4 - Se déplacer de ville en ville


Le Nord-Ouest : Oran

Oran - Vue depuis la chapelle © Maya-Anaïs Yataghène

A quelques pas de la frontière marocaine et des côtes espagnoles, le Nord-Ouest de l'Algérie a longtemps bénéficié des influences culturelles de ses voisins. Les Maures ont apporté à Tlemcen l'art, la musique et les sciences andalouses, tandis qu'Oran a hérité de la douceur de vivre espagnole. Entre ces deux villes, on découvrira une côte sauvage et un arrière pays réputé pour la qualité de ses fruits et de son vignoble.

Dans les premières lignes de La Peste, Albert Camus n'a pas laissé une image des plus positives d'Oran. L'écrivain nous l'a dépeinte en des termes assez durs et lui reproche d'être « une ville fermée » qui « tourne le dos à la mer ». Du haut de son plateau rocheux, elle contemple avec un peu de frustration la baie de Mers-el-Kébir qu'elle ne parvient jamais réellement à approcher. Les accès à la mer sont limités et il faut parcourir plusieurs kilomètres en longeant la corniche avant de pouvoir profiter des premières plages. Oran s'accroît à un rythme démesuré et oublie au passage de régler l'éternel problème du logement et de l'alimentation en eau. Mais Wahran el-Bahia (« Oran la Radieuse ») n'est pas une ville que l'on peut ignorer pour autant ! Elle abrite en son cœur de nombreux monuments espagnols, turcs ou français, témoignant d'une histoire riche et tumultueuse. On se laisse séduire par la bonhomie et la joie de vivre de ses habitants. Les Oranais (ou « Houaris ») cultivent une certaine tolérance et une liberté que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Algérie. Capitale du raï, Oran reste la ville festive par excellence. Le temps d'une visite, le touriste mettra donc Camus de côté et se laissera charmer par cette cité où les influences espagnoles et méditerranéennes sont encore bien présentes.

Rappel historique

La fondation de la ville, en 903, est attribuée à des marins andalous. Au début du XVIe siècle, ce sont les Espagnols catholiques qui s'y installent. L'occupation de la baie dura près de trois siècles et ne prit fin qu'en 1792. Oran devient alors turque, puis française en 1831. A l'image d'Alger, elle se dote d'une gare, d'un port et de quartiers modernes. La ville, qui accueille une forte immigration espagnole, devient la seule métropole de la colonie à compter plus d'Européens que de musulmans. Après une fin de guerre particulièrement sanglante, Oran se dépeuple de 300 000 personnes, mais poursuit néanmoins son développement. Centre industriel et commercial très important, elle demeure la deuxième ville du pays et la capitale économique de l'ouest.

Centre-ville

La ville moderne, construite sous l'occupation française, s'organise autour de la place du 1er Novembre (ex-place d'Armes). Celle-ci est ornée en son centre d'une grande fontaine au milieu de laquelle se dresse un obélisque surmonté d'une statue de la Victoire ailée. Sur le côté sud de la place, l'entrée de l'hôtel de ville, construit en 1888, est gardée par deux grands lions en bronze, emblèmes d'Oran. Sur le côté ouest s'élève la belle façade de l'opéra, bâti en 1908.

Front de mer
Au nord de la ville.
Plusieurs espaces verts ont été aménagés en lieux de promenade surplombant le port et la baie. Depuis la place du 1er Novembre, une longue rampe permet d'accéder au théâtre de verdure, amphithéâtre en plein air encadré de jardins. En contrebas, la promenade Ibn Badis (ex-promenade de Létang) est un agréable parc qui s'étend au pied des remparts du Rocalcazar, ancienne résidence des gouverneurs espagnols puis des beys d'Oran. Au nord-est, le boulevard de l'ALN s'étire en balcon depuis le quartier de Gambetta, sur les hauteurs, jusqu'au centre-ville. Cette allée que l'on nomme plus communément « front de mer » offre une vue remarquable sur la baie, le djebel Murdjajo et Mers-el-Kébir.

Cathédrale du Sacré-Cœur
Place de la Kahina.
Cet édifice de style néo-byzantin présente une façade originale. Encadré de deux tours, son fronton en arc est décoré de belles mosaïques. Construite au début du siècle dernier et consacrée en 1930, elle accueille aujourd'hui une bibliothèque.

Musée national Ahmed Zabana (ex-Demaeght)
Boulevard Ahmed Zabana. Ouvert tlj de 9 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h, sauf le vendredi matin et le samedi.
Les salles de préhistoire et d'archéologie renferment de nombreuses pièces provenant des quatre coins du pays (outils, flèches, mosaïques, stèles, etc.). Côté beaux-arts, la collection de peintures européennes s'étend du XVIe siècle aux toiles de l'époque orientaliste. Une autre salle est consacrée à l'histoire d'Oran retraçant plusieurs siècles d'occupation espagnole et française.

