On ne peut rêver contraste plus extrême avec le littoral méditerranéen, pourtant tout proche. C’est ici le règne des pics escarpés, des lacs d’altitude et des canyons vertigineux creusés par des rivières impétueuses.

Route vers Šćepan Polje et la frontière bosniaque

Les rivières monténégrines sont si encaissées qu’il est souvent impossible de suivre leur cours en voiture. Ce n’est pas le cas de la Piva, que l’on peut rejoindre facilement depuis Nikšić. Elle se jette dans la Tara à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, au lieu-dit Šćepan Polje. Sur les vingt derniers kilomètres du parcours, le ruban d’asphalte épouse même de très près le parcours de la rivière.

Pivski Manastir (monastère de Piva)

A 48 km au nord de Nikšić. Ouvert tous les jours. Entrée libre.
Le monastère que visitent aujourd’hui les pèlerins et les touristes n’est pas à l’emplacement initial, où il avait été construit de 1573 à 1586. L’ensemble – y compris l’église à trois nefs, la célèbre iconostase due aux maîtres Longin et Kosmas (1638) et considérée par certains comme la plus remarquable du Monténégro, ainsi que les quelque 1 200 m2 de fresques sur la vie du Christ – a dû être déplacé de 2 km lorsque fut décidée la construction d’un barrage sur la rivière Piva en 1967.
La montée des eaux du lac aurait englouti le monastère. Son transfert, qui prit plus de dix ans (1970-1982), a permis de procéder à une restauration complète du monument. Letrésor, installé dans le dortoir des moines, est riche en manuscrits enluminés, livres de prières, objets en argent et croix décorées.

Merci, mon oncle…

A l’époque de la construction du monastère orthodoxe de Piva, à la fin du XVIe siècle, la région était sous la domination étroite de l’empire Ottoman. Comment expliquer que l’on ait autorisé cet ambitieux chantier ? Simplement par le fait que le métropolite et fondateur, Savatije, avait un protecteur haut placé : son propre oncle, qui était… musulman.
Celui-ci n’était autre que le vizir ottoman Mehmet Pacha, qui commanda le célèbre pont sur la Drina, à Višegrad, dans l’actuelle Bosnie-Herzégovine (Ivo Andrić, prix Nobel de littérature en 1961, a raconté cette histoire sanglante dans l’un de ses romans les plus connus). Les deux hommes sont représentés côte à côte dans l’une des fresques surmontant la porte de l’église.

Lac de Piva

En se frayant un chemin vers le nord et la Bosnie-Herzégovine, la Komarnica change de nom : elle devient Piva. Dans les années 1970, la zone a fait l’objet d’un aménagement hydroélectrique. La construction d’un barrage de plus de 200 m de hauteur, au niveau du village de Mratinje, a entraîné la création d’un lac artificiel d’une surface de 115 km2 et d’une profondeur maximale de 118 m. Aujourd’hui, il est l’une des principales attractions touristiques de la région, idéal pour les amateurs de sports nautiques et de promenades en barque.

Plužine

A 53 km au nord de Nikšić.
L’ancienne ville a connu le même destin que Tignes dans les Alpes : elle a été engloutie en 1975 sous les eaux du lac de barrage. Une ville nouvelle, construite plus haut sur la route qui relie Nikšić à la Bosnie-Herzégovine, a hérité de son nom.

Skrcka Jezera (Skrka Lakes) Durmitor

Skrcka Jezera (Skrka Lakes) Durmitor par: ExpectmohrCC BY-NC-SA 2.0

Massif du Durmitor et ses environs

Au nord-ouest du pays, entre Plužine et Žabljak, le Durmitor est le massif montagneux le plus célèbre du pays, à la fois parc national et site protégé par l’Unesco.

Žabljak

A 158 km au nord de Podgorica.
A 1 450 m d’altitude, c’est l’une des villes les plus hautes des Balkans. Autrefois simple escale sur une route caravanière, elle n’est devenue un bourg qu’en 1870. Malgré sa jeune histoire, Žabljak a déjà connu une destruction complète à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale. Elle s’est depuis relevée de ses blessures et s’est affirmée comme la capitale des sports d’hiver au Monténégro. A la belle saison, c’est un point de départ idéal pour les excursions à pied dans les montagnes ou les descentes en rafting dans les canyons.

