La guerre du Liban

La « Suisse du Moyen-Orient » est devenue, entre 1975 et 1990, le symbole même de la violence aveugle. Si le déroulement de la guerre peut se résumer à quelques dates et à des faits précis, les raisons du conflit et sa longévité nécessitent une explication plus complexe. Ce n’est qu’au prix d’un effort de compréhension du contexte géopolitique régional et d’un rejet d’une analyse réductrice en termes d’affrontements inter confessionnels que peut s’éclairer un conflit de 15 ans qui a fait éclater la société libanaise.

Tout d’abord, il est nécessaire de garder à l’esprit qu’une tension est à l’œuvre dans la vie politique du pays depuis le XIX e siècle : celle entre partisans de l’arabisme et partisans du communautarisme. Mal enfouies sous un discours confessionnel ou sous des idéologies politiques de droite ou de gauche, les vieilles rivalités féodales entre familles étendues refont aussi régulièrement surface. Ensuite, il ne faut pas oublier à quel point le Liban a subit le contrecoup d’autres conflits à l’échelle régionale ou internationale.

Ainsi, comme une série de poupées russes emboîtées, il y a plusieurs niveaux de lecture du conflit libanais. A un premier niveau local, les enjeux semblent se résumer à des affrontements entre clans libanais de même confession ou entre milices de confessions différentes.

Le niveau régional fait apparaître le Liban comme un terrain de bataille entre des parties extérieures qui s’y affrontent soit directement, comme c’est le cas des Palestiniens et des Syriens ou des Israéliens, soit indirectement par milices libanaises interposées, comme c’est le cas entre Israël, d’un côté, et la Syrie ou l’Iran d’un autre. On peut enfin distinguer un troisième niveau international qui dépasse les frontières strictes du Proche-Orient en impliquant les Etats-Unis, via leur allié israélien, et l’Union soviétique qui soutient la Syrie.

1975-1976, les factions se déchirent

Si la tension entre factions adverses n’avait cessé de monter depuis le début des années 1970, on a cependant l’habitude de prendre comme date de naissance de la guerre le mois d’avril 1975, lorsqu’un autobus rempli de Palestiniens est pris pour cible par les membres des Phalanges maronites.

Ripostes, vengeances, attaques et contre-attaques font alors boule de neige et aboutissent à des affrontements de grande ampleur entre deux parties principales : le Front libanais, composé de diverses milices maronites qui se rangent aux côtés des Phalanges dirigées par Pierre Gemayel, doit faire face à une coalition de partis dits « progressistes », unissant divers mouvements de la Gauche libanaise et palestinienne, pan- arabe ou marxiste.

Kamal Jumblatt, leader druze d’assise féodale, rassemble les progressistes bien au-delà de son groupe d’origine, puisqu’on y trouve chiites, sunnites, grecs- orthodoxes aussi bien que Libanais et Palestiniens. Les revendications principales de ce groupe, au-delà de nombreuses divergences, sont l’abandon ou la révision en profondeur du système politique communautaire et le soutien à la cause palestinienne.

Inversement, le Front libanais refuse les réformes constitutionnelles et entend limiter strictement la présence palestinienne au Liban vue comme un facteur de déstabilisation tant politique que démographique (les Palestiniens sont essentiellement musulmans). Le gouvernement, qui perd vite toute légitimité, n’a aucun moyen d’empêcher les affrontements de s’étendre alors que tous les groupes sont armés et que les troupes régulières désertent pour rejoindre l’un ou l’autre camp.

Le conflit polarise les communautés et Beyrouth est très tôt divisée de part et d’autre de la « Ligne verte » : Beyrouth- Est chrétienne, Beyrouth- Ouest musulmane. Le centre-ville, symbole du dynamisme économique de la capitale et quartier interconfessionnel, est systématiquement bombardé.

Le reste du pays est fragmenté en zones tenues par les différentes milices à tendance de plus en plus strictement confessionnelle à mesure que le conflit progresse. Tandis que les factions se disputent le pays, massacrant parfois les populations civiles de la confession adverse, ces dernières fuient les campagnes pour aller grossir le nombre des réfugiés dans les agglomérations.

1976-1988, les voisins interviennent

La situation militaire n’est pas favorable au Front libanais alors que les victoires palestiniennes se multiplient. Aussi, au printemps 1976, Pierre Gemayel fait appel à la Syrie. Sous prétexte de séparer les combattants, c’est pour Damas un moyen d’occuper le Liban mais aussi d’empêcher le renforcement des mouvements palestiniens.

