Ephèse

Ephèse

L’itinéraire

L’itinéraire lzmir – Selçuk – Aydin – Aphrodisias – Pamukkale – Burdur – Antalya – Finike – Kas – Fethiye – Marmaris – Didymes – Milet – Priène et retour à lzmir est long de 1 384 km. Il sillonne à travers les superbes paysages méditerranéens, les oliveraies, les orangeraies et les pinèdes, et parcourt la plupart des sites majeurs de l’antiquité gréco-romaine : Ephèse, Milet, Priène, Didymes, Aphrodisias, ainsi que les curieux vestiges de la civilisation lycienne. Dans ces villes fondées par les Hellènes dès le VIIIe siècle av. J.-C. ou à l’époque gréco-romaine, de nouvelles formules architecturales, comme le plan hippodamien (urbanisme rationalisé où les rues se coupent à angle droit) ou l’ordre ionique (chapiteaux entourés de deux volutes), ont été élaborées. Ces cités ont atteint une ampleur inconnue ailleurs dont témoignent les impressionnantes ruines encore visibles aujourd’hui. La côte égéenne et méditerranéenne, très découpée et encore sauvage, est un véritable enchantement : les stations balnéaires les plus réputées – Bodrum, Kusadasi, Marmaris – et d’autres plus modestes mais aussi charmantes se succèdent. Depuis Izmir, la route E24 rejoint Selçuk au km 73. A côté de la petite ville, les ruines d’Ephèse constituent l?un des points forts de tout voyage en Turquie.

Éphèse (Selçuk)

Port très important dans l’Antiquité, Ephèse abritait l’une des sept merveilles du monde, le temple d’Artémis. Cette colline fortifiée fut habitée dès l’époque préhistorique (2 000 ans av. J.-C.). Vers la moitié du VIe siècle av. J.-C., la ville dut reconnaître la suzeraineté du roi de Lydie, Crésus. Lors de la conquête perse, elle passa sous la domination de Cyrus le Grand. Alexandre le Grand la libéra. A la mort d’Alexandre, la cité échut à Lysimaque (IVe siècle av. J.-C.) qui décida de la transférer à 2,5 krn au sud-ouest où un nouveau port fut aménagé. Une enceinte de 8 km reliait les crêtes du Panayir Dag (mont Pion) et du mont Coressos et enfermait la ville antique et le port. C’est dans cette enceinte que se trouvent les ruines les plus intéressantes. En 190 av. J.-C., Ephèse fut vassale de Pergame. A la mort du dernier Attale (133 av. J.-C.), elle revint à Rome qui en fit la capitale des provinces romaines d’Asie. La ville comptait alors 200 000 habitants.

Ephèse souffrit beaucoup des guerres qui opposèrent Rome au roi du Pont, Mithridate, lequel ordonna de massacrer tous les citoyens romains d’Asie. Après la répression de la révolte de Mithridate et la pacification de l’Asie Mineure, Ephèse devint la cité la plus riche et la plus importante de toute la Province d’Asie. Au début du christianisme, la ville joua un rôle important. Saint Paul y établit une communauté chrétienne et y prêcha en 55-58. Son prosélytisme suscita une vive émotion chez les partisans du culte d’Artémis qui tiraient leurs revenus des offrandes faites au temple. Ils se rassemblèrent au grand théâtre et demandèrent l’extradition de l’apôtre.

Selon la tradition, la Vierge et saint Jean habitèrent aussi à Ephèse. La ville et le temple d’Artémis furent ravagés par les Goths en 262. En 431, dans l’église double dédiée à la Vierge et qui existe encore aujourd’hui, se tint un concile oecuménique au cours duquel le patriarche de Constantinople, Nestor, fut condamné pour hérésie et le dogme de la maternité divine de la Vierge proclamé.

Les premières fouilles archéologiques à Ephèse furent effectuées en 1866 sous la direction de l’ingénieur anglais M. Wood et concernèrent le temple d’Artémis. Mais ce fut l’Institut d’archéologie autrichien qui poursuivit les fouilles pendant plus de soixante-dix ans et exhuma les ruines de la cité antique. A la lisière occidentale des faubourgs de la ville de Selçuk se trouvent la citadelle et les ruines de la basilique Saint-Jean et de la mosquée d’lsa Bey. Sur la droite, près de la route qui mène au sommet de la colline de la citadelle, se dresse la Porte byzantine, ou porte de la Persécution, à cause des scènes du combat illustrant la vie d’Achille qui ornaient l’une de ses dalles, construite au VIe siècle.

