Au-delà des avanies de son histoire, Dublin est devenue une des capitales les plus dynamiques d’Europe. A vocation littéraire, cette ville se lit comme un roman. Ici populaire, là élégante, ailleurs nostalgique ou débridée, elle est d’abord chaleureuse. C’est que les Dublinois demeurent les baladins du monde occidental.

Dublin

Dracula est né à Dublin sous la plume de Bram Stoker. Il n’empêche : la capitale irlandaise préfère, de loin, les chopes de bière brune aux pintes de bon sang. Elle possède plus de 1 000 pubs. Y coule à flots la Guinness et s’y percutent les bonnes blagues. Cette ville-là n’engendre pas la mélancolie. Quand elle chante, c’est à pleins poumons. Elle va même jusqu’à donner plus de 100 concerts par semaine.
Bâtie au creux de ces vertes collines qui sont à l’Irlande ce que les dunes sont au Sahara, la cité est en pleine mutation. Aiguillonnée par l’Europe, cravachée par l’omniprésence de son université, elle tire, avec fougue, l’ensemble de l’île vers la modernité. Auraitelle découvert le secret de l’éternelle jeunesse ?

Petit rappel historique
Dublin est née aux premiers siècles de notre ère, quand les Celtes s’établirent à l’embouchure de la Liffey. Tour à tour, elle passa aux mains des Vikings, des Normands, des Anglais. Au XVIIIe siècle, elle connut richesse et splendeur. Cent ans plus tard, elle était une des villes les plus pauvres d’Europe. Avec le troisième millénaire, elle annonce une croissance économique comparable à celle des dragons asiatiques d’avant la crise. Cette vieille dame-là a du tempérament à revendre. Et la prospérité lui va à ravir. Si elle épouse son époque avec enthousiasme, elle n’en perd pas son identité pour autant. Au centre-ville, la brique géorgienne maintient le béton à longueur de gaffe. Et on joue toujours au cricket sur les pelouses de Trinity College. C’est peut-être ce mélange de tradition et d’innovation, cette capacité, aussi, à concilier les hauts et les bas de son histoire, qui font le charme et la force de Dublin. Fer de lance culturel du pays, la ville s’adresse autant au cœur qu’à l’esprit. On l’aime beaucoup pour ça, et aussi pour son ciel, qui passe si vite du gris au rose.

THE GENERAL POST OFFICE DUBLIN © infomatique

THE GENERAL POST OFFICE DUBLIN © infomatique

La rive sud

Elle réunit les principaux monuments, les grands musées, les restaurants et les boîtes à la mode, les vitrines les plus élégantes de la cité. A pied, on va sans mal de l’un à l’autre. Point de repère inattendu dans un lieu qui, au XIXe siècle, connut une des plus graves crises économiques de l’histoire mondiale : la Banque d’Irlande, construite au XVIIIe siècle et récemment ravalée. Sur College Green, elle a fière allure avec sa façade incurvée et ses colonnes corinthiennes. Les Dublinois, naturellement serviables, lui font toujours référence pour indiquer son chemin au promeneur.
La ville est à taille humaine, mais, comme son ciel, elle est d’humeur changeante. Sur la rive sud de la Liffey, elle conduit, sans transition, d’un marché de fruits et légumes à un dôme doré, d’une cordonnerie poussiéreuse à un cybercafé. Très vite, la vie du visiteur s’organise entre deux aimants : Grafton Street, rue piétonne et chic qui aboutit au vaste centre commercial de Powerscourt Town House, et Temple Bar, dernier quartier où l’on sort.

Temple Bar, le Dublin qui bouge !

Cet ex-centre d’artisans et de négociants, tombé en désuétude, faillit devenir une gare routière reliée par rail aux réseaux ferroviaires. Il a finalement été réhabilité. C’est, aujourd’hui, le quartier branché de la capitale. Artistes de rue, disquaires, studios d’enregistrement, galeries d’art, halls d’exposition, pubs animés, couturiers d’avant-garde, mais aussi, sur Eustace Street, le premier centre culturel d’Europe destiné aux enfants(The Ark) : entre Dame Street et la Liffey, c’est le Dublin qui bouge. Il y a là tous les ingrédients nécessaires pour drainer une jeunesse pétulante et créative, mais aussi tous les fêtards de la planète, entre des murs bariolés et une musique cadencée qui, jour et nuit, s’échappe des soupiraux pour flotter sur les ruelles pavées.

