Faisant la transition entre la côte au Vent et la côte sous le Vent, la côte sud jouit de conditions climatiques clémentes, ce qui a facilité l’installation des hommes le long d’un littoral qui n’est pourtant pas toujours accueillant. C’est le domaine des pêcheurs qui vont débusquer le marlin bleu dans les eaux indigo de l’océan Indien mais aussi celui des plantes à parfum qui embaument certains petits bourgs des Hauts.

Saint-Pierre

A 75 km au sud de Saint-Denis.
C’est la capitale du sud de l’île et la grande rivale depuis toujours de Saint-Denis. De toutes les villes de l’île, Saint-Pierre est sans aucun doute celle qui a le plus conservé son atmosphère coloniale. Colorée et animée, la ville est en outre servie par une immense plage protégée par un petit lagon.

Centre-ville

L’hôtel de ville est situé dans un ancien entrepôt à café de la Compagnie des Indes datant de 1773, tandis que les bâtiments principaux de cette administration coloniale ont aujourd’hui été rénovés pour abriter la médiathèque. La ville s’étage en pente douce vers la mer, traversée par des rues parallèles à celle-ci ou y dévalant en droite ligne. Parmi les premières, la rue Leblond, en amont, est bordée de superbes villas fleuries.
La rue des Bons-Enfants, en aval, constitue une artère commerçante vivante qui débute à la place de la Mairie. En plein centre-ville, la rue Victor-le-Vigoureux, qui descend vers la plage, est elle aussi animée de nombreuses boutiques. C’est là que se trouve le marché artisanal de Saint-Pierre qui, s’il est plus petit que celui de Saint-Denis, n’en est pas moins sympathique tout en pratiquant des prix moins élevés.

Lieux de culte

Les lieux de culte sont aussi nombreux et variés qu’à Saint-Denis aux côtés de l’église Saint-Pierre. La pagode chinoise de la rue Leblond (ouvert tlj de 8 h à 18 h. Entrée libre) est dédiée à Guan Yin, déesse de la Miséricorde. La mosquée, l’une des plus grandes de l’océan Indien, ouvre sa porte en bois sculpté de Zanzibar dans la rue des Bons-Enfants (ouvert tlj de 9 h à 12 h et de 14 h 30 à 17 h. Entrée libre).
Le temple tamoul de Ravine Blanche, à l’entrée ouest de la ville, est le plus grand et le plus coloré de toute l’île (ouvert tlj de 8 h 30 à 17 h 30. Entrée libre). Il se trouve à côté d’un ashram et organise des marches sur le feu en décembre et en janvier. Situé sur le front de mer, il précède le cimetière, célèbre pour accueillir la tombe de Sitarane, à qui beaucoup de Réunionnais vouent un culte proche de l’occulte.

Le bord de mer

Côté mer, des jardins aménagés, plantés de badamiers, offrent un cadre de promenade plaisant le long de l’océan, agrémenté de temps à autre de baraques à bouchons et à samoussas, dont on se régale à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Le cordon sableux de la plage borde un petit lagon certes peu profond mais bien rafraîchissant à l’heure de la baignade.
Un privilège que tous les Saint-Pierrois cultivent avec un certain bonheur tant il est vrai qu’il leur offre un cadre de vie agréable envié par bien des habitants de Saint-Denis, la grande rivale. C’est là que se tient tous les samedis matin le marché forain qui croule littéralement sous les fruits et légumes.

Suivez le guide !

Laissez-vous enivrer par le parfum des fleurs exotiques du marché aux Fleurs qui se tient tous les mercredis à côté du marché artisanal.

Le port

Plus loin, passé un vieux four à chaux, l’ancienne gare de chemin de fer a été transformée, après restauration, en un superbe édifice qui domine le port creusé dans la petite presqu’île de Terre-Sainte. Elle abrite l’office de tourisme et un restaurant chic. Le boulevard Hubert-Delisle est à cet endroit bordé de cafés à la mode, de bars branchés et de discothèques qui s’animent naturellement le soir venu.
Si l’ambiance est moins « in » qu’à Saint-Gilles, elle est en revanche, et de l’avis de tous, nettement plus conviviale. Tout au bout de cette promenade, passé les bassins du port qui servent de plan d’eau pour quelques activités nautiques, se trouve une statue de la Vierge et, plus difficile à trouver, celle de saint Expédit dans sa petite chapelle blanche et bleue.

