4 - Se déplacer de ville en ville

Mexico, la capitale

 

 © Bruce Herman

Cœur politique et économique du pays, mégalopole de merveilles et de misères, Mexico et son « district fédéral » collectionnent les symboles de l’histoire du pays. Ici, le passé se conjugue au présent : les pyramides précolombiennes sont entretenues avec vénération, les églises baroques bourdonnent de prières quotidiennes et, à l’ombre des gratte-ciel, les sérénades des mariachis rendent le sourire aux hommes d’affaires

Au pied des volcans Popocatépetl (5 452 m) et Itzaccihuatl (5 285 m), la capitale économique et politique du Mexique étale à perte de vue son rang de plus grande mégalopole du monde, avec plus de 20 millions d’habitants. Croissance démographique et exode rural aidant, ils seront 36 millions en 2010… « Quittez Mexico avant qu’il ne soit trop tard ! » peut-on lire sur un slogan publicitaire d’une entreprise locale de déménagement. « Enlevons le smog, et c’est la ville la plus merveilleuse du monde », affirme pourtant l’architecte mexicain Eduardo Terrazas…

 

Rappel historique

Le gigantisme de Mexico ne date pas d’hier. Mexica-Tenochtitlán, la Babylone du monde précolombien, fut rasée sur ordre de Cortés, pour rebâtir la première métropole du Nouveau Monde. Enrichie par les mines d’argent de la Nouvelle-Espagne, la ville se pare d’églises et de palais. A la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion du président-dictateur Porfirio Díaz, Mexico prend une nouvelle ampleur. La cité s’inspire des grands travaux parisiens du baron Haussmann, en ouvrant de larges avenues (Insurgentes, paseo de la Reforma) garnies d’élégants hôtels particuliers, qui lui vaudront le surnom de « ville-lumière des Amériques ». Entrepreneurs européens et américains y affluent, comme les « Barcelonnettes », communauté française originaire de la ville provençale du même nom, qui s’accaparent le commerce des tissus et créent les premiers grands magasins. Ce premier élan industriel est stoppé net par la Révolution de 1910. La « décade sanglante »endeuille Mexico : dix jours de février 1913 à l’issue desquels le général Victoriano Huerta renverse le président Madero. Deux mille morts, dont de nombreux civils, seront ramassés dans les rues du centre-ville. La stabilité revient sous la présidence de Plutarco Calles (1924-1928), de nouveaux boulevards sont tracés, l’horizon se pare des premiers gratte-ciel. La fin de la Seconde Guerre mondiale et le soutien indéfectible des Etats-Unis aidant, l’industrialisation de la vallée de Mexico connaît un nouvel essor, encouragée par le centralisme politique et économique de l’Etat.
Le 19 septembre 1985, un terrible tremblement de terre fait plus de 20 000 victimes et provoque des milliards de dollars de dégâts. Cette tragédie nationale a radicalement métamorphosé la plus grande ville du monde. Sur les décombres d’édifices coloniaux et de palais du XIXe siècle s’élèvent désormais des immeubles d’acier et de verre, à l’architecture hardie. Certains quartiers populaires ont cependant conservé les stigmates du tremblement de terre. Quant aux taux de pollution et de criminalité, ils atteignaient, il n’y a pas si longtemps, des records mondiaux. Aujourd’hui, grâce à l’alternance politique, qui a entraîné un nettoyage drastique dans l’administration policière et imposé plusieurs mesures de salubrité publique (obligation des pots catalytiques, gel du nombre de taxis, etc.), la situation s’améliore. Grâce à ses musées et ses palais, ses sites archéologiques à l’ombre des basiliques coloniales, ses vastes marchés d’artisanat et sa vie nocturne trépidante, elle s’affirme comme une mégapole fascinante, une première étape indispensable lors d’un périple mexicain.

