Delphes et ses alentours

Site divin, devins perfides, trésor maudit : malgré les nombreux visiteurs qui s’y pressent comme au temps de l’oracle, Delphes dégage encore l’aura d’une légende qui cimenta la Grèce… au milieu d’une région d’une prodigieuse variété, portant le nom fourre-tout de Grèce centrale.

Le nombril des Grecs

Un théâtre naturel, creusé dans le mont Parnasse avec la mer en face : Terre et Eau, le site de Delphes résume le pays entier. Pour couronner le tout, le sanctuaire est consacré au dieu de la Beauté. Bref, Delphes est la Grèce idéale.

Sanctuaire d’Apollon
Ouvert tous les jours de 7 h 30 à 19 h 30, de 9 h à 16 h le week-end, en hiver, de 8 h à 17 h, de 8 h 30 à 14 h 45, 8 h 30 à 16 h le week-end, tél. : 265 82 312. Entrée payante.
Le meilleur moment pour voir Delphes, c’est l’aube, quand les cars n’ont pas encore surgi. Mais si le site est bondé, il faut se consoler : il n’était pas plus tranquille à l’époque antique ; car tout le monde grec, de la Macédoine à l’Asie Mineure, et même les Perses et les Egyptiens, s’y pressait dans un brouhaha de dialectes écorchés, encombrant les rues, les portiques, traînant des ballots, des achats – pas de sanctuaire sans commerce ! Rien que pour approcher, il fallait payer tribut au village de Delphes, qui vivait, en somme, déjà du tourisme.
Il fallait même attendre que votre nom soit tiré au sort pour pouvoir poser sa question à l’oracle – sans être sûr d’obtenir une réponse ! La Pythie était comme nos voyantes : les hommes politiques lui envoyaient des messagers en vue des campagnes électorales, les explorateurs pour trouver l’endroit où fonder une colonie, les généraux pour lancer ou retenir leurs assauts. Recevoir d’elle une approbation, c’était l’argument pour glaner des partisans, faire échouer l’adversaire ou convaincre le banquier. Et ce pragmatisme s’atténuait dans une atmosphère envoûtante que dégage encore le site, si l’on écoute encore sa voix.

Temple of Apollo at Delphi © Panegyrics of Granovetter

Temple of Apollo at Delphi © Panegyrics of Granovetter

Le musée
Mêmes horaires que le sanctuaire. Entrée payante.
Lorsqu’on n’est pas familier des rituels antiques, il est préférable de commencer par le musée. Récemment rénové, il présente les bas-reliefs des temples et des « trésors » des différentes cités, mais surtout leur ancien contenu : taureau en plaqué argent, bijoux d’ivoire et de métal précieux, hymnes à Apollon avec notation musicale… restes d’un trésor maintes fois pillé – et reconstitué. Les Gaulois l’auraient jeté dans un lac toulousain (aujourd’hui recouvert par Saint-Sernin) ; et quand Philippe de Macédoine fit à nouveau main basse sur Delphes, il pesait à nouveau ses 250 tonnes d’or.
La Joconde du musée reste l’Aurige, pilote de char vainqueur aux jeux Olympiques : le torse et le visage aux cils délicats contrastent avec les rênes et la tunique plissée, d’une beauté toute géométrique.

Suivez le guide !
Beaucoup de pièces exposées nous sont parvenues parce que les Anciens avaient l’habitude d’enterrer pieusement offrandes et monuments (y compris les temples, entièrement démontés !) lorsqu’ils les remplaçaient par de plus beaux.

L’entrée
Après l’agora (le marché, encombré, déjà à l’époque, de vendeurs de souvenirs), s’ouvre la voie sacrée. S’y concentraient quantité de statues d’Apollon, de guerriers, de taureaux, de chevaux, toujours sculptés dans le marbre ou artistement coulés. Il n’en reste que les socles ou des personnages mutilés. Les deux curieux hémicycles ont été offerts par les citoyens d’Argos, pour louer le dieu de les avoir débarrassés deux fois des Spartiates.

Le Trésor des Athéniens
Dans le premier coude de la « voie sacrée ».
Etant le mieux conservé du site, ce monument aux allures de petit temple est parmi les plus photographiés. Comme pour toutes les cités grecques représentées, ce « trésor » n’était pas un coffre-fort, mais un local où le visiteur pouvait apprécier la valeur des dons faits au sanctuaire – gage d’oracles propices, rendus sans faire la queue. Pour s’assurer mieux encore de l’oreille d’Apollon, les Athéniens ont accoté leur trésor au bouleutérion – le conseil municipal de Delphes.

Le bouleutérion
A droite du Trésor des Athéniens.
Seuls quelques murets témoignent de la présence de cette petite salle où la boulé (le conseil de la cité) se réunissait. Sur le socle grossier à droite de l’édifice, se serait tenue une sybille, pâle rivale de la Pythie. En face, un espace circulaire servait aux processions.

