4 - Se déplacer de ville en ville


Le Nord-Ouest : l’Oranie et au-delà, Tlemcen

Algérie - Oranie © Maya-Anaïs Yataghène

L'Oranie et au-delà

L'arrière-pays oranais est formé de hautes collines, disposées entre les monts du Tessala au sud, et la sebkha d'Oran (lac salé) au nord. Cette région, propice aux cultures maraîchères et à la culture de la vigne, fut l'une des plus intensément colonisées d'Algérie.

Les coteaux de Mascara
Favorisée par un sol calcaire et sablonneux, la région de Mascara fut pendant la colonisation
le cœur d'une production viticole très importante. Très apprécié des colons, le vin de Mascara était servi aux quatre coins du pays et s'offrit même le luxe de traverser la Méditerranée. Après l'indépendance, la production fut un temps interrompue avant de reprendre de plus belle depuis quelques années. Avec les coteaux de tlemcen et ceux de médéa, les coteaux de mascara représentent l'un des vins rouges les plus réputés du pays. On en trouve dans certains restaurants, chez quelques vendeurs bien discrets et dans les boutiques des aéroports.

Mascara
A 100 km au sud-est d'Oran.
Située sur la fertile plaine de l'Eghris, Mascara est un centre agricole très important. Cette ville reste le symbole de la résistance à la colonisation française. L'émir Abd el-Kader y installa sa capitale de 1832 à 1841. On peut notamment visiter le vieux quartier Bab Ali et la mosquée Sidi Hassane où priait l'émir.

Tiaret
A 250 km au sud-est d'Oran.
Située entre les steppes des hauts plateaux et les plaines fertiles du Sersou, Tiaret s'est spécialisée dans l'élevage ovin et celui des chevaux. Les jumenteries y élèvent des équidés de pure race arabe. Première capitale de la dynastie des Rostémides, Tiaret n'a pas conservé de nombreuses traces de son passé. Dans les environs, on peut néanmoins partir en excursion vers les djedars. Dressées au sommet de collines, ces pyramides coniques reposant sur une base carrée servaient d'immenses tombeaux aux souverains berbères de la région.

Sidi-bel-Abbès
A 80 km au sud d'Oran.
La ville de Sidi-bel-Abbès abrita sous la colonisation le 1er régiment de la Légion étrangère. Jusqu'à l'indépendance, la moitié de la ville vivait aux crochets de la caserne, l'autre moitié était soutenue par les grands domaines agricoles de la région.

Tlemcen

A 600 km à l'ouest d'Alger.
C'est au milieu d'un écrin de verdure, à moins de 800 m d'altitude, que s'étale la ville de Tlemcen. L'air y est pur et la nature très généreuse. Mais cette cité tire avant tout sa bonne réputation de ses monuments qui en font un véritable musée d'art hispanomauresque en plein air. « Ville aux mille sources » pour certains, « cité aux trente-sept minarets et aux cent monuments » pour d'autres, les poètes arabes l'ont affublée de bien des titres. Mais Tlemcen reste surtout connue pour être la perle du Maghreb. Elle ne ressemble ni à Alger, ni à Constantine. En longeant ses vieux remparts bordés de jardins, on lui trouve plutôt un air de Cordoue ou de Grenade…

Rappel historique
Premiers arrivés, les éclaireurs romains appelèrent leur camp Pomaria (« les vergers »). Ce site idéal leur procurait de l'eau, du gibier et des fruits. Sous la conquête arabe, Pomaria devint Agadir sous les Idrissides de Fès, puis fut rattachée à Tagrart par les Almoravides (XIe siècle). Le nouvel ensemble devint « Tilimsen » (« les sources »), et connut un âge d'or qui dura pendant plus de trois siècles. Le prince berbère Yaghmoracen, fondateur de la dynastie zianide, lui offrit des murailles, des jardins, des mosquées, des bains et des palais. La cité rayonna au-delà du Maghreb et attira des marchands, des savants, des poètes, des théologiens, etc. Capitale du Maghreb central et plaque tournante du commerce entre l'Europe, via son port d'Oran, et l'Afrique, Tlemcen la Zianide fut convoitée de tous. Le souverain mérinide Abou Yacoub fut le premier à la convoiter en 1299. Son siège fut si long qu'il eut le temps de développer une ville voisine, Mansourah. A la chute de Grenade, Tlemcen ouvrit ses portes aux exilés andalous, juifs et arabes. A l'époque ottomane, les Tlemceniens formaient trois communautés : les Hadars (Maures d'Andalousie), les araboberbères et les Kouloughlis, issus de Turcs mariés à des femmes autochtones, une distinction qui persiste encore de nos jours. La population de cette ville chargée d'histoire est restée solidement attachée à sa culture, ses coutumes et ses traditions.