Ephèse - Ruines - izmir

Ephèse – Ruines – izmir

Après cette porte, voici la basilique Saint-Jean, longue de 110 et large de 40 m. Elle fut érigée au VIe siècle par l’empereur Justinien et son épouse Théodora, sur l’emplacement du tombeau de l’apôtre, lequel fut découvert au cours des fouilles de 1926-1928. Après la conquête d’Ephèse par les Seldjoukides, la basilique devint une mosquée en 1330. Plus tard, après l’achèvement de la mosquée d’Isa Bey, un bazar s’y installa. Puis un tremblement de terre démolit l’édifice, aujourd’hui partiellement restauré.

Sur une colline au nord de la basilique se tient la citadelle. D’origine byzantine, elle fut souvent restaurée par les Turcs. A l’ouest de la basilique Saint-Jean, se présente la mosquée d’Isa Bey, un édifice construit en 1375 par le sultan seldjoukide Isa. Immédiatement à droite de la grande place de Selçuk, devant les ruines seldjoukides, se trouve une dépression marécageuse. Il s’agit du site de l’Artemision, ou temple d’Artémis, l’un des plus célèbres édifices de l’Ephèse antique et une des sept merveilles du monde antique dont il ne reste qu’une colonne à cannelure sur les 21 que comptait le temple. Quelques piliers et panneaux de marbre lui ayant appartenu sont exposés à Sainte-Sophie d’Istanbul et dans le cloître du monastère Sainte-Catherine au pied du mont Sinaï. Un autre des piliers, exposé au British Museum, porte une inscription au nom du roi Crésus.

A gauche de la route, le musée archéologique est le résultat des fouilles entreprises sur place. Il contient la statue d’Artémis découverte en 1956. En marchant vers Ephèse, sur la gauche, les pentes du Panayir Dagi abritent la Caverne des sept dormeurs. Ces jeunes chrétiens fuyant la persécution s’étaient réfugiés dans cette grotte avant de s’endormir pendant 200 ans après que leur persécuteur eut muré l’entrée. Le premier bâtiment à droite après l’embranchement vers la route d’Ephèse est le gymnase de Vedius dont les structures de briques datent du IIe siècle et sur lesquelles avaient été fixés des panneaux de marbre. Derrière le gymnase, et en bordure de la pente, se trouve la porte de Coressos. D’ici, la route conduit au mont Coressos dont le nom actuel est Bülbül Dagi (montagne du rossignol).

Au sud-est du gymnase de Vedius, se dresse le stade dont Néron ordonna la construction au milieu du Ier siècle. Plus loin au sud-est, de l’autre coté des sources thermales, l’église double de la Vierge, transformée en basilique au IVe siècle, fut le théâtre du concile oecuménique qui proclama la maternité divine de la Vierge Marie en 431 et du synode des évêques en 448. Au cours des siècles, deux églises furent édifiées sur les ruines de la basilique, d’où son nom d’église double. Quelques ruines de ces deux églises demeurent.

Au sud-ouest se trouvent les thermes du port, contigus à la place de Verunalus, une ancienne arène sportive. En descendant vers le port coté sud, la voie Arcaniané, large voie pavée de marbre édifiée vers 400, honore l’empereur Arcadius. Au nord de cette voie, le Gymnase du théâtre puis la Rue de marbre, soigneusement dallée, conduisent à l’axe qui relie la porte de Coressos à la porte Magnésie. Les cotés de cette rue étaient jadis ornés de statues. Le long de cette rue, le grand théâtre, complété sous Trajan (53-117) comptait 66 travées et pouvait contenir 60 000 spectateurs. Derrière son mur de façade de 18 m, la scène est assez bien conservée. Au sud du théâtre, là où la rue de marbre tourne pour rejoindre celle qui conduit à la porte de Magnésie, se trouve l’agora dont les cotés mesurent 110 m. Cette agora de l’époque hellénistique était entourée d’un portique qui abritait des boutiques.