Prirodnjačka Zbirka Nacionalnog Parka (collection d’histoire naturelle du parc national)

Ouvert tlj de 9 h à 18 h. Entrée payante.
Le musée est situé à la sortie de la ville, dans le bâtiment de l’administration du parc naturel. Ses collections montrent la flore locale et présentent quelques exemplaires d’animaux sauvages empaillés.

Parc national du Durmitor

Entrée payante.
Près de 50 sommets à plus de 2 000 m, des glaciers, 18 lacs d’altitude et le début des canyons vertigineux de la Tara, de la Piva et de la Komarnica ont justifié son inscription en 1980 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Cela faisait déjà 28 ans que le parc national du Durmitor avait été créé.
D’une surface de 39 000 ha, il se présente sous la forme d’un vaste plateau d’une altitude moyenne de 1 500 m, surmonté par les cimes célèbres que sont le Bobotov kuk (2 525 m), le Bezimeni vrh (2 487 m) le Minin Bogaz (2 387 m), le Savin kuk (2 313 m) ou le Medjed (2 287 m). Le Durmitor est un terrain idéal aussi bien pour les grands sportifs que pour les randonneurs moins ambitieux. Quand certains s’attaqueront à ses pics, d’autres pourront se contenter d’une promenade autour d’un de ses lacs glaciaires ou à l’intérieur de sa fameuse grotte de glace.

Crno Jezero (lac Noir)

A 2 km à l’ouest de Žabljak.
Dans le relief karstique de la région, qui absorbe rapidement toute l’eau de surface, les lacs ne peuvent exister que sur des terrains argileux, donc imperméables. Le lac Noir, situé à 1 418 m d’altitude et facile à rejoindre à pied depuis Žabljak, est  le plus photogénique du massif. Sa couleur est provoquée par sa profondeur inédite (près de 50 m) et par le reflet, à sa surface, des forêts de conifères qui l’entourent. Il est en réalité constitué de deux lacs unis par un système de siphons.

Suivez le guide !

A quelques kilomètres du lac Noir, le Zminje Jezero ou lac des Serpents possède une faune particulière : on y observe des espèces très rares de salamandres.

Ledina Pećina (grotte de glace)

Accès libre.
A 2 km à l’ouest du lac de Zminje se trouve une curiosité : une grotte où stalactites et stalagmites atteignent des longueurs inhabituelles.

Bobotov kuk

A 7 km à l’ouest de Žabljak. 
Dans tous les guides, sur toutes les cartes, le Bobotov kuk est considéré comme le point culminant du pays, avec 2 525 m d’altitude. Son règne semblait si indiscutable que la récente annonce de son déclassement a fait l’effet d’une bombe. Depuis 2008, c’est le Maja Kolata, dans le massif encore mal exploré du Prokletije, à la frontière albanaise, qui lui a ravi le titre avec une altitude de 2 528 m.
La beauté du Bobotov kuk n’en est aucunement diminuée. Son approche ne demande pas de connaissances particulières en alpinisme, mais une bonne condition physique et du temps : depuis Žabljak, pour l’atteindre, il faut compter entre 5 h et 7 h de marche parmi despaysages sauvages où la seule présence humaine s’incarne dans les traditionnelles cabanes en bois des bergers.

Point de vue de Ćurevac

A 7 km au nord de Žabljak.
Il faut marcher près de 2 h en direction du village de Tepca pour l’atteindre. L’effort est superbement récompensé par le panorama qui s’offre à l’arrivée, à 1 625 m d’altitude, sur le cirque de montagnes et le canyon de la Tara.

Canyon de la Tara

C’est, pour certains, le but exclusif d’un voyage au Monténégro. La Tara prend sa source au sud de Kolašin et se jette dans la Drina, après un parcours de 145 km au cours duquel elle a creusé des gorges si longues (83 km) et si profondes (jusqu’à 1 300 m) qu’elles ont été qualifiées de deuxième plus grand canyon du monde après celui du Colorado.
On peut longer la Tara par la route entre Mojkovac et Djurdjevića Tara, où a été construit un pont spectaculaire en 1941. Mais la véritable ivresse provient de sa descente en canoë ou en rafting. Sur une longue section, la navigation est l’unique façon de la découvrir. En effet, depuis Djurdjevića Tara jusqu’au confluent avec la Piva, l’étroitesse du canyon rend impossible la présence d’une voie goudronnée, voire de simples sentiers !
Le point de départ principal de ces expéditions se trouve à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Mojkovac, à l’endroit où la Tara est grossie par l’un de ses affluents, la Bistrica. Les gorges de la Tara sont inscrites comme réserve de biosphère par l’Unesco. L’eau de la rivière est si pure que l’on peut la boire…

