4 - Se déplacer de ville en ville


Le Grand Sud : Le tassili N'Ajjer

Tassili N'ajjer © Jetske

Etiré sur des centaines de kilomètres entre le massif du Hoggar et la frontière libyenne, le tassili N'Ajjer (ou tassili des Ajjers en français) est un immense musée d'art préhistorique à ciel ouvert. Il y a plusieurs milliers d'années, les premiers occupants de ce plateau gréseux y avaient illustré les scènes de leur vie quotidienne à même la roche. A travers ces fresques uniques au monde, c'est toute l'histoire ancienne du Sahara qui nous est racontée. La visite du tassili des Ajjers constitue un voyage totalement dépaysant dans un cadre inédit où le temps semble s'être brusquement arrêté il y a 3 000 ans.

Djanet

A 1 500 km au sud d'Alger et 400 km au nord-est de Tamanrasset. Tout comme Tamanrasset pour le Hoggar, Djanet sert de porte d'entrée du tassili des Ajjers. Elle n'a cependant pas connu le même développement que sa voisine du sud et a su rester une oasis toute pleine de charme. Elle est bâtie sur les berges de l'oued Idjeriou, juste à côté d'une grande palmeraie et d'un ensemble de jardins où l'on cultive fruits et légumes. Suspendus à leur rocher, trois ksours dans un état de délabrement avancé (Adjahil, Azzelouaz et El-Mihane) sont tout ce qu'il reste des premiers faubourgs en terre édifiés à l'époque médiévale.

Parc national du Tassili

A l'est de Djanet.
Créé en 1972 pour assurer la protection des sites préhistoriques ainsi que celle de la faune et de la flore locale, le parc national du Tassili est un site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'étend sur plus de 1 000 km2 entre Djanet et la frontière libyenne.

Art pariétal du Tassili
Le Sahara n'a pas toujours été un désert. Au Néolithique, il était recouvert d'une savane semblable à celle que l'on retrouve aujourd'hui au cœur du continent africain. Pendant plusieurs millénaires, les populations qui s'y sont succédé ont gravé et peint sur la roche leurs préoccupations quotidiennes : scènes de chasse, rites religieux, batailles, etc. Répertoriées puis étudiées dès 1956 par l'explorateur, ethnologue et anthropologue français Henri Lhote, ces fresques constituent des archives inestimables sur le passé du Sahara et des populations qui l'ont habité.

Les différentes périodes de l'art pariétal
Au même titre que l'art contemporain dans la société actuelle, l'art pariétal du Tassili a évolué selon différentes phases. Une période archaïque, dite des « têtes rondes » (entre 6 000 et 4 500 ans av. J.-C.) a vu l'apparition des premiers dessins et gravures sur roche. Les animaux sauvages et les personnages sont d'abord représentés avec une tête ronde, parfois cornue, et sont armés d'arcs, de lances et de fourches (stade ancien). Par la suite, les dessins s'affinent et les sujets sont beaucoup mieux représentés (stade évolué), avant de redevenir grossiers (stade décadent). A la période bovidienne (4 000 à 1 500 av. J.-C.), qui reste la mieux représentée dans le Sahara algérien, on multiplie l'emploi des couleurs (ocre jaune, blanc, rouge, bleu…) et les formes deviennent plus réalistes. L'abondance de bovidés marque l'avènement de l'élevage dans la région. La période caballine (dernier millénaire avant notre ère) correspond à l'arrivée des chevaux et à l'introduction des chars à roues. A cette époque, la sécheresse se fait sentir et conduit à la disparition d'animaux tels que le rhinocéros, l'éléphant ou l'hippopotame. Les hommes ont abandonné leurs arcs de chasseurs pour s'armer de lances, poignards et boucliers. Enfin, la période cameline date des premiers siècles de l'ère chrétienne et témoigne, avec l'apparition du chameau sur les dessins, des grandes sécheresses qui ont touché le Sahara un peu plus tôt.

La faune saharienne
Les peintures rupestres du tassili des Ajjers représentaient une savane luxuriante parcourue par toutes sortes de fauves et de bêtes exotiques. La population animale de cette partie du Sahara a malheureusement fait les frais de la sécheresse. Quelques espèces sont toutefois parvenues à se maintenir. Au cours d'un trek ou d'une randonnée, il est possible d'apercevoir des gazelles, des troupeaux de chèvres, de petits guépards, des mouflons à manchettes en altitude, quelques rongeurs (gerboises, gerbilles, lièvres), des scorpions et, bien sûr, des dromadaires blancs, à ne pas confondre avec leurs cousins au pelage brun qui vivent dans la partie nord du désert.

Tamrit
A 20 km à l'est de Djanet.
Etalé au sommet d'un plateau escarpé, le site de Tamrit se caractérise par sa forêt de colonnes de pierre dont certaines peuvent atteindre 20 m de haut. Très rapprochées, elles forment un réseau abrité donnant accès à de nombreuses peintures d'époque bovidienne dont la « fresque des chasseurs », représentant des personnages armés d'arcs et de javelots à la poursuite de mouflons et d'antilopes, la « fresque des barques égyptiennes » ainsi que celle des « antilopes chevalines », réalisée à l'ocre rouge. Un peu plus loin, le plateau débouche sur une très belle vallée peuplée de tarout. Ces cyprès millénaires encore très robustes peuvent atteindre plus de 6 mètres de circonférence. La petite guelta au fond du canyon permet de se rafraîchir avant de reprendre la marche.