Grande Mosquée
Place de l'Emir Abd el-Kader. Visite tlj en matinée sauf le vendredi. Entrée libre.
Située au cœur de la ville, la Grande Mosquée de Tlemcen affiche de l'extérieur une certaine sévérité. L'intérieur, avec ses arcs en fer à cheval et sa cour centrale ornée d'un bassin et entourée de portiques, est en revanche nettement plus élégant. Cet édifice fut construit en 1136 par le roi almoravide Youssef ibn Tachfine, puis retouché par son fils Ali ben Youssef. Un siècle plus tard, Yaghmoracen acheva l'œuvre de ses prédécesseurs en y ajoutant un minaret en briques d'une trentaine de mètres.

Les mariages tlemceniens
Tlemcen fait partie de ces villes que l'on peut aussi découvrir à travers une fête. Les mariages à la tlemcenienne permettent de saisir toute l'importance qui est accordée aux traditions dans cette cité. Ils se célèbrent aujourd'hui comme ils se fêtaient il y a plusieurs siècles. Le marié, dans sa belle cape blanche, arrive à cheval, tandis que sa belle se pare de son kaftan, une robe ornée de mille bijoux dans laquelle elle devra défiler au milieu des convives. L'un des moments les plus importants de la soirée est celui où l'on apporte le henné pour tatouer les mains de la mariée. L'orchestre de musique andalouse ralentit le rythme et laisse les vieilles femmes lancer leurs youyous.

Musée de Tlemcen
Place Khemisti. Ouvert tlj de 8 h à 12 h et de 14 h à 18 h sauf le vendredi et le samedi.
Le musée de la ville s'est installé dans l'ancienne mosquée Sidi bel-Hassen, une construction de style andalou remontant à la fin du XIIIe siècle. Au milieu des colonnes et des arcades, il renferme plusieurs pièces datant des époques almoravide ou zianide : mosaïques de faïence, poteries, stèles, etc.

La Kissaria
Autour de la rue Mohamed M'Rabet.
C'est le quartier commerçant de la ville. Autrefois, les marchands étaient regroupés à l'intérieur d'un caravansérail et le négoce allait bon train entre Arabes, juifs et Andalous. Mais sa démolition à la fin du XIXe siècle les a obligés à s'installer un peu plus bas, sur la rue M'Rabet. Cette allée très vivante reste un passage obligé pour le voyageur. Comme dans tous les bazars arabes, les métiers sont très répartis. A côté des petites boutiques bien approvisionnées en épices et en fruits secs, on admire les brodeurs, perdus au milieu des tissus multicolores, puis les dinandiers, qui décorent leurs plateaux de cuivre avec une grande minutie, les vendeurs de babouches, de sacs à mains, de vanneries, de robes traditionnelles locales (caftan, el chedda et l'rda), les tapissiers, et surtout, les bijoutiers. On peut également quitter la foule et s'échapper dans une ruelle pour aller voir la mosquée Sidi Snoussi, qui doit son originalité à une salle de prière située en étage, ou le hammam Es-Sebbaghine, le bain des teinturiers, encore très fréquenté de nos jours.

Suivez le guide !
Le long de l'allée des Noyers, promenez-vous dans le « Grand Bassin ». Long de 200 m, il irriguait autrefois les jardins de la ville. Aujourd'hui à sec, il accueille fêtes et spectacles.

La vielle médina
Au nord de la place des Martyrs.
La vieille ville de Tlemcen n'est pas aussi connue que la Casbah d'Alger ou celle de Constantine. Elle est pourtant tout aussi belle, mais surtout, beaucoup mieux entretenue et plus paisible que ses deux cousines. Les ruelles pavées s'entrelacent et forment un véritable labyrinthe. Particularité du quartier : certaines maisons sont construites au-dessus de la voierie. Il faut donc parfois se courber pour pouvoir se hisser d'une impasse à l'autre.

