Le piton de la Fournaise fait partie des volcans les plus actifs de la planète et l’on y a enregistré au moins 150 éruptions depuis trois siècles. Il reçoit chaque année la visite de près de 20 000 personnes qui se lancent sur ses pentes et viennent ausculter, par-dessus les rebords du cratère ou au milieu de ses champs de laves concrétionnées, les humeurs de la Terre. C’est bien entendu le site le plus visité de la Réunion.
Mais attention, toute visite du volcan impose de se lever très tôt pour tout à la fois arriver à son sommet avant les fortes chaleurs du milieu de journée et éviter d’avoir le paysage gâché par les nuages.

Petit rappel géologique

Le piton de la Fournaise est apparu il y a environ 380 000 ans sur le flanc sud-est du piton des Neiges, lui-même à l’origine de l’émergence de l’île de la Réunion au-dessus des flots de l’océan Indien. Le piton de la Fournaise est un système volcanique de type hawaïen, c’est-à-dire qu’il produit des coulées de lave fluide sans phénomène explosif.
Sa formation est la conséquence d’une série d’éruptions dont les laves se sont superposées en formant trois caldeiras successives. La plus récente, formée il y a un peu moins de 5 000 ans, est ouverte à l’est sur la mer et a été baptisée enclos Fouqué. C’est dans ce vaste cratère d’effondrement en forme de fer à cheval de plus de 10 km de diamètre que s’élèvent les deux cratères principaux du volcan : le Bory assoupi depuis 1791 et le Dolomieu qui se réveille en moyenne tous les 10 mois et dont les coulées demeurent généralement circonscrites à l’enclos.

La route du Volcan

A 30 km de Bourg-Murat.
Elle débute au carrefour de Bourg-Murat, là où se trouve la Maison du volcan. La portion qui sillonne la plaine des Cafres où paissent des vaches tachetées rappelle la Normandie, surtout si une petite bruine recouvre l’ensemble du paysage essentiellement composé de verts pâturages. Au fur et à mesure que la route s’élève, les prairies d’altitude, bosselées et plantées ici et là de vieux arbres aux troncs noueux, prennent des aspects de contreforts du Massif central.
Les panoramas dominent la plaine des Cafres, l’Entre-Deux et le Tampon au pied des remparts de Cilaos. La route serpente un peu plus loin dans une forêt de cryptomerias et de tamarins des hauts qui rappelle les Vosges pour déboucher sur un paysage rocailleux planté de bruyères et d’ajoncs évoquant étonnamment la Bretagne.

Du Nez-de-Bœuf au cratère Commerson

Les choses sérieuses commencent à partir du col du Nez-de-Bœuf (2 070 m) et de son panorama imprenable qui offre une vue à la fois vertigineuse et spectaculaire sur la profonde saignée creusée par la rivière des Remparts jusqu’à la mer. Au sommet du plateau de roches noires de la plaine des Remparts, où ne survit qu’une maigre végétation arbustive, la route devient tout à coup large et magnifique et serpente à travers les premiers cônes volcaniques.
Laissant sur sa gauche la forme émoussée du piton Textor, elle aborde bientôt, sur la droite, le cratère Commerson ouvrant sa bouche béante de 200 m de diamètre et de 120 m de profondeur. Il fut découvert en 1771 par le botaniste français Philibert Commerson qui lui a donné son nom. Un belvédère surplombe son puits central rempli de scories.

Suivez le guide !

A l’heure où nous bouclons cette édition, la dernière éruption, débutée le 2 janvier 2010, s’est achevée 10 jours plus tard. Plus d’informations : www.fournaise.info

Piton de la Fournaise - Cratère Dolomieu

Piton de la Fournaise – Cratère Dolomieu By: Erwan DeverreCC BY-NC-SA 2.0

Plaine des Sables

Le cratère Commerson précède de quelques kilomètres un autre col qui s’ouvre au sommet de la crête du rempart des Sables et qui offre soudain au voyageur une vue plongeante sur un univers de désolation. La plaine des Sables s’étale en contrebas, vestige de l’ancienne caldeira, vaste et magnifique étendue lunaire de scories poussiéreuses, prenant des teintes ocre et rouges pour peu que le soleil soit de la partie.
C’est assurément le site le plus irréel de la Réunion et son étrange beauté ne se livre pas de prime abord. La lumière et les nuages y jouent en outre souvent à cache-cache, donnant au paysage un aspect encore plus fantomatique où seules quelques touffes de lichens ont réussi à s’imposer çà et là. La route devenue piste file en ligne droite dans ce micro-désert avant de repartir à l’assaut des contreforts d’un deuxième rempart qui se termine, à 2 311 m, par un autre point de vue époustouflant, le pas de Bellecombe, terminus de la route.

