4 - Se déplacer de ville en ville


Le Nord-Est : la Kabylie

Tizi-Ouzou, Kabylie, festival de cinéma © Magharebia

Le Nord-Est de l'Algérie est une terre de contrastes où les paysages changent à chaque détour. Montagnes, forêts, corniches, longues plages de sable fin, vallées, gorges, steppes et palmeraies se partagent un territoire qui s'étend de la Kabylie à la frontière tunisienne et, du nord au sud, de la côte méditerranéenne aux portes du Sahara. Les vestiges romains, chrétiens, arabes, turcs ou français complètent le tableau d'une région très attrayante qui parvient à combler tous les souhaits du voyageur.

Partagée entre mer et montagnes, la Kabylie est réputée pour ses forêts majestueuses et son littoral d'une rare beauté. Ses habitants, les Kabyles, affichent fièrement leur appartenance au peuple berbère, le premier à s'être installé en Afrique du Nord dans l'Antiquité. Contrairement au reste de la population algérienne, ils ne se considèrent pas comme les descendants des Arabes et préfèrent revendiquer pour ancêtres les rois numides Massinissa et Jugurtha ou encore la légendaire reine Kahina, qui opposèrent une farouche résistance à l'envahisseur, romain puis arabe. La Kabylie est donc une région bien particulière où l'identité culturelle demeure très forte. On y parle le tamazight - qui, malgré de nombreux emprunts, reste bien distinct de l'arabe - ou le français. L'arabe, qui symbolise un pouvoir central honni, est peu employé. Région rebelle, la Kabylie n'en demeure pas moins une terre authentique, au patrimoine culturel et naturel d'une grande richesse.
Par tradition, on sépare géographiquement la Kabylie en deux sous-régions : la Grande Kabylie, qui occupe le massif montagneux du Djurdjura aux portes de la capitale, et la Petite Kabylie, plus à l'est, qui longe la zone côtière entre Béjaïa et Jijel et comprend également la chaîne des Babors.

Tizi-Ouzou et la Grande Kabylie

A 150 km à l'est d'Alger.
La capitale de la Grande Kabylie doit son joli nom (« col des genêts ») aux arbrisseaux à fleurs jaunes qui embellissent les champs voisins au printemps. Malheureusement, la ville en elle-même offre un intérêt touristique plutôt limité. En proie au chômage et aux difficultés sociales, Tizi-Ouzou a souvent été au cœur de la lutte, pacifique ou violente, contre le pouvoir algérien. Il suffit en revanche de dépasser l'agglomération de quelques kilomètres seulement, vers l'est ou le sud, pour découvrir les premières pentes verdoyantes du Djurdjura et pénétrer dans la Kabylie profonde.

Les villages kabyles
Adossés sur les flancs d'une colline ou bien nichés sur les crêtes d'une petite montagne, les villages kabyles constituent l'un des aspects les plus pittoresques de la région. Les plus petits se composent d'une douzaine de maisons, bâties sans fantaisie avec des matériaux simples (terre, briques, parpaings, tuiles). Chacune d'elle dispose d'une petite parcelle, séparée des autres plantations par une clôture naturelle de cactus, d'oliviers ou de caroubiers. La vie locale du village est généralement gérée par la tribu qui l'occupe. Les hommes adultes se réunissent lors d'assemblées présidées généralement par le notable le plus âgé et le plus respecté de la communauté.

Yakouren
A 75 km à l'est de Tizi-Ouzou.
Située en lisière d'une vaste zone forestière, la localité de Yakouren est le point de départ d'agréables randonnées. Depuis la route qui longe la forêt, des sentiers permettent de grimper jusqu'au sommet du djebel Tamgout, à près de 1 300 m d'altitude. On peut aussi se promener à travers la belle forêt de Tizi Oufella ou celle de Beni Ghobri, où des stèles libyennes et des pierres romaines reposent à l'ombre des chênes-lièges.

Route de Ouadhia
Sur 30 km au sud de Tizi-Ouzou.
La route en lacets se dirige vers les premiers sommets du Djurdjura et traverse de nombreux petits villages traditionnels : Tadder-Oufellah, Tighilt ou Taguemount-el-Djedid, célèbre pour ses poteries kabyles.

Larbaa-Naït-Irathen
A 30 km à l'est de Tizi-Ouzou.
Perchée à plus de 900 m d'altitude, cette petite localité est occupée par la tribu des Aït Irathen, qui lutta avec férocité contre l'occupant français. En 1857, on coiffa le sommet du pic d'une forteresse, le Fort national, censée améliorer le contrôle de cette zone peuplée d'irréductibles guerriers kabyles. Aujourd'hui, la citadelle offre aux touristes une vue grandiose sur la région. D'une part, les sommets du Djurdjura, parsemés de petits villages typiques, de l'autre, la vallée du Sebaou.