Le Mechouar
Au centre-ville, avenue du Commandant Faradj. Ouvert tlj. Entrée libre.
Cette imposante citadelle fut érigée au XIIe siècle par Youssef ibn Tachfine, à l'endroit même où il avait installé sa tente lors du siège d'Agadir, la ville primitive de Tlemcen. Plus tard, Yaghmoracen y fit construire un vaste palais pour que puissent s'y dérouler tous les fastes de la cour des Zianides. Les Turcs le transformèrent à leur tour en caserne. Aujourd'hui, les immenses murailles du Mechouar abritent des bureaux administratifs ainsi qu'un espace culturel qui organise des expositions et des spectacles en plein air, au milieu des jardins.

Mosquée Sidi Haloui
Au nord de la ville, à l'extérieur des remparts. Ouverte tlj. Entrée libre.
Cette mosquée en forme de petit carré a été élevée au XIIIe siècle en hommage à l'un des sages les plus respectés des Tlemceniens. Ancien cadi sévillan, ce personnage quitta son Andalousie pour s'installer à Tlemcen où il devint marchand de bonbons. Surnommé Haloui (« friandises ») par les habitants, on le sollicita pour enseigner son savoir aux enfants du prince de la ville. Jaloux de cette promotion, un vizir l'accusa de sorcellerie et le fit jeter à l'extérieur des remparts où il mourut dévoré par les chiens. C'est à cet endroit qu'un prince mérinide, ému par cette histoire tragique, fit construire la mosquée Sidi Haloui. La salle de prière fut décorée par des arabesques, des colonnes en onyx et un plafond en bois de cèdre sculpté.

Tombeau du Rabb
Cimetière israélite, au nord-ouest de la ville, après Bab el-Kermadine. Entrée libre.
Fuyant l'inquisition, Ephraïm Enkaoua, un savant de Tolède, part s'installer en 1391 à Tlemcen où la communauté juive est déjà très importante. Après avoir guéri la fille du prince Abou Hamou Moussa, il obtient de celui-ci la création d'un quartier juif près du Mechouar, en plein cœur de la ville. Sa tombe, très bien entretenue, est visitée chaque mois de mai par des pèlerins venus parfois de très loin. D'après la tradition, il faut se rendre à la fontaine située à quelques mètres et jeter une pièce de monnaie tout en formulant un vœu.

Mansourah
A 2 km à l'ouest de la ville.
C'est au milieu de jolis vergers que se dresse le « demi-minaret » des ruines de Mansourah, symbole de la ville. Ce vestige de 40 m de haut est le seul témoin du camp militaire construit par les Mérinides marocains lors du premier siège infructueux de Tlemcen au début du XIVe siècle. Une véritable ville ceinte de longs remparts s'y était alors développée : Mansourah, ou « Tlemcen la Neuve ». En 1335, le deuxième siège mérinide connut plus de succès et Mansourah, dotée d'un palais, de bains et de somptueux jardins, concurrença à nouveau Tlemcen. Elle fut par la suite abandonnée puis détruite. Seuls quelques tronçons de murailles et le fameux minaret à demi écroulé ont subsisté.

El-Eubbad
Au sud-est, sur les hauteurs de la ville.
Situé au milieu de jardins, le petit village d'El-Eubbad domine toute la ville. Les Tlemceniens l'appellent aussi Sidi Boumediène, du nom du saint qui y sommeille depuis plus de huit siècles.

Mausolée
Au cœur d'El Eubbad. Ouvert tlj. Entrée libre.
On y accède par une petite cour à arcades. A l'entrée, il faut s'arrêter devant le vieux puits dont la margelle de marbre a été usée par le frottement de la chaîne. Son eau, dit-on, guérit bien des maux. On y trempe ses mains en signe de respect. A droite, le tombeau de Sidi Boumediène repose sous un dôme. L'endroit, parfumé à l'encens et garni de tapis, invite au recueillement. Trois fois l'an, le mausolée est le point d'aboutissement de processions très colorées, au sein desquelles se mêlent pèlerins, danseurs et musiciens.

