Le Sud-Est de la Sicile

La réserve naturelle du fleuve Ciané

Le fleuve se remonte en barque, au départ de Syracuse.
Ce cours d’eau tranquille, que bordent saules et papyrus, porte le nom de la nymphe favorite de Proserpine, déesse des Enfers. Depuis qu’un érudit en eut l’idée saugrenue, au XVIIe siècle, on récolte le papyrus pour le peindre à l’aquarelle.

L’« oasis » de Vendicari (Oasi faunistica di Vendicari)

Au sud de Syracuse.
Veillé par une tour souabe, Vendicari est un monde marécageux où 200 espèces se donnent rendez-vous, de l’aigrette blanche au flamant rose. La visite se fait à pied, sous le contrôle étroit de la guardia forestale.

Mare e scogli a Vendicari By: Angelo FaillaCC BY-NC-SA 2.0

Le nudiste en savait long…

« Eurêka ! » C’est en courant nu dans les rues de Syracuse qu’Archimède s’est taillé une légende. Il faut dire que le savant (né en 287 avant notre ère) venait de découvrir la loi qui permet aux corps de flotter… alors qu’il prenait son bain ! Ce n’est pas la seule chose qu’on lui doive : il nous a également permis d’écrire n’importe quel chiffre, a découvert les décimales du nombre ð (3,14116…), inventé la vis sans fin, le levier, le premier planétarium et même des miroirs convergents pour embraser à distance les vaisseaux romains qui assiégeaient Syracuse, en 212. En vain : le grand homme ne pourra empêcher la prise de la ville. Au cours du pillage, il est tué par un légionnaire, en parfaite désobéissance aux ordres de Marcellus, qui tenait à rencontrer vivant ce génie du monde grec.

Megara Hyblaea

A 25 km au nord de Syracuse ; 45 km au sud de Catane.
Cette ville porte le nom d’un roi indigène, Hyblon, qui donna le terrain à des colons de Mégare, en Egée. Syracuse la détruit au IVe siècle, et les troupes du Romain Marcellus finissent le travail. Patiemment étudiée par les archéologues italiens et français, c’est la seule cité grecque dont on connaisse parfaitement l’évolution. Al’Antiquarium, des maquettes en illustrent les différentes étapes.

Pantalica

A 35 km à l’ouest de Syracuse, par Floridia Solarino et Sortino.
C’est le site protohistorique majeur de la Sicile. Il y a 3 300 ans, les indigènes s’y retranchèrent contre les assauts des Sicules, qui finirent par les déloger et prendre leur place. On y verra le palais de l’Anax et 5 000 tombeaux des conquérants sicules, creusés dans le roc.

Noto

A 35 km au sud de Syracuse.
Le 11 janvier 1693, un tremblement de terre rase de frais tout l’est de la Sicile. Le vice-roi d’Espagne veut faire oublier ses impôts outranciers. Il lance la reconstruction : pour la première fois, les fonds traversent la Méditerranée dans le sens Madrid-Sicile. Noto est tellement touchée qu’on fait l’économie des travaux de déblaiement pour la reconstruire 20 km plus loin. Pour ce faire, on déniche un architecte obscur – et donc moins cher, Rosario Gagliardi. C’est lui qui dessine la nouvelle Noto, avec un plan simple : trois axes coupent la colline, marquant chacun une pause devant une place et son église. Les maçons emploient le beau calcaire local, dont on dit qu’il épouse toutes les nuances du miel, du brun vif au rosé.

Suivez le guide !

On peut découvrir le travail du papyrus au musée que Syracuse lui consacre (Viale Teotrico, 10, ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 14 h), où l’on restaure aussi les manuscrits antiques.

