Lac de Van

Lac de Van

L’itinéraire

L’itinéraire Diyarbakir – Tatvan – Aghtamar – Van – Agri – Dogubayezit – Kars – Ani – Erzurum est long d’environ 743 km. A l’est du plateau anatolien, l’altitude s’élève, la végétation devient plus rare, le climat plus rude. Les villes s’espacent, les distances s’allongent, les communications sont plus difficiles. Dans ces villes de l’est éparpillées sur le plateau qui s’élève vers l’Asie, tout a l’air plus oriental. L’infrastructure touristique est moins développée, les hôtels moins nombreux et parfois moins confortables qu’ailleurs. Ces inconvénients sont largement compensés par la beauté sauvage et grandiose des sites naturels. Pour visiter cette région très éloignée d’Istanbul et d’Ankara, le mieux est de prendre l’avion jusqu’à Diyarbakir, Van ou Erzurum.

Diyarbakir (511 000 hab.), ancienne Amida, est aujourd’hui encore entourée d’un grand mur en basalte noir qui, aux temps romain et byzantin, rendait la ville presque imprenable. Les Seldjoukides y ont gravé de très belles inscriptions. Le mur commence à la citadelle, édifiée au IVe siècle et fortifiée plus tard par les Seldjoukides et les Ottomans. Les portes les plus importantes sont celles de Mardin, d’Urfa et de Harput. La Grande Mosquée (XIe siècle) mérite également une visite ainsi que la medrese Zincirli, située près du musée archéologique. L’aéroport se trouve à 5 km du centre. La gare assure les liaisons vers Malatya et Sivas. De Diyarbakir une route conduit à l’est vers Bitlis par Baykan, puis à Tatvan, au bord du lac de Van (km 241).

Lac de Van

Le Lac de Van (3 600 km2) est, sur le plan géologique, le plus intéressant des lacs de Turquie. Situé à une hauteur de 1 720 m, il est dû à l’affaissement d’une faille de la croûte terrestre durant l’ère tertiaire. Sa profondeur maximum atteint 250 m. La ville de Van, à l’est du lac, se rejoint par ferry depuis Tatvan, ou par la route qui borde le lac au sud-ouest. Avant de s’engager sur la route de Van, un détour de 45 km mène à Ahlat, première capitale seldjoukide. La vieille ville contient quelques ruines impressionnantes, parmi lesquelles de beaux mausolées seldjoukides le long du lac.

A 115 km de Tatvan depuis la berge du lac en direction de Van, apparaît l’île inhabitée d’Aghtamar (ou Akdamar, Ahtamar). De petits bateaux font la navette pour la visiter. Aghtamar, île au cadre naturel enchanteur, abrite un des chef-d’oeuvre de l’architecture arménienne : l’église de la Sainte-Croix. L’île fut résidence royale au temps du roi Gagik (908-937), souverain du Vaspourakan, la région sud de l’Arménie. La reconquête byzantine mit fin à ce royaume, sous tutelle du calife de Baghdad, qui exista de 860 a 1021. Le palais royal et autres bâtiments ont aujourd’hui disparu.

Seule survivante, l’église suit un plan en croix grecque dont la croisée est coiffée d’une couverture conique. Très élancée, elle semble jaillir de terre. Son intérieur possède des peintures très estompées. Ses décorations extérieures sont assez inhabituelles : des bandes sculptées de bas-reliefs ceignent l’église tout entière. Sous le toit, une ronde d’animaux, au tiers de la hauteur, forme des tableaux variés tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament : chérubins, croix et êtres fantastiques se mêlent au roi Gagik et à Grégoire l’Illuminateur, évangélisateur des Arméniens.

Lac de Van - Halfeti

Lac de Van – Halfeti

De retour à l’embarcadère, il faut 40 km pour atteindre Van (226 000 hab.) au km 396. La ville moderne possède un musée archéologique (ouvert tous les jours de 9 h à 12 h et de 13 h à 18 h 30, sauf le lundi) riche de collections de la civilisation d’Ourartou et d’objets islamiques. La ville antique, groupée autour de la citadelle à 4 km du centre en direction du lac, fut construite vers 810 av. J.-C. par le roi Menua. Sous le nom de Touchpa, elle fut capitale du puissant royaume d’Ourartou jusqu’en 730. Cette période correspond à l’apogée du royaume qui s’étendait alors jusqu’aux abords du Caucase et du lac d’Ourmia, en Iran. Le roi Menua et ses successeurs construisirent un grand nombre de citadelles, de routes et de canaux. La citadelle se tient sur une longue arête rocheuse qui montre encore les vestiges des murs cyclopéens de la construction originale, caractéristiques de la civilisation d’Ourartou. Les autres édifices en briques qui occupent le sommet de la citadelle datent des époques seldjoukide ou ottomane. Deux tombeaux rupestres ourartéens comportent des inscriptions. Au sud de l’arête en contrebas, s’étalent les tristes ruines de la ville totalement détruite en 1915 lors des combats entre Turcs et Russes. De la citadelle, la vue embrasse le lac. Un aéroport se trouve à 10 km.

