Tout au nord de l’archipel polynésien, îlot de nature souveraine et bastion excentré de la tradition dans son aspect le plus pur et le plus authentique, les Marquises s’offrent véritablement à ceux qui ont le désir profond de les découvrir.

La terre des hommes 

Eloignées de tout, elles sont le premier archipel que les navigateurs découvrent en suivant la route du vent en provenance des Amériques. A seulement deux pas de l’équateur, Henua Enana, la « terre des hommes », n’est pas un paradis facile, et ses hautes falaises austères et parfois hostiles sont à l’image de ces forteresses qui ne se livrent pas au premier venu.
La nature s’offre à l’état brut : le charme n’en est que plus grand, la passion plus immédiate, le souvenir plus impérissable. Peu nombreux, les adeptes des Marquises le restent à jamais, fervents admirateurs de leur sauvage beauté, originelle comme celle d’un éden perdu où les hommes dépouillés de leurs oripeaux superflus ont choisi de vivre intensément. Gauguin et Brel font partie de ces âmes-là, et leurs corps reposent d’ailleurs pour toujours dans cette terre. Les Marquises sont aussi, rappelons-le, le premier foyer de colonisation du triangle polynésien, et leurs 13 îles hautes ont par la suite servi de base au peuplement des archipels. Une prééminence historique que les Marquisiens clament haut et fort en défendant farouchement, face à l’hégémonie tahitienne, une spécificité, une culture, une langue et des traditions originales.

Nuku Hiva 

Dans la « grande maison » des dieux qui symbolise l’archipel marquisien, la plus grande des îles, Nuku Hiva, dans le nord, constitue la charpente.

Taiohae 
En arrivant par bateau, on découvre la baie de Taiohae, encadrée par ses sentinelles, deux imposants rochers qui en gardent l’entrée. Logée au fond de la baie, la ville du même nom comporte la plupart des bâtiments administratifs de l’archipel ainsi que le plus haut lieu de culte catholique aux Marquises, la cathédrale Notre-Dame (au croisement des avenues Dupetit-Thouars et Dordillon), bâtie en 1974 et remarquable par les sculptures en bois qu’elle abrite.
Autres monuments notables : le « paepae » Piki Vehine(avenue Dordillon), esplanade traditionnelle ornée de tiki gigantesques mais modernes, et le mémorial Melville(avenue Dordillon), imposante sculpture qui retrace le parcours de l’écrivain américain comme la genèse de son roman Typee, adapté de ses aventures vécues dans la vallée de Taipivai.

Les « nono » 
Ce sont des moucherons minuscules. Si minuscules qu’on ne les voit pas, qu’on ne les entend pas et surtout qu’on ne sent pas quand ils piquent. Les effets s’avèrent en revanche beaucoup plus virulents, et les démangeaisons, parfois insoutenables, peuvent durer tout un mois. De nombreuses plages des Marquises en sont infestées et en deviennent infréquentables, puisque ces charmantes bestioles pondent dans le sable. Mais chacun sait là-bas, en fonction du vent et de la saison, sur quelle plage se baigner ou non. Et les produits antimoustiques restent de bons alliés…

Hatiheu Bay, Nuku Hiva © Steve Berardi

Hatiheu Bay, Nuku Hiva © Steve Berardi

Festival des arts 
Depuis 1986, les membres de l’association culturelle Motu Haka o Te Fenua Enata organisent tous les quatre ans le festival des arts des Marquises. Conscients que le temps menace la mémoire, ils incitent les jeunes Marquisiens à puiser dans leurs traditions et à se former auprès des derniers porteurs de savoirs. Le festival se tient tour à tour sur l’une des quatre îles les plus peuplées des Marquises. Réunissant plus de 1800 participants venant des quatre coins de la Polynésie française, d’Hawaii, de la Nouvelle-Zélande, de l’Île de Pâques et de tout le Pacifique, ce festival permet une véritable ouverture sur le monde. Les participants, comme les visiteurs, sont conviés à un partage culturel au travers d’épreuves de danse, de chant, de sports traditionnels, d’expositions d’objets d’arts, ou encore des ateliers de tatouage.

