Bora Bora 

Il semble que l’on ait tout dit de Bora Bora, y compris au superlatif. Perle du Pacifique, décrite comme la plus belle île du monde, Bora Bora n’est pourtant pas uniquement ce repaire de villégiature luxueuse pour jeunes mariés aisés et Japonais fortunés que les catalogues de tourisme du monde entier vendent à grand renfort de clichés somptueux.
Au-delà de cette fausse image d’Epinal, Bora Bora demeure une île magique dont le magnétisme tient à une alchimie particulière entre une silhouette incomparable et un lagon presque irréel. Car la nature, qui a souvent eu du talent en Polynésie, a eu, à Bora Bora, du génie. L’harmonie du décor y est quasi parfaite : un immense anneau de corail planté d’îlots de sable blanc, des cocotiers alanguis entourant un lagon qui mêle, avec une réussite rarement égalée, des tonalités de jade, d’émeraude et de turquoise à faire se pâmer les bijoutiers les plus blasés de la place Vendôme à Paris, le monolithe immuable du mont Otemanu (727 m) et la crête acérée du mont Pahia (661 m). Et l’on comprend pourquoi les héritiers d’Alain Gerbault et de Paul-Emile Victor, les deux figures d’adoption les plus emblématiques de l’île, sont attirés avec autant de force par ce joyau de volupté céleste et marine…

Paul-Emile Victor
Le fondateur des Expéditions polaires françaises, explorateur du Groënland et artisan du développement de la terre Adélie en Antarctique s’était installé à Bora Bora à la fin des années 1970. Il était dès lors devenu un farouche défenseur de la culture polynésienne traditionnelle et voulait faire de son île d’adoption le centre culturel de la Polynésie. Il s’est éteint sur le motu Tane en 1995, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

Un lagon qui gagne du terrain 
Dans l’ordre de la subduction qui conditionne le devenir de toutes les îles polynésiennes, Bora Bora se situe à la frontière entre l’île haute de type Tahiti et l’atoll des Tuamotu débarrassé de sa montagne centrale. Les restes de la caldeira volcanique ont ainsi pratiquement cédé la place à un lagon qui trouve ici l’une de ses expansions les plus abouties parmi les îles Sous-le-Vent intermédiaires. Le tour de l’île ne développe ainsi pas plus de 32 km d’un territoire réduit où les masses des deux monts principaux n’en paraissent que plus imposantes.

Une histoire peu commune 
Découverte par Cook en 1769, Bora Bora doit son nom au terme polynésien pora pora, qui signifie « né le premier ». L’île serait en effet la première à avoir surgi des eaux, avant Raiatea la sacrée, thèse aujourd’hui confirmée par de nombreux éléments géologiques. Le peuplement originel de Bora Bora remonterait au ixe siècle, et les rivalités sanglantes y furent légion avant le règne des Tapoa, notamment de Tapoa II, fils adoptif de Pomare II, qui régna cinquante ans durant à la fin du xixe siècle.

Le navigateur solitaire 
Le seul fait marquant dans l’île lors de la première moitié du xxe siècle fut sans aucun doute l’arrivée d’Alain Gerbault, en 1926, et son installation parmi une population qui l’adopta en partie de 1933 à 1940.
Si l’anecdote veut que Gerbault, personnage hautement controversé, ait introduit le football à Bora Bora, ce révolté contre l’establishment colonial de l’époque fit beaucoup pour l’évolution administrative et sociale de l’île. Ses cendres ont été ramenées à Bora Bora – il mourut à Timor en 1941 alors qu’il tentait de rejoindre la France -, et c’est à jamais qu’il repose non loin de la dernière demeure qu’il s’était choisie à Vaitape.

IMG_5662 © Jon Rawlinson

IMG_5662 © Jon Rawlinson

Bora Bora, base navale 
L’événement qui devait faire entrer Bora Bora dans une ère moderne reste le développement du deuxième conflit mondial dans le Pacifique. Non que l’île ait eu à souffrir des dommages de la guerre mais, après le désastre de Pearl Harbor, l’état-major de la marine américaine la choisit pour accueillir, dès 1942, une base navale arrière majeure.
Au-delà des navires de guerre qui avaient investi le lagon et des canons destinés à contrôler l’unique passe – qui trônent toujours sur les hauteurs de la pointe Pahua -, l’opération Bobcat eut des conséquences irréversibles sur le plan économique et social. Les années d’occupation américaine furent celles de l’abondance, et de nombreux « Demis » aux cheveux blonds témoignent encore aujourd’hui du séjour sur l’île des 5 000 hommes. Ceux-ci initièrent d’ailleurs aux Etats-Unis, sans le savoir, la première campagne de promotion de Bora Bora, qui sortit définitivement de son anonymat.

Un équilibre sous-marin précaire 
Le récif barrière entourant l’île s’ouvre en un seul endroit, à Te Ava Nui, la grande passe. Partout ailleurs, le corail règne en maître, formant une imposante couronne parsemée de nombreux motu. La vie sous-marine y est très développée et demeure intéressante à observer malgré la croissance des activités humaines consécutive à une multiplication plus ou moins contrôlée du nombre d’hôtels de grand luxe sur le littoral de Bora Bora.