 

Zócalo

Encerclé des monuments parmi les plus évocateurs de l’histoire mexicaine et de la ville, le Zócalo est un endroit privilégié pour saisir quelques bribes de l’âme mexicaine. Petits artisans proposant leurs services à la journée, vendeurs de souvenirs, kiosques à journaux, coiffeurs en plein air, contestataires politiques fixant des banderoles aux grilles de la cathédrale, employés de bureau arpentant le pavé : l’immensité des lieux contient à peine une animation incessante. Dans le palacio nacional, remarquable par sa longue façade de pierre de tezontle rouge, on peut admirer plusieurs fresques murales de Diego Rivera. Devant les ruines du templo Mayor (découvertes en 1979) de Tenochtitlán, la place bruisse des pas et des chants des danseurs aztèques vêtus de magnifiques costumes de plumes et de turquoises.

 

Catedral metropolitana

Métro : Zócalo, Allende

Avec ses sombres pierres volcaniques et son imposant fronton baroque tourné vers le Zócalo,la Cathédrale métropolitaine semble incarner les rêves de puissance de l’église espagnole sur le Nouveau Monde. Sa construction, entamée en 1563 sur les ruines du mur des Crânes de l’ancienne cité aztèque (Cortés en aurait dénombré plus de 130 000 à son arrivée), ne s’est achevée qu’en 1791, et 1813 pour ses deux clochers. A droite de l’édifice, un opulent frontispice churrigueresque marque l’entrée de l’église paroissiale El Sagrario, qui abritait les objets sacrés de l’archevêché. Les nefs collatérales et leurs 14 chapelles, notamment la capilla de los Reyes, sont ornées de magnifiques retables churrigueresques, de bois sculpté et doré, malheureusement plongés dans une semi-obscurité.

 

Palacio de Bellas Artes

Alameda Central. Ouvert tous les jours sauf lundi. Entrée libre. Représentations du ballet Folclórico de Mexico mercredi (20 h 30) et dimanche (9 h 30 et 20 h 30).

Construit entre 1900 et 1934, le palais des Beaux-Arts accueille une salle de théâtre de 3 500 places, un musée d’Art moderne, ainsi que le siège de l’Institut national des beaux-arts. D’immenses fresques des plus grands peintres muralistes mexicains ornent le deuxième étage. La fameuse troupe du ballet folklorique national y présente, habillée des costumes traditionnels propres à chaque région, la plupart des danses typiques mexicaines, avec force couleurs et musiques. Le palais des Beaux-Arts est un colosse trop lourd : construit en marbre blanc de Carrare, surmonté d’un immense dôme de bronze, il s’est déjà enfoncé de 4 mètres dans le sol marécageux et instable de Mexico…

 

Suivez le guide !

Prenez un rafraîchissement au dernier étage de l’hôtel Majestic, dont l’agréable terrasse offre une vue imprenable sur le Zócalo.

 

Zona Rosa

Avec ses rues arborant le nom de villes européennes, la colonia de la zona Rosa devient, à la nuit tombée, le quartier le plus animé de la capitale. Les grands hôtels du paseo de la Reforma, la plus prestigieuse avenue de la capitale rythmée de glorietas (carrefours au milieu desquels se dressent des monuments à la gloire des héros du Mexique), sont à deux pas. Les terrasses des cafés envahissent les rues piétonnes, où les touristes croisent la jeunesse dorée mexicaine. Les restaurants y sont accueillants, les discothèques nombreuses et les magasins à la mode.


Suivez le guide !

Au 44e étage de la Torre Latinoamericana, le belvédère offre une vue imprenable sur la ville. Grimpez-y à l’heure où le soleil décline.

 

Museo Dolores Olmedo Patiño

Avenida Mexico. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Entrée gratuite le mardi.

Depuis que ce musée a ouvert ses portes en 1994, la renommée de ses collections va crescendo. Vous y trouverez les œuvres les plus importantes de Diego Rivera et de Frida Kahlo. De plus, une collection d’art préhispanique rythme la visite tout au long de 12 salles destinées à l’exposition permanente. Dolores Olmedo Patiño, la fondatrice, choisit d’exposer ses peintures au sein de l’ex-hacienda La Noria, construite au XVIIe siècle. De merveilleux jardins hébergent des animaux tels le paon royal ou le chien xoloitzcuintles, race canine d’origine préhispanique. Concerts, spectacles pour les enfants, danse, pièces de théâtre et ateliers d’art plastique sont également au programme.