Le culte de Sitarane

Au début du XXe siècle, la bande de Sitarane s’illustra dans de nombreux méfaits dans le sud de l’île, pillant de nombreuses habitations et assassinant leurs occupants, dont les cadavres servaient ensuite à des cérémonies de magie noire. Arrêtés, les brigands furent condamnés à mort et, parmi eux, Sitarane, un solide Noir du Mozambique qui menaça la foule avant que le couperet ne fasse rouler sa tête.
C’est peut-être pour cela que la mémoire n’a retenu que son nom. Toujours est-il qu’il fut enterré à Saint-Pierre après avoir été exécuté en 1911 et qu’il fait aujourd’hui l’objet d’un culte étrange, proche de la sorcellerie. La nuit, certains Réunionnais viennent ainsi déposer sur sa tombe rouge des cigarettes, du rhum, des fruits, des fleurs et des coqs noirs décapités dans l’espoir qu’il attirera le malheur sur leurs ennemis.

Les environs de Saint-Pierre

Pierrefonds et Grand-Bois

A 5 km au nord-ouest de Saint-Pierre. Riche en usines anciennes, la région de Saint-Pierre témoigne de la toute-puissance de la canne à sucre. Cependant, la côte est aussi et naturellement le domaine des pêcheurs comme en témoigne le village de Terre-Sainte, protégé par une Vierge et qui continue de vivre, à l’ombre de ses grands banians, au rythme imposé par les sorties en mer et le retour de pêche.
Située entre Saint-Louis et Saint-Pierre, l’ancienne sucrerie de Pierrefonds est aujourd’hui fermée. Elle laisse entrevoir la grandeur qui fut la sienne à travers ses nombreux bâtiments, hélas dégradés par le temps. C’est sur ses terres que s’est développéle nouvel aéroport du sud de l’île. A Grand-Bois, l’usine, située au bord de la route, a fermé en 1991 mais conserve une belle façade qui cache à l’arrière un temple tamoul.

Parc Exotica

60, CD 26, Pierrefonds, Saint-Pierre, tél. : 0262 35 65 45. Ouvert du mardi au dimanche de 9 h à 18 h. Entrée payante.
Surnommé le parc aux mille parfums et aux mille couleurs, il propose la découverte d’une multitude de plantes à fleurs et à parfums. Les allées serpentent entre une belle collection de cactées et des animaux géants en papier mâché et l’on y trouve une carte de l’île de la Réunion faite en pierres semi-précieuses qui trône devant un musée de la Pierre.

Les ravines

A 8 km au nord de Saint-Pierre.
Immortalisé par une célèbre peinture de Roussin, le petit pont en pierre de la ravine des Cafres n’a pas changé depuis un siècle et demi. La route passe cependant désormais sur un pont plus large en amont. Sous le pont se trouve un bassin où se mêlent les eaux de la ravine et celles de la mer. Baptisé bassin Dix-Huit sans que l’on sache vraiment pourquoi, il cacherait, selon la légende, de somptueuses sirènes.
Bien souvent oubliée des promeneurs, la ravine des Cabris cache derrière ses maisons modernes des chapelles et des cheminées de pierre. La visite la plus intéressante concerne le Vieux Domaine mais il faut aller au fond de la rivière Saint-Etienne où se cachent un ancien entrepôt à café, les cheminées d’une très vieille usine, l’amorce du canal Saint-Etienne et un ancien captage agricole.

Vieux Domaine (jardin Bourbon)

76, rue Recherchant, ravine des Cabris, Saint-Pierre, tél. :02 62 49 86 01. Ouvert tlj sauf lundi de 10 h à 17 h. Réservation le samedi et pour les groupes de plus de 20 personnes. Entrée payante.
Dans une ancienne propriété disposant d’un magnifique verger, des animations traditionnelles et ludiques sur le thème de la vie créole attendent les visiteurs : char à bœuf, titrain, village traditionnel de Mahavel.

Hauts, les cœurs !

Prenez de la hauteur et laissez-vous mener droit au septième ciel. L’aéroport de Pierrefonds accueille un club de parachutisme qui propose des baptêmes de l’air en tandem. Frissons garantis pour cette chute vertigineuse de 4000 mètres, qui vous offrira un point de vue unique sur l’île, de la baie de Saint-Leu au volcan, en passant par les falaises basaltiques du Sud sauvage…

Hauts de Saint-Pierre

Dans les Hauts, l’arrière-pays verdoyant, une route bordée d’avocatiers conduit dans la région du vétiver du Tampon d’Entre-Deux à Petite-Ile, en passant par les villages de Montvert-les-Hauts et des Lianes. Les champs produisent ici des hectares de cette plante odorante dont les racines, distillées dans l’usine de Manapany-les-Hauts, donnent une essence utilisée en parfumerie.
Le village de Petite-Ile doit son nom à un minuscule îlot au large de la côte servant de refuge aux oiseaux. La production agricole locale variée est néanmoins dominée par l’ail, un ail si renommé qu’une fête lui est consacrée chaque année. La vue du haut du piton du Calvaire(358 m) embrasse l’horizon.

