3 - Un pays, une histoire, des hommes


Regards actuels

L'Algérie inaugure une centrale électrique hybride © Magharebia

A peine sortie d'une décennie noire, l'Algérie aborde aujourd'hui une ère nouvelle avec confiance et espérance. Si les défis socio-économiques à relever sont nombreux, le pays dispose d'un fort potentiel humain et de ressources naturelles et touristiques qui ne demandent qu'à être exploités.

Economie

La situation économique de l'Algérie dépend encore principalement de ses hydrocarbures. L'exportation du pétrole et du gaz naturel lui assure 98 % de ses recettes totales en devises. La flambée du prix du baril ces dernières années s'est donc traduite par le renflouement des caisses de l'Etat et une reprise de la croissance. Mais l'or noir étant une ressource épuisable, le pays sait qu'il ne pourra pas compter éternellement sur ses gisements sahariens et cherche dès à présent de nouvelles sources de revenus. Les autorités algériennes ont ainsi clairement affiché leurs ambitions de diversifier l'économie nationale, notamment en réformant le système agraire et en développant les activités liées au secteur tertiaire (finances, services, nouvelles technologies…).

Energies et industries
Bien pourvue en ressources naturelles, l'Algérie se classe parmi les premiers pays exportateurs de gaz (4e rang) et de pétrole (12e rang) de la planète. Depuis le Sahara, où sont situés les gisements, des oléoducs relient les trois ports pétroliers d'Arzew, Skikda et Béjaïa tandis que deux gazoducs raccordent vers l'Espagne via le Maroc et l'Italie via la Tunisie. Si la compagnie nationale Sonatrach disposait jusque-là d'un monopole absolu en matière d'exploitation, de production et de commercialisation, une nouvelle loi sur les hydrocarbures a ouvert le secteur de l'énergie à la concurrence dans le but d'attirer davantage d'investisseurs étrangers. Quant au domaine minier (fer, zinc, phosphate…), il s'étend sur 1,5 million de km2 mais demeure, faute d'infrastructures et d'investissements conséquents, largement sous-exploité.

Agriculture et pêche
Prospère sous l'occupation française, puis minée par la révolution agraire de Boumediene, l'agriculture algérienne connaît aujourd'hui une reprise très encourageante. La mise en place du Programme national de développement agricole en 2000 a permis d'améliorer le rendement des terres de manière considérable. La production nationale couvre désormais les besoins de la population en produits maraîchers, fruits, agrumes, légumes et viandes blanches. En revanche, l'Algérie s'approvisionne encore à l'étranger en matière de produits laitiers, sucre et huiles et demeure l'un des plus gros importateurs de blé au monde ! La pêche, peu développée, fait aussi l'objet d'un programme de grande envergure qui prévoit notamment la modernisation de la flotte et le développement de l'aquaculture.

Travaux publics
Face à la pression démographique et à la nécessité de renouveler des infrastructures vieillissantes, l'Algérie s'est lancée dans une vaste politique de construction. Réalisation d'une autoroute estouest, construction d'une vingtaine de barrages et de stations de dessalement, mise en chantier de 150 000 logements chaque année, extension des ports et des aéroports, réaménagement des centres urbains, etc. Le BTP représente aujourd'hui le secteur le plus dynamique de l'économie algérienne (+ 7,4 % de croissance en 2005). Et les entreprises nationales ne sont pas les seules à mettre la main à la pâte puisque les appels d'offres sont désormais ouverts à la concurrence internationale. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir travailler sur un même chantier ouvriers chinois et algériens.

Tourisme
En dehors du Sahara qui accueille quelques milliers de visiteurs chaque saison, le tourisme est quasi inexistant en Algérie. Les infrastructures hôtelières restent très limitées et le patrimoine culturel, pourtant d'une grande richesse, est mal mis en valeur. Avec le retour au calme dans le nord du pays, on se remet cependant à y croire. Les expatriés sont de plus en plus nombreux à passer leurs vacances au pays et des voyages sont désormais organisés pour permettre aux pieds-noirs de retourner sur la terre qui les a vu naître. Conscientes des revenus que cette activité pourrait générer, les autorités algériennes ont pour leur part promis de faire du tourisme l'une de leurs priorités.

