse et triste, belle et sale, délabrée et pimpante, culturelle et populaire, ouverte sur l’océan et enfermée dans ses rancœurs. Une ville forte en somme, qui a souffert souvent, comme si elle devait payer de sa personne le rayonnement que sa position stratégique et océane lui conféra de beaux siècles durant. Destruction, incendies, dictature abrutissante, n’auront heureusement pas eu raison de son élan.

Réveil d’une capitale

Son entrée dans la Communauté européenne, son essor économique, la future coupe d’Europe de football, semblent l’avoir arrachée à sa langueur. Mais, plus que tout, parce que hautement symbolique, l’organisation, en 1998, de la dernière Exposition universelle du siècle a célébré le cinq centième anniversaire du voyage de Vasco da Gama tout autant qu’une sorte de renaissance de la capitale portugaise.
La ville ressuscite, et ce n’est pas uniquement architecturalement. Certes, de nouveaux quartiers poussent – l’Oriente notamment, où la construction des pavillons d’Expo 98 a ouvert une voie vers l’est -, tandis qu’on restaure les plus anciens. Mais c’est surtout à l’atmosphère qu’on perçoit la guérison de Lisbonne. La mélancolie qui fait le bonheur des aficionados du fado s’estompe un peu. L’avenir de ses habitants n’est plus inscrit dans un exil forcé ni dans une rigueur drastique. Pourtant, la ville conserve tous ses charmes. Celui, méditerranéen, des ruelles de l’Alfama, cet autre, suranné, des tramways escaladant les pentes des collines, ce dernier, des petits métiers, artisans et vendeurs de billets de loterie.
Enfin, il y a la ville des nouvelles générations. Celles qui ont pu éviter la crise et qui, toutes empreintes d’une joie de vivre et d’un optimisme sans limites, entraînent dans la danse ceux qui veulent bien leur faire confiance. Il faut prendre son temps, déambuler, grimper, passer les portes, pour bien découvrir Lisbonne. Et cela en vaut la peine.

Rappel historique

D’origine phénicienne, le comptoir établi vers 1200 av. J.-C. sur les rives du Tage et connu sous le nom d’Alis Ubo – « rade délicieuse » – devint très vite une escale obligée du monde de l’Antiquité. Romains, Wisigoths mais surtout Maures occupèrent la ville pour plusieurs siècles, jusqu’à sa reconquête, orchestrée par le futur roi Afonso Henriques, au XIIe siècle. La cité rayonna jusqu’à atteindre son apogée, aux XVe et XVIe siècles. Surnommée la reine du Tage, elle rivalisa sans complexes avec les grandes places maritimes, commerciales et intellectuelles de l’époque. Vasco da Gama et bien d’autres avant lui s’embarquèrent depuis son port pour l’une des plus extraordinaires aventures que connut l’humanité, celle de la découverte de la planète.
La fin du XVIe siècle attisa la convoitise de l’Espagne, qui imposa la réunion des deux couronnes, tandis que le XVIIe siècle rendit au Portugal sa souveraineté et acclama une nouvelle dynastie – celle des ducs de Bragance -, dont l’esprit ouvert redora son blason pour quelques décennies. Des temps modernes, il faut retenir deux dates, qui vont marquer profondément Lisbonne et le pays tout entier. Le 1er novembre 1755, la capitale portugaise est détruite par un gigantesque tremblement de terre suivi d’un raz de marée. Sa reconstruction est l’œuvre du marquis de Pombal qui, entouré d’urbanistes rationnels, crée une ville radicalement différente. En 1928, un coup d’Etat militaire amène António de Oliveira Salazar au pouvoir. Le régime totalitaire qu’il instaure perdure jusqu’en 1974, date à laquelle la révolution dite des Œillets met fin à près de cinquante ans de dictature.

Suivez le guide !

Empruntez l’eléctrico, sorte de tramway local bruyant, exigu et toujours bondé, mais tellement sympathique ! La ligne 28 offre une balade-découverte, de quartier populaire en quartier ultramoderne : largo Moniz, Mouraria, Alfama, Baixa, Chiado, Bairro Alto.