Vallée de Taipivai 
On peut rejoindre la célèbre vallée au départ de Taiohae, en véhicule tout-terrain ou à cheval, et se replonger dans les évocations de l’auteur de Moby Dick sur ce qui fut pour lui un havre de paix malgré la présence des Taipi cannibales, qui l’accueillirent très amicalement. A tel point que, lorsque le déserteur Melville fut rembarqué de force pour Papeete, ses nouveaux amis n’hésitèrent pas à sacrifier quelques doigts en tentant de retenir la baleinière qui l’arrachait à sa terre d’adoption.

Baie d’Anaho et Hatiheu 
En prolongeant la piste, on arrive à un arc de cercle ouvert vers le nord.
De là, on rejoint Hatiheu (à 28 km de Taiohae), où séjourna Robert Louis Stevenson et dont il vanta les mérites dans son roman Dans les mers du Sud. La baie qui s’évase au pied de trois immenses pitons rocheux abrite l’un des meilleurs restaurants des Marquises, Chez Yvonne, point d’accès aux sites sacrés du « tohua » Hikoku et du « meae » Te Li Poka (à quelques kilomètres vers l’intérieur).

Les chevaux marquisiens 
En se promenant aux Marquises, le visiteur de passage découvre vite que le moyen de locomotion le plus adapté est celui que les autochtones ont adopté depuis longtemps : le cheval. De fait, les chevaux sont partout dans ces îles, montés ou semi-sauvages. Ils sont pour la plupart issus d’une souche de petits chevaux importés du Chili qui se sont remarquablement acclimatés. Nuku Hiva est ainsi connue pour ses concours équestres, de plus en plus courus, qui se déroulent sur la plage de Taiohae.

Cascade d’Ahuei 
On pourra, au départ de Taiohae ou de la baie de Hakaui, tenter l’aventure vers la grande cascade d’Ahuei(2 h de marche), dont les hautes falaises abritent encore de nombreuses sépultures.

De Nuku Ataha à Taiohae 
En avion, on atterrit à Nuku Ataha, à l’opposé de Taiohae, sur la côte nord. Il faut plusieurs heures d’une route cahoteuse pour rejoindre la capitale et, si la balade peut paraître à maints égards fastidieuse, elle offre une vision transversale inoubliable de l’île.

Les dépendances de Nuku Hiva 
Ua Pou 
Pilier de la « grande maison », Ua Pou est composée d’une chaîne de pitons basaltiques en forme de pains de sucre dominant la baie de Hakahau, son village principal. Ua Pou est reconnue pour la qualité de ses artisans et de ses artistes, dont le dynamisme culturel a conduit à la naissance du Matava’a, le festival des Marquises.

Ua Huka 
C’est la réserve de la « grande maison », austère à cause de sa sécheresse et plus peuplée de chevaux que d’humains. L’île vaut le détour pour les nombreux sites archéologiques restaurés qu’elle comporte, pour l’étonnant musée d’Archéologie de Vaipaee, pour ses sculpteurs réputés, ainsi que pour l’unique arboretum polynésien, lieu de préservation du patrimoine végétal des îles.
C’est surtout un lieu symbolique, puisque l’on pense que c’est dans sa vallée de Hane que se seraient installés les premiers Polynésiens, vers 700 av. J.-C.

Gauguin aux Marquises 
Né à Paris en 1848, Paul Gauguin s’est très rapidement trouvé en rupture avec l’école impressionniste et avec la société dans laquelle il évoluait. Après avoir séjourné en Bretagne, où il développe l’école de Pont-Aven, il rejoint un temps van Gogh à Arles, puis s’installe en Polynésie en 1891, d’abord à Tahiti, puis aux Marquises, à Hiva Oa. Il réalisera sous les cieux polynésiens parmi ses toiles les plus marquantes, s’inspirant notamment de nombreuses scènes de la vie quotidienne des autochtones. L’une des plus célèbres, illustrant parfaitement cette période, s’intitule Femmes de Tahiti et est exposée au musée d’Orsay, à Paris.