Institutions politiques et administratives

Adoptée au lendemain de violentes émeutes populaires, la constitution de 1989 a mis fin à vingt-cinq années de règne du parti unique en Algérie. Elle instaure un régime démocratique et pluraliste dont les dirigeants sont désignés par la voix des urnes.

Pouvoir exécutif
Le président de la République exerce la magistrature suprême. Il incarne l'unité de la nation et représente l'Etat à l'étranger. Elu au suffrage universel direct pour une durée de cinq ans et rééligible une fois, il nomme le Premier ministre, chef du gouvernement. Depuis 1999, c'est Abdelaziz Bouteflika, ancien chef de la diplomatie algérienne sous Houari Boumediene, qui est président. Son deuxième mandat arrive à terme en 2009.

Pouvoir législatif
Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement constitué de deux chambres. La chambre haute, le Conseil de la Nation, compte 144 membres dont les deux tiers sont élus par des assemblées, le dernier tiers étant désigné par le président de la République. L'Assemblée populaire nationale se compose de 380 membres élus au suffrage universel direct. Chaque loi votée par l'Assemblée fait l'objet d'une délibération au Conseil de la Nation. Les deux chambres disposent également de pouvoirs de contrôle de l'action du gouvernement en matière budgétaire et de politique étrangère, et peuvent mettre en cause sa responsabilité par le vote d'une motion de censure.

Système judiciaire
L'appareil judiciaire algérien est composé d'une Cour suprême, qui veille au respect du droit, d'un Conseil d'Etat, juge d'appel et juge de cassation, d'un Conseil supérieur de la magistrature, présidé par le chef de l'Etat, et d'un Conseil constitutionnel qui veille notamment à la régularité des référendums et des élections présidentielles et législatives.

Découpage administratif
L'Algérie est constituée de 48 wilayas (préfectures), subdivisées en 160 daïras (sous-préfectures) et en 1541 communes.

Population

Démographie
L'Algérie est un pays jeune. Sur 33 millions d'habitants, la moitié a moins de 25 ans. Un fort potentiel humain qui reste toutefois peu exploité : le taux de chômage avoisine les 60 % chez les jeunes. Grâce à l'amélioration du niveau d'instruction des femmes et au recul de l'âge moyen du mariage, cette croissance démographique connaît aujourd'hui un net ralentissement. Ainsi l'indice de fécondité a été ramené à 2,5 alors qu'il s'élevait à 8 dans les années 1970 ! La répartition géographique de la population est quant à elle très hétérogène. Près de 90 % des Algériens se concentrent dans le nord du pays, qui ne représente qu'un cinquième de la superficie totale du territoire.

Composition
Si les Arabes ont apporté une contribution démographique limitée lors de la conquête musulmane, ils ont néanmoins réussi à arabiser et à islamiser une bonne partie des Berbères, plus ancienne communauté d'Afrique du Nord. Aujourd'hui, les Algériens, qui sont pour la plupart d'origine berbère ou araboberbère, se différencient donc sur des critères linguistiques ou culturels. On estime que 75 % d'entre eux sont arabophones et un peu plus de 25 % sont berbérophones. Ces derniers, qui se nomment Imazighen (pluriel d'Amazigh) et parlent le tamazight, constituent plusieurs communautés : les Kabyles, à l'est d'Alger, les Chaouïs dans les Aurès, les Mozabites dans la vallée du M'Zab, les Touareg et les Zénètes dans le Sahara…

