Les îles Sous-le-Vent 

Deuxième joyau de l’archipel de la Société, les îles Sous-le-Vent, plus anciennes géologiquement que leurs cousines du Vent, se caractérisent par un état de subduction et un couronnement corallien plus avancés que ces dernières. Elles offrent ainsi un visage de montagnes aux sommets adoucis émergeant d’un vaste lagon aux couleurs admirables.

Raiatea 

Anciennement surnommée Havai’i, Raiatea est par tradition l’île sacrée de la mythologie polynésienne et le berceau de la civilisation maohi.
D’un point de vue ethnologique, Raiatea constitue, au sein de l’archipel de la Société, le premier point d’ancrage des migrations venues de l’Indo-Pacifique via les Marquises et ayant par la suite essaimé dans l’ensemble du triangle polynésien.

Uturoa 
Bien que manquant un peu de charme, la capitale de Raiatea n’en est pas moins sympathique et animée, notamment aux abords du quai où les paquebots, bonitiers et autres goélettes déchargent leurs passagers et leurs cargaisons, et près du marché, qu’il faut visiter de bonne heure. On y découvrira une variété étonnante de fruits et des légumes locaux qui témoignent de la richesse agricole et des qualités de jardin vivrier de Raiatea.

Côte est 
On passe Avera (à 7 km de l’aéroport) et ses nombreux pontons accueillant une multitude de bateaux de pêche pour découvrir la baie de Faaroa.
En continuant la route côtière, on atteint la baie d’Opoa, avec son temple blanc, son école et ses séchoirs à vanille.

Agricultural runoff, Huahine, French Polynesia © eutrophication&hypoxia

Agricultural runoff, Huahine, French Polynesia © eutrophication&hypoxia

Au fil de la rivière Apoo Ma’u 
La baie de Faaroa s’enfonce dans les terres à la poursuite de la rivière Apoo Ma’u, qui irrigue l’immense vallée de Faaroa, véritable plateau maraîcher de l’île que l’on peut découvrir en empruntant une route traversière réservée aux véhicules tout-terrain. Outre le double panorama qu’elle offre à son point culminant, cette promenade permet de se familiariser avec la flore naturelle de l’île, notamment l’étrange tiare apetahi,fleur emblème qui a valu à Raiatea son surnom de « paradis odorant ».

Site archéologique de Taputapuatea 
A 42 km d’Uturoa.
Il réclame une halte obligatoire. Il s’agit en effet du plus important marae de l’archipel de la Société, tant par sa taille que par son importance mystique. Il est construit en bord de mer, face à la passe de Te Ava Mo’a – passe sacrée -, par laquelle arrivaient les pirogues qui se rendaient à Taputapuatea, siège du pouvoir politique et religieux de tout l’archipel polynésien au moment de sa découverte par les Européens. Entièrement restauré, ce site archéologique constitue une véritable bible de l’histoire maohi qui peut être lue à même les pierres gravées.

Sud 
Après Opoa (à 42 km d’Uturoa), la route circulaire quitte de temps à autre le littoral pour s’élever à flanc de montagne, offrant une vue imprenable sur le lagon et, se détachant sur l’horizon, la silhouette de l’île de Huahine.
On passe le village de Puohine pour atteindre la superbe baie de Faatemu (à 2,5 km de Puohine), à l’entrée de laquelle trône un îlot montagneux, le « motu » Haaio, dans le prolongement duquel se trouve le plus beau motu de l’île, Nao Nao.

Côte ouest 
Après Fetuna et la pointe Pautu (à 22,5 km d’Uturoa), la route épouse à nouveau les moindres méandres de la côte, peuplée de petits ponts de bois permettant de passer les multiples rivières qui dévalent des pentes verdoyantes, parfois en cascades, à la saison des pluies.
Très sauvage, cette côte suit au plus près un relief aux à-pics sombres d’où coule une végétation épaisse et parfois oppressante, dans l’ombre du mont Tefatua. Des excursions permettent de rejoindre des cascades enfouies au cœur de cet enfer vert percé de quelques trouées offrant sur le lagon ouest des vues à couper le souffle, avec Bora Bora et Maupiti comme toile de fond.

Tevaitoa 
A 95 km d’Uturoa.
Le paysage semble ici à nouveau s’illuminer des lumières du lagon. Le temple local construit en bord de mer prend place sur les vestiges du « marae » Tainuu, qui ne laisse plus apparaître que quelques pierres disposées en rectangle où l’on distingue des pétroglyphes représentant des tortues, aliment sacré des dieux et des rois.