Le sud de Saint-Pierre

La route littorale RN 2 offre des paysages variés, tantôt s’accrochant aux falaises en corniche dominant la mer, tantôt s’insinuant dans les terres aux cannes ondulantes. La végétation est le plus souvent dense et d’un vert profond, ruisselant à flanc de montagnes abruptes, qui plongent en certains endroits directement dans la mer.

Suivez le guide !

Les plages de Grand-Anse et Manapany méritent largement un stop, et particulièrement pendant le Manapany Surf Festival qui, fin septembre, propose musique et glisse de qualité.

La côte

La plus grande prudence s’impose si l’on désire se baigner à Grand-Anse, plage sauvage encadrée par deux immenses pitons avançant leurs falaises dans l’océan. Bordée de cocotiers et de vacoas, la plage est sublime, mais fréquentée par de forts courants et des requins. Cela n’empêche pas les Réunionnais de venir y faire de somptueux pique-niques où ils n’hésitent pas à préparer leurs caris sur de grands barbecues.
On ne peut se baigner sans craindre les mêmes aléas à la plage de galets de Manapanyles-Bains dont la jolie promenade de bord de mer, plantée de vacoas, domine une baie somptueuse qui permet d’admirer la falaise de lave noire déchiquetée. A signaler, pour l’anecdote que Manapany signifie en malgache « l’endroit où il y a beaucoup de chauves-souris ».

Saint-Joseph

A 18 km au sud de Saint-Pierre.
La capitale du sud sauvage est un centre agricole historique qui doit son développement initial à l’introduction du giroflier et du muscadier. La ville est aujourd’hui plutôt réputée pour son curcuma, le safran du pays, produit à la Plaine-des-Grègues et pour son vétiver. La route s’engage vers les Hauts entre la rivière des Remparts et la rivière Langevin dont on a une vue imprenable depuis les deux points de vue du Serré.
Elle conduit jusqu’au village de Grand-Coude à 1 300 m d’altitude, dominé par la haute stature du morne Langevin (2 315 m), une des dernières plantations de thé de l’île.

Maison du vétiver

184, rue de Cambiaire, Carosse, Saint-Joseph, tél. :02 62 37 52 96. Ouvert tlj sauf lundi de 10 h à 17 h. Entrée libre.
On y produit les huiles essentielles de vétiver. Des ateliers d’instruments de musique traditionnels et de vannerie y sont également proposés.

Le labyrinthe en Champ Thé

Rue Emile-Mussard, Grand Coude, Saint-Joseph, tél : 0662 56 41 40. Ouvert sur réservation.
Un labyrinthe ludique à travers les cultures lontan (thé, lianes, brèdes…), mené tambour battant par Johnny Guichard.

Maison du curcuma

14, rue du Chemin-Rond, Plaine-des-Grègues, tél. : 0262 37 54 66. Ouvert tlj de 9 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h. www.maisonducurcuma.fr
Mémé Rivière et sa famille présentent le processus de transformation du curcuma qui occupe une place de choix dans la cuisine réunionnaise. Ils proposent des dégustations ainsi que des produits agrémentés de recettes.

Les environs de Saint-Joseph

Roche-Plate

A 8 km au nord de Saint-Joseph.
Les courageux peuvent se lancer dans une marche assez difficile au fond de la rivière des Remparts, de plus en plus encaissée et de plus en plus sauvage, pour atteindre Roche-Plate, un îlet perdu à l’ombre du volcan. Les moins courageux pourront effectuer le même trajet en véhicule tout-terrain le long d’une piste aléatoire qui passe près de l’éboulis de Mahavel, un morceau de montagne de 15 millions de m3 qui s’est détaché avec fracas en 1965, faisant croire aux habitants de Saint-Joseph que leur fin était arrivée.
A Rivière-Langevin, les falaises côtières sont réellement impressionnantes et l’endroit vaut surtout par la rivière qui se jette dans l’océan par une dernière cascade. La remonter jusqu’à Grand-Galet fait partie des excursions favorites des Réunionnais de la région qui viennent se baigner dans ses eaux glacées le dimanche.

Bassins et cascades

A 5 km à l’est de Saint-Joseph.
Le lit de la rivière Langevin passe par une série de bassins – bassins Bleu, Jules, des Hirondelles, de Lucie – jusqu’aux cascades du Trou Noir et de la Grande Ravine, à l’ombre d’immenses avocatiers et arbres à litchis. A Vincendo, les vacoas, spécialité arboricole de la côte sud, ont donné naissance à un artisanat de tressage de ses feuilles séchées. On fabrique ainsi des paniers et des nattes réputés dans toute l’île.
La petite marina en bord de mer accueille les barques des pêcheurs et sa petite plage en arrondi invite à une baignade pour une fois autorisée sur cette portion de littoral.