Centre-ville

Depuis la praça dos Restauradores, sur laquelle on ne manque pas d’échouer après avoir flâné devant les vitrines des grands magasins de l’avenida da Liberdade, le quartier qui s’étend jusqu’au Tage est le centre originel de Lisbonne. Emprunter la rua das Portas de Santo Antão, piétonne et charmante, où sont installés de nombreux petits restaurants et bars. A l’entrée de la rue, jeter un œil aux panneaux d’azulejos contemporains, placés sous une arche, qui indiquent le site de la prison du Tronco, rasée aujourd’hui, où le poète Camões fut enfermé.

Rossio
La praça Dom Pedro IV, plus connue sous le nom de Rossio, est ornée de belles fontaines baroques. Cette immense esplanade, véritable poumon de la ville, est incontournable, pour son indéniable esthétique architecturale – les immeubles à trois étages, aux façades ponctuées symétriquement de fenêtres, d’azulejos et de balcons en fer forgé -, mais aussi pour prendre la température de la ville. Les Lisboètes affectionnent particulièrement le Rossio, où ils se baladent très volontiers chaque fin de semaine.

Baixa
La ville basse débute depuis la grande place du Rossio et s’étend jusqu’à la praça do Comércio, ouverte sur le fleuve. Il est facile de se repérer dans ce damier de rues tracées au cordeau. Sur les trottoirs de ce quartier, et de beaucoup d’autres d’ailleurs, on chemine sur de belles mosaïques noires et blanches posées sur la chaussée en guise de pavement, figurant des poissons, des formes géométriques ou des motifs abstraits.
Avant le tremblement de terre, la résidence des monarques portugais était installée sur la praça do Comércio. Cette immense esplanade rectangulaire abrite, sous ses arcades, des bâtiments officiels peints en vert, rouge brique et jaune – Cour suprême de justice, Bourse et autres ministères – qu’égaie la présence de quelques bouquinistes. A son extrémité, des colonnes de marbre encadrent un escalier qui descend vers la « mer de paille », nom donné symboliquement au Tage qui prend, en fonction du soleil, de belles couleurs de miel.
Autour du Rossio, on parcourt la rua da Assunção pour jeter un coup d’œil aux magasins Grandela – du même architecte que le Printemps à Paris – et grimper, grâce à l’Elevador de Santa Justa, en haut de la colline qui domine la Baixa et offre un panorama sublime.

Alfama
Si proche et si différent du damier de Pombal, le quartier de l’Alfama, que l’on escalade pour atteindre le Castelo do São Jorge, est sans conteste le plus attachant de Lisbonne. C’est l’ambiance d’un petit coin de Méditerranée qui attire les amateurs de lieux populaires dans ce lacis de ruelles. Marché aux poissons, linge aux balcons ! Au milieu, des enfants espiègles courent, des femmes s’apostrophent depuis les fenêtres d’immeubles souvent insalubres, des livreurs se querellent, les poubelles s’amoncellent aux côtés des étals de fruits et légumes, des odeurs de cuisine flottent dans l’air et les radios s’époumonent. Bref, l’Alfama vit et s’exprime, dans ce qui est sans doute le quartier le plus représentatif de la ville d’avant le tremblement de terre.

Sé Patriarcal de Lisboa
Largo da Sé. Ouvert du mardi au samedi de 9 h à 17 h, 19 h dimanche et lundi. Entrées payantes pour le cloître et le trésor.
La Sé Patriarcal domine les emboîtements de toits rouges du quartier. Construite juste après la conquête de la ville par Afonso Henriques, l’église est un chef-d’œuvre de l’art roman.
En progressant vers le château, offrez-vous une pause photo au belvédère de Santa Luzia(largo de Santa Luzia). La vue sur l’Alfama et son labyrinthe d’impasses, de ruelles et d’escaliers est parfaite pour des panoramiques !

Castelo do São Jorge
Il offre une opportunité sympathique de promenade. De ses terrasses ombragées, on embrasse la ville presque tout entière en suivant le chemin de ronde. L’édifice a peu d’intérêt, sauf pour l’excellent restaurant installé à l’intérieur ! On peut apercevoir, sous les jacarandas plantés devant la bâtisse, des paons et des pélicans, hôtes du château.