Les voiles de Raiatea 
C’est sans doute parce que son lagon remarquablement balisé offre toute l’année et dans des conditions toujours clémentes un merveilleux plan d’eau que Raiatea est devenue la capitale du yachting de tout l’archipel polynésien. Si les amateurs de voile y ont trouvé un terrain de prédilection, les principales compagnies de location de voiliers y ont également élu domicile et établi des bases nautiques rassemblant des dizaines d’unités prêtes à cingler toutes voiles dehors. Car, idéalement placée sur la route des vents, Raiatea s’impose comme la porte ouverte pour une découverte des îles Sous-le-Vent en voilier. Et puis c’est là que le grand Bernard Moitessier, navigateur, écrivain et philosophe, avait mouillé son célèbre Tamata pour mieux raconter cette Polynésie des îles et des marins qu’il aimait tant.

Marina d’Apooti 
A 5 km de l’aéroport.
Peu après Tainuu, la civilisation reprend tous ses droits avec ce vaste complexe mêlant des pontons bien garnis, des magasins et des ateliers nautiques réputés dans toute la Polynésie. Non loin de là, le musée du Coquillage et de la Mer offre une dernière halte bucolique avant de rejoindre Uturoa.

Tahaa 

Partageant le même lagon que Raiatea, Tahaa est encore plus sauvage que sa consœur, tout en étant plus ouverte sur le lagon, qui prend toute sa saveur dans les baies profondes abritées des alizés. Peu visitée, l’île se rejoint par bateau uniquement et vit encore au rythme paisible d’un temps qui semble déjà révolu à Raiatea. Moins élevée que cette dernière, Tahaa possède plusieurs routes traversières d’accès assez facile qui permettent de rejoindre les villages côtiers sans avoir à couvrir les 67 km du tour de l’île. Elles offrent en outre de nombreux points de vue sur le lagon et les îles alentour.
A l’écart des grandes routes de navigation, Tahaa est longtemps restée ignorée de la colonisation et a plus particulièrement échappé aux ravages destructeurs de l’évangélisation. C’est ainsi que l’on a recensé sur l’île une quarantaine de sites religieux et plus de 100 structures dont certaines sont parfois englouties dans le lagon.

Tahaa côté lagon 
Un simple masque suffira pour partir à la découverte des jardins de corail autour des motu du récif, dont le « motu » Mahaea, l’un des favoris des gens du cru.

Le trou de la Pieuvre 
C’est dans ce lagon aux eaux poissonneuses que s’ouvre, en face de Vaitoare, Apoo Fee, le célèbre trou de la Pieuvre, objet de bien des légendes locales. Il s’agit en fait d’une grotte sous-marine répartie en deux salles dont les plafonds couverts de stalactites ne se découvrent qu’après avoir parcouru une galerie de plus de 100 m de long. Son exploration est réservée aux plongeurs de haut niveau, et les amateurs se contenteront de découvrir les bancs de poissons et les hautsfonds de la passe de Toahotu, face à la baie de Haamene.

Tahaa côté montagne 
La route traversière la plus intéressante démarre à Haamene et conduit jusqu’à Patio, tout au nord, à travers une forêt de mape, des bananiers, des fougères sauvages et des orchidées. C’est l’occasion de réviser la flore originelle des îles, qui a été ici largement préservée. Outre ces espèces, on rencontrera l’ape,avec lequel on fabriquait le poe, le purau, dont l’écorce interne donne une bonne ficelle tandis que les fleurs de cet hibiscus sont utilisées pour soigner les infections et composer des gargarismes, sans oublier le fameux uru, l’arbre à pain, dont il existe une trentaine de variétés.
Du point le plus haut de la traversée, le panorama qui embrasse la baie de Haamene est impressionnant. La descente vers Patio se fait à travers des champs de taro, de manioc et d’igname, cultures vivrières traditionnelles de Polynésie.
Les autres baies de Faaha, d’Apu et de Hurepiti, que l’on aperçoit de la route traversière, sont elles aussi très belles.

La vanille 
Tahaa produit près de 80 % de la vanille récoltée en Polynésie, mais il est bien difficile d’apercevoir les plantations depuis la route. Il ne faut pas hésiter à demander l’adresse d’un planteur, qui se fera un plaisir d’initier le visiteur aux rites du fruit et plus particulièrement au mariage de celui-ci, c’est-à-dire à la fécondation artificielle de sa fleur par une main experte. Cette orchidée possède la particularité de ne pas s’autoféconder, et il faut l’intervention d’un élément extérieur – un insecte dans les conditions naturelles – pour que la fleur se transforme en une gousse, qui nécessitera une longue préparation et plusieurs périodes de séchage après avoir été cueillie avant de devenir l’aromate sucré que nous connaissons.

Suivez le guide ! 
Rendez-vous au siège de la fondation Hibiscus pour la protection des tortues marines à Tahaa.