Pas de Bellecombe

Au sommet du rempart qui constitue l’actuelle caldeira du piton de la Fournaise, le pas de Bellecombe domine de 150 m l’enclos Fouqué au centre duquel s’élève la forme majestueuse et imposante du piton de la Fournaise. Le panorama est à la fois empreint de sérénité et de respect pour le géant que l’on sait uniquement assoupi.
Un petit chemin descend dans l’enclos, accroché à la paroi de l’à-pic vertigineux planté de bruyères arborescentes aux fleurs jaunes, de millepertuis et de lichens. Tout en bas, l’immense lac de laves pétrifiées s’étend de chaque côté, parfois lisse, parfois chaotique. Des centaines de coulées ont laissé derrière elles des formes ondulantes, cordées ou granuleuses, parcourues de nombreuses failles insondables.

Un amour immodéré pour le volcan

Les Réunionnais aiment leur volcan. C’est presque un lieu commun de le dire. Chaque éruption attire des foules importantes venues admirer, de jour comme de nuit, les gerbes luminescentes depuis les hauteurs de l’enclos ou aux endroits stratégiques de la côte où la coulée de lave coupe généralement la route. On assiste à ces manifestations éruptives comme on va au spectacle ou en balade, en famille, entre amis, généralement avec le sacro-saint pique-nique sous le bras.
Les embouteillages qui s’ensuivent sont naturellement à la mesure de l’événement, à savoir gigantesques comme en avril 2007, lors de la dernière éruption majeure du piton de la Fournaise qui fit se déplacer des dizaines de milliers de curieux pendant plusieurs mois. La gendarmerie fut mobilisée en masse à cette occasion pour en réguler le flot.

Enclos Fouqué

A quelques dizaines de mètres à peine du pied de la falaise coupée au couteau, qui enserre de son arc de cercle monumental le plateau volcanique, un petit cratère récent élève son cône de scories rouge orange. Il est d’ailleurs le premier que les touristes de passage escaladent. Le Formica Léo tire son nom de sa ressemblance avec le cratère formé par la larve de la fourmilion, un insecte qui piège et dévore les fourmis plus petites.
Le sentier qui s’y dirige et qui poursuit vers l’ascension du piton de la Fournaise a été balisé avec une peinture blanche réfléchissante, ce qui constitue une sécurité par temps de brouillard, plus fréquent que l’on ne le croit. Ces marques permettent en outre d’éviter de s’égarer et de tomber dans l’une des nombreuses failles de l’enclos. On atteint en une demi-heure la chapelle Rosemond, point de départ des deux itinéraires permettant de faire le tour du piton de la Fournaise dans un sens ou dans l’autre, celui de gauche étant plus aisé car moins raide.

Suivez le guide !

Caldeira: cratère formé par l’effondrement d’une cheminée volcanique.
Fumerolles: émanation gazeuse sortant à haute température des crevasses du sol.
Scories: fragments de lave poreux et légers.

Le piton de la Fournaise

Descendre dans l’enclos, c’est un peu descendre en enfer tant la désolation ambiante du décor se combine le plus souvent avec de soudaines et violentes variations climatiques. Celles-ci font parfois passer le randonneur de la chaleur d’un soleil de plomb à une pluie diluvienne fouettée par un vent glacial. Méfiance donc ! Il faut ainsi prévoir des vêtements et protections contre le soleil et la pluie, les abris le long de la randonnée brillant par leur absence.
Sans être aisée, l’ascension du piton de la Fournaise peut néanmoins être entreprise par n’importe quelle personne en bonne forme physique, à condition bien sûr qu’elle soit équipée de chaussures correctes. Il convient d’autre part de ne pas présumer de ses forces et de penser au retour, la remontée du rempart de Bellecombe pouvant se transformer, avec la fatigue, en un véritable calvaire.

Cratères Bory et Dolomieu

A partir de la chapelle de Rosemond, sorte de tumulus de lave figée d’une dizaine de mètres de hauteur, l’itinéraire de droite gravit la pente abrupte du petit cratère Bory (1 h) jusqu’au point le plus haut du piton de la Fournaise à 2 632 m. En prenant à gauche, le sentier grimpe plus doucement vers la Soufrière (1 h), un gouffre profond de 185 m dont les rebords instables, particulièrement dangereux, laissent échapper quelques fumerolles aux fortes odeurs de soufre.
En poursuivant le sentier balisé, à 2 510 m, on découvre l’immense cratère Dolomieu, aussi appelé cratère Brûlant, large de 750 m et long de 1 100 m pour une profondeur de 100 m. C’est dans ce cratère que la fameuse éruption de 1986 a laissé ses cônes de scories noircies. Le paysage, encore plus tourmenté et chaotique que dans l’enclos, offre au regard un extraordinaire mélange de cônes volcaniques et de crevasses qui racontent tout simplement l’histoire de cette bonne vieille Terre.
Le cœur de la Réunion est là, sous les pieds du promeneur, tremblant de tout le génie créateur de notre planète, prêt à offrir sa genèse en hautes gerbes luminescentes.