En effet, les dirigeants syriens s’opposent à la formation de tout Etat palestinien qui compromette leur propre projet d’une « Grande Syrie » incluant aussi la Palestine d’avant 1948. Syriens et Phalangistes, unis dans le même effort, bombardent les camps militaires palestiniens autour de Beyrouth.

Le conflit ne cesse pas pour autant, alors que les alliances se rompent et se renversent et que d’autres acteurs entrent en scène. Damas s’appuie sur les divisions existantes et les entretient afin de se rendre indispensable comme médiateur et pacificateur. Après leur accord initial avec les Phalangistes, les Syriens s’allient successivement avec les diverses milices communautaires libanaises tout en attisant au sein de chacune d’elles les rivalités entre grandes familles.

Dans un premier temps, ils jouent le jeu du mouvement Amal, fondé par l’imam chiite libanais Moussa Sadr, nationaliste et solidaire des progressistes, avant d’encourager le développement du Hezbollah, autre mouvement chiite mais de tendance islamiste et financé par l’Iran révolutionnaire.

A partir de 1978, tandis que Damas s’installe durablement au Liban, les Israéliens entrent à leur tour dans le conflit. Tandis que la politique syrienne est caractérisée par des renversements d’alliances, Israël n’aura d’autres alliés déclarés que certaines factions chrétiennes. Néanmoins, les intérêts israéliens et syriens coïncident en ce qui concerne les Palestiniens.

Tsahal, l’armée israélienne, intervient de manière de plus en plus massive dans le sud du pays où se sont retranchés les mouvements armés de l’OLP. A défaut de toujours pouvoir agir par eux-mêmes, les Israéliens s’assurent le concours d’une milice formée de dissidents chrétiens de l’armée libanaise régulière. Ceux-ci s’installent dans le sud du pays occupé par Israël lors de l’invasion de 1978 et déclaré « zone de sécurité ». Ils y proclament l’Etat du Liban libre et se constituent en Armée du Liban-Sud (ALS).

En 1982, les Israéliens envahissent le Liban jusqu’à Beyrouth pour en déloger l’OLP. Les Syriens n’interviennent pas et la majorité des combattants palestiniens doit quitter le Liban sous surveillance de l’ONU.

En septembre de la même année, en réponse à l’assassinat de Béchir Gemayel (fils de Pierre), chef des Phalanges qui venait d’être élu président de la République, les Phalangistes se livrent au massacre d’un millier de civils palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Ceci au vu et au su de l’armée israélienne qui contrôle la zone.

Le scandale international est considérable et l’ONU y répond en envoyant une force d’interposition, les « casques bleus », qui ne résiste que jusqu’en octobre 1983 à des attentats meurtriers sans doute montés par les Syriens sous couvert de milices chiites (Djihad islamique ou Hezbollah). En décembre, une intervention internationale parvient à faire évacuer par la mer Yasser Arafat, chef de l’OLP, et ses derniers partisans réfugiés à Tripoli et assiégés par l’armée syrienne. Dès lors, la centrale palestinienne sera basée à Tunis.

Après l’éviction des Palestiniens, la guerre, qui a pris une ampleur régionale par l’intervention des armées des pays voisins, ne se calme pas. Le nombre des milices se multiplie alors que se développent des trafics en tous genres, notamment celui de la drogue produite dans la Bekaa.

Au sein de chaque communauté, clans familiaux et factions politiques s’affrontent. Les bombardements nocturnes sur Beyrouth s’intensifient et nombre de personnalités de tous bords sont assassinées. Quant aux Israéliens, ils ont évacué Beyrouth mais demeurent dans l’extrême sud du pays, attisant les conflits entre druzes, musulmans et maronites.

Enfin, les différents épisodes de négociations entre les parties sous égide internationale n’aboutissent pas. Si certains chrétiens libanais, les Israéliens et une partie de l’opinion publique occidentale favorisent une solution au conflit par la partition du Liban en entités confessionnelles, cette idée est vivement rejetée par une majorité de Libanais nationalistes et par les Syriens qui veulent garder le contrôle du pays.