Depuis l’agora, une large avenue mène à la bibliothèque de Celsius, une des ruines les plus intéressantes de l’Antiquité. Sa construction, complétée en 135, est due à Jules Aguila qui désirait honorer la mémoire de son père, Celcius Polemanius, gouverneur de la Province d’Asie. Les rouleaux manuscrits reposaient dans des niches derrières lesquelles se trouvait un couloir d’un mètre destiné à prémunir de l’humidité. Sous la niche centrale se trouvait la chambre funéraire où fut déposé le sarcophage de Celcius. La bibliothèque a été reconstituée par une mission archéologique autrichienne.

Au sud-ouest de cette bibliothèque se trouve le temple consacré au culte du dieu égyptien Serapis. Ce temple s’ouvrait au nord par un vaste portique de 29 m de longueur orné de colonnes qui atteignait 12 m de haut et dont le fût monolithe était couronné par un chapiteau corinthien.

Au-delà de la Rue de marbre, vers l’est, se dressent deux édicules. L’un est une porte voûtée datant du IIe siècle, l’autre est une fontaine. Un peu au-delà se trouvent les sources thermales Scholastikia, établissement de bains du Ier siècle à plusieurs étages. Il fut restauré au IVe siècle par la chrétienne Scholastique. En face des sources thermales, le temple d’Hadrien, de 130, découvert par les archéologues autrichiens, fait l’objet de controverses. Contigu au temple, le Prytanée, salle de réunion des magistrats de la ville, abritait des statues, des colonnes et des inscriptions. Plus loin, l’Odéon, dont la construction, au IIe siècle, est attribuée à Vedius Antonius et à sa femme Flavia Papiana, possédait 23 étages de gradins et accueillait 1 500 spectateurs.

Bibliothèque de Celsius - Ephése

Bibliothèque de Celsius – Ephése

Au sud de la Rue de marbre, se trouvent les thermes, une source et un chantier de fouilles. Encore plus loin, une construction antique circulaire aurait recueilli la dépouille de l’apôtre Luc. Au nord de la rue se trouve le Gymnase de l’est, construit dans la seconde moitié du Ier siècle, où de nombreuses statues de jeunes filles furent trouvées. Le lieu a ainsi gagné un surnom : Kizlar Saray (palais des jeunes filles). La Rue de marbre prend fin à la Porte de Magnésie dont il reste quelques rares vestiges. Le retour vers Selçuk peut se faire à pied, le long de la pente est du Panayir dagi (5 km) ou en car.

A Selçuk, le musée renferme les découvertes des fouilles d’Ephèse, dont de surprenantes représentations d’Artémis (déesse de la chasse) dans une version… « déesse de la fertilité ». A 8 km de Selçuk, Panaya Kapulu possède une Maison de la Vierge où, selon la tradition, la mère du Christ mourut. Les murs de fondation de l’édifice remontent au Ier siècle. Durant l’époque byzantine la maison fut restaurée, puis elle tomba dans l’oubli jusqu’au moment où une révélation de la visionnaire Catherine Emmerich (1774-1824) la remit à l’honneur. En 1967, le pape Paul VI y vint en pèlerinage ; depuis, le lieu attire chaque 15 août des chrétiens du monde entier. Tout près d’Ephèse, la très célèbre station balnéaire de Kusadasi offre de nombreux hôtels et les plaisirs balnéaires.

Aphrodisias et Hiérapolis

De Selçuk, la E24 rejoint Aydin (133 000 hab.) au km 125. Il ne reste que les pans de murs de l’antique Tralle, ville natale du fameux Anthemius qui dessina les plans de Sainte-Sophie. A partir d’Aydin, en reprenant la route de l’est qui longe la vallée du Buyuk Menderes, après Kuyukak, une route sur la droite mène vers Geyre et les ruines d’Aphrodisias, à 35 km du carrefour. Cette cité prit de l’importance sous les Romains pour le culte qu’elle portait à Aphrodite (Vénus), son travail du marbre et son école d’art statuaire. Afin de dégager les ruines de la ville, le village de Geyre a été détruit. Les fouilles ont permis de mettre à jour divers monuments du Ier siècle : le temple d’Aphrodite, un magnifique théâtre, un odéon, le palais épiscopale, les thermes, l’agora et les propylées. Les statuts et objets découverts sont regroupés au musée.

Au nord de l’ensemble des ruines, le stade demeure l’un des plus grands (270 m sur 54 m) et des mieux conservé d’Asie mineure. Il pouvait contenir 30 000 personnes. Au début du IVe siècle, une enceinte fut construite pour protéger le sanctuaire des invasions barbares.