Pont de Djurdjevića Tara

A 23 km à l’est de Žabljak.
Il n’est long que de 365 m, mais c’est assurément l’un des ouvrages d’art les plus impressionnants du Monténégro et de l’Europe tout entière. Dessiné par l’ingénieur Mirat Trojanović (qui était allé voir la tour Eiffel pour se donner une idée du défi technologique qui l’attendait), il franchit la Tara à une hauteur de 144 m. Sa construction à la fin des années 1930 ne fut possible que grâce à la collaboration du Suisse Koraj, un virtuose des échafaudages.
Pour couler la grande arche de béton, il dressa un échafaudage qui atteignit jusqu’à 150 m de hauteur, avec du bois de genièvre coupé dans les environs. La construction grinçait de façon sinistre sous les vents violents de l’hiver, mais tint bon…

Meurtre sur le pont

A peine achevé, le pont de Djurdjevića Tara devint un objectif primordial pour les parties en conflit au début de la Seconde Guerre mondiale. Afin de couper l’avancée des nationalistes, les partisans décidèrent de le détruire. Ils demandèrent à l’ingénieur Lazar Jauković, qui avait construit des routes dans les environs, de placer la charge d’explosifs. Le 6 mai 1942, Jauković s’acquitta de sa mission avec un tel savoir-faire qu’il ne fit disparaître que la plus petite arche, laissant le pont debout – ce qui a permis sa reconstruction rapide après la guerre. Caché dans la région, Jauković sera finalement capturé par ses ennemis, qui procéderont à une justice sommaire : le 2 août, il est abattu sur le pont lui-même. Une plaque commémore son souvenir.

Canyon de la Komarnica

A 37 km au sud de Žabljak.
S’il est moins connu et moins long, le canyon de la Komarnica est presque aussi spectaculaire que celui de la Tara. La rivière, que l’on peut explorer (pour partie) à pied depuis le village de Šavnik, se faufile dans un étroit corridor bordé par certains des plus hauts sommets du pays : au nord, le Bobotov kuk, au sud le Vojnik (1 998 m). La partie la plus impressionnante est le canyon Nevideo – soit, textuellement, le canyon « jamais vu » – près du village de Pošćenje. Long de 3,5 km, il fut exploré pour la première fois en 1965.

Manastir Dobrilovina (monastère de Dobrilovina)

A 46 km à l’est de Žabljak. Accès libre.
A la différence de nombre d’autres monastères construits à la fin du XVIe siècle, celui-ci n’a conservé dans son église Saint-Georges aucune trace de fresque. Tout en sobriété avec ses murs de pierre aveugles, ce monastère, toujours en activité, est flanqué d’un clocher en bois.

Pont de Pljevlja Monténégro

Pont de Pljevlja Monténégro By: Tomas VancoCC BY-NC-SA 2.0

Pljevlja

Ville la plus septentrionale du Monténégro, Pljevlja a été autrefois la capitale du Sandjak d’Herzégovine. Elle perdit ce statut au profit de Mostar après les incendies qui l’ont ravagée dans le premier tiers du XIXe siècle. La longue présence turque, jusqu’en 1912, a laissé de nombreux témoignages : un bazar, toujours très fréquenté, et quatre mosquées, dont la plus remarquable est celle d’Hussein Pacha.
Le rôle économique de Pljevlja est sans commune mesure avec sa population de quelque 20 000 habitants. Ses mines produisent la totalité du charbon monténégrin et la centrale thermique installée au sud de la ville, dont les effets polluants ne sont pas négligeables, représente près de la moitié de l’électricité produite dans le pays.

Zavičajni Muzej (Musée municipal)

Trg 13. jul. Ouvert lors des expositions temporaires tlj de 11 h à 14 h et de 18 h à 20 h. Entrée libre.
Des expositions temporaires se succèdent, pour montrer le riche fonds du musée qui comprend des objets des cultures néolithiques du canyon de la Ćehotina, de la verrerie antique (dont un chef-d’œuvre : une coupe dite diatrète, avec des inclusions bleues) et des bijoux en filigrane d’or, tous mis au jour sur le site de la nécropole de Komini, ancienne cité appelée Municipium S. Des armes médiévales et des tableaux modernes des écoles locales complètent les collections.