En 1985, Tsahal se retire totalement en laissant la « zone de sécurité » sous contrôle de l’ALS, mais emmène en Israël des centaines de prisonniers libanais. Nabih Berri, chef de la milice du mouvement Amal, prend alors en otages des Américains dont il négocie la libération contre le retour des prisonniers libanais détenus en Israël. Les prises d’otages occidentaux ou libanais deviennent une pratique courante utilisée par toutes les factions souvent pour des motifs plus crapuleux que politiques.

1989-1990, la Syrie prend le contrôle

Durant la deuxième moitié des années 1980, le problème du Liban fait l’objet de grands débats géopolitiques dans les pays occidentaux, et notamment en France où les milieux catholiques dénoncent l’extermination de la communauté maronite occidentalisée. Mais le déchaînement des combats entre forces maronites issues de la scission des Phalanges (celles du général Michel Aoun anti-syrien et celles de Samir Geagea soutenu par la Syrie) fait douter de cette représentation du conflit comme un affrontement entre chrétiens et musulmans.

D’ailleurs, les chiites eux-mêmes ne cessent de se déchirer sans compter qu’ils affrontent régulièrement les druzes, en particulier à Beyrouth- Ouest qui a été prise aux Phalanges en 1984. Au point que l’armée syrienne trouve justifié d’intervenir dans la capitale en 1988.

C’est l’année où le mandat présidentiel d’Amine Gemayel, élu à la suite de son frère assassiné, vient à son terme. Il nomme le général Michel Aoun président par intérim en attendant de nouvelle élections qui ne peuvent se tenir.

Aoun est violemment anti-syrien et lance une « guerre de libération » contre Damas en 1989 qui va à contre-courant des visées internationales concernant le Liban. En effet, compte tenu de la fin des tensions entre l’Union soviétique, alliée des Syriens, et les Etats-Unis, les Américains estiment qu’un contrôle de la Syrie sur le Liban et qu’un rééquilibrage du système politique libanais au profit des musulmans sont les solutions les moins mauvaises.

Les accords signés à Taëf (Arabie Saoudite) en octobre 1989 vont dans ce sens. Le mois suivant, ils sont ratifiés par ce qui reste du Parlement libanais qui n’a pas été renouvelé depuis 1972. Cette charte prévoit à terme l’abolition du communautarisme et donne dans l’immédiat plus de pouvoir aux musulmans tout en conservant la présidence de la République à un maronite.

Le général Aoun rejette ces accords et dissout le Parlement qui doit se réunir secrètement pour élire un nouveau président, René Moawad. Il est assassiné quelques jours plus tard. Elias Hrawi lui succède et lance un ultimatum à Aoun qui ne veut pas céder sa fonction intérimaire.

Au mois d’août 1990, alors que la crise du Golfe posait un problème géopolitique autrement médiatisé, la Syrie en profite pour prendre le contrôle du Liban dans l’indifférence de la communauté internationale. Le 13 octobre 1990, le général Aoun est délogé de son réduit aux termes d’ultimes combats avec l’armée syrienne. Cette date est considérée comme celle de la fin de la guerre.

Depuis 1991, stabilisation et soubresauts

En 1991, le Liban signe avec la Syrie un traité qui s’apparente à une tutelle en renforçant la coopération militaire, économique et en matière de sécurité. Les diverses milices évacuent Beyrouth et acceptent d’être désarmée tandis que l’armée libanaise régulière se reconstitue.

En 1992, les premières élections législatives de la « deuxième république libanaise » se tiennent avec un nombre de députés accru pour les musulmans. Rafik Hariri, entrepreneur en travaux publics et prospère homme d’affaires, est nommé Premier ministre.

Un plan de reconstruction du Liban est voté en 1993 et la compagnie Solidere est formée en 1994 pour le mener à bien.

En 1996 et à nouveau au début de l’an 2000, Tsahal bombarde des bâtiments civils dans les zones urbaines, dont Beyrouth, pour répondre à la pression croissante du Hezbollah sur ses troupes au Sud- Liban.

Ce n’est qu’en mai 2000 que les Israéliens se retirent entièrement du sud du pays sans pour autant cesser tout raid de représailles ou d’intimidation sur le territoire libanais. En attendant un accord final entre Syriens, Libanais et Israéliens, ce sont les civils de tous bords qui continuent à s’ajouter à la liste des 150 000 morts de la guerre, du million de déplacés à l’intérieur du pays et des 800 000 émigrés à l’étranger.

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