En reprenant la route vers l’est en direction de Denizli, au km 249, se trouve le site archéologique de Pamukkale, l’ancienne Hiérapolis. Le plateau de Hiérapolis, taillé dans du travertin, compose l’un des paysages les plus saisissants d’Anatolie. Il a été formé par des précipitations calcaires provenant d?une source d’eau chaude jaillissant avec force et se déversant dans un énorme étang. Les terrasses de calcaire blanc se sont constituées au cours des siècles par le dépôt des sédiments contenus dans ces eaux.

La cité de Hiérapolis fut fondée au IIe siècle avant J.-C. par Eumène II, roi de Pergame. Les ruines d’un théâtre, à l’est de l’étang, les ruines d’importants thermes, au sud-ouest, et un cimetière de plus de 1 000 tombes, au nord, figurent parmi les centres d’intérêt de la cité. En poursuivant vers Dinar, la route atteint le lac Aci Göl dont la surface est recouverte en été d’une couche de sel due à l’évaporation.

Aphrodisias - Temple

Aphrodisias – Temple

Après Dinar, la route du sud longe le lac Budur puis la ville éponyme, dans les environs de laquelle est située Isparta, bien connue pour ses tapis. Ensuite, la route grimpe à travers les montagnes du Taurus, passe le col de Celtikçi (1 225 m) le long du lac Kestel, puis tourne vers le col Çubuk, une station thermale. En bas, dans la vallée de l’Aksu, au km 527, se tient la ville d’Antalaya. A partir d’ici, en direction d’Izmir, commence la côte lycienne.

La Lycie

Aujourd’hui une bonne route traverse cette région accidentée qui autrefois n’était accessible que par bateaux. Des Lyciens, présents dans la région dès le IIe millénaire, Homère prétend qu’ils auraient participé à la guerre aux cotés des Troyens sous le commandement de Sarpédon. La Lycie, occupée par les Perses au VIe siècle av. J.-C., garda une autonomie. Elle possédait sa propre écriture et un art original dont il ne reste que les tombeaux. Conquise par Alexandre puis hellénisée, la Lycie préserve son autonomie au sein d’une confédération qui regroupa à partir de 167 av. J.-C. une trentaine de villes. En 43 av. J.-C., cette ligue fut incorporée à l’Empire romain.

En quittant Antalya par la route 400, la route mène, après 48 km, aux ruines d’Olympos, au milieu des roseaux et des broussailles. Elles offrent de ravissantes portes hautes de 5 m, la base d’une statue avec des inscriptions à la mémoire de l’empereur Marc Aurèle. De nombreuses tombes lyciennes portent des oracles en plus des inscriptions funéraires. Au nord-ouest d’Olympos, un feu brûle depuis l’Antiquité : il s’agit de Yanartas, une source de gaz naturel particulièrement impressionnante la nuit.

La route passe ensuite près de la station balnéaire de Kemer puis traverse, au km 584, une petite route non asphaltée et une forêt de pins jusqu’à Phaselis. Cette ville, peut-être fondée au VIIe siècle av. J.-C. par des colons venus de Rhodes, fit partie en – 469 de la Ligue attico-delienne, accueillit Alexandre en libérateur en – 333 et adhéra à la Ligue lycienne en – 150. Installée sur une petite presqu’île qui délimite deux anses bien protégées, elle fut longtemps un port actif et prospère. Au XIIe siècle, le développement d’Antalya provoqua son déclin. Dans le port nord subsistent des vestiges des jetées. Vers le sud, un aqueduc se dresse entre les pins. Là commence la rue principale, dallée, bordée à droite par les thermes. Un peu plus loin à gauche, le théâtre est à moitié enfoui sous la végétation. Une voie pavée mène au port sud en laissant sur sa droite les ruines confuses des deux agoras. Plus que dans les vestiges archéologiques, l’intérêt de Phaselis réside dans le charme romantique de son site et dans ses plages de galets tout à fait propices à la baignade.

En reprenant la route, au km 641, Finike est un petit port de 5 000 habitants au milieu d’orangers près de l’antique Phoinèkos et du site de Limyra (15 km par la route d’Elmali) où statues et sculptures antiques, aujourd’hui exposées au musée d’Antalya, ont été trouvées. De nombreuses tombes lyciennes ponctuent le paysage le long de la route. Au km 672, le village de Demre possède une église Saint-Nicolas intéressante. Pour s’y rendre, il faut suivre les panneaux indiquant « Baba Noël » ! Saint-Nicolas, qui fut l’évêque de la ville, est enterré dans l’église. Le bâtiment, plusieurs fois remanié, notamment au XIe siècle, se compose d’une chapelle funéraire et de l’église principale où plusieurs sarcophages d’époque byzantine sont visibles.