Le mystère du Municipium S

Dans les faubourgs de Pljevlja, à Komini, il est une ville antique aux vestiges encore visibles et largement étudiés par les archéologues, qui a permis de mesurer l’influence de la civilisation romaine au IIe siècle av. J.-C. et sa fusion avec les cultures locales. Cependant, comme dans tout bon roman policier, un mystère plane toujours sur cette cité : on connaît ses monuments, on sait qu’elle fut la deuxième plus grande ville romaine du Monténégro après Doclea, que ses artisans produisirent de véritables chefs-d’œuvre comme la coupe de verre aux incrustations bleutées du musée…
Mais l’on ne connaît toujours pas son nom. En effet, sur toutes les inscriptions lapidaires mises au jour dans les ruines, elle n’est nommée que par son abréviation, Municipium S. L’enquête continue…

Husein Pašina Džamija (mosquée Hussein-Pacha)

Vuka Kneževića br. 4. Entrée libre.
Construite durant le dernier quart du XVIe siècle par Hussein Pacha Boljanić, un important dignitaire turc, c’est le plus beau monument musulman du Monténégro. La mosquée possède une coupole sur base carrée et un mihrab décoré avec soin. Le minaret, haut de 40 m, est une adjonction du XXe siècle et remplace le précédent, détruit par la foudre en 1911. Tout le répertoire décoratif islamique est utilisé, notamment les stalactites (muqarnas) et les peintures à motifs géométriques. La mosquée conserve un beau coran du XVIIIe siècle, orné de miniatures d’inspiration persane.

Manastir Sv. Trojica (monastère de la Trinité)

Visite sur demande (tél. : +382 (0)89 32 50 25). Entrée payante.
Au nord de la ville, sur la rivière Breznica, il a été construit pour l’essentiel au XVIe siècle. L’église de la Trinité contient des fresques de la fin du XVIe siècle avec des scènes de la vie du Christ, et un intéressant trésor. Dans celui-ci sont exposés des portes en marqueterie, des icônes du maître local Andrija Raičević (milieu du XVIIe siècle), des reliquaires et des calices en argent, ainsi qu’un chef-d’œuvre de la broderie médiévale, la chasuble de Théotime.

Route de Podgorica à Kolašin

La route et le chemin de fer se côtoient sur une trentaine de kilomètres. Ensuite, lorsque les pentes deviennent trop ardues, le train s’enfonce dans une série de tunnels, tandis que les automobilistes doivent monter jusqu’au col de Crkvine, situé à 1 045 m d’altitude. Ce col a une grande importance géographique, puisque c’est l’un des principaux points de partage des eaux des Balkans. Le cours de la Morača descend vers le sud et la Méditerranée, alors que celui de la Tara, toute proche, se dirige au nord, pour finir dans le Danube et la mer Noire.

Défilé de la Morača

La Morača, qui traverse Podgorica et va se jeter dans le lac de Skadar, respecte à ses débuts la propension qu’ont les rivières monténégrines à creuser des gorges impressionnantes. Celles-ci sont empruntées par la route qui mène de la capitale vers la frontière serbe.

Canyon de la Mrtvica

A 33 km au nord de Podgorica.
Moins connu que celui de la Tara, il est pourtant spectaculaire. Il s’ouvre à la hauteur de Medjuriječje, à l’ouest de la route. Sur une douzaine de kilomètres, avant de se jeter dans la Morača, la rivière Mrtvica a creusé des gorges profondes de plus de 1 000 m, empruntables à pied pour une randonnée sportive.

Manastir Morača (monastère de la Morača)

A 26 km au sud-ouest de Kolašin. Accès libre.
Toujours en activité, il symbolise l’âge d’or de la Serbie, alors baptisée principauté de Raška, sous la dynastie des Nemanjić. Bâtie au milieu du XIIIe siècle, son église épouse le modèle byzantin d’une coupole sur un plan en croix. Les fresques les plus anciennes remontent à l’origine du monastère et certaines scènes sont justement célèbres, comme celle où l’on voit le corbeau nourrir le prophète Elie. La petite chapelle Saint-Nicolas contient des fresques du XVIe siècle, illustrant des épisodes de la vie du saint.