Méconnue car longtemps restée inaccessible, du fait notamment des chaleurs extrêmes qui peuvent y régner, la région du Tiris Zemmour s’ouvre peu à peu aux visiteurs. On y trouve une sérénité formidable. Les paysages nus du désert contrastent singulièrement avec la surprenante technologie du minerai qui se développe à Zouerate.

De Nouâdhibou à Zouerate

Les deux villes sont distantes de 650 km.
Le conflit mauritano-marocain au sujet du Sahara occidental a laissé de mauvais souvenirs. Ainsi la frontière est-elle encore minée. Hormis cette zone, la région n’est absolument pas dangereuse. La liaison hebdomadaire par avion entre Nouâdhibou et Zouerate est plutôt destinée aux hommes d’affaires qui n’ont pas le temps de profiter du paysage.
Pour ceux qui souhaitent découvrir à leur rythme l’authenticité mauritanienne, le nec plus ultra est d’embarquer à bord du « train du désert », véritablement « exotique » dans ces contrées.

Le train minéralier

A l’entrée de Cansado, à 10 km au sud de Nouâdhibou. 1 départ par jour à 15 h.
Ouverte en avril 1963, la ligne de chemin de fer suit la frontière marocaine et coupe l’angle inférieur du Sahara occidental. Elle permet l’exportation du minerai de fer produit par le complexe de F’Derik. Unique au monde par sa fonction et sa situation en plein désert, elle relie le port de Nouâdhibou aux immenses et impressionnantes mines à ciel ouvert de Zouerate.
Dès sa mise en service, elle a été utilisée par les nomades, qui se juchent sur les wagonnets de minerais avec leur bétail. Aujourd’hui, un train par jour accueille des voyageurs pour un périple de 20 h. A l’origine, ses wagons étaient ceux d’un autorail suisse mais ils traversent à présent des paysages autrement plus désertiques ! A bord, le confort est spartiate, mais l’aventure inoubliable : éclairage à la bougie, thé collectif sur le réchaud à gaz, musique improvisée…

La ligne touristique

Un train spécialement affrété pour les touristes emprunte depuis quelques années les voies du minéralier. Plus luxueux, il est en circulation durant la saison touristique, en hiver et au printemps. Aménagé à la mauritanienne et décoré à la manière des peintures murales d’Oualâta, celui-ci accueille des voyageurs pour des circuits d’une semaine : campement à proximité du monolithe de Ben-Amira, arrêts à Chinguetti et Azougui.

Choum

A 460 km à l’est de Nouâdhibou.
Arrêt principal du train minéralier, ce campement, constitué de quelques cabanons sans charme au milieu du désert, ne peut pas vraiment être qualifié de village. Il semble survivre principalement grâce au passage du train. Les voyageurs peuvent néanmoins y faire une halte et louer un véhicule afin de rejoindre Atâr. Lorsque l’arrivée se fait de nuit, le train est suivi durant quelques centaines de mètres par l’immense convoi des 4 x 4 venus récupérer les routards.
Au silence du désert et au balancement du train succèdent alors un concert de Klaxons, des lumières violentes et le vrombissement des moteurs. L’impression est fantastique. Aussi provisoire soit-elle, cette station sera peut-être amenée à s’urbaniser. En effet, depuis peu, un gisement de pierres ornementales (quartz…) y est exploité. Par ailleurs, la route Atâr-Choum, difficilement praticable actuellement, devrait être prochainement bitumée.

Le tunnel

Au moment de la construction de la ligne de chemin de fer par les Français, en 1962, l’Espagne occupe le Sahara occidental. Sur les plans, le tracé des rails, au nord de Choum, déborde sur le territoire sahraoui. Pourtant l’Espagne n’accepte ce passage qu’à une condition : obtenir en échange la moitié de la production de fer de la mine de Zouerate.
Aussi, le président de Gaulle décide de construire un tunnel à Choum pour contourner cet obstacle et ainsi éviter de payer cette « redevance injuste ». Le tunnel est utilisé jusqu’aux années 1980, époque à laquelle le gouvernement mauritanien accepte, contre un passage du train sur le territoire marocain, que les bergers du Sahara occidental viennent faire paître leurs troupeaux sur le territoire mauritanien.

Ben-Amira

A 515 km à l’ouest de Zouerate.
Ce petit village s’est imposé comme une étape indispensable pour le train du désert et, depuis 1998, il se développe à son contact. L’école, démolie par une inondation début 2004, a pu être reconstruite en dur grâce à l’aide de la coopérative touristique française Point-Afrique.