A quelque distance du village se trouve le site de Myra. D’origine mal connue, Myra devint une ville prospère au IIe siècle et le resta à l’époque byzantine. A droite de la route apparaît la nécropole creusée à même la falaise. Ces tombes rupestres constituant l’un des plus remarquables ensembles de la Lycie. Les façades des tombeaux imitent celles des maisons lyciennes Au-dessus des portes, la section des troncs d’arbres qui supportaient les toitures a même été reproduite. Dans les chambres funéraires, les défunts étaient posés sur des banquettes de pierre. Plusieurs tombeaux comportent des reliefs sculptés. Le plus intéressant se trouve à mi-hauteur dans la falaise et représente un banquet funéraire. Certains tombeaux sont d’un accès assez périlleux ! A droite, en contrebas de la nécropole, se trouve un très beau théâtre dont subsiste une partie du mur de scène.

La route mène ensuite vers Kas (km 720). L’antique Antiphellos est aujourd’hui un petit port actif doublé d’une station balnéaire assez courue et doté de nombreux hôtels et pensions. Kas possède un théâtre antique, à l’ouest du village, face à la mer. Au centre du village se trouve un tombeau d’un type courant en Lycie : un sarcophage monolithique posé sur un podium et coiffé d’un toit en forme de barque renversée qui atteste des liens des Lyciens avec la mer. Il ne faut absolument pas manquer l’excursion en bateau à l’île de Kekova et à Kaleköy (départ tous les matins à 9 h 30, retour a 17 h 30). L’île de Kekova est sans doute l’endroit le plus enchanteur de toute la côte. Cette longue île barre l’entrée d’un golfe très fermé au fond duquel s’étage le pittoresque village de Kaleköy, ses maisons blanches traditionnelles aux balcons de bois, et sa citadelle médiévale. De la citadelle, la vue embrasse toute la baie. Kaleköy est l’ancienne Simena dont il reste, au milieu de la citadelle, un petit théâtre creusé dans le rocher et, aux alentours, une nécropole composée de tombeaux semblables à celui de Kas. Les ruines de la cité engloutie se devinent à travers les eaux claires.

Kas, près d'Antalya

Kas, près d’Antalya

De retour à Kas, la route repart et passe, au km 747, à proximité de Kalkan. Ce joli port mérite le détour pour son architecture traditionnelle qui lui vaut aujourd’hui de devenir une station balnéaire à la mode. Plusieurs maisons anciennes proposent des pensions. A 11 km de Kalkan, une petite route mène à Patara (5 km plus loin), célèbre dans l’Antiquité pour l’oracle d’hiver d’Apollon. Les ruines sont très dispersées au milieu de la végétation. Il reste le théâtre (IIe siècle) adossé aux dunes et à moitié envahi par les sables. Le soir constitue un moment privilégié pour la visite.

Xanthos

L’itinéraire passe ensuite à Xanthos (km 754). Au village de Kinik, une petite route monte sur la droite et passe devant l’une des portes de la ville d’époque hellénistique avant d’arriver au parking. Les fouilles entreprises à Xanthos ont mis à jour des poteries antérieures au VIIIe siècle av. J.-C. La ville fut détruite à trois reprises : par les Perses en 546 av. J.-C., par les Grecs en 470 av. J.-C. et par les Romains en 43. Xanthos, capitale de la Ligue lycienne, a joué un rôle de premier plan dans la région. Le site est très étendu mais les principales curiosités se regroupent autour de l’agora romaine (en face du parking) qui domine la plaine et la fertile vallée du Xanthe. Il s’agit tout d’abord de monuments funéraires, d’un type original qui ne doit rien à l’influence grecque : le monument des Harpyies (sirènes) et le sarcophage monté sur pilier. Le premier est sis sur un énorme monolithe dont le sommet a été creusé d’une chambre funéraire entourée de bas-reliefs sur les quatre faces. Il s’agit ici de moulages (les originaux sont au British Museum comme de nombreuses pièces venant de Xanthos). Les reliefs représentent des scènes d’offrandes, le style rappelle celui de la Perse. Ils datent probablement du début du Ve siècle av. J.-C. Le sarcophage, du type « barque renversée », est pour sa part supporté par un pilier creux.