Dogubayezit

Du Lac de Van, une longue et monotone route mène à Dogubayezit par Patnos et Agri en 340 km. Le raccourci par Muradiye, sur une piste et une mauvaise route, permet d’éviter 140 km. Dogubayezit (20 000 hab.) est la ville la plus orientale de Turquie par où passe le trafic routier avec l’Iran. Le poste frontière se trouve à 35 km environ. De là, la route mène vers Tabriz et Téhéran. Dogubayezit est dominée par la masse imposante du Mont Ararat (Ala Daglar), ou plutôt les deux cônes du grand (5 120 m) et du petit (3 900 m) Ararat. La montagne est un ancien volcan (la dernière éruption remonte au XIXe siècle) dont la forme caractéristique, détachée des autres massifs montagneux, le rend visible de très loin. Il est coiffé toute l’année d’une couronne de glaciers. Selon la Genèse, l’arche de Noé s’y posa après le déluge. Il est possible aujourd’hui d’entreprendre l’ascension du mont (pour sportifs confirmés seulement !) avec un guide de haute montagne. Du sommet, la vue extraordinaire s’étend jusqu’à l’Iran et le Caucase.

A 7 km du centre-ville, le palais d’Ishak Pasa constitue un endroit magique. Construit à la fin du XVIIe siècle par le gouverneur de la région, Ishak Pasa, il s’inspire de toutes les architectures passées de la région : seldjoukide, arménienne, géorgienne, ottomane. La première cour offre un beau portail seldjoukide. La seconde cour donne accès à la bibliothèque et à la mosquée. La visite des parties privées comprend le harem, les bains et les cuisines. Malgré ses nombreuses inspirations, l’ensemble reste harmonieux et laisse une impression étrange.

Kars

Après Dogubayezit, la route d’Igdir contourne l’Ararat par l’ouest. La vue sur la montagne est alors superbe. Par Tuzluca et Digor, l’itinéraire mène à Kars (93 000 hab.), une ville austère, construite en basalte sombre, ancienne capitale de la dynastie arménienne des Bagratides. En 1061, elle devint seldjoukide, puis ottomane en 1514. La ville fut occupée à plusieurs reprises par les Russes qui ne l’évacuèrent définitivement qu’en 1920. L’église des Saints-Apôtres, aujourd’hui un musée, et construite par les Bagratides entre 929 et 943, vaut la visite.

Kars - Ani Harabeleri

Kars – Ani Harabeleri

Ani, à 42 km de Kars, fut une importante ville arménienne au IXe siècle. Le roi Ashot III en fit la capitale des Bagratides en 961. Les Byzantins s’emparèrent de la ville en 1045, avant les Seldjoukides en 1064. Disputée par les Géorgiens, elle fut définitivement abandonnée après les invasions mongoles. Ses puissantes murailles du Xe siècle se tiennent toujours debout. La cathédrale, l’édifice le mieux conservé, et les églises Saint-Sauveur et Saint-Grégoire se visitent. De Kars, il faut 223 km pour rejoindre Erzurum.

Erzurum Située à une altitude de 2 000 m, Erzurum (298 000 hab.) constitua dès les temps antiques une place stratégique qui gardait la route de l’Iran. De beaux édifices d’époque seldjoukide (XIIe siècle) se visitent. Parmi eux, la Çifte Minareli Medresesi, l’une des plus grandioses réalisations seldjoukides. Edifiée en deux phases durant le XIIIe siècle, elle est de dimensions imposantes et comporte deux étages autour d’une cour de quatre iwan, ces longues salles voûtées ouvertes sur un des côtés. Le quatrième iwan, qui s’ouvre dans le prolongement de l’entrée et servait de lieu de prière, se prolonge par un türbe (mausolée) où repose la fille du sultan Alaeddin Kaykobad. Le porche de la medrese est flanqué de deux curieux minarets cylindriques cannelés. A voir également à Erzurum: l’Ulu camii (grande mosquée), à proximité de la Çifte Minareli Medresesi, la Yakutiye Medresesi et plusieurs türbe. Erzurum est aussi une ville universitaire et abrite depuis 1958 l’Université Atatürk. L’aéroport se trouve à 20 km environ du centre-ville.