La vieille ville

A l'ouest du centre-ville.
Edifiée sous l'occupation espagnole, la vieille Casbah d'Oran est aujourd'hui dans un triste état de délabrement. De nombreuses maisons, où s'entassent encore plusieurs familles, menacent de s'effondrer à la moindre secousse. Comme à la Casbah d'Alger, quelques associations tentent toutefois d'assainir les ruelles et de rénover les plus vieilles habitations.

Culture raï
Style musical le plus populaire en Algérie, le raï (« avis », « conseil ») est né à Oran dans les années 1930. Il s'agit d'un croisement entre les musiques traditionnelles du Sud algérien et celles du Nord. Ses thématiques, plutôt joyeuses, abordent la joie de vivre, l'amour, l'alcool, le voyage, la liberté, et bien sûr, Oran. En Algérie, aucune fête ne se passe sans que les grands tubes raï du moment ne soient joués au moins une fois ! Les jeunes n'ont d'yeux que pour Cheb Hasni, assassiné durant la décennie noire, Cheb Khaled ou encore Cheb Mami. Parmi les précurseurs, il faut citer Blaoui el-Houari, Ahmed Wahby, et rendre hommage à la diva, Cheikha Rimitti, dont le pseudonyme signifie « Remettez la tournée » !

Suivez le guide !
Un petit détour par le marché couvert Michelet s'impose. Il abrite de nombreux fleuristes qui, chaque matin, déploient des couleurs éclatantes sur leurs étals.

Mosquée du Pacha
Rue Boutkhil. Visite tous les matins sauf le vendredi.
La mosquée de la vieille ville date de la fin du XVIIIe siècle et sa construction fut ordonnée par Baba Hassan, pacha d'Alger, afin de célébrer l'expulsion des Espagnols de la ville par le bey de Mascara quelques années plus tôt. Elle se distingue par son minaret octogonal.

Mausolée de Sidi el-Houari
Rue Mokadem Naboulsi, dans la partie ouest de la vieille ville.
C'est ici que repose le saint patron de la ville, Sidi Mohammed el-Houari, personnage dont la sagesse spirituelle reste toujours très admirée par les Soufis. Le mausolée est très fréquenté par la population locale et fait aussi l'objet d'un pèlerinage. Lors de la visite, ne pas oublier de formuler un vœu…

Forêt des Planteurs

A l'ouest de la ville.
Cette forêt de pins d'Alep recouvre le versant oriental du djebel Murdjajo. Elle se parcourt à pied ou en voiture, avec pour destination finale le fort espagnol de Santa Cruz et la chapelle de la Vierge.

Fort de Santa Cruz
A 372 m d'altitude. Entrée libre.
Au sommet du pic de l'Aïdour, cet ouvrage défensif construit au XVIe siècle par le gouverneur Santa Cruz permet de dominer la baie, Oran et toute sa région. Illuminé la nuit, il apparaît depuis la ville comme un vaisseau flottant dans les airs.

Chapelle de la Vierge
En contrebas du fort.
Construite après l'épidémie de choléra de 1849 qui fit plusieurs milliers de morts, cette chapelle devait protéger la population oranaise d'un nouveau fléau. Elle est surmontée d'un clocher en pierre de taille sur lequel trône une statue de la Vierge en bronze. Bras ouverts et tête inclinée, « Lalla Mariam » veille depuis un siècle et demi sur la ville.

Les plages aux environs d'Oran

Les plus belles plages oranaises se situent à l'ouest de la presqu'île de Mers-el-Kebir. Après la route en corniche, on accède à Aïn el-Turk, Bou-Sfer, les Andalouses, etc.

La côte à l'est d'Oran

D'Oran à Alger, le littoral est jalonné de petites criques, de plages, de baies, mais parfois de falaises, de caps et de promontoires qui viennent mourir dans la mer. Une belle promenade qui permet également de passer par quelques sites très intéressants.

Mostaganem
A 90 km d'Oran.
Idéalement situé au fond du golfe d'Arzew, ce port commercial a de tout temps excité la convoitise des conquérants. Une promenade dans le centre-ville permettra de passer de la vieille Casbah au quartier turc puis au quartier franco-espagnol, et de visiter également la mosquée Abou el-Hassan, édifiée en 1340 par un souverain mérinide.

Ténès et la corniche des Dahra
A 200 km à l'est de Mostaganem.
Juchée sur son promontoire, la petite ville de Ténès surplombe la mer et constitue un site touristique très attractif. Il renferme des vestiges d'époque romaine avec, en prime, quelques somptueuses petites plages boisées. En allant vers l'est, on passe par le magnifique cap Ténès pour rejoindre la corniche des Dahra et s'offrir l'une des plus jolies balades que la côte algérienne puisse offrir, entre falaises rouges, ciel bleu et mer d'argent.

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