A proximité se trouve également le Pilier inscrit qui porte un texte en caractères lyciens avec un résumé en grec, louant les succès du fils d’Arpagos, dynaste de la ville. Derrière l’agora s’ouvre le théâtre puis l’acropole lycienne. D’autres monuments funéraires subsistent à l’est de l’agora.

A 6 km de Xanthos, le Lêton était un centre religieux de la Lycie consacré à Léto, mère d’Apollon, qui abritait temples, théâtre et nymphée. La route entre à l’intérieur des terres et mène à Fethiye (km 815), port de 21 000 habitants au fond d’un vaste golfe parsemé d’îles. Fethiye et ses environs ont été considérablement construits ces dernières années. La principale curiosité de Fethiye reste le tombeau d’Amyntas, sur les hauteurs de la ville. Ce vaste tombeau rupestre lycien du IVe siècle av. J.-C. reproduit la forme d’un temple grec de style ionique. En louant une barque, il est possible d’entreprendre une des plus agréables promenades de toute la Méditerranée vers les îles de Manastia, Sar Sala, Iskeli et Tersanne, recouvertes de pins et de fleurs, et parsemées de ruines romaines et byzantines. L’extraordinaire plage d’Olü Deniz procure une vision de carte postale.

Xanthos - Monument des Harpies

Xanthos – Monument des Harpies

Après Fethiye, la route passe à Dalaman, où un aéroport assure la liaison avec Istanbul pour satisfaire aux besoins du développement touristique de la région. Peu après (km 895), un embranchement rejoint le site de Kaunos (à 15 km). La route s’arrête à Dalyan où de petits bateaux font le trajet jusqu’à Kaunos par la rivière pour une excursion d’environ 2 h dans une étrange ambiance lacustre. La rivière longe d’abord une falaise où ont été creusés au IVe siècle av. J.-C. des tombeaux. Le site est proche du débarcadère, il faut emprunter un long pont et des pontons qui longent un terrain marécageux pour y accéder. Après une pêcherie (les crabes d’eau douce abondent !), prendre un sentier sur la droite jusqu’aux thermes. A proximité se trouvent un temple romain et une église byzantine. Plus loin, un théâtre s’appuie à la colline de l’acropole. Aujourd’hui séparé de la mer par une plaine marécageuse, Kaunos fut autrefois un port.

Marmaris

Au km 939, une très belle route bordée d’arbres tourne à gauche et s’engage vers Marmaris (6 000 hab.). Au fond d’une superbe baie, Marmaris est devenue le Saint-Tropez turc. Elle possède incontestablement une des plus belles marinas, agréablement bordée de cafés et restaurants. Dans les vastes bassins du port, yachts et caïques en bois se laissent admirer. La côte offre de somptueuses croisières. Le vieux Marmaris, autour de la citadelle médiévale, est parcouru de pittoresques ruelles qui serpentent entre les maisons blanches. De nombreux hôtels jonchent la corniche depuis la vieille ville. Il existe une ligne régulière de bateaux entre Marmaris et l’île grecque de Rhodes. La presqu’île de Resadiye, à l’ouest de Marmaris, est un des lieux les plus pittoresques de la côte. Une route sinueuse mène à Datsa, petit village de pêcheurs, et à l’antique Knidos (Cnide).

Florissante au VIe siècle av. J.-C. grâce à sa célèbre école de médecine, Knidos perdit toute sa splendeur sous l’occupation romaine. C’est à Knidos que l’Aphrodite de Praxitèle (dont la copie se trouve au Louvre) obligeait les marins à faire halte pour l’admirer. Des fortifications du cap Triopion, face à Knidos, il ne reste que des ruines. La ville, avec son port commercial et son port de guerre, avait une forme rectangulaire. En 1969, des archéologues mirent à jour les fondations d’un temple circulaire dédié à Aphrodite. Eudoxe (inventeur du cadran solaire) et Sosastros (l’architecte du fabuleux phare d’Alexandrie) y naquirent. La route depuis Marmaris remonte vers le nord et passe par Mugla et Yatagan, puis la 330 mène à Milas (km 1 132), l’ancienne Mylasa, au milieu d’une plaine peu attrayante mais célèbre pour ses tapis.