Religions

L'islam
L'islam sunnite, religion d'Etat, est pratiqué par 99 % de la population. Les Algériens pratiquants doivent se soumettre aux cinq piliers de l'islam : - la profession de foi, ou chahada, qui consiste à reconnaître l'existence d'un Dieu unique dont le messager est Mohamed ;
- la prière, que le croyant doit accomplir cinq fois par jour, pieds nus et tourné vers La Mecque. Le vendredi, jour de la grande prière, les fidèles se rassemblent à la mosquée ;
- l'aumône, ou zakât, pour venir en aide aux pauvres et aux plus démunis ;
- le jeûne pendant le mois du Ramadan, 9e mois du calendrier lunaire de l'islam ;
- le pèlerinage à La Mecque (hadj), que le fidèle doit entreprendre au moins une fois dans sa vie, s'il en a les moyens physiques et matériels.
Le pays, qui pratiquait pourtant un islam modéré au lendemain de l'indépendance, a brutalement basculé vers un islam radical dans les années 1980 avant de faire la terrible et douloureuse expérience du terrorisme la décennie suivante. Aujourd'hui, alors que certaines plaies sont encore vives, la religion demeure un sujet de conversation très sensible chez les Algériens.

L'arabe algérien
L'arabe classique est la langue officielle du pays mais les Algériens ne l'utilisent que dans les administrations ou les médias. Entre eux, ils ont recours à un arabe dialectal dont le champ lexical s'est enrichi de mots berbères, turcs, espagnols et surtout français. Quand un mot ou une expression vient à manquer, ils le puisent dans une autre langue et l'adaptent à la sauce algérienne. Ainsi, les Algériens diront qu'ils roulent en tonobile (automobile), portent une kasketa (casquette) en été et un bouni (bonnet) en hiver, et préparent leur repas dans une couzina (cuisine) !

Les femmes en Algérie
La situation de la femme en Algérie est assez paradoxale. Si les Algériennes ont le droit d'aller à l'école, de suivre des études supérieures, d'enseigner ou d'exercer des professions libérales, elles sont d'un autre côté écrasées par une législation qui ne leur accorde aucune faveur. En 1984, Chadli Bendjedid instaurait un Code de la famille qui privait les femmes d'un certain nombre de droits civiques et les plaçait en situation d'infériorité face à leur époux, notamment en cas de divorce ou devant l'héritage. En 2005, une réforme de ce texte avait laissé entrevoir quelques espoirs mais le texte initial ne fut que peu modifié.

La foi chrétienne
Les chrétiens sont certes minoritaires (moins de 1 %) mais la présence de quelques petites communautés permet de célébrer la messe dans certaines églises du pays. Le territoire est découpé en quatre diocèses : Alger, Constantine, Oran et Laghouat. Depuis quelques années, des voyages à caractère religieux, notamment sur les traces de saint Augustin dans l'est ou du père de Foucauld dans le Hoggar, ont vu le jour.

Les juifs d'Algérie
La présence des juifs en Algérie remonte à plusieurs milliers d'années. Les premiers seraient arrivés avec les Phéniciens au moment de la fondation des comptoirs marchands sur la côte. Plus tard, de nombreux juifs andalous, fuyant la Reconquista espagnole, s'installèrent à Tlemcen, Alger ou Constantine. A la vieille de l'indépendance, la communauté juive algérienne comptait 150 000 personnes environ, auxquelles le décret Crémieux avait accordé la citoyenneté française. Après la guerre, cette population émigra massivement vers la France ou en Israël, et la plupart des synagogues furent converties en mosquées. Aujourd'hui, il subsiste encore quelques familles juives algériennes qui ont choisi de renoncer à l'exil.

Vie sociale

Comme dans bon nombre de pays musulmans, la famille constitue la base essentielle de la société algérienne. L'Algérien ne quitte généralement les siens qu'après le mariage. Il est d'ailleurs encore fréquent que les jeunes couples mariés, pour des raisons pratiques, s'installent au domicile parental. C'est ainsi que l'on retrouve parfois sous le même toit ou dans les maisons avoisinantes grands-parents (le hadj et la hadja), frères, sœurs, fils, belles-filles, cousins, petits-enfants… Cette cohabitation suit des codes bien établis où le respect des aînés est fondamental. Dans certaines familles algériennes, hommes et femmes mangent encore séparément. Il en va de même pour les mariages où le marié dîne entre hommes tandis que son épouse, installée dans une autre pièce, reste entourée de ses invitées. Ces pratiques ont cependant tendance à disparaître, notamment dans les grandes villes du nord du pays.