Suivez le guide !
On s’aperçoit vite, lors d’un séjour au Portugal, que toutes les cathédrales se nomment Sé. Il s’agit de la contraction de sedes episcopalis, qui signifie « siège épiscopal » en latin.

Chiado

Résidentiel et branché, mais encore en rénovation, le Chiado est le centre chic de Lisbonne, où l’on trouve les boutiques des créateurs de mode, les grands magasins, les bons restaurants, les grandes brasseries et les librairies. Les connaisseurs ne retrouveront peut-être pas l’atmosphère qui régnait au Chiado, berceau intellectuel et artistique de la ville, avant l’incendie de 1988. Les travaux interminables ont sans doute un peu contribué à cette légère désaffection. L’architecte de talent en charge de la réhabilitation du quartier n’est en rien responsable de l’immobilisation de ce dossier.

Rua Garrett
Pour mesurer le travail de Siza, allez jeter un coup d’œil sur les maisons qu’il a reconstruites dans cette rue (au numéro 19, au fond de la cour, entre autres).Cette artère est la plus symbolique du Chiado. Certaines boutiques encore en bois ont miraculeusement échappé aux flammes. Librairies – Bertrand est la plus ancienne de la capitale -, clubs et cafés littéraires en ont fait le quartier des romanciers, critiques et journalistes lisboètes.
Au bout de cette rue, on peut visiter trois églises pour la richesse de leurs autels baroques : la basilique Nossa Senhora dos Mártires, l’église italienne Nossa Senhora do Loretto et Nossa Senhora da Encarnação.
Il est impératif de s’arrêter prendre un café dans la salle du Brasileira – équivalent du Flore de Saint-Germain-des-Prés -, belle brasserie Art nouveau qui a conservé intact son décor. Le génial poète Fernando Pessoa, dont on admire la statue à quelques mètres, y prenait souvent ses quartiers.

Museu do Chiado
Rua Serpa-Pinto, 4-6. Ouvert tlj de 10 h à 18 h, sauf lundi, mardi matin et jours fériés, le mardi de 14 h à 18 h. Entrée payante.
Au sortir de la rua Garrett, tourner dans la rua Serpa Pinto pour se diriger vers le musée d’Art contemporain. Aménagé par l’architecte français Wilmotte, ce bel espace d’exposition fut autrefois un couvent et abrite aujourd’hui des collections portugaises permanentes, significatives de plusieurs mouvements (modernisme, surréalisme, abstraction…)

Des cendres à Lisbonne
Lorsque la capitale portugaise subit des ravages, ils prennent une ampleur épouvantable. Presque entièrement détruit par un terrible incendie, le quartier du Chiado est actuellement en phase de reconstruction. Le 25 août 1988, le feu prend aux grands magasins Grandela. Attisé par un vent violent, il se propage dans la rua do Carmo, où il détruit une quinzaine d’immeubles. Confié au célèbre architecte Alvaro Siza, la réhabilitation du quartier a un peu traîné en longueur. Finalement, les façades récupérables ont été préservées et les matériaux réutilisés. Des immeubles ont été entièrement reconvertis en boutiques et en logements. Peu à peu, le Chiado retrouve sa splendeur passée.


Le retable de saint Vincent
Sur les bords du Tage, à quelques pas du Chiado, le musée d’Art ancien est installé dans le palais aux fenêtres vertes qui a donné son nom à la rue (museu nacional de Arte Antiga, rua das Janelas Verdes, 9. Ouvert tlj sauf lundi de 10 h à 18 h. Entrée payante). L’ensemble de toiles de peintres primitifs portugais et européens – Bosch, Memling, Dürer, Tiepolo, Zurbarán – est exceptionnel, tout comme le département d’arts décoratifs, à l’observation duquel on mesure bien l’importance de cet ancien grand empire colonial. Mais, plus que toute autre œuvre, c’est le retable de L’Adoration de saint Vincent, attribué à Nuno Gonçalves, qui en est le joyau. Exécuté vers 1460, ce polyptyque de six panneaux trace un condensé de la société portugaise du XVe siècle. Au-delà de la qualité de l’exécution, c’est une véritable petite étude sociologique que nous livrent les scènes d’adoration des nobles et du clergé envers saint Vincent, patron de la cité.