Le « bal des mantas » 
L’un des sites les plus emblématiques vers lequel tout plongeur qui se respecte ne manquera pas de se diriger est indéniablement le « bal des mantas », petit cirque sous-marin situé entre la pointe Fitiiu et l’extrémité nord du « motu » Tofari.
C’est là que, attirées par des conditions de courant favorisant une abondance de plancton dont elles se nourrissent, des dizaines de raies mantas viennent chaque jour virevolter, pour le plus grand bonheur de leurs admirateurs. Elles arrivent par dizaines chaque matin pour un petit déjeuner aquatique agrémenté de quelques envolées gracieuses. Graciles et légères malgré leur masse parfois imposante, elles entourent les plongeurs de leurs grandes ailes ou, pour peu qu’elles prennent confiance, leur font admirer leur ventre immaculé à seulement quelques centimètres.

Jardin de corail 
Bora Bora est aussi un endroit privilégié pour rencontrer les requins du récif, auxquels certains Polynésiens se sont fait une spécialité de donner à manger. C’est essentiellement dans le jardin de corail, dont la faible profondeur permet de se croire dans un aquarium, que ces spectacles sous-marins ont lieu, de préférence le matin.
Le reste du temps pourra être consacré à admirer les coraux, à la pointe sud, ou pointe Taurere, du grand « motu » Piti Aau. Les poissons tropicaux y sont légion et forment des taches multicolores parmi lesquelles on peut se laisser dériver pendant des heures.

Vaitape 
La visite de Bora Bora commence à Vaitape, où le quai accueille de temps à autre les visiteurs débarqués des paquebots de croisière. C’est aussi le terminus des navettes qui relient l’aéroport, situé à 20 min de là, sur le « motu » Mute. Mais la capitale de Bora Bora ne tient pas les promesses de son cadre unique, et Vaitape demeure une petite bourgade au charme non ostentatoire. Il faut même bien chercher pour découvrir, coincée entre le marché couvert et un bâtiment administratif anonyme, la stèle qui honore la mémoire d’Alain Gerbault.
C’est seulement au moment des fêtes du heiva que Vaitape sort un peu de sa banalité pour devenir, le temps de quelques spectacles hauts en couleur, un lieu de grande renommée.

La ciguatera 
Les Polynésiens sont par tradition de grands mangeurs de poisson tout frais pêché. Mais, dans certaines îles et certains atolls, un mal les empêche de consommer les poissons du lagon : la ciguatera. Il s’agit d’une toxine qui s’accumule dans les chairs de nombreux poissons de la chaîne alimentaire marine et qui a pour origine une prolifération d’algues toxiques sur les coraux dont certains poissons en début de chaîne sont friands. Cette toxine, transmise à l’homme, provoque des réactions allergiques vives se traduisant par des éruptions cutanées et des œdèmes qui peuvent avoir de graves conséquences.

Routes des monts 
De Vaitape, on peut se lancer, à condition d’être bon marcheur, à l’ascension du mont Pahia.
De l’autre côté du village, le site de Vaiotaha abritait le plus ancien marae de Bora Bora, détruit au xixe siècle.
En remontant dans la vallée, on apercevra encore, à condition de trouver un bon guide, de splendides pétroglyphes.

Baie de Povai 
De Vaitape, on peut également entamer, en voiture, en truck ou en bicyclette, un tour de l’île. En partant vers le sud, on rejoint tout d’abord la baie de Povai, fermée à l’horizon par le « motu » Toopua, haut lieu des légendes de l’île puisque son extraordinaire chaos de roches énormes abrite les fameuses cloches de Hiro.Frappés avec une pierre, ces blocs émettent un son sourd qui, dit-on, permettait d’annoncer l’arrivée de pirogues ennemies.
Du haut du motu, la vue est superbe sur l’ensemble de l’île et sur ses cousines Raiatea et Tahaa.

Suivez le guide ! 
Allez donner à manger aux raies près de la pointe Matira.

La magie des pointes 
Passé la pointe Raiuti, on arrive dans le domaine méridional de l’île, qui darde, dans la partie la moins profonde du lagon (moins de 1 m à marée basse), la pointe Matira (à 7,5 km de Vaitape), l’un des sites les plus célèbres de Bora Bora, tant par la beauté de ses plages que par la présence de nombreux hôtels de luxe. Dans les hauteurs de la pointe, un chemin conduit au relais de télévision, installé sur un promontoire rocheux, d’où l’on peut admirer les plus beaux couchers de soleil de l’île.

Hôtel Bora Bora 
Il est installé sur la pointe Raiuti. Construit au début des années 1960, il devint en son temps l’hôtel le plus cher de tout le Pacifique et accueillit les stars du monde entier, participant largement à l’élaboration du mythe de Bora Bora et de son image glamour.

Suivez le guide ! 
Offrez-vous quelques nuits princières dans un fare sur pilotis de l’un des hôtels de luxe qui mettent le lagon au pied de votre lit.

