A plus de 4 000 km de Tahiti et presque autant de Santiago du Chili, l’île de Pâques ferme vers l’est le grand triangle maori dont la Polynésie est le centre de gravité. Dépendance du Chili depuis 1888, cette île mystérieuse, célèbre dans le monde entier pour ses moai, occupe, au cœur de la mythologie polynésienne, une place bien particulière.

Les premiers explorateurs 

On estime que les flux migratoires dans le Pacifique Sud ont amené les premiers Polynésiens à s’installer sur cette île isolée il y a plus de mille cinq cents ans. Sa découverte par les Européens lui valut sa dénomination moderne d’île de Pâques après que l’amiral hollandais Jacob Roggeveen la baptisa en l’honneur du jour de sa découverte, le dimanche de Pâques 1722. Mais Rapa Nui, la « grande Rapa » selon la terminologie polynésienne, est essentiellement, pour ses natifs, Te Pito O Te Henua, le « nombril du monde », dont la communauté originelle fut fondée par le roi Hotu Matua. Thor Heyerdahl a également prouvé, avec sa théorie de la migration sud-américaine, étayée par son expédition du Kon Tiki, que des Indiens ont très certainement accosté à ses rivages, si ce n’est pour s’y installer, du moins pour y pêcher et y chasser.

Oreilles courtes et oreilles longues 

On pense que ces deux particularités sont sans doute à la base des deux communautés ancestrales de l’île de Pâques, qui se différenciaient par la longueur de leurs oreilles. Si le rôle de ces deux communautés n’est toujours pas établi avec certitude au regard du développement de la culture pascuane et de son expression la plus répandue (sculptures et statues), il est en revanche certain qu’elles s’affrontèrent violemment à une certaine époque (sans doute vers le milieu du deuxième millénaire de l’ère chrétienne), avec pour résultat l’extermination du groupe des oreilles longues par les oreilles courtes, à une seule exception près. Après une période de paix, les guerres tribales et le cannibalisme ensanglantèrent à nouveau l’île, ayant pour conséquence la destruction de la totalité ou presque des célèbres statues aujourd’hui en partie restaurées. L’île semblait néanmoins en paix lorsque les Espagnols (1770) et le capitaine Cook (1774) abordèrent ses côtes.

L’ère moderne 

C’est en 1868 que l’île de Pâques vécut sa première tragédie moderne, lorsqu’un raid fut organisé par le Pérou en mal de main-d’œuvre pour son développement industriel. Une majorité de la population fut ainsi déportée vers le continent sud-américain, la partie restante, exposée à de nouvelles maladies ou assujettie aux missionnaires fraîchement débarqués sur l’île, réduite à sa plus simple expression dans la quasi totale désagrégation de sa culture polynésienne. Après une plainte officielle du gouvernement français, le Pérou ramena ce qui restait des esclaves pascuans dans leur île, mais la plupart moururent en route, et seulement 15 survivants débarquèrent sur les rivages ancestraux. Pour le plus grand malheur de ceux qui y avaient survécu, car les maladies que les nouveaux venus introduisirent alors eurent tôt fait de décimer la quasi-totalité de la population de l’île de Pâques. C’est en 1888 que le Chili annexa l’île, dans un but inavoué de stratégie géopolitique à l’heure de la colonisation.

La mythologie pascuane 

Connus dans le monde entier par leurs figures imposantes et mystérieuses, les moai, statues sculptées dans les falaises de basalte gris de Rano Raraku, reposaient sur des plates-formes sacrées, les ahu, sépultures dominant les villages des différents clans. Plus de 125 de ces ahu portaient de une à 15 statues, qui dépassèrent, au plus fort de leur gloire, le nombre de 1 000 pour l’ensemble de l’île.
Ce qui a longtemps interpellé les chercheurs et ouvert la porte aux théories les plus folles – y compris l’intervention d’extraterrestres -, c’est le fossé entre le gigantisme de ces œuvres sculpturales et l’absence apparente de moyens pour leur édification. Le plus grand des moai, celui de Te Pito Kura, mesurant près de 10 m pour plus de 80 tonnes, a ainsi été transporté sur 6 km avant d’être érigé. Il est surmonté d’une coiffe de tuf rouge, le pukao, provenant de la carrière de Puna Pau.
En dehors des moai, les Pascuans ont également laissé des milliers de figures gravées en plein air et de peintures ornant quelques grottes célèbres, dont celles d’Ana Kai Tangata.

Une géographie volcanique 

L’île de Pâques, à l’instar de ses cousines polynésiennes, doit à son origine volcanique la présence de nombreux cratères et pitons dont le plus haut, le mont Terevaka, culmine dans le nord de l’île à plus de 600 m d’altitude. La végétation autrefois luxuriante et arborée se résume aujourd’hui à des landes d’herbes folles que les Pascuans parcourent à cheval.
Les cratères de Rano Kau et de Rano Raraku abritent des lacs d’eau douce et forment un décor particulièrement intéressant.
La plupart des côtes de l’île sont formées de hautes falaises qui plongent dans un océan où l’absence de récif corallien rend l’accostage délicat. Plusieurs îlots entourent l’île principale, dont le « motu » Nui, situé face au village d’Orongo, sur les hauteurs du cratère Rano Kau, lieu de nidification de milliers d’oiseaux de mer et haut lieu du culte de l’homme-oiseau.