De Milas, un détour de 70 km conduit à Bodrum (7 000 hab.), autre fameuse station balnéaire richement dotée d’hôtels, de restaurants et de boutiques. Bodrum est l’antique Halicarnasse où s’élevait le célèbre Mausolée, l’une des sept merveilles du monde antique dont il ne reste que peu de chose. Ce tombeau gigantesque fut construit pour servir de sépulture à Mausole, roi de Carie de 377 à 352 av. J.-C. Le château Saint-Pierre, bâti sur une presqu’île avec quelques restes du Mausolée, est en revanche parfaitement conservé. Il est l’oeuvre, au XVe siècle, des hospitaliers de Saint-Jean, moines-soldats installés à Rhodes et derniers représentant de l’idée de croisade en Orient.

Marmara Esma Sultan - Istanbul

Marmara Esma Sultan – Istanbul

En 1523, Soliman le Magnifique chassa l’ordre de sa forteresse. Le château est aujourd’hui un musée consacré à l’archéologie sous-marine (accès payant). Halicarnasse a également été le lieu de naissance d’Hérodote vers 484 av. J.-C.). Tout près de Bodrum se trouvent les belles plages de Bardakçi, Gambet, Turgutreis, et le très joli petit port de pêcheurs de Gümüslük. Au départ de Bodrum une excursion en bateau mène à la très belle baie de Göhova et à la magnifique île de Cléopâtre, où la reine et son époux Antoine séjournèrent. Après Milas, la route devient plus montagneuse en longeant le superbe lac de Bafa. Peu après (km 1185), en prenant à gauche vers Akköy, se présentent les sites de Didymes, Milet et Priène.

Didymes, Milet et Priène

Didymes était un centre religieux dépendant de Milet. Au début du IIIe siècle av. J.-C., à l’époque hellénistique, un temple dédié à Apollon y rendait des oracles. Les prophéties étaient données aux prêtres par les émanations d’une source chargée de vapeurs sulfureuses. Le temple, dont il reste aujourd’hui d’imposants vestiges, rivalisait par ses dimensions (108 m sur 52 m) et son originalité avec les plus grandes réalisations de la Grèce classique. Une double colonnade colossale entoure le temple qui s’ouvre par un porche monumental qui aboutissait à un cul-de-sac. La base des colonnes est dodécagonale et chacune des douze faces s’orne de panneaux sculptés. La cour centrale, accessible par deux étroits couloirs voûtés, est bordée de puissants murs. Une petite chapelle au fond devait contenir la statue du dieu. A l’opposé, montent de majestueux degrés qui menaient à une petite salle couverte dans le prolongement du porche avec lequel il ne communiquait pas. Ce plan très particulier demeure mystérieux. Il est probable qu’une partie seulement des fidèles pouvait accéder à la cour centrale où se déroulaient des rites secrets. L’empereur romain Théodose Ier fit fermer l’oracle en 390. Le fragment de la tête de Méduse – seule mortelle des trois Gorgones de la mythologie grecque, est visible sur la façade du temple.

En rebroussant chemin vers Akköy, à 7 km de Didymes, se trouvent le village de Balat et les ruines de Milet. Située au milieu de la plaine du Méandre (Büyük Menderes), Milet fut autrefois l’une des plus puissantes cités grecques d’Asie mineure. La ville et le port constituaient un centre intellectuel, politique et commercial important. La ville tient son nom de Milet, un Crétois qui exécuta, vers 350 av. J.-C., les plans d’Hippodamos. Les seules constructions préservées jusqu’à nos jours sont les grands édifices. Les zones résidentielles ont complètement disparu et les dépôts d’alluvion du Méandre ont comblé l’accès à la mer. L’édifice le plus intéressant de Milet est le théâtre. D’époque hellénistique, il fit l’objet d’une reconstruction sous Trajan (97-117). Derrière une façade large de 141 m, s’étageaient des gradins sur une hauteur de 30 m. Le théâtre pouvait contenir 25 000 personnes. Deux piliers au centre des gradins inférieurs soutenaient le baldaquin de la loge impériale.