Les dernières éruptions majeures

Le piton de la Fournaise montre une certaine constance dans ses réveils : une fois en 1999, trois fois en 2000, deux fois en 2001 et deux fois en 2002. Il s’est à nouveau activé en 2004 et l’éruption, très importante, a abouti à la formation d’une plateforme côtière de 5 ha et, pour la première fois, à l’apparition d’un cône éruptif en bord de mer. Même si les coulées de 2002 et de 2004 ont atteint l’océan, aucune de ces éruptions n’a toutefois eu l’importance de celle de 1998.
Après six ans de sommeil du volcan, celui-ci s’est mis à cracher 60 millions de m3 de lave pendant plus de six mois, donnant naissance à trois nouveaux cônes volcaniques : le piton Kapor, le cratère Katia et Maurice Krafft et le cratère Fred Hudson.
La dernière grande éruption avait eu lieu en 1986, qui plus est hors de l’Enclos, quand la lave s’était déversée par une coulée de plus de 15 m de large, jusqu’à l’océan, rajoutant à la côte une plate-forme d’une trentaine d’hectares. En 1977, une grande éruption hors enclos avait menacé Piton Sainte-Rose. C’est à la suite de cette dernière éruption que l’observatoire volcanologique de la plaine des Cafres fut mis en place.

Suivez le guide !

Prenez le temps de consulter les panneaux explicatifs et la météo affichée au point d’information du kiosque du Volcan, situé près du parking du pas de Bellecombe.

« Le volcan la pété ! »

Ces dernières années, le Piton de la Fournaise s’est réveillé en 2008 (3 fois), en 2009 (2 fois) et en 2010. Si quelques dates restent à jamais gravées dans le basalte, comme 1977 où la lave avait bien failli ensevelir le village de Piton Sainte-Rose, ou encore 1986, lorsque l’île avait gagné 30 ha, grâce à une coulée de lave de plus de 15 m de large, on peut désormais ajouter celle du 2 avril 2007 à la liste des éruptions spectaculaires. Avec 120 millions de m3 de lave émis en quelques mois et l’apparition de deux nouvelles plages volcaniques sur le littoral, cette éruption a profondément modifié la morphologie du site. Le cratère Dolomieu s’est effondré, laissant derrière lui une dépression profonde de 300 m. Sur les flancs du volcan, les coulées ont atteint près de 60 km/h, avant de traverser la route sur plus d’1 km, pour se jeter dans l’océan, en créant ainsi des plateformes avançant le littoral sur plus de 200 m ! Après avoir été fermé pendant plusieurs semaines, le monstre est désormais ouvert, placé sous l’étroite surveillance de l’observatoire volcanique. Une fois encore, le Piton de la Fournaise confirme qu’il est l’un des volcans les plus actifs du globe…

Suivez le guide !

En redescendant du volcan, arrêtez-vous au Palais du fromage (ouvert du jeudi au dimanche de 9 h à 17 h) juste avant Bourg-Murat pour déguster un fromage frais au piment, au combava, à l’ail et au gingembre ou à la confiture de goyave.

Tour du volcan

Du cratère Dolomieu, on peut repartir en sens inverse ou faire le tour pour rejoindre le cratère Bory et admirer au passage, vers l’est, le début des Grandes Pentes qui descendent vers la mer et le Grand Brûlé. Vers l’ouest, une carte postale inoubliable attend le randonneur avec, au premier plan, le cratère Dolomieu et le rempart de l’enclos et, en arrière-plan, le piton des Neiges, avec la mer en toile de fond.
Les cratères les plus récents se trouvent sur le flanc du volcan et des sentiers sont rapidement mis en place à chaque nouvelle éruption dès que celle-ci est accessible en toute sécurité.

Au départ du piton de la Fournaise

Plusieurs itinéraires de randonnée partent du pas de Bellecombe et permettent de découvrir encore plus en profondeur la région du volcan. On peut ainsi se rendre en 4 h de marche assez facile en longeant le rebord nord-est de l’enclos jusqu’au Nez coupé de Sainte-Rose, une arête qui domine les coulées solidifiées qui se sont déversées dans les Grandes Pentes, vers la mer.
Un autre itinéraire facile permet de rejoindre, vers le sud, le morne Langevin qui domine le mini-cirque du Grand Pays. En suivant le sommet du rempart vers le sud, on arrive en plusieurs heures de marche au Nez coupé du Tremblet qui domine tout le sud-est de l’île et l’ensemble du massif volcanique du piton de la Fournaise. De là, on peut rejoindre la coulée de Takamaka, la fissure et le cratère émetteurs de la coulée de 1986, hors des rampes protectrices de l’enclos.

La Réunion vue du ciel

Surnommée fort justement l’île à « grand spectacle », la Réunion est assurément le pays qu’il ne faut pas manquer de découvrir par la voie des airs. Pour cela, l’hélicoptère est le moyen le plus approprié puisque, outre la grande visibilité qu’il offre, il procure les sensations les plus extrêmes au regard du relief découpé et profond de certaines parties de l’île.
Ainsi, le survol des cirques, par-dessus l’à-pic des remparts d’où jaillissent des cascades vertigineuses, le plongeon dans le Trou de Fer, la découverte du volcan et de sa caldeira, la contemplation des couleurs du lagon donnent l’occasion de frémir et de se constituer une collection de moments réellement inoubliables.

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