Dublin’s Vikin Adventure
Essex Street West. Ouvert tlj de 10 h 30 à 16 h 30 (de 11 h 30 à 17 h 30 le dimanche). Entrée payante.
Une exposition interactive qui entraîne le public mille ans en arrière, dans le Dublin des Vikings, avec autant de sérieux que de bonne humeur.

Trinity College
Westmoreland Street/ Nassau Street. Bibliothèque ouverte du lundi au samedi, de 9 h 30 à 17 h, le dimanche de 12 h à 16 h 30, entrée payante.
De l’autre côté de la Banque d’Irlande, c’est la rivale estudiantine de Temple Bar, sœur cadette des universités d’Oxford et de Cambridge. La plupart de ses bâtiments datent des XVIIIe et XIXe siècles, même si cette célèbre université fut fondée en 1591 par la reine d’Angleterre Elisabeth 1re. Elle ne compte plus ses élèves prestigieux, de Jonathan Swift à Oscar Wilde. Beaucoup de sérénité au rendez-vous de ses allées pavées, de sa chapelle, de ses pelouses passées au peigne fin.

Old Library 
De sa somptueuse et monumentale bibliothèque aussi : la Old Library, une des plus belles du monde avec ses lambris, ses vieilles reliures, ses odeurs de cuir, de parchemin, de papier épais dûment enluminé. Elle contient les fameux Book of Durrow (VIIe siècle) et Book of Kells (VIIIe et IXe siècles), deux ouvrages qui, aujourd’hui, bénéficient d’une exposition particulière, avec de grands tirages photographiques judicieusement mis en lumière.

Folklore instrumental
La musique populaire irlandaise demeure très vivante, notamment à Dublin. Même les groupes de rock s’en inspirent. Les chansons sont souvent accompagnées à la guitare sèche, les danses au violon. Mais des instruments plus spécifiques sont volontiers mis à contribution : une flûte métallique à six trous (tin whistle), une cornemuse à soufflet actionnée par le mouvement du bras (uilleann pipe), un tambourin en peau de chèvre (bodhran), un petit accordéon (box). Tous sont très anciens. Ainsi la harpe (Irish harp), déjà prisée au Moyen Age. Depuis, elle est devenue l’emblème du pays.

Suivez le guide !
Pubs et discothèques ferment tôt à Dublin : respectivement à 23 h et 1 h du matin. Donc, si l’envie vous prend, courez-y après le dîner !

Du quartier d’affaires au quartier médiéval
En quittant Trinity College, il faut suivre cette grande artère montante qu’est Dame Street. Au départ, elle traverse un quartier d’affaires un peu guindé, mais elle s’anime et s’humanise très vite en s’enfonçant dans le plus vieux secteur de la ville, d’origine médiévale. On y rencontre d’abord le Dublin City Hall, hôtel de ville de la fin du XVIIIe siècle, qui vaut surtout pour ses statues de héros irlandais, dont celle de Daniel O’Connell. A deux pas, le magnifique château mérite une visite beaucoup plus prolongée.

Dublin Castle
Parliament Street/Castle Street. Ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 17 h, les samedis et dimanches de 14 h à 17 h. Entrée payante.
Construit par le roi Jean en 1204, il conserve deux tours et un pan de mur du Moyen Age. Le reste date du XVIIIe siècle. Rénovés en 1989, ses luxueux salons d’apparat enferment de beaux meubles, des tapis rares, des lustres de cristal de Waterford ; ils sont utilisés lors des cérémonies officielles, telle l’investiture du président de la République. On s’attardera dans la splendide salle qui contient les étendards des chevaliers de Saint-Patrick : St. Patrick’s Hall, dont les plafonds furent peints par Vincenzo Valdré : une vraie merveille !
A l’ouest du château, au cœur historique de Dublin, quatre rues seulement séparent Christ Church Cathedral de sa rivale St. Patrick’s Cathedral, la plus grande église d’Irlande avec ses 91 m de longueur.

Suivez le guide !
Attention en traversant les rues du centre-ville : les Dublinois conduisent (trop) vite, surtout aux heures de pointe !