Mosquée Sidi Boumediène
Ouverte tlj. Se visite en dehors des horaires de prière. Entrée libre.
Cette remarquable mosquée de style hispano-mauresque fut construite en 1328 par Abou el-Hassen Ali, sultan mérinide de Fès et conquérant de Tlemcen. On y pénètre par un porche monumental décoré de mosaïques de faïence. Au bout des marches s'ouvre une porte en bois de cèdre recouverte de plaques de bronze. Cet ouvrage massif et somptueux aurait été, selon la légende, réalisé en Andalousie puis jeté à la mer. Les flots l'auraient ensuite amené sur les côtes du Maghreb. La cour centrale, flanquée de portiques, permet d'accéder à la salle de prière ainsi qu'au minaret, dont le sommet offre une très belle vue. Derrière la mosquée, on visite la Medersa, où le célèbre historien arabe Ibn Khaldoun y dispensa quelques cours au XIVe siècle.

Les environs de Tlemcen
En quittant Tlemcen par le sud, une route en lacet à travers une fort belle forêt permet d'accéder au plateau de Lalla Setti qui domine la ville et toute sa région. A l'est, la route qui part pour Sidi-bel-Abbès traverse un joli cirque réputé pour ses sources et ses cascades. A une douzaine de kilomètres de Tlemcen, on peut s'arrêter à Aïn-Fezza et visiter les magnifiques grottes des Beni Add(entrée payante). Côté ouest, on rejoint la frontière marocaine ou bien la côte dominée par les monts des Traras.

Sidi Boumediène, soufi le plus vénéré du pays
Né vers 1126 à Séville, Abou Mediène fut un théologien de renom qui consacra une grande partie de sa vie à sillonner les routes de l'Orient. A chaque étape, il enseignait son savoir et transmettait sa sagesse à ses nouveaux disciples. A Tlemcen, il apprécia particulièrement le calme du petit village d'El-Eubbad. Après s'être installé définitivement à Béjaïa, il fut appelé en 1197 à la cour de Marrakech. Très fatigué, il mourut en cours de route dans les environs de Tlemcen. Son corps fut transporté puis enseveli à El-Eubbad. On y fit construire un mausolée et Abou Mediène devint Sidi Boumediène, le saint patron de la ville.

Suivez le guide !
Sur la route d'Aïn-Fezza, le restaurant La Grande Source est une charmante table, juste en face des cascades d'El-Ourit.

Nedroma
A 55 km au nord-ouest de Tlemcen.
Cette très jolie cité est, au même titre que Tlemcen, une ville d'art et d'histoire où les traditions ont su résister à la modernité. Berceau de la dynastie des Almohades au XIe siècle, Nedroma accueillit quelque temps plus tard les premiers immigrants andalous chassés par la Reconquista. Devenu un important centre artisanal, les petites échoppes de sa vieille ville proposent des tapis en laine, burnous, broderies, poteries… Quelques monuments historiques sont à voir, comme la Grande Mosquée, édifiée XIe siècle.

Maghnia
A 50 km à l'ouest de Tlemcen.
Située à quelques lieues seulement du Maroc, la ville marché de Maghnia dépend beaucoup de l'état des relations algéro-marocaines. Quand la frontière est ouverte, sa place se transforme en bazar géant. A 11 km de là, on peut aller se baigner dans la station thermale de Hammam-Boughrara. Ses eaux sulfatées seraient efficaces contre les affections respiratoires.

Ghazaouet
A 75 km au nord-ouest de Tlemcen.
C'est le dernier port algérien avant d'arriver au Maroc. Les chalutiers y apportent chaque matin une grande quantité de sardines et d'anchois. Les environs de Ghazaouet abritent quelques très belles plages (Marsa Ben M'hidi, ex-Port Say, etc.).

Monts des Traras
A l'est de Ghazaouet, la côte d'aspect sauvage est marquée par les monts des Traras qui se laissent tomber abruptement dans la mer. Sur une trentaine de kilomètres, le paysage est de toute beauté. Après avoir visité les ruines de Honaïne, qui fut à l'époque zianide le port de commerce de Tlemcen, on passe devant le djebel Tadjera (861 m), ou « table de Noé », qui sert depuis l'Antiquité de repère aux bateaux des pêcheurs. Plus loin, les falaises tendent à disparaître et l'on rencontre des petits coins de baignade comme Rachgoun, protégé au large par son île, ainsi que quelques jolies petites villes côtières, comme Beni-Saf.

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