 

Parque Chapultepec

Musées ouverts tlj sauf lundi de 10 h à 18 h. Entrée payante, sauf dimanche et fêtes.

A l’extrémité orientale du paseo de la Reforma, le parc de Chapultepec (la colline aux sauterelles, en náhuatl) est un des lieux de promenade favoris des habitants de Mexico et regroupe quelques-uns des plus fameux musées de Mexico. Au pied de la colline, le monument immaculé des niños héroes rend hommage aux cadets de l’armée mexicaine, qui s’illustrèrent lors de la défense héroïque du site contre les troupes américaines, en 1847. Le castillo de Chapultepec servit de résidence impériale à Maximilien Ier, avant de recevoir le museo nacional de Historia, qui retrace l’épopée de la nation depuis la colonisation espagnole. La collection du museo Rufino Tamayo ravira les amateurs d’art contemporain : Picasso, Magritte, Miró, Soulages, Tapies, Fernand Léger, Giacometti, Willem de Kooning, Bacon, etc., les plus grands y sont présents, et des expositions temporaires prouvent combien Mexico demeure un haut lieu de l’art du XXe siècle.

 

Museo nacional de Antropología

Paseo de la Reforma. Ouvert tlj sauf lundi de 9 h à 19 h, dimanche de 10 h à 18 h. Entrée payante, sauf dimanche et jours fériés, photos (sans flash) et vidéo payantes. Métro : Auditorio, Chapultepec.

Considéré, à juste titre, comme un des plus beaux musées du monde pour son architecture et ses collections, le musée national d’Anthropologie parcourt trente siècles d’histoire de la méso-Amérique, livrant les clés des civilisations précolombiennes qui régnèrent sur le Mexique. Malgré la profusion d’objets exposés, leur présentation est facilitée par de nombreux plans, maquettes, décors et tableaux chronologiques. Chaque salle est consacrée à une grande civilisation. Ses joyaux sont sans conteste le vase olmèque de l’Acrobate (salle préclassique), le masque de Teotihuacán (salle de Teotihuacán) constitué d’une mosaïque de turquoises, de corail et de nacre, les bas-reliefs de la Pierre de Tizoc et du calendrier aztèque, ainsi que la maquette reconstituant le marché aztèque de Tlatelolco, aujourd’hui place des Trois-Cultures (salle Mexica). Dans la salle Maya, on admirera les remarquables reconstitutions du trésor de la crypte royale, du temple des Inscriptions de Palenque et du temple des peintures de Bonampak. Le Musée ethnologique, au premier étage, nettement moins visité, dévoile les mœurs des nombreuses ethnies amérindiennes vivant encore aujourd’hui au Mexique. Les minutieuses reconstitutions d’habitats, les mannequins parés de costumes traditionnels et les collections d’objets du quotidien incitent à rejoindre ces tribus dans les sierras les plus reculées du pays.

 

Barrio Polanco

Proche du parque Chapultepec, ambassades, ministères et banques se concentrent dans ce quartier chic aux trottoirs propres plantés d’arbres, attirant une cohorte de restaurants huppés, de galeries commerciales et d’hôtels de luxe. Au cœur de ce « XVIe arrondissement » de Mexico, l’avenida Presidente Mazaryk déroule les marques internationales les plus renommées, de Christian Dior à Armani, de DKNY à Chanel. A l’ouest de l’avenue, plaza Mazaryk et plaza Centro comptent parmi les plus prestigieuses galeries commerciales de la capitale.

 

Xochimilco

Métro : Tasqueña, puis train Ligero jusqu’à Embarcadero.

Ajoutés par l’Unesco à la liste du Patrimoine culturel de l’humanité, les jardins flottants de Xochimilco (le lieu des champs de fleurs, en náhuatl) de la banlieue sud de Mexico sont constitués d’une myriade d’îles, séparées par des canaux, et fournissent en fleurs et en légumes les marchés de la capitale. Un lieu de promenade très populaire le week-end, où l’on embarque à bord d’une trajinera, longue embarcation peinte de couleurs vives, pour un déjeuner (guacamole, riz à la tomate et poulet, le menu est invariable) rythmé des refrains d’un orchestre de mariachis.