Huahine 

C’est l’île Sous-le-Vent la plus proche de Tahiti et, pourtant, injustement, la plus délaissée par les circuits touristiques classiques.
Celle qui fut baptisée Hermosa, « la belle », par les explorateurs espagnols se présente sous la forme d’une île double dont les deux parties (Huahine Nui et Huahine Iti) sont séparées par un chenal qui n’a pas encore la largeur de celui qui partage Raiatea et Tahaa. Il ne fait nul doute que d’ici quelques centaines d’années la situation des deux complexes insulaires sera comparable et que les deux massifs volcaniques du mont Turi et du mont Huerei vivront leurs vies à jamais séparés, le petit pont qui les relie aujourd’hui définitivement écroulé dans les eaux turquoise du lagon. On raconte d’ailleurs que c’est le dieu Oro lui-même qui aurait coupé l’île en deux avec sa pirogue – et ce que veulent les dieux…
Avec Tahaa, Huahine est sans conteste l’île qui incarne le mieux l’esprit de la Polynésie d’autrefois,avec cette notion particulière du temps qui passe. De fait, les âmes voyageuses à la recherche d’un havre de paix choisissent généralement Huahine pour poser leur sac et s’initier aux rites polynésiens.

Fare et les vestiges de l’histoire 
C’est à Fare que le capitaine Cook fit bâtir, en 1777, une maison pour le célèbre Omai, originaire de Raiatea, ramené en Angleterre lors de son deuxième voyage par le navigateur anglais et qui fut le premier Polynésien à découvrir l’Europe des Lumières. L’histoire veut d’ailleurs que, sans doute influencé par les merveilles architecturales qu’il avait vues en Angleterre, Omai trouva cette demeure trop petite.
Curieusement, au regard de son relatif isolement, Fare possède de nombreux édifices religieux, émanant d’une première base d’évangélisation fondée en 1818 par les pasteurs anglais.
Si les habitants de Fare sont toujours protestants dans leur grande majorité, catholiques, adventistes du septième jour, pentecôtistes, témoins de Jéhovah et mormons sont aussi aujourd’hui bien représentés et possèdent chacun leurs lieux de culte, qui se font parfois face.

Vers Huahine Iti 
De Fare, où accostent les goélettes venues ravitailler l’île, on prend la route reliant les deux îles, qui tantôt longe le lagon tantôt gravit la montagne pour offrir des points de vue superbes, jusqu’au belvédère qui domine la baie de Maroe et celle de Port-Bourayne, avec son « motu » Vaiorea.
On redescend ensuite vers le pont, dont on peut se passer à marée basse. De l’autre côté, les splendides plages de la côte ouest de Huahine Iti tendent les bras.
On reviendra au chenal en passant par les villages de la côte est : Parea, Tefareii et Maroe.

Le paradis des surfeurs 
En marge de la communauté traditionnelle, une communauté plus récente, plus jeune et surtout plus hédoniste, celle des surfeurs, s’est fait une petite place au soleil. La passe Ava Mo’a possède en effet une vague célèbre dans tout le Pacifique et rassemble les amoureux de ce sport venus de Polynésie comme du monde entier.

Le royaume des melons et des pastèques 
En partant vers le nord depuis Fare, on peut admirer, passé l’aérodrome, le lac Fauna Nui, isolé du lagon par un soulèvement de terrain, avant de pénétrer dans le village de Maeva. C’est là que l’on découvre, au bord de l’eau, les dalles de corail du « marae » Manunu et les sites de fouilles de Fa’ahia et Vaito’otia, qui ont permis, grâce à l’eau saumâtre dont ils sont imbibés, la conservation exceptionnelle de nombreux objets traditionnels, parmi lesquels des éléments de pirogue, des leurres en nacre, des herminettes en pierre ainsi que divers objets en os.

Maeva 
A 7 km de Fare.
Ce village est assez remarquable, avec ses maisons sur pilotis et ses parcs à poissons restaurés, savants assemblages de pierres qui piègent les poissons de la manière la plus traditionnelle. L’édifice le plus notable du village est sans conteste le « fare » Pote’e, immense maison construite sur pilotis en bordure du lac Fauna Nui qui servait aux réunions des anciens sages.

Côté montagne 
En s’enfonçant parmi les plantations de vanille, on rejoint le Musée archéologique de plein air, plus ancien site recensé à ce jour dans les îles de la Société, vaste ensemble de 30 marae qui retracent l’histoire de la religion maohi.
Le plus grand, le « marae » Matairea Rahi, était dédié au dieu Tane, dieu de la procréation et des corporations.

Côté lac 
De Maeva, on peut aussi rejoindre le chemin qui serpente sur le motu fermant le lac, qui permet de découvrir, aux pieds des cocotiers nonchalants, la succulente spécialité vivrière de l’île : des cultures de melons et de pastèques gavés de soleil. L’agriculture est d’ailleurs, avec la pêche, l’occupation principale des habitants de Huahine, qui font pousser, ici et là, des bananeraies, des plantations de manioc, de vanille et de taro.

Côté lagon 

La route circulaire conduit de Maeva à Faie, ponctuée en chemin d’un belvédère qui offre une sublime carte postale polynésienne.

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