Entre légendes celtiques, châteaux antiques et sites monastiques, c’est à la fois le royaume des chevaux et celui des fleurs : n’y découvre-t-on pas haras et jardins les plus prestigieux du pays ? Du Wexford au Waterford, c’est aussi le domaine des plages animées et des ports de pêche colorés.

La vallée de la Boyne

Et au milieu des plus grands trésors archéologiques de l’Irlande coule une rivière : la Boyne, à la frontière des comtés de Meath et de Louth. Elle se jette dans la mer en passant par Drogheda, cruellement marquée par l’histoire : Cromwell massacra la plus grande partie de ses habitants, et, à ses portes, Guillaume d’Orange écrasa Jacques II le Catholique lors de la célèbre bataille de la Boyne. De l’ex-cité médiévale, il ne reste guère qu’un magnifique bastion : St. Lawrence’s Gate. A l’amont de la rivière, la petite ville de Trim, elle, collectionne les rues souriantes et les commerces colorés à l’ombre d’une forteresse anglo-normande du XIIIe siècle : celle de Jean sans Terre. Entre les deux cités triomphe l’Irlande des mythes.

Monasterboice
Près N1. Ouvert en permanence. Entrée libre.
A 7 km au nord de Drogheda, les ruines médiévales d’un des monastères les plus connus du pays. Ses croix celtiques sont exceptionnelles, et notamment la croix de Muiredagh (Xe siècle), haute de 5,5 m et sculptée de scènes bibliques sur toutes ses faces. Elle voisine avec une autre croix monumentale : la West Cross qui, avec ses 7 m de hauteur, est la plus grande de toute l’île. De Monasterboice, perdu en pleine campagne, se dégage une atmosphère unique, paisible et mystérieuse.

Mellifont Abbey
Près N51. Ouvert tlj de 9 h 30 à 18 h 30. Entrée payante.
Fondée en 1142 par saint Malachie, archevêque d’Armagh et compagnon du moine Bernard de Clairvaux, c’est la plus ancienne abbaye cistercienne de l’île. Elle a subi de nombreux outrages, notamment avec Guillaume d’Orange, qui en fit son quartier général lors de la bataille de la Boyne. Les ruines du cloître roman et du monumental lavabo, de forme octogonale, laissent imaginer sa splendeur passée.

Ireland: Wicklow © Kevin Lawver

Ireland: Wicklow © Kevin Lawver

Newgrange
Sud de Mellifont. Ouvert tlj de 9 h 30 à 19 h de juin à septembre, de 10 h à 17 h de mars à avril et en octobre, de 10 h à 16 h 30 de novembre à février, de 9 h 30 à 18 h en mai. Visites guidées toutes les demi-heures. Entrée payante.
Marie McAleese, présidente de la République d’Irlande, adore y amener ses visiteurs de marque. Il faut dire que Newgrange, bâtie vers 3200 avant J.-C., ne se contente pas d’être l’une des principales tombes à couloir d’Europe. C’est également un site touristique remarquablement aménagé, avec, dans son nouveau musée, expositions et reconstitutions, mais aussi boutique et cafétéria. Epargné par les envahisseurs, ce tumulus est arrivé intact jusqu’à nous, avec ses 85 m de diamètre et ses 200 000 tonnes de pierres. Au solstice d’hiver, les rayons du soleil éclairaient la chambre funéraire. Aujourd’hui, le phénomène est artificiellement reproduit pour les visiteurs. Arriver de bonne heure en haute saison, pour éviter d’attendre trop longtemps la visite guidée.

Kells
Il serait dommage de quitter la riante vallée de la Boyne sans rejoindre Kells, à une trentaine de km au nord-ouest de Newgrange. La cité a donné son nom au fameux évangéliaire exposé à la bibliothèque de Trinity College, à Dublin : The Book of Kells. Il aurait été enluminé par les moines d’un monastère fondé au VIe siècle, dont les vestiges sont magnifiques. On s’attardera devant la South Cross, croix celtique du IXe siècle sculptée avec art.

Le Kildare

Au bonheur des cavaliers et des turfistes… Le comté du Kildare, dont on peut fait le tour en une journée, collectionne les écuries de prestige.
C’est la pittoresque bourgade de Maynooth, célèbre pour son centre théologique de St. Patrick’s College, qui ouvre le chemin de cet univers du cheval, ancré profondément dans l’âme irlandaise. La preuve ?
Jusqu’aux portes de la capitale, sur les R108, R112, R145 ou R148, on croise fréquemment des sulkies se faufilant parmi les automobiles, y compris aux heures de pointe.

La croix celtique a un pays…
Dès le VIe siècle les édifices religieux et les cimetières d’Irlande se sont hérissés de grandes croix celtiques, en grès ou en granit. Aujourd’hui encore, leur nombre est impressionnant. Les premières n’étaient ornées que de motifs géométriques. A partir du VIIIe siècle, leur décoration, d’inspiration biblique, a atteint une complexité et une finesse exceptionnelles. Leur raffinement rappelle les travaux d’orfèvrerie et d’enluminure effectués, à la même époque, dans les monastères irlandais. On pense que la croix celtique symbolisait d’abord le pouvoir de ses propriétaires, même si sa fonction exacte reste à définir.

Kildare
A 50 km de Dublin par les N7 et M7.
Cernée par les plus réputés des haras irlandais, la petite ville de Kildare s’est développée à partir d’une église fondée, au Ve, par sainte Brigitte, la copatronne de l’île avec saint Patrick. Elle apparaît pleine de vie autour de sa cathédrale et de sa tour Ronde. Quant à ses pubs, ils ne désemplissent pas ! A 1 km, la rivière Tully arrose le village du même nom. Riches en calcium, ses eaux favoriseraient la consolidation osseuse des chevaux. D’où la présence, sur ses rives, d’un célèbre élevage de pur-sang.