Monolithe Ben-Amira

A 4 km au nord du village de Ben-Amira.
Deuxième monolithe au monde après Ayers Rock en Australie et premier en Afrique, Ben-Amira est un étonnant monument naturel au milieu du désert, d’autant plus impressionnant si on l’atteint à pied. Comme son célèbre alter ego australien, ce bloc de granit est le lieu de nombreuses croyances et coutumes ancestrales nomades. Il était par exemple dans les habitudes d’allumer un feu à son sommet, ce qui permettait de guider les caravanes. Le signal indiquait que le convoi précédent n’avait pas rencontré d’ennemis sur sa route.

Aïcha

A 7 km au nord du village de Ben-Amira et à 3 km au nord du monolithe Ben-Amira. Le musée en plein air se situe au pied du monolithe d’Aïcha. Visite libre.
Des peintures rupestres ont été repérées sur les flancs du monolithe. Elles représentent entre autres une baleine, un cheval ou des hommes chassant des antilopes. Leur coloration rouge provient d’un pigment fabriqué à partir de pierres oxydées, appelées hem’era en hassanya et toujours utilisées de nos jours.
Des inscriptions en arabe, beaucoup plus récentes, jouxtent ces peintures préhistoriques. Sur la façade tournée vers Ben-Amira, une formation naturelle évoque le fameux tableau de Gustave Courbet L’Origine du monde, preuve qu’Aïcha porte bien son nom.
De décembre 1999 à janvier 2000, une rencontre internationale de sculpture s’est tenue à Ben-Amira pour fêter le nouveau millénaire. Dix-neuf artistes du monde entier, dont trois Français et deux Mauritaniens, ont campé près du monolithe Aïcha durant trente-cinq jours avec pour mission de réaliser des œuvres sur le thème : « La légende d’Aïcha et la paix dans le monde ».
Ces sculptures s’intègrent parfaitement à l’environnement et elles semblent parfois comme ciselées par le vent. Le Burkinabé Siniki ky a par exemple utilisé la thématique des masques africains, le Canadien Daniel Couvreur a esquissé une Histoire à suivre, tandis que le Chinois Zhan Yan Gen imagine une sculpture Née en germination.

Une légendaire querelle d’amoureux

Une tradition surprenante est attachée à Ben-Amira et au monolithe voisin, Aïcha, tous deux considérés comme des personnages à part entière par les nomades. On raconte que Ben-Amira aurait quitté son point d’ancrage pour quelques semaines afin de rejoindre une caravane. Sa femme, Aïcha, en aurait profité pour préparer du thé à un autre de leurs congénères…
A son retour, Ben-Amira, furieux, aurait frappé d’un coup de tête sa bien-aimée et l’aurait ainsi envoyée à quelques kilomètres de lui. Aujourd’hui, les esprits des pierres sont apaisés et il fait bon se reposer dans l’ombre bienfaisante des deux époux. Les petits blocs de pierre qui les entourent en cohorte ont été surnommés par les nomades « la servante d’Aïcha » et « les enfants de Ben-Amira ».

Suivez le guide !

Il est possible de tenter l’ascension des monolithes de Ben-Amira ou d’Aïcha, mais évitez les heures les plus chaudes de la journée !

Zouerate

A 715 km à l’est de Nouâdhibou et à 515 km à l’est de Ben-Amira.
Son nom signifie « dune de sable ». Construite dans les années 1960 par les Français afin de loger les ouvriers des mines de fer attenantes, cette petite agglomération, qui est aussi le terminus du « train du désert », abrite encore les mineurs mauritaniens et leurs familles. Depuis une vingtaine d’années, beaucoup sont attirés par les possibilités d’enrichissement liées à l’exploitation du minerai de fer.
Malheureusement, leurs espoirs sont souvent déçus. Ecrasée par le soleil, avec des températures dépassant souvent les 45 °C, Zouerate subit une rude sécheresse depuis 1970. Pourtant, lorsqu’il pleut, tous les trois ou quatre ans, le paysage se métamorphose complètement : les acacias poussent en quelques heures, tout reverdit. Malgré ce climat aride, il s’agit d’une des cités les plus agréables du pays, un petit îlot de calme et de chaleur humaine dans le désert.

Circulation

Détail curieux, c’est sans doute la ville mauritanienne où l’on trouve le plus de panneaux, ce qui est certainement lié à la circulation des camions de la mine. Il est toujours étonnant de trouver des panneaux « roulez doucement » dans un lieu aussi isolé, alors même qu’à Nouakchott, les feux de circulation font encore souvent figure de décors. Le gouvernement mauritanien considère que la ville possède un potentiel touristique certain et envisage de développer de nouvelles activités, grâce à l’ouverture d’une ligne de charters en partenariat avec la France à l’horizon 2005.