 

Bairro Alto
Depuis la praça do Rato, le Bairro Alto – littéralement, « quartier haut » -, situé juste au-dessus du Chiado, occupe le sommet d’une colline. C’est le quartier alternatif de Lisbonne, notre Bastille des années 1980, où le fado partage la vedette avec les soirées techno.
Prendre la rua da Escola Politécnica et entrer au numéro 167, pour profiter des œuvres d’art contemporain qu’expose cette galerie très en vogue.
Un peu en contrebas, on pourra visiter le musée et le jardin botaniques(Jardim Botânico, au numéro 58. Ouvert tlj de 9 h (week-end et jours fériés à partir de 10 h) à 20 h en été, 18 h en hiver. Entrée payante). Poursuivre vers la rua São Pedro de Alcántara, bordée de très belles maisons aux couleurs pastel, repaire des antiquaires, pour une dégustation de vins à l’Instituto do Vinho de Porto(au numéro 45). Un peu plus loin, un belvédère offre une belle vue sur l’Alfama et le Castelo do São Jorge.

Le nord de Lisbonne
Moderne et aéré, le nord de la capitale n’est pas aussi marqué que les quartiers du centre-ville. L’extension urbaine y est plus récente, ce qui explique la conception différente de l’agencement des larges avenues, situées au-dessus de la praça dos Restauradores. Il ne porte du reste même pas de nom défini. On peut emprunter ainsi l’avenida da República et se rendre à pied au Museu Gulbenkian. En chemin, on jettera un coup d’œil, sur la praça de Touros, aux arènes indomauresques de Lisbonne. Toujours sur la même avenue, la Feira Popular, protégée par une enceinte, sorte de foire du Trône locale, constituera une attraction joyeuse pour les jeunes voyageurs.

Museu Calouste Gulbenkian
Avenida de Berna, 45. Ouvert tlj sauf lundi, de 10 h à 18 h, mardi de 14 h à 18 h. Entrée payante.
C’est l’un des grands musées du monde. Arménien d’origine et riche homme d’affaires, Calouste Gulbenkian, qui fut surnommé « Monsieur 5 % » en raison du pourcentage qu’il touchait sur tous les contrats pétroliers passés entre la Turquie et l’Europe, termina ses jours au Portugal. Mécène et amateur d’art, il réunit, tout au long de sa vie, une incroyable collection d’œuvres, aussi exceptionnelles que variées, qu’il légua au gouvernement gouvernement portugais. Sa fondation, très active durant sa vie, accueillait, au plus fort de la dictature salazariste, tous les artistes qui rêvaient de pouvoir encore exprimer leurs idées et leur talent.
Il faut du temps pour visiter ce Louvre lisboète, d’autant qu’en 1983 un centre d’Art moderne lui a été adjoint. Les salles d’art égyptien, d’art islamique et d’Extrême-Orient, les arts d’Occident, du Moyen Age au XVIIe siècle, l’art européen des XVIIIe et XIXe siècles et l’Art nouveau constituent des départements définis. Les salles consacrées au verrier français René Lalique abritent quelques-unes de ses plus belles pièces – près de 200 au total ! -, dont des vases, des bijoux et autres objets de vitrine.
Pour accéder au Centro de Arte Moderna, il faut traverser les jardins, plantés de sculptures d’art contemporain (mêmes horaires que le musée. Entrée payante). Faisant partie intégrante du musée, ce bâtiment expose des artistes portugais réputés (Edouardo Viana, Almada Negreiros, Amadeo de Souza Cardosa…). Le célèbre portrait du poète Fernando Pessoa, peint en 1964 par Negreiros, est très représentatif du mouvement pictural intellectuel portugais des années 1960.