Le temple d’Apollon
C’est le séjour de la Pythie et de l’Omphalos, borne cylindro-conique visible au musée. Les Grecs la considéraient comme le nombril du monde. Le temple est la dernière version d’un sanctuaire maintes fois agrandi depuis l’original, du VIIe siècle avant notre ère. Devant l’entrée, campe encore le grand autel, et les menus vestiges des ex voto gaillards, dressés par les cités grecques : trépied offert après la victoire de Platées, char des Rhodiens, tiré à quatre chevaux, et autres colosses disparus.

Le manteion
Sous le temple d’Apollon. Ne se visite pas.
Curieusement, le point le plus important de tout le sanctuaire est mal présenté, et peu de visiteurs semblent s’y intéresser : c’est le manteion (« salle de prédiction »), la crypte du temple réservée à la Pythie, la prophétesse.Le nom de Pythie vient de l’énorme serpent (Python) locataire du site, avant qu’Apollon ne l’abatte à coups de flèches : le dieu veut s’établir ici, pour donner ses lumières aux hommes. Lorsque ces derniers souhaitent résoudre quelque dilemme, il leur suffit de l’exposer au prêtre, qui questionne à son tour la Pythie. Après quelques ablutions, la femme s’assied sur son trépied, à l’abri des regards grâce à un voile épais. Là, sous l’effet de quelque drogue, des fumigations de laurier ou de l’hydrogène sulfuré s’échappant du sous-sol volcanique (les théories s’opposent), elle entre en transe. Elle est sous l’emprise d’Apollon, et transmet ses avis : cris, gémissements, que les prêtres seuls, bien sûr, savent interpréter – et transformer en vers.

Le théâtre
Avec le trésor des Athéniens et le Tholos, c’est l’autre point de vue classique choisi par les photographes pour représenter le site. Ses gradins, restaurés à l’époque romaine, accueillaient 5000 pèlerins, pour des pièces d’inspiration religieuse.

La piste de course
Longue d’un… stade (un peu moins de 200 m), elle se trouve à l’écart, au-dessus du théâtre. Elle était destinée à des jeux comparables à ceux d’Olympie, mais dédiés à Apollon.

La Tholos
Au nord-est du site de Delphes, de l’autre côté de la route.
Comme souvent, ce temple, circulaire, désignait un point central. Souvent pris pour le siège de la Pythie, on l’associe à un culte de divinité chtonienne, mais son usage est loin d’être établi. Non loin de là coule une source dans laquelle les visiteurs venaient se purifier avant de remonter la voie sacrée.

Les alentours de Delphes

Le Trésor des Athéniens, à Delphes, pillé par les Celtes tectosages.Des curiosités géologiques, des centres artisanaux, voire des tentations sportives : sans vraiment quitter le fil rouge mythologique, la région de Delphes permet de varier les plaisirs après la grande immersion dans le monde d’Apollon.

Saint-Luc
A 35 km au sud-est de Delphes.
Ce monastère passe pour l’un des plus beaux de Grèce. Il est consacré à l’anachorète Loukas (Luc, à ne pas confondre avec l’évangéliste, honoré à Thèbes même). Au Xe siècle, ce dernier s’installe au flanc de l’Hélicon, le mont des muses dont les deux rivières qui en jaillissent inspiraient les poètes antiques. En l’occurrence, c’est en chrétien que Loukas vient s’y ressourcer. Sur son vieil ermitage, un monastère est construit au XIe siècle. Epaulée par des contreforts massifs, la façade de l’église joue les contrastes avec des fenêtres de pierre, fines comme des claustras. L’intérieur est raffiné, lui aussi, avec un jeu de colonnettes et de cloisons sculptées. L’ensemble est décoré de pavements de marbres polychromes, de nombreuses fresques et de mosaïques. Bien oublié, Luc repose dans la crypte. A quelques pas de là, les Grecs affrontèrent les Turcs en une bataille sauvage. D’où la présence de canons qui traînent sur le parvis.

Arahova
A 12 km à l’est de Delphes.
En chemin, on traverse ce village où les femmes travaillent les laines teintes pour produire des tissus réputés dans toute la Grèce, ainsi que des tapis à dominante bleue.

L’antre Corycien
A 15 km au nord d’Arahova.
Cette grotte est située sur les contreforts du mont Parnasse. Dédiée jadis au dieu Pan et aux cruelles nymphes, cette caverne mythique est aujourd’hui visitée pour les caprices géologiques qui ont présidé à sa naissance. Dans ses salles immenses, on a trouvé nombre d’objets précieux déposés en offrande, et des osselets.

Mont Parnasse
A 40 km au dessus de Delphes.
Pour une escapade fraîche, on peut, depuis Delphes, monter vers les sommets neigeux du mont Parnasse. En hiver, on pratique ski et snow board dans la modeste station de Kelaria. En été, l’escalade du sommet (2 457 m) est proposée aux alpinistes courageux.

Amfisa
Capitale de la Phocide, elle protège Delphes par le nord. Au-dessus de ses ruelles blanches aux impasses déroutantes, sa forteresse est un cocktail original d’architecture antique, de fortification franque… et de paysagisme balkanique.