Aïn-el-Hammam
A 45 km à l'est de Tizi-Ouzou.
Sur la route en corniche depuis Larbaa-Naït-Irathen, Aïn-el-Hammam est une station estivale et hivernale très reposante. La vue dégagée permet d'apercevoir le plus haut sommet de l'Atlas tellien, Lalla Khedidja, culminant à 2 308 m. Les villages des alentours sont spécialisés dans l'artisanat, et produisent, entre autres, les tapis kabyles.

Beni Yenni
Au sud de Larbaa-Naït-Irathen.
Avec ses petits hameaux nichés à flanc de montagne, voici l'un des endroits les plus authentiques de la Grande Kabylie. Les villageois des Beni Yenni se sont depuis plusieurs générations spécialisés dans l'artisanat traditionnel. Reconnus pour leur habileté, les joailliers fabriquent les fameux bijoux kabyles, à base d'argent ciselé et d'émaux et coraux cloisonnés : bagues, bracelets, boucles d'oreilles, colliers, etc.

Stations du Djurdjura
Bien recouvertes de neige en hiver, pentes du Djurdjura se prêtent idéalement au ski. A la belle époque, on y avait construire des infrastructures modernes, dignes des stations alpines. Pendant années 1990, le terrorisme, bien implanté dans la région, a mis les plaisirs de la glisse entre parenthèses. Aujourd'hui, des stations comme Talaguilef ou Tikjda reviennent à la mode. Les équipements ont malheureusement pris un sérieux coup de vieux, mais les hôtels et les restaurants offrant une vue panoramique sur les cimes enneigées restent bien fréquentés.

Suivez le guide !
Chaque été, vers la fin juillet, les artisans des Beni Yenni se réunissent à l'occasion d'un petit festival et exposent leurs plus belles créations en bijoux ou armures.

Parc national du Djurdjura
A l'intérieur des wilayas de Tizi-Ouzou et de Bouira.
Créé en 1983 dans le but de préserver l'écosystème régional, le parc national du Djurdjura s'étend sur près de 19 000 ha et englobe une demidouzaine de parcs forestiers et quelques lacs de montagnes. La faune comprend des singes magots, des mangoustes, des renards, des chacals, des porcs-épics et des aigles royaux.

La côte
Entre Dellys et Béjaïa.
Depuis la petite ville côtière de Dellys, une route en bord de mer dessert plusieurs stations balnéaires, idéalement installées entre les montagnes boisées et les longues plages de sable fin. Tigzirt, protégée des vagues par quelques îlots rocheux, est l'une des plus fréquentées par les estivants. Parsemé de vestiges antiques, ce site réserve aussi des découvertes historiques très intéressantes.

Béjaïa et ses environs

A 260 km à l'est d'Alger.
Située sur l'extrémité occidentale de son golfe, Béjaïa occupe une position stratégique qui fut régulièrement convoitée. Le site fut tour à tour occupé par les marchandsoccupé par les marchands phéniciens, les Romains, la dynastie des Hammadites, qui en firent une capitale rayonnante du XIe au XIIe siècle, les Almohades, puis par les Espagnols et les Turcs, qui se la disputèrent tout au long du XVIe siècle. Les Français, qui y pénétrèrent en 1833, la baptisèrent « Bougie », car elle était restée réputée pour sa production de chandelles en cire d'abeilles, ou « chandelles de Bougie ».
La capitale de la Petite Kabylie, qui compte près de 150 000 habitants, offre donc un intérêt historique certain, et propose, dans un rayon de 50 km,des sites naturels très variés : grottes, falaises, caps, montagnes, cours d'eau, cascades, ravins, etc.

La Casbah
A l'est du centre-ville.
Construite au XIIe siècle par les Almohades, la Casbah de Béjaïa est encerclée par des remparts très épais recouverts de plantes grimpantes. A l'intérieur des fortifications, les ruelles conduisent vers une mosquée datant du XVIIIe siècle, ainsi que vers une ancienne citadelle édifiée par les Espagnols à leur arrivée en 1509.

Musée Bordj Moussa
Place du 1er Novembre 1954. Ouvert tlj de 9 h à 12 h et de 13 h à 16 h, sauf le vendredi.
Située sous une place surplombant la mer, le bordj Moussa est un ancien fort militaire édifié par les Espagnols au XVIe siècle. Récemment transformé en musée, il accueille des collections éclectiques comprenant des objets préhistoriques, des pièces romaines, une section d'histoire naturelle ainsi que plusieurs toiles du peintre Emile Aubry (1880-1907), représentant des paysages ou des scènes de vie quotidienne en Kabylie.