Christ Church Cathedral
Dame Street. Ouvert tlj de 10 h à 17 h. Entrée payante.
Très remaniée au XIXe siècle, cette église fondée en 1038 et agrandie par les Normands fut ravagée par un incendie au XVIe siècle. Elle demeura sans toit pendant deux cents ans.
A voir plus particulièrement : les gisants surélevés, les arcs gothiques de la grande nef, et, dans la crypte, un curieux chat momifié… retrouvé dans un tuyau d’orgue.

St. Patrick’s Cathedral
Patrick Street. Ouvert de 9 h à 18 h du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h le samedi, de 10 h à 11 h et de 12 h 45 à 16 h 30 le dimanche. Entrée payante.
Elle aussi a été très remaniée depuis l’époque médiévale. L’intérieur est orné d’étonnants monuments funéraires, dont celui de la famille Boyle, agrémenté de statues polychromes sculptées avec art. Jonathan Swift, qui fut doyen de St. Patrick’s Cathedral, est enterré dans la nef sud. Même mort, il conserve un nombreux public !

Marsh’s Library
Saint Patrick’s Cose. Ouvert du mercredi au vendredi et le lundi de 10 h à 12 h 45 et de 14 h à 17 h, le samedi de 10 h 30 à 12 h 45. Entrée libre.
Juste derrière St. Patrick’s Cathedral, c’est la plus ancienne bibliothèque publique d’Irlande. Elle fut fondée en 1701 par l’archevêque Narcissus Marsh. Surmontées d’une mitre, ses étagères abritent 25 000 volumes, certains très rares ; ainsi une traduction de l’Ancien Testament en irlandais datant du XVIIe siècle.

Le quartier de Liberties
Peu de villes se prêtent aussi bien à la flânerie et à la rêverie que Dublin. Si ses églises sont austères, les portes jaunes et rouges, vertes et bleues de ses immeubles géorgiens mettent du baume au cœur du promeneur. Elles sont souvent ornées de heurtoirs de bronze finement ciselés et soigneusement astiqués. Proche des deux cathédrales, le secteur des Liberties conserve son âme et ses traditions populaires, entre ses brocanteurs, ses pubs noirs de fumée et, notamment sur Meath Street, ses marchandes des quatre saisons. Gosses impertinents, colosses aux joues rouges, femmes vêtues de sombre : tout un petit peuple vit encore dans cette partie de la ville, vouée à une rapide rénovation. Déjà, les premières grues s’activent et les vieux immeubles disparaissent au profit de constructions plus pimpantes, de commerces plus banals. Peu fréquenté par les touristes, ce quartier permet de découvrir l’illustre Guinness Brewery, sur St. James’ Street. La brasserie ne se visite pas, mais elle possède un petit musée attenant, amusant à découvrir.

Guinness Storehouse
St. Games Gate. Ouvert d’avril à septembre, du lundi au samedi de 9 h 30 à 17 h, le dimanche de 10 h 30 à 16 h 30 ; d’octobre à mars, du lundi au samedi de 9 h 30 à 16 h, le dimanche de 12 h à 16 h. Entrée payante.
Aménagé dans un entrepôt à houblon du XIXe siècle, on y apprend tout sur la bière grâce à un documentaire évoquant ses procédés de fabrication, anciens et modernes. Les méthodes ont beaucoup changé ! Dégustation du fameux breuvage pour conclure. Un nouveau bar offre une vue à 360° sur la ville et ses alentours.

L’Irlande au tonneau
« Guinness is good for you ! » Cette publicité-là, née en 1929, est aujourd’hui célèbre de New York à Pékin. Boisson nationale de l’Irlande, la Guinness, onctueuse à souhait, apparaît comme la digne héritière de la cervoise. Elle ne se contente pas de délier les langues dans les pubs. Exportée dans quelque 120 pays du monde, elle constitue une source de richesse non négligeable pour le pays. En deux siècles, la modeste brasserie Guinness est devenue la plus importante d’Europe. Une curieuse légende, se référant à sa couleur noire, voudrait qu’elle soit fabriquée avec… du sang de cochon. Qu’on se rassure : seuls l’orge, le houblon, la levure et l’eau entrent dans sa composition.