Sur le haut de la colline, au-dessus du théâtre, se trouvent les ruines de la citadelle byzantine dont les assises de pierre furent prises au théâtre. En descendant vers l’est sur environ 1 km, se dressait le port des Lions, un port antique flanqué de deux lions en pierre. Au sud de ce port s’étendent les ruines de plusieurs édifices : le Delphinion, sanctuaire consacré à l’Apollon Delphien (le dieu Apollon aurait pris la forme d’un dauphin pour attirer Milet fondateur de la ville) ; le gymnase ; et, plus à l’ouest, l’agora du nord, qui occupait un quadrilatère de 90 m sur 43 m. La Porte du marché, construite en 165 av. J.-C. et encore visible aujourd’hui à Berlin, sert de séparation entre l’agora du nord et l’agora du sud, dont les dimensions atteignent environ 200 m sur 170 m, soit le plus vaste marché de l’Antiquité.

Ruines de Milet

Ruines de Milet

A l’ouest de la Porte du marché, Bouleutérion est semblable à celui de Priène. Plus loin, les thermes de Faustine, construits vers 150 et nommés d’après l’épouse de l’empereur Antonin le Pieux, demeurent bien conservés. Au sud, la mosquée seldjoukide d’Ilyas Bey, construite en 1403, est aujourd’hui délabrée. A l’ouest de la route, au sud de l’ancien théâtre, à l’emplacement d’un parking, se trouvait le stade. Des vestiges d’une salle hypostyle subsistent. A l’ouest du stade était situé le marché occidental de l’époque hellénistique. Plus au sud encore, le temple d’Athéna, du VIIe siècle av. J.-C., conserve des fondations et quelques murs remontant au IIe siècle av. J.-C.

En quittant Milet en direction de Priène, la route traverse un pays marécageux irrigué par le Büyük Menderes. Ce pays constituait autrefois le golfe de Latmos, et Priène s’étendait au nord de cette baie tandis qu’au sud se trouvait la riche et puissante Milet. Après 25 km, par le village de Güllübahce, la route parvient aux ruines de Priène. Situé sur une haute falaise, le site est sans doute le plus spectaculaire et le plus suggestif des trois grands sites hellénistiques. Priène, une des plus actives cités de la confédération ionienne dès le XIe siècle av. J.-C., plusieurs fois anéantie, fit l’objet d’une reconstruction à partir de 350 av. J.-C. selon les plans de l’architecte de Milet, Hippodamos, précurseur des rues à angle droit. Les ruines s’étendent le long des pentes du Samsun Dagi. Des flèches guident le visiteur. Près de la Porte de l’Est, la rue du Théâtre est l’une des six rues qui traversent la cité d’ouest en est. Sur le bord de cette route, sur la droite, se trouve le théâtre construit au IIIe siècle av. J.-C. par l’architecte Pythéos et dont certaines parties demeurent bien conservées.

A l’ouest de la rue du Théâtre se dressaient deux temples. Au nord, celui de Déméter où se trouvait un portique à deux colonnes devant la cour sacrée ornée de statues de prêtresses. Au sud celui d’Athéna, le plus fameux sanctuaire de la ville, dans les fondations duquel les bases de quelques colonnes restent visibles. Depuis le temple, vers le sud-est, se tient le portique sacré, contigu au Bouleutérion, siège de la Boulé, ou sénat, contenant treize rangs de gradins. Près de lui, le Prytanée était le siége des magistrats de la ville. Dans la partie sud de la ville se tenaient le gymnase inférieur et le stade avec ses rangées de gradins disposés en arcades. Sur le côté est s’élève le sanctuaire de Jupiter sur lequel une citadelle byzantine a été édifiée. Les autres curiosités de la ville sont le temple des Dieux égyptiens, le temple de Cybèle, le temple d’Alexandre le Grand, l’agora et de nombreuses maisons.

En rejoignant la route principale, peu avant Söke (km 1268), l’itinéraire pend la direction de la côte et de Kusadasi. Kusadasi (10 000 hab.) est une station balnéaire peut-être encore plus connue et plus fréquentée que Bodrum et Marmaris, mais moins agréable et pittoresque. Ses nombreux hôtels constituent une base de départ pour rayonner vers Ephèse, Priène, Milet et Didymes, ou pour se rendre dans l’île grecque de Samos, accessible en bateau par service régulier. De belles plages se trouvent à proximité, et le parc national de Dilek, qui abrite de nombreux animaux dont des guépards, offre de très beaux panoramas de forêts et de mer. De Kusadasi, l’itinéraire rejoint Selçuk (km 1311) puis Izmir (km 1384).

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