« Aventure » baroque

Pour dissimuler l’épaisseur des murs – on redoute un second séisme, on rajoute et surajoute les ornements. Les maisons les plus modestes auront toutes leurs corniches, leurs angelots bouffis, leurs grilles courbes à l’espagnole… Noto est donc l’un des plus purs produits du XVIIe, si pur qu’Antonioni la choisit pour y tournerL’Avventura.
Aujourd’hui, ce décor montueux sert de toile de fond à de modestes jeux d’enfants et aux promenades lymphatiques des anciens à chapeau noir. Après avoir, en 1990 et 1996, subi à nouveau les fureurs du sous-sol, Noto est peu à peu reconstruite dans son style d’origine. Il est question d’en faire le siège de la Commission antisismique internationale. Un symbole.

Cathédrale (Duomo)

Piazza Municipio.
Dédiée à saint Conrad, patron de Noto, elle perche au sommet de trois larges escaliers. Tout juste rénovée, elle est large, bien équilibrée dans sa pierre blonde si typique. Quatre colonnes portent aux nues les évangélistes. Ecrasée par la hauteur de la cathédrale se dresse en face le palais Ducezio, actuelle mairie, qui charme de son jeu d’arcades.

Eglise Saint-Dominique (San Domenico)

Construite par Gagliardi, avec un design qui donne la priorité à la courbe.

Eglise Saint-François (San Francesco)

Notable surtout pour les perspectives de son escalier monumental. Sur la même place se dresse la tour du couvent du Très-Saint-Sauveur(Santissimo Salvatore).

Palais Villadorata

A voir surtout pour sa façade où s’entrelace, en une sarabande contre nature, toute la faune mythologique.

Noto Antica

A 18 km au nord-ouest de Noto.
Quelques paysans en quête de mûres ou de quelque beau moellon, des voyageurs qui ont pris le temps de flâner : c’est la seule population de l’ancienne Noto. A l’entrée se dressent les restes d’un donjon et d’une porte de ville. Le reste est un inextricable roncier de murets et de bosquets brûlés où perce parfois une église ou un amandier.

Raguse

A 70 km au sud-ouest de Syracuse,via Noto.
« Moi, Domenico de Raguse… » La chanson de Michel Sardou a rendu le nom de cette ville quelque peu célèbre… bien qu’on la confonde encore avec l’autre Raguse, la très croate Dubrovnik !
A travers une campagne carrelée de murets de pierre où se délabrent les antiques demeures des latifundistes, on atteint la cité, posée en équilibre entre deux ravins et deux mamelons ocrés reliés par des ponts et un aqueduc romain. Détruite par le tremblement de terre de 1693, Raguse est reconstruite en baroque, par l’inévitable Rosario Gagliardi. Reine déchue du textile, Raguse s’essouffle un peu d’avoir trop cru à l’industrie pétrolière, aujourd’hui en crise. La vie y coule paisiblement, entre des cafés qui embaument l’amaretto et des boutiques qui n’ont de mode que le nom. Ses palais baroques se partagent entre Ragusa Ibla et Ragusa Bassa, la plus moderne, où l’on trouve aussi une grand-place immaculée, façon Lego, dans le plus pur style mussolinien.

Rosario Gagliardi, le théâtreux

Né en 1680 à Syracuse ou à Noto, on ne sait presque rien de cet architecte, qui fréquente si peu ses confrères qu’il a gardé intacte toute sa personnalité. C’est lui qui dessine la nouvelle Noto, et donne ses chefsd’œuvre à Raguse et Modica. Obsédé par les escaliers, il choisit ses terrains à flanc de colline, donnant à toutes ses réalisations des allures de décor d’opéra. Il a aussi le génie de l’ornementation pour pallier les lourdeurs d’une architecture antisismique avant l’heure. Il meurt en 1726 à Noto, sans lire le point final de son immense travail de reconstruction.

Cathédrale (Duomo)

Dressée sur une place à deux niveaux, sa lourdeur n’est pas ce que le baroque a produit de mieux. On lui tournera vite le dos pour voir les proches palais du corso Italia.