Les jardins
Rive sud, Dublin cultive de merveilleux jardins. Ils sont comme autant de pieds de nez à ses travaux d’urbanisation galopants. Les enfants y nourrissent les canards, les étudiants y écoutent de la musique, les vieilles dames y tricotent des cache-nez, les amoureux y égrènent des promesses… Eté comme hiver, la vie de la cité transite par ces lieux enchanteurs de parfums et de couleurs, d’ombre et de lumière, tels Merrion Square, avec ses larges pelouses et ses enfilades de demeures géorgiennes. Ou St. Stephen’s Green et ses 9 ha de massifs, de bosquets, de bassins, avec, au beau milieu, un inévitable buste de Joyce. Entre Merrion Street et South William Street, ils constituent un écrin verdoyant unique aux principaux musées de la ville.

De Valera, le de Gaulle irlandais
Du dramaturge George Bernard Shaw au coureur cycliste Stephen Roche et du brasseur Arthur Guinness au chanteur Christy Moore, les Irlandais ne manquent pas de gloires nationales. Eamon de Valera les éclipse toutes. Héros de l’insurrection du lundi de Pâques 1916, il a dominé la scène politique irlandaise pendant près de soixante ans. C’est le de Gaulle irlandais. Animateur de la guerre d’indépendance contre l’Angleterre, il fut à la fois homme d’action et fin politique. Plusieurs fois Premier ministre, il endossa la responsabilité de président de la République d’Irlande de 1959 à 1973. Décédé en 1975, il fait, aujourd’hui encore, l’objet d’un véritable culte.

Suivez le guide !
Des croisières sur la rivière Liffey permettent maintenant de découvrir la capitale irlandaise sous un jour inédit.

Number 29
29 Fitzwilliam St Lower. Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 17 h, le dimanche de 14 h à 17 h. Entrée payante.
Parfaitement reconstitué, l’intérieur bourgeois de cette belle demeure dublinoise permet d’imaginer la vie des classes aisées au début du XIXe siècle.

National Gallery
Merrion Square West. Ouvert du lundi au samedi de 10 h à 17 h 30, le jeudi de 10 h à 20 h 30, le dimanche de 14 h à 17 h. Entrée libre.
Elle abrite plus de 2 000 œuvres des écoles de peinture irlandaises et anglaises au rez-de-chaussée, italiennes, espagnoles, françaises, hollandaises et flamandes à l’étage. A tout particulièrement admirer : L’Arrestation du Christ, du Caravage, Crucifixion, de Peter Coecke, Judith et la tête d’Holopherne, de Mantegna, Le Château de Bentheim, de Ruisdael.

National Museum
Kildare Street. Ouvert de 10 h à 17 h du mardi au samedi, de 14 h à 17 h le dimanche. Entrée libre. 
Ouvert en 1890, complètement rénové en 1991, c’est un lieu superbe, réputé dans le monde entier pour son exceptionnelle collection d’antiquités irlandaises. Nombreux objets sans équivalents, tels la croix de Cong et le reliquaire de la cloche de Saint-Patrick, l’un et l’autre du XIIe siècle, ou la broche de Tara, un bijou aux deux faces filigranées du VIIIe siècle. Au premier étage, il faut particulièrement s’attarder dans la section consacrée à l’argenterie, la verrerie et la poterie. Mais, le clou du musée, c’est l’admirable collection « Or » (Ireland’s Gold), qui réunit des pièces inestimables, datées de 2000 à 700 avant J.-C. Elle est considérée comme la plus complète d’Europe.

National Library
Kildare Square. Ouvert du lundi au mercredi de 10 h à 21 h, le jeudi et le vendredi de 10 h à 17 h, le samedi de 10 h à 13 h. Entrée libre.
Face au National Museum, elle possède de nombreux manuscrits, livres anciens et éditions originales. Elle organise aussi des expositions temporaires. C’est Joyce qui la rendit célèbre, avec son Ulysse.

National History Museum
Merrion Square West. Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 17 h, le dimanche de 14 h à 17 h. Entrée libre.
Une ambiance désuète, et des animaux empaillés, et des insectes de toutes les couleurs, et des squelettes géants, et des poissons étranges… Inauguré, en 1857, par l’explorateur David Livingston en personne, cette vénérable demeure victorienne cultive les expositions à l’ancienne, à la fois poussiéreuses et magiques. On y retrouve son regard d’enfant.

Civic Museum
South William Street. Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 18 h, le dimanche de 11 h à 14 h. Entrée libre.
Il raconte l’histoire de la ville à travers des affiches, des maquettes, des articles de journaux, des plans anciens et diverses curiosités, telle… la chaussure d’un géant. Un lieu sans prétention, recommandé à ceux qui veulent tout savoir de Dublin.

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