Timenzouzine
A 5 km de Tamrit.
Abris rocheux où l'on trouve la gravure d'un éléphant de période bovidienne. On y a peint un peu plus tard une impressionnante ménagerie composée de girafes, d'antilopes, de bœufs, d'éléphants et de poissons de plusieurs mètres de long.

Tan-Zoumaïtak
A la sortie du canyon de Tamrit.
Ce site abrite une très grande fresque où se mêlent des dessins correspondant à plusieurs époques différentes (archaïques, bovidiennes, postbovidiennes). On remarque un homme à tête discoïde ainsi qu'un mouflon aux cornes disproportionnées.

Tin-Tazarift
A 10 km à l'est de Tamrit.
Massif gréseux ensablé où l'érosion a sculpté d'impressionnantes arches hors du roc. Dans ce décor de Far West américain, les abris sont décorés de plusieurs personnages en mouvement, vraisemblablement en train de danser. Présence aussi de nombreuses impressions de mains.

Séfar
A 15 km de Tamrit.
Site où la concentration d'œuvres pariétales est l'une des plus élevées du Tassili. Toutes les époques y sont représentées. On y trouve notamment la fameuse fresque du « dieu aux orantes », représentant un personnage cornu de 3 m de haut entouré d'animaux et de femmes qui semblent l'implorer. Dans d'autres abris, plusieurs personnages ont été coiffés d'un casque tandis que d'autres ont été ornés de motifs africains.

Jabbaren
A 20 km au sud de Séfar.
Après Tamrit et Séfar, Jabbaren constitue l'un des sites majeurs du parc national du Tassili. Lhote y aurait recensé environ 5 000 figures réalisées sur douze époques successives. Le « grand dieu martien », un immense personnage à tête ronde, date de l'époque archaïque. Sur une autre paroi, une scène de l'époque bovidienne représente sur une surface de 20 m2 des gazelles et des antilopes traquées par des chasseurs, un rhinocéros blessé s'apprêtant à charger, des bœufs cernés par des archers, etc. A voir également des scènes d'offrandes, des femmes à têtes d'oiseau, des chars ainsi que le portrait d'une déesse libyenne dite « l'Antinea ».

Inaouanrhat
Face à Jabbaren, de l'autre côté de l'oued Amazar.
Ce site abrite la « dame blanche », ou déesse cornue, peinte à l'époque des têtes rondes. Elle a été réalisée à l'ocre blanc et son corps est recouvert de motifs décoratifs. La présence d'un champ de céréales au-dessus de sa tête indique qu'il s'agit peut-être là d'une déesse agraire, à rapprocher d'Isis, cette fresque étant contemporaine des influences égyptiennes dans le Tassili.

Sur la route d'Illizi

Au nord de Djanet.
La piste que l'on emprunte pour se rendre de Djanet à la petite ville d'Illizi, située à l'autre bout du tassili N'Ajjer, est balisée de charmantes petites oasis. Les sites d'art pariétal sont également très nombreux le long de cette route.

Tinterhert
A mi-chemin entre Djanet et Illizi.
Le site de Tinterhert abrite la très belle fresque d'un taureau de 5 m de long et entouré d'autruches, de girafes, d'antilopes, de lions, de rhinocéros, etc. Elle donne une bonne idée de l'étonnante diversité de la faune locale avant les grandes désertifications.

Iherir
A 20 km au nord de Tinterhert.
Blottie au fond d'un canyon, Iherir est une oasis insoupçonnée dans cette région pourtant si aride. La présence de nombreuses gueltas (bassins naturels) dans les environs a permis à la tribu des Kel Iherir de cultiver une palmeraie. D'allure très pittoresque, le village se compose de petites maisonnettes en boue séchée et recouvertes de paille tressée. Bivouac inévitable sur la route qui traverse le Tassili.

Illizi
A 400 km au nord de Djanet.
A l'autre extrémité du tassili des Ajjers, la petite oasis d'Illizi s'ouvre au nord sur l'erg Issaouane et ses champs de dunes dorées. Dans l'Antiquité, elle était située sur la route du Soudan et participait activement au commerce caravanier. En 1904, le général Laperrine y fit construire le fort Polignac.

Une flore à protéger
Du fait de l'aridité et de la trop haute altitude, la végétation du Grand Sud algérien demeure très pauvre. Le palmier, très présent dans le nord du Sahara, disparaît au profit de plantes et d'arbres épineux, comme les acacias, les seuls à pouvoir s'adapter à des conditions climatiques extrêmes. Curieusement, quelques cyprès géants ont subsisté dans la région du tassili des Ajjers. Les points d'eau permettent parfois l'épanouissement d'une petite végétation très variée. Ces rares sources sont précieuses pour les dromadaires et les troupeaux des Touareg. Il est souvent rappelé aux touristes de respecter cet environnement, aussi limité soit-il. La baignade dans les sources est interdite et, au cours d'une randonnée, les déchets doivent être conservés jusqu'au retour en ville, le papier hygiénique devant être brûlé sur place (prévoir un briquet !).

La Tadrart

Au sud-est de Djanet.
A cheval entre le Niger, l'Algérie et la Libye, la Tadrart est un désert aux couleurs fascinantes. Dorées le matin, orangées l'après-midi et rouges au coucher du soleil, les dunes de sable bordent les flancs de petites montagnes bien érodées. Les cheminées de fées de Moul N'Aga, qui semblent jaillirent hors du sable, restent l'un des plus beaux endroits à contempler dans cette partie du Sahara.
Chapitre précédent Chapitre suivant