 

Coyoacán et San Angel

Musées ouverts tlj sauf lundi de 10 h à 18 h . Entrées libres, sauf au musée Trotski et au musée-studio Rivera. Métro : Tasqueña, puis taxi.
Les colonias de Coyoacán et San Angel, aux pittoresques rues pavées bordées de couvents et d’élégantes bâtisses coloniales des XVIe et XVIIe siècles, regorgent de petits musées et de demeures historiques. Le museo estudio Diego Rivera et l’Anahuacalli, deux musées consacrés à l’œuvre de Diego Rivera et à ses étonnantes collections d’objets préhispaniques ainsi que le museo Frida Kahlo perpétuent le souvenir du peintre et de sa femme, qui habitèrent successivement Coyoacán et San Angel. La mémoire du révolutionnaire Léon Trotski est aussi pieusement entretenue au museo Léon Trotski, dans la maison-bunker où il vécut, avant d’être assassiné par un agent stalinien.

 

Les jongleurs des carrefours

Sur les grandes avenues de Mexico, chaque feu rouge est un carrefour stratégique. Des enfants déguisés en clowns exécutent des numéros d’acrobate ou de jongleur, d’autres nettoient les vitres, vendent cigarettes, chewinggums, mouchoirs en papier ou cacahuètes à la sauvette. Les plus âgés vendent les journaux à la criée, certains fredonnent un air populaire en pinçant les cordes d’une guitare. Quelques femmes proposent des bouquets de roses. Sans cette économie parallèle, de nombreuses familles seraient privées du minimum vital.

 

La Vierge noire de Guadalupe

Le 9 décembre 1531, sur une colline aux environs de Mexico, une vierge à la peau brune apparaît à un Indien. Pour preuve du miracle, il ramène à son prêtre une étoffe chargée de roses, où s’imprime le portrait de la sainte. Depuis ce jour, la Vierge noire de Guadalupe est la sainte patronne du Mexique et suscite l’un des plus grands pèlerinages religieux d’Amérique latine, le 12 décembre, à la basilique Nuestra Señora de Guadalupe de Mexico. Son image métisse, dont l’effigie orne chaque boutique, chaque domicile mexicain, a joué un rôle prépondérant dans l’évangélisation du peuple indien.

Les écrivains publics de la plaza Santo Domingo

Derrière la cathédrale, la plaza Santo Domingo est un ravissement. Au centre trône une gracieuse fontaine. Au fond, l’église Santo Domingo (XVIIe siècle), et son clocher carrelé de mosaïques, dissimule un intérieur richement paré de retables dorés. Autour, sous les arcades d’élégants palais du XVIIIe siècle, des dizaines de minuscules ateliers d’imprimerie et de calligraphie sont à l’ouvrage. De vieilles machines à ronéotyper tournent dans un fracas métallique. Les doigts souillés d’encre, des typographes alignent leurs lettres de plomb. Leurs œuvres, cartes de vœux ou de visite, s’empilent sur des tourniquets. Devant leurs vieilles machines Remington, des écrivains publics sont à l’ouvrage. Les clients attendent, qui une lettre d’amour, qui un papier administratif. L’informatique n’a pas encore conquis cette partie de Mexico…

 

Le fléau de la pollution

Avec 3,5 millions de véhicules et 30 000 usines rejetant 4 millions de tonnes de polluants par an dans cet immense chaudron entouré de volcans, Mexico est l’une des villes les plus polluées de la planète. L’altitude de la capitale (2 230 m) aggrave la situation, les hautes pressions freinant la combustion des gaz. Résultat : en l’an 2000 encore, la qualité de l’air y est jugée « acceptable » seulement 30 jours par an, en juillet et août. La municipalité a pris des mesures radicales en cas de dépassement de certains seuils : réduction de 40 % de la circulation automobile, arrêt des usines les plus polluantes, suspension des activités extérieures pour les enfants. Cependant, grâce à l’instauration de pots catalytiques obligatoires et à la limitation du nombre de taxis, la cité connaît moins d’alertes et respire mieux. Pourvu que ça dure…

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