Irish National Stud
Ouvert tlj de la mi-février à la mi-novembre, de 9 h 30 à 18 h. Entrée payante.
Un endroit huppé derrière des grilles dorées. Beaucoup de champions irlandais sont issus de ces écuries passées au peigne fin. Chaque boxe possède une lucarne, pour laisser pénétrer la lumière de la lune : on la dit bénéfique au moral des chevaux.
Un petit musée y retrace l’histoire hippique de l’Irlande, autour du squelette d’Arkle, le plus grand pur-sang irlandais de tous les temps. Partie intégrante du haras, les Jardins japonais, dessinés au début du siècle, symbolisent le déroulement de la vie humaine, au fil de petits chemins fleuris qui montent et qui descendent. Très zen.

La prairie du Curragh
Située entre Kildare et Naas, elle s’étend sur 240 ha.
C’est un des endroits les plus verts du pays. Y paissent les pur-sang d’une trentaine de haras. Le spectacle est idyllique. Sur l’hippodrome du Curragh se déroule, chaque année, au mois de juillet, The Irish Derby, une des courses les plus réputées – et les plus élégantes – de la planète. La vaste plaine du Curragh est aussi un terrain de manœuvres militaires, et elle servit de cadre aux scènes de batailles de Braveheart, le film de Mel Gibson.

Peatland World
Lullymore. Ouvert toute l’année, de 9 h 30 à 17 h du lundi au vendredi, de 14 h à 18 h le samedi et le dimanche. Entrée payante.
A 15 km de Kildare, un musée consacré à la tourbe, au cœur même du sujet : la vaste tourbière d’Allen (Bog of Allen). De la préhistoire aux centrales électriques, tout y est dit sur l’utilisation de ce combustible typique du pays.

Les jardins du Wicklow

Au plein sud de Dublin, les Wicklow Mountains possèdent le sentier de randonnée le plus célèbre de l’île : la Wicklow Way. Bruyères mauves, fougères vertes et herbes rousses : il décline les couleurs de l’Irlande au fil de 135 km parfaitement balisés, mais dangereux par mauvais temps. Le propret village d’Avoca possède la fabrique de tissage manuel la plus ancienne de l’île : The Hand Weavers, qui date de 1723 (ouvert tlj, vente au public et délicieuse cafétéria !).Le bourg d’Enniskerry est plein de commerces traditionnels, la station de Wicklow de vieilles dames délicieusement bavardes.

Country Wicklow Garden Festival
Mais, le clou du comté, ce sont ses parcs et jardins. Favorisés par la clémence des températures, ils valent au Wicklow le surnom de « Jardin de l’Irlande ». Chaque année, entre la mi-mai et la mi-juin, un festival rend hommage à une cinquantaine d’entre eux, publics et privés. Certains, faciles d’accès, sont vraiment exceptionnels.

Powerscourt Gardens
Près d’Enniskerry. Ouvert de mai à octobre, tlj de 10 h à 18 h. Entrée payante.
Sur 20 ha, plus de 200 variétés de plantes et d’arbres, mais aussi de bassins, de terrasses, de statues, dans le plus pur style du XVIIIe siècle.
Couronnant l’ensemble, une chute d’eau qui tombe de 130 m de hauteur : c’est la plus haute de l’île.

Suivez le guide !
Pour vous immerger au cœur des Wicklow Mountains, empruntez la Military Road (R115), peu fréquentée et qui les traverse du nord au sud.

Mount Usher Gardens
Près d’Ashford. Ouvert de la mi-mars au 31 octobre, de 10 h 30 à 18 h du lundi au samedi, de 11 h à 18 h le dimanche. Entrée payante.
Ils ont été dessinés au XIXe siècle par Edward Walpole. La rivière Vartry, avec ses petites truites brunes et ses martins-pêcheurs, ajoute le charme des eaux sauvages à celui des fleurs. Ces jardins exubérants de 8 ha appartiennent au modèle « naturel » cher à l’outre-Manche. Les essences rares n’y manquent pas, tels les conifères chinois. Mais la palme va aux érables, splendides à l’automne.

Glendalough
Ouvert tlj sauf lundi en hiver, de 9 h à 18 h 30 en été, de 9 h 30 à 17 h en hiver, de 9 h 30 à 18 h au printemps et en automne. Entrée payante.
Les ruines de cet ancien monastère, fondé au VIe siècle par saint Kevin, se mirent dans un lac au milieu des sapins. Il faut y venir de bonne heure, pour apprécier toute la sérénité du lieu. Glendalough constitua un véritable pôle culturel et religieux pendant plus de 600 ans. Il subsiste de nombreuses traces de sa beauté et de son importance, malgré les mises à sac des bandes vikings et anglo-normandes. On peut encore admirer la double arche de la grande porte, la tour ronde de 33 m de hauteur, la cathédrale à ciel ouvert, le petit oratoire en forme de coque de bateau, mais aussi la St. Kevin’s Cross, magnifique croix de granit du XIIe siècle.

Avondale House
Près de Rathdrum. Ouvert tlj, de 11 h à 17 h en été, de 11 h à 16 h en hiver. Entrée payante.
Sur la R752, c’est la maison natale et l’ancienne résidence de Charles Stewart Parnell, patriote du XIXe siècle. Elle abrite maintenant un musée consacré à cet homme politique qui joua un rôle clé dans la lutte pour l’indépendance irlandaise. Décor d’époque.