L’archipel des Tuamotu a semé, au nord-est de Tahiti, ses milliers d’îlots au cœur turquoise en une arabesque aussi vaste que l’Europe (soit plus de 20 000 km2 pour un peu plus de 75 îles). Ici, les heures s’égrènent au ras de l’eau, sur une couronne de corail recouverte d’un sable d’une rare finesse où le cocotier règne en maître absolu. La vie n’y est pas pour autant tous les jours facile, et le peuple paumotu qui s’est accroché à ces atolls perdus doit à la force de son caractère et à son ingéniosité d’avoir su maîtriser un environnement où l’eau est rare et où les cyclones sont plus dévastateurs qu’ailleurs en raison du faible relief.
Royaume des plongeurs qui ont fait de leur univers sous-marin l’un des plus cotés au monde, les Tuamotu, un temps menacées de désertification pour cause d’exode vers Tahiti, se sont remises à vivre grâce à l’implantation de quelque 250 fermes perlières et au développement d’un tourisme en recherche permanente de « robinsonnades » d’exception, hors du temps.

Rangiroa 

Les chiffres sont éloquents : 230 km de circonférence entourant un lagon de 77 km de long et de 26 km de large. Le plus grand des atolls de Polynésie est aussi l’un des plus grands au monde et contiendrait dans l’immensité turquoise de son lagon la globalité de Tahiti et sa presqu’île. Cette particularité lui a ainsi valu son nom polynésien, qui signifie « ciel immense ». Aujourd’hui, Rangiroa fait en quelque sorte figure de navire amiral des Tuamotu, notamment en matière de tourisme.
Si la vie des Paumotu d’origine s’en est trouvée quelque peu changée, l’atoll n’a pas pour autant sacrifié son originalité et sa douceur de vivre sur l’autel d’un développement forcené et, s’il y a un peu plus de voitures, de centres de plongée et de pensions de famille qu’auparavant, Rangiroa demeure sauvage et préservé.

Tahiti (www.viajar24h.com)-543 © www.viajar24h.com

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Les passes de Tiputa et d’Avatoru 
La vie sociale et touristique ne s’organise d’ailleurs qu’entre les deux grandes passes, Tiputa et Avatoru.Elles ont donné leur nom aux deux principales localités qui les bordent, créant un ensemble animé de six motu parmi les 240 que compte l’atoll.
Les lieux de rassemblement principaux des deux communautés sont l’église et le quai où abordent les goélettes assurant le transport de vivres et de marchandises depuis Papeete.

Avatoru 
Dans le plus septentrional des deux villages, les habitations ont été reconstruites en dur après le cyclone de 1983. On y trouve l’église Saint-Michel, un peu vétuste et austère, les principaux bâtiments administratifs, un centre de recherche pour la perliculture et un centre des métiers de la nacre et de la perliculture.

Tiputa 
Tiputa comporte quelques maisons ceintes de murs en pierre de corail blanchie bordés de haies fleuries. C’est le domaine des pêcheurs, notamment les bonitiers et les thoniers qui mouillent dans la baie. Le long de la route qui relie les deux passes en longeant le lagon aux couleurs sublimes et en passant pardessus quelques hoa, ces petits chenaux de corail qui séparent les motu les uns des autres, se sont installées les multiples pensions de famille qui accueillent les visiteurs.

Suivez le guide ! 
À Rangiroa, visitez la ferme Gauguin Perles, la seule qui propose au public d’assister aux greffes en direct et qui vend des perles noires d’excellente qualité avec près de 40 % de réduction par rapport aux bijoutiers de Papeete.

L’île aux Oiseaux et le Lagon bleu 
Entre les deux passes, on s’embarquera pour ces deux sites à l’ouest de l’atoll. Sur la première, on observera les vini, perruches bleues uniques aux Tuamotu, qui cohabitent ici avec des sternes blanches et noires, des frégates et des fous. Le second est un mini-atoll posé sur la couronne de corail de son grand frère, qui distille sa pastille de bleu, formant l’un des sites les plus paradisiaques de toute la Polynésie.

Tikehau 

A l’ouest de Rangiroa, Tikehau permet de partir à la rencontre de la vie des Tuamotu dans son aspect le plus originel. La particularité artisanale de Tikehau se rapporte à une fleur ornementale appelée riri nono, qui pousse en grande quantité sur l’île. Les vahine locales en transforment les tiges en couronnes et se servent des feuilles pour confectionner des more, le pagne polynésien traditionnel.