Fêtes et coutumes

Fêtes civiles
1er janvier : Jour de l'an.
1er mai : fête du Travail.
19 juin : anniversaire du sursaut révolutionnaire du 19 juin 1965.
5 juillet : fête de l'indépendance du 5 juillet 1962.
1er novembre : anniversaire de la révolution du 1er novembre 1954.

Fêtes religieuses
Les dates des fêtes islamiques changent chaque année. Le calendrier hégérien étant un calendrier lunaire, il compte en effet une dizaine de jours de moins que le calendrier grégorien. En Algérie, certaines fêtes religieuses donnent lieu à des réjouissances hautes en couleur et sont généralement l'occasion de partager un repas traditionnel en famille. C'est le cas de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois de Ramadan. Les Algériens revêtent leurs plus beaux habits, souvent achetés pour l'occasion, et s'en vont rendre visite aux proches, aux amis. Dans chaque maison, le visiteur se voit offrir une tasse de thé à la menthe et des pâtisseries orientales. Environ soixante-dix jours plus tard, a lieu l'Aïd el-Kebir, dite également Aïd el-Adha, la « fête du sacrifice ». A cette occasion, chaque famille qui en a les moyens égorge un mouton pour commémorer le sacrifice d'Abraham. Les festins à base de brochettes de viandes se succèdent deux jours durant. Enfin, le soir du Mawloud en-Nabaoui, anniversaire du prophète Mohamed, les maisons sont illuminées par des bougies et parfumées d'encens. Après le repas en famille, les enfants sortent s'amuser dans la rue avec fusées et pétards.

Art et culture

Littérature
Qu'ils soient d'expression française ou arabe, l'Algérie a donné naissance à un très grand nombre d'écrivains. Parmi les plus célèbres, citons Mohamed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Malek Haddad, Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, Leïla Sebbar, Tahar Djaout, et dans un registre plus contemporain, Assia Djebar, membre de l'Académie française, et l'écrivain Yasmina Khadra.

Musique
La musique algérienne est d'une étonnante diversité. Presque chaque région possède un style, des chants ou des instruments qui lui sont propres. Ainsi, Tlemcen, Alger ou Constantine ont hérité à partir du XVe siècle de la musique arabo-andalouse, apportée par les musulmans et les juifs chassés d'Espagne par la Reconquista. Au XXe siècle naissent deux nouvelles musiques populaires : le châabi à Alger, interprété par des maîtres comme Hajd el-Anka, Hachemi Gherouabi ou Dahmane el-Harrachi, et le raï à Oran (Cheikha Rimitti, Blaoui el-Houari, Cheb Khaled, Cheb Mami…). En Kabylie, des chanteurs engagés comme Matoub Lounès, Idir ou Aït Menguellet sont devenus les symboles de la revendication berbère. Plus au sud, la gnawa, musique d'inspiration spirituelle, accompagne les danseurs jusqu'à la transe. Dans le Sahara, les fêtes touareg sont animées par des orchestres féminins jouant du tindé, petit tambour, et de l'imzad, violon à une seule corde.

Cinéma
Le cinéma algérien, s'il ne produit aujourd'hui que très peu de films, a connu son heure de gloire à la fin des années 1960 et au milieu des années 1970 avec des acteurs comme Rouïched (Hassan Terro, 1967) et des réalisateurs comme Mohamed Lakhdar-Hamina, dont les Chroniques des années de braise obtinrent la palme d'or au festival de Cannes en 1975, ou encore Merzak Allouach (Omar Gatlato, 1976).

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