Les îles sœurs

Qualifiées d’îles Eparses, les dépendances de la Réunion s’égrènent dans le canal du Mozambique (Europa, Juan de Nova et Bassas da India), au nord de la Réunion (Tromelin) ou au nord-est lointain de l’île (archipel des Glorieuses). Inhabitées à l’exception de quelques scientifiques et météorologues, et uniquement peuplées de cocotiers, de moustiques et d’oiseaux de mer, elles offrent des lieux de ponte privilégiés pour les tortues marines et constituent des zones économiques de grande importance pour la pêche.

Saint-Philippe

A 37 km à l’est de Saint-Pierre.
A l’approche de Saint-Philippe, la côte toujours aussi sauvage n’offre que peu d’occasions de profiter de l’océan. Une petite promenade sous les vacoas du cap Méchant suffit à s’en convaincre. Ce promontoire de lave hérissée est creusé d’une fosse qui servait autrefois à retenir l’eau de pluie, le puits des Français.
Un peu plus loin, au puits des Anglais, une petite piscine d’eau de mer construite dans les rochers permet néanmoins de se délecter d’un bon bain dans un univers de falaises déchiquetées et de gerbes d’écume qui la remplissent à chaque vague. La côte se poursuit ainsi vers le Baril et Mare-Longue.

Suivez le guide !

Ne manquez pas de déguster une succulente salade de palmistes, du marlin fumé et des choux de vacoa dans l’un des nombreux restaurants typiques de la ville.

Hauts de Saint-Philippe

Les Hauts, couronnés par l’imposante stature du volcan sont couverts de forêts exubérantes où le domaine de Mare-Longue, parcouru par de nombreux sentiers de randonnée botanique, permet de s’initier à l’écosystème de la forêt primaire et humide de basse altitude et aux essences locales, notamment le fameux bois de couleur des Bas.
Dans la forêt, trois petites chapelles en bois, alignées, sont dédiées au père Léopold, à saint Expédit et au Sacré-Cœur. De même avant l’entrée de la ville, l’église Notre-Dame-de-la-Paix est en fait une grotte qui s’ouvre dans la paroi rocheuse qui longe la route. Assez difficile à trouver, elle abrite un autel et quelques bancs.

Jardin des Parfums et des Epices

Chemin forestier de Mare-Longue, Saint-Philippe. Visites guidées sur réservation au 0262 37 06 06. http://jardin.ep.fontaine.pagesperso-orange.fr
Premier jardin privé ouvert dans l’île, il présente des centaines d’espèces indigènes et exotiques. Il se visite en compagnie d’un guide qui fait, au passage, déguster les fruits de saison et, d’octobre à janvier, initie les visiteurs à l’art de la fécondation manuelle de la fleur de vanille.

Suivez le guide !

A 4 km au nord de Saint-Philippe, le jardin volcanique est une petite boucle qui emprunte la coulée de lave de 1986. Une balade sympathique qui nécessite de bonnes chaussures.

Le Saint-Philippe artisanal

Baptisée ainsi au lendemain du sacre de Louis-Philippe, Saint-Philippe est longtemps demeurée un quartier lointain de Saint-Joseph. Port de pêche durant de longues années, la ville s’est ensuite tournée vers les productions agricoles et Saint-Philippe est aujourd’hui célébrée pour sa production de palmistes, de vanille et surtout de vacoas.
L’artisanat local est florissant et les habitants de la ville confectionnent des objets nombreux et variés qu’ils suspendent à leurs varangues. A la sortie de la ville, une borne, commémorant la mémoire d’Hubert Delisle, marque la frontière entre les communes de Saint-Philippe et de Sainte-Rose. Elle sépare en même temps la partie « sous le vent » de la partie « au vent » de l’île.

Le séga, langueurs de l’océan Indien

Jadis pratiqué sur les plages au rythme des tambours, le séga se danse en glissant les pieds d’arrière en avant comme lorsque le sable empêchait de faire des pas sophistiqués. Quant aux déhanchements des couples, ils sont une réminiscence des mouvements des esclaves africains et malgaches mimant les jeux de l’amour. Confronté à de multiples influences dans son expression moderne, il est néanmoins toujours joué de manière traditionnelle par les orchestres de « musique longtemps ».

Ecomusée au bon roi Louis

Angle de la RN 2 et de la rue de la Marine, Saint-Philippe, tél. : 02 62 37 1643. Ouvert du lundi au samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30, dimanche sur réservation. Entrée payante.
A deux pas de l’office de tourisme, ce modeste musée s’est établi dans le cadre agréable d’une ancienne demeure créole édifiée en 1850. On y découvre un patrimoine à la fois riche et varié : charpenterie de marine, menuiserie d’antan, armes, monnaies de l’île, alambic de 500 litres…

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