Hiva Oa 

Grande rivale de Nuku Hiva, Hiva Oa, la plus grande des îles du sud, constitue la poutre maîtresse de la « grande maison ».
La chaîne de montagnes qui la traverse de part en part dresse les pics imposants des monts Temetiu et Feani, et forme une véritable muraille autour du principal village, Atuona, logé au fond de la baie des Traîtres.

Atuona 
La patrie de Gauguin 
Paul Gauguin y a peint ses dernières toiles dans sa fameuse maison du Jouir (au centre d’Atonua),reconstituée en 1994, avant de s’éteindre en 1903. Un petit musée lui est consacré, non loin du seul bâtiment datant de son époque, un magasin de style colonial peint en bleu. On peut y admirer des reproductions de quelques-unes de ces toiles.
Le peintre repose sous un frangipanier dans le petit cimetière du Calvaire, qui domine la baie des Traîtres.

La retraite de Brel 
Non loin de sa dernière demeure, la tombe de Jacques Brel, noyée de plantes tropicales, impose un recueillement chargé d’émotion pour quiconque aimait la poésie du chanteur belge disparu en 1978. C’est à Hiva Oa que Brel avait composé son dernier album, dans lequel figure notamment l’une de ses plus belles chansons, Les Marquises, véritable ode à son archipel d’adoption.
On ne manquera pas de jeter un coup d’œil à « Jojo », son ancien avion, qui trône non loin de la maison du Jouir, ni d’aller admirer la stèle érigée à sa mémoire, à l’initiative d’un hôtelier local, dans un site splendide dominant toute la baie et le village.

Site archéologique de Taaoa 
A 7 km au sud-ouest d’Atuona.
La route qui longe la côte après Atuona conduit à ce site dont à peine un dixième a été restauré. C’est dire le gigantisme du lieu, qui permet d’observer de multiples plates-formes sacrées dont on estime le nombre à plus de 1 000.

Vallée de Puamau 
A 2 h 30 d’Atuona.
La route traversière conduit quant à elle jusqu’à cette vallée, sur la côte nord, où se trouve notamment le « meae » Opipona, orné du « tiki » Takaii, le plus grand des tiki de Polynésie, qui mesure plus de 2,30 m.

Les dépendances de Hiva Oa 
Tahuata 
Tahuata est la fosse de la « grande maison ». La plus petite île habitée des Marquises, qui vit une existence paisible, s’enorgueillit d’avoir toujours résisté aux intrus comme d’avoir accueilli les premiers Européens découvrant la Polynésie.
On pourra admirer l’église de Vaitahu, l’une des plus belles de Polynésie, érigée sur le site même où les Espagnols célébrèrent la première messe « polynésienne ».
De là, en empruntant la piste, on rejoint la vallée de Hapatoni, qui devient, à l’entrée du village du même nom, allée de la Reine.

Suivez le guide ! 
Effectuez une croisière en voilier pour mieux découvrir les baies sublimes des Marquises.

Fatu Hiva 
Dernière pierre de l’édifice marquisien, Fatu Hiva, le toit de la « grande maison », est caractérisée par un relief vertigineux et une végétation luxuriante, notamment dans le nord-ouest de l’île.
C’est dans cette partie que se trouve la célèbre baie des Vierges, dont les immenses colonnes de basalte tombent dans la mer. Vue de l’océan, c’est assurément l’une des plus belles cartes postales des Marquises.
L’île est connue pour ses tapa, tradition que ses habitants perpétuent avec le même engouement de génération en génération, et pour avoir accueilli, à la fin des années 1930, le naturaliste norvégien Thor Heyerdahl. C’est ici que l’inventeur du Kon Tiki échafauda sa théorie du peuplement de la Polynésie orientale et mit au point la géniale navigation qui le rendit célèbre dans le monde entier.

 

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