At the Moai workshop © Vera & Jean-Christophe

At the Moai workshop © Vera & Jean-Christophe

La légende de l’homme-oiseau 
Traditionnellement, la fin de l’hiver austral (fin août) était marquée par le retour des oiseaux de mer et donnait lieu à une immense fête annuelle où les différents clans s’affrontaient dans de multiples compétitions qui se déroulaient à Orongo. L’une d’elles consistait à traverser les 2 km séparant la côte en contrebas du village et le motu Nui, et à attendre la ponte du premier œuf de sterne. Le champion était celui qui réussissait à rapporter cet œuf au rivage. Il était alors considéré pendant toute une année comme la réincarnation du dieu créateur Make Make et recevait le titre glorieux de tangata manu : l’homme-oiseau.

Le tour de l’île 

Hanga Roa 
Au sud-ouest de l’île.
Le village principal de l’île de Pâques, où vit un petit millier d’habitants, possède un petit aéroport (à 20 min à pied) et les quelques magasins, bâtiments administratifs et hôtels du district pascuan.

Musée archéologique 
A moins de 2 km de Hanga Roa.
Il se trouve entre les ahu Tahai et Akapu. On y découvrira des statues originales, des objets en pierre sculptée, le fameux « moai » Kavakava, également connu sous le nom de « statue avec des côtes », ainsi que des tablettes uniques reproduisant les symboles de la langue rongo rongo.

Sites archéologiques 
Si la plupart des sites originaux ont été détruits pendant les guerres intestines ou utilisés comme sources de matériaux de construction, les moai, hormis ceux qui étaient en bois et qui se trouvent aujourd’hui dans des grands musées nationaux ou dans des collections privées, au Chili notamment, ont pu être en partie restaurés.

Orongo 
En prenant la route du sud au départ de Hanga Roa, on arrive à Orongo (7 km), sur les pentes du cratère Rano Raraku, et aux vestiges couverts de pétroglyphes du site où se déroulaient les célébrations de l’homme-oiseau. Le village, habité lors des cérémonies, surplombe l’océan et comprend une cinquantaine de maisons en pierres sèches alignées sur deux rangées.
En empruntant une autre route vers le sud-ouest, on atteint Vinapu (5 km), avec ses ahu aux fines sculptures dont certaines rappellent le travail que l’on peut rencontrer dans quelques sites précolombiens d’Amérique du Sud.

Puna Pau 
On rejoint le cratère d’où étaient extraites les coiffes des moai en prenant la route nord au départ de Hanga Roa (2 km).

Ahu Akivi 
De Puna Pau, on continue vers Ahu Akivi (10 km), dont les sept moai regardant au loin vers la mer ont été restaurés et relevés sur leur ancien site. De là, on peut rejoindre Ahu Tepeu (2 km), où aurait été enterré l’un des fondateurs de la dynastie pascuane, Tuu Ko Ihu, puis Ahu Akapu, Ahu Tahai (à 2 km de Hanga Roa) et Ahu Tautira (près du petit port de Hanga Roa), dont les sites ont également été restaurés.

Akahanga 
Au départ de Hanga Roa, la route ouest conduit aux ruines de Vaihu et d’Akahanga (12 km), avec leurs statues massives. En continuant vers l’ouest, on rejoint le cratère de Rano Raraku (18 km) et sa carrière géante où plus de 320 moai attendent encore d’être terminés. Certaines statues sont enfoncées dans la pente du volcan jusqu’aux épaules, donnant au site un aspect dramatique. On peut ainsi mieux apprécier le travail des Pascuans ainsi que la finesse des grandes lignes du visage oblong des moai : long nez droit, lèvres fines, menton proéminent, yeux enfoncés sous des sourcils saillants et oreilles allongées.

Ahu Te Pito Kura 
En remontant vers le nord après la visite de Rano Raraku, on arrive sur la côte au site d’Ahu Te Pito Kura(26 km), qui abrite le plus grand de tous les moai. C’est également ici que se trouve une roche toute ronde un peu particulière, le Te Pito Kura, « nombril de lumière », qui aurait donné son nom au site. Un peu plus loin, on passe la plage d’Ovahe pour arriver celle d’Anakena (30 km), lieu mythique où est supposé avoir débarqué Hotu Matua, héros fondateur de toute la dynastie pascuane, et où l’on peut admirer l’Ahu Nau Nau, avec ses moai aux yeux peints. Ces derniers prouvent que les grandes statues n’étaient pas « aveugles » comme beaucoup le sont aujourd’hui et expliquent que l’île porta longtemps le surnom pascuan de Mata Ki Te Rangi, « yeux qui regardent vers le ciel ».
Non loin de là se dresse une grande hare paenga, maison pascuane traditionnelle en forme de coque de bateau.

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