D’Anau à Faanui 
En remontant vers le nord, on entre dans le domaine d’Anau (à 10 km de Vaitape), moins touristique, plus traditionnel, avec ses petits villages polynésiens construits en bordure du lagon. Il est essentiellement célèbre pour être le berceau de la famille Teriipaea, qui a vu naître Tarita, actrice des Révoltés du Bounty et épouse de Marlon Brando.

Le « motu » Piti Aau 
Il ne faut pas hésiter à traverser le lagon pour se rendre sur ce grand motu qui borde la côte est. De la pointe Taurere à son extrémité nord, occupée par l’architecture très réussie du Méridien Bora Bora, il offre une succession de plages sublimes et de grandes baies qui servent de mouillage privilégié aux voiliers de passage ou à ceux qui ont adopté l’endroit comme havre de paix.

A la découverte des « marae » 
Passé le village d’Anau, au pied du mont Otemanu, trop escarpé pour être escaladé, de nombreux chemins qu’il faut savoir se faire indiquer permettent de découvrir plusieurs marae, notamment celui de Nonohaura,sans conteste le plus beau de l’île.
L’un de ces chemins constitue la seule route traversière de l’île qui, à travers les crêtes du nord, permet de rejoindre Faanui, non sans offrir au passage les plus beaux panoramas sur le lagon et les motu de Bora Bora.
D’autres marae se découvrent en bordure de lagon en remontant vers la pointe Fitiiu (à 15 km de Vaitape),au bout de laquelle se trouvent deux énormes canons américains que l’on atteint après une bonne marche peu aisée.

La pêche aux cailloux 
Technique de pêche ancestrale, la pêche aux cailloux n’est malheureusement plus organisée qu’exceptionnellement. Prétexte à une grande fête populaire, la pêche aux cailloux telle qu’elle était notamment pratiquée aux îles Sous-le-Vent rassemblait tous les habitants de la région, qui mettaient à l’eau une impressionnante armada de pirogues. Le lagon résonnait alors des clameurs des rameurs qui encerclaient les bancs de poissons et des cailloux frappant l’eau lancés par l’homme placé à l’avant de chaque pirogue. Les poissons affolés étaient alors rabattus vers le rivage, où les attendait un immense piège tissé de feuilles de cocotiers et dressé par les femmes qui le refermaient sur des prises exceptionnelles. Ces dernières nourrissaient les villages environnants pendant plusieurs semaines.

Côte nord 
Elle débute peu après la pointe Puhia. C’est le domaine de Faanui (à 27 km de Vaitape), partie de l’île beaucoup plus sauvage et rurale, qui ne manque pas de charme avec ses plantations de bananes et de manioc, et ses séchoirs à coprah.
La pointe nord, Taihi, dirige sa flèche rocheuse vers le « motu » Mute, où se trouve l’aéroport de Bora Bora, bordé par quelques petits motu, dont le « motu » Tane, où vécut le célèbre explorateur polaire Paul-Emile Victor.

Musée de Marine 

A 21 km de Vaitape.

Bertrand Darasse peut s’enorgueillir de posséder sans doute, sur les bords de la baie de Hitiaa, le plus petit musée maritime du monde. Passionné de maquettes, il a ouvert son musée en 1980 après avoir été engagé comme menuisier au collège de Bora Bora.
Parmi les pièces maîtresses de sa collection, qui passe en revue l’essentiel des embarcations traditionnelles de Polynésie, on note quelques bateaux faisant partie de l’histoire moderne des archipels : le Firecrest de Gerbault et le Joshua de Moitessier, l’Astrolabe de Dumont d’Urville et, bien entendu, le célèbre Bounty.

Vers le sud 
En redescendant vers le sud après la pointe Tereia (à 23 km de Vaitape), les vestiges américains – ceux-ci avaient choisi la baie de Faanui pour y installer un quai pour hydravions -, la base des sous-marins et le dépôt de munitions aujourd’hui partiellement enterré, forment un drôle de voisinage pour une série de marae, dont Fare Opu (à 26 km de Vaitape), qui présente des pétroglyphes de tortues.
Si le littoral se fait plus industriel, les marae se succèdent néanmoins, parmi lesquels le « marae » Marotetini (à 29 km de Vaitape), le plus grand de l’île.
En revenant vers Vaitape, on jettera un coup d’œil à la passe Teavanui et au « motu » Tapu qui en garde l’entrée. Longtemps réservé à la famille royale, ce motu était frappé du tabu, l’interdit traditionnel polynésien. Il l’est toujours aujourd’hui, mais pour des raisons moins prosaïques : c’est la propriété exclusive du Club Méditerranée, qui en défend farouchement l’accès.

Le tour de l’île en pirogue 
Il est impensable de quitter Bora Bora sans avoir effectué un tour de l’île en pirogue avec l’un ou l’autre des spécialistes natifs du lieu. Outre les plus belles cartes postales associées aux reflets les plus chatoyants du lagon, on découvrira l’âme véritable de Bora Bora à travers ses légendes et, à l’approche du coucher du soleil, ses chants inoubliables.

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