18 km au-dessus du Tage
Cocorico… Le plus long pont d’Europe, baptisé Vasco da Gama pour célébrer le grand navigateur, à qui fut dédiée la dernière Exposition universelle à Lisbonne, en 1998 – on fêtait également, cette année-là, le cinq centième anniversaire du voyage de l’explorateur aux Indes -, a été conçu par un ingénieur français, Jean Vassord. Sur très exactement 17,5 km, cette structure de béton et de métal, inaugurée en mars 1998, relie les deux rives du Tage et détrône l’ancien pont 25 de Abril, autrefois admirable. Il aura fallu trois ans seulement de travaux, effectués par une équipe de plus de 3 000 ouvriers, pour réaliser ce qui est aujourd’hui le nouveau symbole de la ville. Outre l’exploit qui force l’admiration – la réalisation est vraiment belle -, le pont décongestionne la ville de ses embouteillages, en opérant une jonction entre les autoroutes du nord et du sud, ainsi que le tout récent périphérique.

Suivez le guide !
En venant du Rato et en descendant la rue São Bento, au numéro 193, se situe la demeure où a vécu Amália Rodrigues. Sa maison a été transformée en musée et on peut y découvrir les objets dont la diva aimait s’entourer. Ouvert tlj sauf le lundi, de 10 h à 18 h. Entrée payante. Visite guidée seulement.

L’Oriente des architectes

L’extension de la ville de Lisbonne s’opère à l’est, en friche jusque dans les années 1990, depuis déjà quelques années, quoi que la création du quartier d’Expo 98 et du pont Vasco da Gama, le plus long d’Europe, ait confirmé cet état de fait. Débaptisée, l’ancienne zone dite de Olivais est devenue une ville nouvelle ultramoderne, tournée vers l’avenir. Les vieux docks et les usines polluantes rasés pour l’Expo 98 ont laissé la place à des quartiers résidentiels, à des hôtels et à une gare futuriste, tout en offrant des espaces verts et de loisirs prisés des Lisboètes…
On accède à ces nouveaux quartiers en descendant à la station Oriente, située à l’entrée du site de l’Exposition universelle et qui mérite à elle seule ce petit déplacement. De verre et d’acier, tout en transparence, cette gare, œuvre de l’architecte catalan Calatrava, opère des jonctions multiples entre métros, tramways et trains. Le Pavilhão dos Oceanos (pavillon des Océans), projet conçu par l’Américain Peter Chermayeff, est devenu le plus grand océanorium d’Europe, avec 15 000 spécimens représentant plus de 200 espèces aquatiques.
Juste en face, le Pavilhão do Portugal (pavillon du Portugal), dessiné par Siza, facilement repérable à son auvent incurvé et aux voiles amarrées à ses murs par des câbles en acier, est destiné à abriter le Conseil des ministres.

Belém
Monuments, patronymes, tombeaux, musées, tour… Tout le quartier de Belém – contraction de Bethléem, en portugais – évoque l’époque des Grandes Découvertes, des docks d’Alcántara à la caserne d’Outre-Mer, de l’avenue des Indes à la statue d’Afonso de Albuquerque. On peut imaginer, en flânant le long du Tage, l’excitante aventure des navigateurs, partant vers l’inconnu à bord de leurs somptueuses caravelles.
Quoique assez éloigné du centreville, Belém n’est pas encore une banlieue. Incontournable pour la richesse de ses musées et de ses bâtiments, le quartier est accessible (les bus 14, 27, 28, 29, 43, 49 et 51 le desservent, ainsi que le train, gare de Belém).

Torre de Belém
Avenida da India. Attention, descendre à l’arrêt Praça do Império et prendre le passage souterrain sous l’avenue. Ouvert tlj sauf lundi de 10 h à 17 h (18 h 30 de mai à septembre). Entrée payante. La tour de Belém, devenue l’un des symboles de Lisbonne, y fait office de gardienne. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, cette construction militaire manuéline, ornée d’éléments décoratifs orientaux, fut édifiée au début du XVIe siècle. Autrefois dressée au milieu du Tage, elle s’est rapprochée au plus près du rivage à cause de l’assèchement du fleuve. Le bâtiment s’élève sur cinq étages, que coiffe une terrasse d’où la vue est sublime.
En longeant l’avenida de Brasilia, on chemine vers la praça do Império, où il est préférable de prévoir quelque temps de visite, la plupart des monuments importants s’y situant.