Eglise Saint-Georges (San Giorgio)

Dessinée par Gagliardi, elle impose à l’œil son podium à trois étages de colonnes. Elle semble porter aux nues sa cloche, son horloge et l’inévitable croix. A l’intérieur, les grandes orgues ont la particularité de pouvoir rendre le grondement sourd du tremblement de terre. On visitera aussi l’église Saint-Joseph(San Giuseppe),également due à Gagliardi.

Suivez le guide !

Les employés du parc de la Forza vous feront parfois attendre qu’un autocar arrive pour vous faire accéder aux grottes. Insistez pour une visite individuelle ou explorez par vous-même.

Modica

A 15 km au sud de Raguse.
Avec ses forêts de parkings à scooters, les gestes désespérés de la polizia stradale fendant les flots de voitures toussotantes, Modica est l’éternelle rivale de Raguse. Mise à égalité par le tremblement de terre de 1693, elle fut également reconstruite par Gagliardi.

Eglise Saint-Georges (San Giorgio)

Avec son clocher à pendule et son escalier de 250 marches, elle est une véritable théâtralisation de la puissance religieuse. Elle rappelle une pendule de cheminée aux dimensions colossales, qui semble défier l’heure du prochain terremoto.

Ispica

A 15 km à l’est de Modica, 30 km à l’est de Raguse.
Encore une ville reconstruite après le séisme de 1693. Ispica se trouvait plus bas dans la vallée, et le site actuel s’appelait Spaccaforno jusqu’à l’ère fasciste, qui lui redonna le nom de la défunte. Des églises comme Sainte-Marie-la-Grande (Santa Maria Maggiore) ne manquent pas d’intérêt, mais, si l’on dispose de peu de temps et que le baroque commence à lasser, on se tournera avant tout vers l’Ispica rupestre.

Parc de la Forza (parco della Forza)

Cette esplanade archéologique occupe l’emplacement d’une vieille citadelle. On y verra le château (XVe) de la puissante famille locale, les Statella ; les ruines des remparts, des écuries (scuderie) aménagées dans le roc, avec leurs mangeoires. Le clou reste le Centoscale, qui, contrairement à son surnom, compte 280 marches, plongeant dans les entrailles de la terre. Il servait à ravitailler la forteresse en eau pendant les sièges.

Cava d’Ispica

A 17 km d’Ispica, par la no 115 (bifurcation indiquée). Entrée payante.
Cette carrière (cava) se parcourt à pied, à la découverte de nécropoles qui couvrent une période allant du néolithique aux premiers chrétiens. La plus impressionnante est la Larderia, un alignement de caveaux éparpillés entre les murs et le sol, et dont le nom imagé signifie « lardoir ».

Vittoria

A 25 km à l’est de Raguse ; 30 km au sud-est de Géla.
Ce centre de production viticole est célèbre pour son plan en carré. Elle porte le nom de sa fondatrice, Vittoria Colonna, fille d’un vice-roi de l’époque espagnole. On y détaillera quelques palais baroques, et le Musée polyvalent,riche en outils traditionnels.

Comiso

A 17 km à l’est de Raguse.
Dans cette ville au charme médiéval, on découvrira la fontaine de Diane, élevée à l’ère fasciste, l’église de l’Annunziata, remaniée au XVIIIe et le château aragonais des Naselli, qui dissimule un baptistère byzantin.

Scicli

A 10 km au sud de Modica.
Cette petite ville n’a pas échappé à la « baroque-mania » – l’après-1693 oblige. On portera surtout attention à la Chiesa Madre et à Saint-Ignace, où se terre une madone en papier mâché piétinant l’ennemi turc, ainsi qu’au palais Beneventano, aux mascarons monstrueux.

Marina di Ragusa

A 25 km au sud-ouest de Raguse.
Ancien port d’embarquement de l’asphalte de Raguse, ce petit port se contente aujourd’hui de la pêche et des revenus du balnéaire.

Pozzalo

A 5 km au sud d’Ispica.
Cette agréable station balnéaire est notable pour sa tour de Cabrera (1429), qui protégeait contre les pirates des entrepôts prospères.

Lire la suite du guide