Le « motu » Tuherahera 
On fait le tour du motu principal au sud de l’atoll en une demi-journée à vélo sur un petit chemin sablonneux qui longe un littoral splendide planté de cocotiers centenaires. En se promenant sur le lagon, accueillant çà et là des parcs à poissons qui alimentent le marché de Papeete, on découvrira l’île aux Oiseaux, peuplée, comme il se doit, de nombreux oiseaux de mer.

Le « motu » Ohihi 
Il se distingue par son incroyable sable rose. Là, derrière un petit îlot frangé d’une plage exceptionnelle, le sable se répand au fond d’un patchwork de piscines et de chenaux naturels qui alternent les taches de bleu turquoise et les rubans d’eau translucide sur fond de cocotiers éclatants.

Manihi 

C’est essentiellement la perle noire poe rava qui a fait la réputation de Manihi, dans le nord des Tuamotu, puisque dans le lagon de cet atoll qui en compte aujourd’hui plus d’une trentaine naquit la première ferme perlière de Polynésie.
On dit que les plus belles perles noires, les plus raffinées, dignes de parer les plus belles reines, viennent d’ici. Les eaux de Manihi sont réputées pour leur concentration remarquable en poissons, et la plongée sous-marine dans la passe comme le long du tombant réserve de belles surprises.
Autour de la seconde quinzaine de juillet, un rassemblement géant de milliers de mérous se donne rendez-vous à la sortie de la passe Tairapa pour procréer. Un spectacle unique !

Naissance d’une perle 
La nacre est un mollusque qui pond des œufs. Les bébés nacres, appelés naissains, sont récoltés par des collecteurs, puis mis à grandir dans des filets pendant six mois. Les petites nacres sont ensuite triées et nettoyées, puis accrochées en chapelets avant d’être greffées (injection d’un petit nucleus naturel ou en plastique dans l’organe reproducteur, associé à un petit morceau du corps d’une autre nacre). Par un mécanisme de défense, le coquillage va sécréter autour des intrus des couches de nacre plus ou moins régulières qui formeront une perle de plus ou moins bonne qualité. Remises à grandir dans le lagon, les nacres sont régulièrement triées et nettoyées pendant les dix-huit mois à quatre ans précédant la phase de récolte et de sélection.

Paeua 
Le village se signale par deux bâtiments anticycloniques, sortes de blockhaus abritant les services administratifs et médicaux de l’île. La plupart des maisons affichent les signes extérieurs d’une activité tout entière vouée à la perliculture : collecteurs et filets à nacres suspendus çà et là, hommes et femmes préparant filets et bouts de culture…
Près du débarcadère, un arbre se dresse de façon anodine. Il a pourtant valeur de symbole. Rescapé de l’un des derniers cyclones ayant touché Manihi, il est vénéré par les habitants de Paeua, qui organisent à l’ombre de son feuillage quasi sacré la moindre manifestation officielle. De nombreux oiseaux le célèbrent aussi à leur façon, ce qui lui a valu son nom polynésien de mamera, la « maison des oiseaux ».

Fakarava et les autres atolls 

Les plongeurs aventuriers se sont depuis quelque temps déjà tournés vers Fakarava, grand atoll – le deuxième des Tuamotu en superficie – situé au sud-est de Rangiroa. Outre le fait que c’est sur cet atoll que fut bénie la première église des Tuamotu, en 1849, Fakarava est au centre d’une réserve de la biosphèreclassée par l’Unesco. C’est dire la richesse de son écosystème terrestre et sous-marin.
Son immense passe Ngarue, large de 1 km, demeure un must pas toujours facile à aborder pour les plongeurs, qui se laisseront emporter par son fort courant à la rencontre d’une faune pélagique inoubliable.
Parmi les autres atolls à visiter, citons Takapoto, petit atoll presque entièrement dédié à la perliculture, célèbre pour ses très belles plages de sable blanc et son « marae » Takai, Matavai, voisin de Tikehau, avec son lagon réticulé aux multiples vasques peu profondes et son îlot central, le nombril du monde, Anaa et son lagon de jade, berceau de la famille Pomare.

Moruroa 
Bien souvent improprement orthographié et appelé Mururoa, le plus connu des atolls des Tuamotu ne doit hélas pas sa célébrité mondiale à de quelconques références touristiques. C’est en effet sur ce petit atoll du groupe sud des Tuamotu, l’un des plus isolés, que la France a, durant des années, expérimenté, dans les airs puis dans le sous-sol, sa force thermonucléaire. Le premier tir date de 1966 et le dernier de 1996. Depuis 1998, le Centre d’expérimentation du Pacifique, qui avait jusque-là occupé l’atoll, a été entièrement démantelé, et Moruroa est retourné au « grand secret », selon son appellation polynésienne.

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