Le Gouraya
Au nord de la ville.
C'est la montagne au pied de laquelle s'étend la ville. Elle abrite notamment le parc national du Gouraya, classé en 2004 parmi les réserves de biosphère par l'Unesco. Une route en épingle conduit jusqu'au pic des Singes, peuplé de singes magots, une espèce rare et protégée. Le « balcon » du pic des Singes offre une très jolie vue sur la côte. Le sommet du massif, qui culmine à 670 m d'altitude, est couronné par le fort Gouraya. Cet ouvrage défensif espagnol accueille de nombreux visiteurs ; par temps clair, le panorama sur le golfe, le cap Carbon, la côte et l'arrière-pays y est tout simplement unique. Sur le chemin du retour, il faut saluer le marabout de Sidi Touati.

Les Aïguades et le cap Carbon
Au nord de la ville.
La route en corniche au nord de la ville mène vers deux sites magnifiques. Le premier, les Aïguades, est un ensemble de très belles criques encadré de chaque côté par deux promontoires rocheux. Ce site, dont la forme rappelle celui d'une anse, est aussi appelé « l'anse des Aïguades ». Un peu plus au nord, le cap Carbon se détache du massif pour s'avancer sur quelques centaines de mètres dans la mer. Perché à 220 m d'altitude, le phare du cap Carbon est l'un des plus hauts de la Méditerranée. Plus à l'est, la « route des crêtes » enchaîne les cols et conduit jusqu'à l'aqueduc romain, qui alimentait en eau l'antique cité de Saldae.

Figues et huile d'olive
Dans une région où le relief accidenté ne permet pas l'exploitation de grandes surfaces agricoles, les arbres fruitiers, notamment le figuier et l'olivier, assurent la subsistance de la société kabyle depuis l'Antiquité. Figues séchées et huile d'olive constituent la base même de l'alimentation locale. Pratiquement chaque village de Kabylie possède sa petite huilerie. De la même manière que certains vont charger leurs seaux au puits, les enfants kabyles s'en vont régulièrement à l'huilerie du village remplir leurs petits récipients de plastique. L'huile d'olive kabyle s'apprécie en début de repas, en salade ou avec un simple morceau de pain rond.

La corniche jijelienne

Sur la partie orientale du golfe de Béjaïa, à l'ouest de Jijel.
C'est sans aucun doute le plus beau morceau de la côte algérienne. Sur près de 40 km, la côte se découpe en une succession de caps, falaises, promontoires et presqu'îles. A certains endroits, les versants montagneux semblent s'arracher du massif des Babors pour dévaler à pic et s'offrir une baignade dans la Grande Bleue. Accrochée à la paroi rocheuse, une longue route en corniche permet aux automobilistes d'admirer ce fabuleux paysage. L'aménagement des tunnels a permis de découvrir un certain nombre de cavernes calcaires. A une trentaine de kilomètres de Jijel, ouverte sur la mer, les Grottes merveilleuses(entrée payante) regorgent de stalactites et de stalagmites en plein processus de calcification.

Jijel

A 95 km à l'est de Béjaïa.
La ville côtière de Jijel se blottit secrètement au pied de grandes montagnes verdoyantes. Le tremblement de terre de 1856 n'a malheureusement pas laissé grand-chose de ce carrefour où tant de civilisations ont transité par le passé. La vieille ville a disparu, mais quelques constructions datant de l'époque coloniale valent le détour, comme le fort Duquesne, juché sur un promontoire rocheux à l'est de la ville, ou encore le Grand Phare(entrée libre), situé tout au bout d'une petite presqu'île. Entouré de jardins en terrasses, ce sémaphore construit en 1867 offre un lieu de balade très agréable pour profiter du paysage côtier. Pour ce qui est de la baignade, Jijel reste sans doute l'une des villes algériennes les mieux pourvues en plages. Certaines sont de galets, d'autres de sable fin, doré, rouge ou noir.

Parc national de Taza
A l'ouest de Jijel.
C'est l'une des réserves naturelles les plus précieuses de la côte algérienne. Sur plusieurs centaines d'hectares, les forêts de cèdres et de chênes abritent une faune et une flore exceptionnelles. On y a dénombré 435 espèces végétales et 146 espèces animales, dont plusieurs oiseaux rares, comme la sittelle kabyle, symbole de la région. On peut y accéder par la route en corniche en partant vers Béjaïa, ou par l'intérieur des terres, en empruntant un itinéraire très pittoresque, dominé par d'immenses falaises, des gorges et des ravins profonds.

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