Padrão dos Descobrimentos
On s’arrêtera quelques instants devant le monument aux Découvertes qui, telle une immense proue, avance sur le Tage. Cette imposante sculpture d’architecture monumentale, construite pour le cinq centième anniversaire de la mort d’Henri le Navigateur, se dresse depuis 1960 en regard du fleuve, à la gloire du Portugal. On y reconnaît le peuple, qui suit d’un seul bloc l’infant Henri, le roi Afonso V, Vasco da Gama, le roi Manuel Ier et le poète Camões.

La peinture du XXe siècle
Si Maria Elena Vieira da Silva est sans doute l’artiste portugaise contemporaine la plus connue des Français, c’est qu’elle a passé une grande partie de sa vie à Paris. Mais les artistes ont tout de même continué à travailler au Portugal durant la dictature. Sans réellement constituer d’école, des points communs ont animé les créateurs de la seconde moitié du XXe siècle. Ils ont cependant bien sûr puisé leur inspiration à l’étranger, notamment dans les mouvements surréalistes, dans l’abstraction et dans la figuration. Au lendemain de la révolution de 1974, une vague de jeunes artistes alternatifs a déferlé au Portugal, et l’on voit depuis nombre de galeries et de très beaux espaces d’exposition d’art contemporain éclore un peu partout.

Suivez le guide !
Cédez à la tentation des pastéis de Belém, petits flans ronds saupoudrés de sucre, que l’on déguste tièdes, au comptoir de la fameuse Confeitaria de Belém (rua de Belém, 84), qui œuvre depuis 1837 !

Mosteiro dos Jerónimos

Praça do Império.
Ouvert tlj de 10 h à 18 h sauf lundi. Entrée payante.
Son nom évoque l’ordre de saint Jérome. Il est classé au patrimoine de l’humanité. Pièces maîtresses de l’art manuélin, l’église Santa Maria, le monastère et le cloître forment l’un des chefs-d’œuvre architecturaux du Portugal. Bâti au XVIe siècle aux abords de la plage du Restelo, d’où appareillaient les caravelles, le monastère exacerbe, dans son décor, les sujets de l’ornementation qui caractérise le genre manuélin : fruits exotiques, instruments de navigation et cordages… Quant au cloître, nul besoin d’être architecte pour en appréhender l’harmonie esthétique. Près du portail ouest, deux tombeaux se font face. Il s’agit des sépultures du poète Camões et de Vasco da Gama, qui semblent bien moins vénérées que celles des rois de la dynastie d’Avis…
Dans la même enceinte, on peut visiter le Museu da Marinha(mêmes horaires), qui présente de belles maquettes de bateaux, des instruments de navigation et des cartes maritimes de la grande époque, ainsi que le Museu Nacional de Arqueologia, où sont conservées des collections d’objets découverts dans bon nombre de colonies portugaises.
Changement d’époque et de style, en ressortant praça do Império : le grand bâtiment moderne – on ne peut pas le confondre, c’est le seul – qui fut injustement décrié pour sa proximité avec le monastère est le Centro Cultural de Belém (CCB), particulièrement actif dans l’organisation d’expositions, conférences, spectacles, concerts et autres manifestations.
Une petite visite au Museu do Design, que le CCB accueille, est intéressante, car le lieu rappelle de manière fort pédagogique et chronologique l’histoire du design international.

Carrosses en vrac !
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le musée des Carrosses (Museu dos Coches, rua de Belém. Ouvert tlj sauf lundi et jours fériés de 10 h à 18 h) est le bâtiment le plus fréquenté du Portugal. Inauguré en 1905 par la reine Amelia Ire, il renferme, dans l’enceinte du manège de l’ancien palais royal de Belém, une collection unique au monde d’une centaine de véhicules royaux et papaux, datant des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Berlines, litières, chaises à porteurs, affichent parfois un luxe ostentatoire des plus extravagants, dégoulinant de dorures, de cuirs, de velours et de brocarts.

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