Coopératives de femmes

Au centre-ville. Ouvert tlj sauf le vendredi matin.
Le marché se partage entre la vente de costumes traditionnels pour hommes et femmes, respectivement appelés drâas et melafas, et celle de la nourriture. Les échoppes sont situées sous une halle pour protéger les aliments des rayons brûlants du soleil. Une des particularités du marché de Zouerate est de compter un grand nombre de coopératives de femmes.
Les produits de cet artisanat, très prisés par les habitants, sont d’une grande qualité. Les ouvrières mettent en effet beaucoup de précision et de minutie dans leur travail et emploient des matériaux locaux : pierres semiprécieuses trouvées à proximité de la mine, cuir des moutons élevés sur place…
Elles sont installées à même le sol, sur des nattes, et protégées du soleil par une toile de khaïma. Ces coopératives sont de plus en plus répandues en Mauritanie, offrant aux femmes une toute nouvelle indépendance financière. Des professeurs viennent en outre fréquemment dispenser des cours d’alphabétisation à ces assemblées.

Cinéma

Route principale, près de l’hôtel OasianVisite sur demande au portier. Entrée libre.
Le cinéma fonctionnait autrefois à plein et les habitant pouvaient ainsi voir des films européens et américains, projetés sur grand écran. Hélas, cette époque est bien révolue et ce joli cinéma en plein air a fermé ses portes dans les années 1980. « Faute de clients, à cause de la télévision », dit-on ici. Une initiative humanitaire permettra peut-être un jour sa réouverture.

Musée

Route principale, derrière l’hôtel Oasian. Visite sur demande au portier, Ahmed. Entrée libre.
Le bâtiment qui abrite ce musée porte l’inscription : « Maison du livre et de la lecture » et accueille également les écoliers de Zouerate. Ce lieu d’exposition est une sorte de résumé ludique et érudit du Musée national de Nouakchott. Fondé en 1991, il est le fruit des recherches conjuguées de deux anciens instituteurs français, Raymond Floch et Marcel Paquet. Fous d’archéologie, ces derniers ramassaient des pierres dans les environs et ont proposé aux patrons de la SNIM de créer ce musée.

Préhistoire et ethnologie

Divisé en trois salles, le musée évoque la vie préhistorique, industrielle et nomade. Les vestiges archéologiques sont légion dans la région et il en reflète bien la diversité. De nombreux bifaces, nucleus, choppers, hachereaux issus des gisements néolithiques alentour sont exposés. Le visiteur y découvre l’étonnante Vénus de l’Azrag,une sculpture créée par la nature, composée de boules de calcaire, datée de 4 millions d’années. Cette dernière évoque sans doute une forme féminine ou une divinité maternelle.
Dans la salle suivante, où une tente nomade est reconstituée, est expliquée la technique des nomades pour mesurer la pluviométrie d’un lieu. Si l’on creuse profondément à la main et que l’avant-bras ressort humide, il est possible d’installer le campement, car le bétail aura suffisamment de végétation. En revanche, s’il n’y a que la main qui soit humide, il faut chercher un autre bivouac.

Les traces de l’Azrag

Entre 9 000 et 7 000 ans av. J.-C., une abondante pluviométrie permettait à la zone nord de la Mauritanie d’être couverte de végétation et de lacs. A 30 km au nord de Zouerate, les sédiments ont conservé des empreintes de pas humains et d’animaux. L’étude anthropologique de ces marques se heurte à plusieurs difficultés, notamment l’ignorance du sexe et de l’âge des sujets.
Des comparaisons avec les populations actuelles d’Afrique de l’Ouest ont permis de les attribuer aux ancêtres des Peuls et des Maures de l’Adrar. Les scientifiques ont même déterminé que l’un de ces nomades boitait, à partir de l’étude de la forme de l’empreinte.

Marché au bétail

A la sortie de la ville, vers la mine.
Les quartiers périphériques de la ville, notamment celui de Jedida, ont la particularité d’abriter d’impressionnants enclos destinés aux animaux. Le marché aux chameaux se déroule le vendredi, à gauche de la route de la mine, celui des moutons et des chèvres tous les autres jours, mais à droite de cette même voie de circulation. Les palabres, qui président aux négociations lors des ventes, constituent un spectacle singulier et haut en couleur.

Les environs de Zouerate

Unique en Afrique de l’Ouest et enjeu essentiel de l’économie mauritanienne, l’impressionnante mine à ciel ouvert jouxte la jolie cité de F’Derik.

Mines

A 2 km au nord de Zouerate. Visite sur demande à la SNIM. Entrée libre.
Au loin se dresse la plus haute montagne du pays, qui culmine à 915 m d’altitude : c’est la kédia d’Idjil. C’est ici que s’est installée la toute première zone d’exploitation du minerai de fer du pays, en 1963. Les deux autres sites sont situés dans un périmètre de 30 km2 : Guel-el-Rhein, exploité dès 1981, et Mhaoudat depuis 1991. On raconte que le pilote et écrivain Antoine de Saint-Exupéry aurait été à l’origine de la découverte de la mine de fer. Sa boussole se serait totalement affolée au cours d’un vol durant lequel il passa au-dessus de la kédia d’Idjil.

Petit rappel historique

Dès l’indépendance, en 1962, les gouvernants mauritaniens misent sur les ressources que pourraient leur fournir les industries d’extraction. Selon eux, la viabilité de l’économie en dépendait en grande partie. La production d’un minerai de fer d’excellente qualité, à savoir 65 % de teneur en fer pur, démarre donc en 1965 sous la houlette des Français.
Dépourvu de cadres et d’infrastructures, le pays demeure néanmoins dans l’incapacité d’exploiter directement ces richesses. La Miferma (société des mines de fer de Mauritanie), entreprise à capitaux français, est alors toute-puissante. Cette société est nationalisée en 1974. L’exportation de minerai de fer reste essentiellement tournée vers l’Europe, et en particulier la France.

Site

Le lieu est particulièrement impressionnant avec ses immenses fosses à ciel ouvert, la poussière rouge omniprésente qui s’infiltre dans les vêtements et les cheveux, les monstrueuses machines qui extraient le fer… Tout cela constitue un spectacle à couper le souffle. On pense alors aux mines du roi Salomon !
Tout est gigantesque. Désormais, les mines de Zouerate sont les plus importantes d’Afrique et la modernité de l’équipement est comparable à celle des exploitations d’Afrique du Sud. Les ouvriers, à l’instar des Français qui avaient donné à leurs machines des noms de femmes (Ginette ! ), ont donné des noms de Mauritaniennes, Zenabou ou Fatima, à leurs engins. 2 200 employés se relaient toutes les huit heures afin que la mine fonctionne en permanence.
Depuis 1962, elle ne s’est arrêtée que 4 jours ! Extraction, concassage, chargement : chaque jour, trois trains, longs de 2 km, partent pour Nouâdhibou.

Suivez le guide !

Attention, on roule à gauche sur les routes de la mine afin de faciliter la visibilité des camions.

Fort

A 2 km au sud de Zouerate. Entrée libre.
Sur la colline surplombant Zouerate se situe l’ancien fort militaire de Gouraud, qui date de l’époque de la colonisation française. Il est aujourd’hui délabré et à l’abandon. Sa silhouette n’en est pas moins imposante, surtout lorsqu’elle se dresse dans le crépuscule.

F’Derik

A 15 km à l’ouest de Zouerate.
Cette jolie petite ville est peu peuplée, sauf durant la guetna, la fête des Dattes, lorsque les Nouakchottois originaires de la région viennent y passer leurs vacances. Les maisons ocre en banco, à base d’argile, se nichent parmi les palmeraies où sont cultivés des fruits et des légumes, mais aussi des céréales, comme le mil, le blé ou l’orge. A proximité, l’air est rafraîchi par la présence d’un petit lac formé par les rares eaux de pluies.
Le soir venu, ce dernier prend une couleur mauve, certainement due au rouge des montagnes environnantes. Son accès est autorisé aux villageois, mais un barrage a tout de même été érigé afin d’éviter que les eaux n’envahissent les rues du village. Curieux pour une contrée dans laquelle il ne pleut en moyenne que tous les quatre ou cinq ans !

Une région isolée

Le reste du Nord-Est mauritanien est largement désert à l’exception de la petite ville de Bîr-Moghreïn(à 400 km au nord de Zouerate), près de la frontière marocaine. Sur la route d’Atâr à Bîr-Moghreïn, à environ 6 km de Zouerate, on pourra admirer les kédias. Ces petites montagnes paraissent d’autant plus élevées que l’horizon est sans accidents. Egalement nommées « mauritanides », elles sont essentiellement constituées de roches particulièrement dures, vestiges d’une ancienne chaîne primaire aplanie durant des millions d’années.

De l’or en Mauritanie ?

Y aurait-il de vastes zones aurifères dans le Tiris Zemmour ? Les gouvernants le croient et ont lancé une vaste opération de recherche d’or dans la région. Ce projet ambitieux de prospection recouvre environ 20 000 km2 à 200 km au nord de Zouerate. Le territoire visé est la chaîne de Sfariate, bordée au nord et au sud par les plaines d’Oumm-el-Drous-Guebil et Oumm-Drous-Guelbi. A terme, il s’agit de diversifier les sources minières du pays.
Le projet a démarré en mai 2001. La première phase de reconnaissance a été achevée et les premiers résultats indiquent au moins trois lieux probables d’exploitation.

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