Le tourisme irlandais est né dans ces comtés, les plus verts de l’île. Un succès qui ne se dément pas depuis la reine Victoria.
S’y succèdent paysages aimables et horizons sauvages, pluie fine et soleil étincelant. Les villages y sont passés au badigeon vif, l’Atlantique y fouette des falaises vertigineuses. Splendide.

Cork

De Cork (146 000 hab), la deuxième ville du pays après Dublin, on connaît surtout l’aéroport et le port, qui ouvrent les chemins de l’anneau du Kerry et des lacs de Killarney. Capitale du comté du même nom, la ville est beaucoup plus qu’un simple passage obligé. Centre commercial, sportif et culturel de toute la région, elle possède une « gueule d’atmosphère ». Rues étroites et pentues au nord, façades élégantes au sud, cœur en forme d’île entre deux bras de la rivière Lee, estuaire voué aux échanges internationaux et à l’industrie lourde : hétéroclite, pagailleuse même, cette cité-là est d’abord active et colorée, gastronomique aussi.
D’un brillant passé marchand, qui s’exprima aux XVIIIe et XIXe siècles, elle conserve quelques riches façades et la rumeur de rues commerçantes telles que St. Patrick Street, Cook Street, French Church Street ou Olivera Plunkett Street. Elle n’a pas vraiment de centre. Il faut y fouiner comme dans la boutique d’un brocanteur, en commençant par l’îlot triangulaire que délimite la Lee, baptisé le « Plat de la ville » par ses habitants.

« Le Plat de la ville »
Là se concentrent magasins traditionnels, boutiques de mode, pubs purs et durs. Entre l’église catholique St. Peter and St. Paul, construite dans un style néogothique, Father Mathew Statue, monument dédié au fondateur du mouvement de la tempérance, et National Monument, érigé à la mémoire des patriotes irlandais, le quartier bouillonne jour et nuit.
C’est Paul Street qui emporte la palme de l’animation, entre ses restaurants exotiques, ses vitrines farfelues et ses librairies avant-gardistes. Le monument le plus séduisant de ce secteur effervescent est un simple marché : l’English Market, sur Princess Street, dont la magnifique façade de la fin du XVIIIe siècle a été récemment restaurée. Deux musées y sont aussi au rendez-vous.

Crawford Municipal Art Gallery
Emmet Place. Ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 16 h 45, le samedi de 10 h à 16 h 30. Entrée libre.
L’art irlandais sous son meilleur jour, avec de nombreuses expositions contemporaines. Quelques artistes étrangers, comme Miro, y voisinent avec la fine fleur de la peinture irlandaise des XIXe et XXe siècles, dont Jack Yeats et Harry Clarke, immense spécialiste du vitrail.

Cork Public Museum
Fitzgerald Park. Ouvert de 11 h à 13 h et de 14 h 15 à 17 h (jusqu’à 18 h en été), le dimanche de 15 h à 17 h. Entrée libre en semaine, payante le dimanche.
A l’ouest, au cœur du plus grand espace vert de Cork, il réunit une superbe collection d’objets d’art, mais aussi des costumes, des bannières corporatives, des affiches, des peintures, et même des brosses à dents, qui retracent l’histoire de la ville sur plusieurs siècles. Parfois inattendu, toujours passionnant.

Bantry House Gardens, Co.Cork Ireland © auteur

Bantry House Gardens, Co.Cork Ireland © auteur

St. Ann’s Shandon
Le clocher est ouvert du lundi au samedi, de 10 h à 16 h en hiver, jusqu’à 17 h en été.
De nombreux ponts enjambent la Lee pour rejoindre le nord de la cité. Par le St. Patrick’s Bridge, on pénètre au cœur de ce secteur populaire et très vivant, qui collectionne les vieilles boutiques de toutes les couleurs et des dizaines de pubs. Il est dominé par la plus célèbre église de Cork, qui date du début du XVIIIe siècle. Elle est célèbre pour son clocher en forme de poivrière, qui possède deux faces en pierre grise, les deux autres en pierre rouge. Il faut absolument faire son ascension, pour profiter d’une vue splendide sur la ville. On prendra ensuite par Shandon Street et Sunday’s Well Road, jusqu’à l’ancienne prison.

Suivez le guide !
Sur Paul Street, le parking en hauteur du centre commercial permet d’embrasser, d’un seul regard, l’ensemble de Cork.

Suivez le guide !
En face de St. Ann’s Shandon, ne manquez pas Butter Exchange. Cette ex-halle au beurre est devenue un adorable petit centre artisanal.

Cork City Gaol
Convent Avenue. Ouvert tlj de 9 h 30 à 18 h de mars à octobre ; en hiver, de 10 h 30 à 17 h en semaine, de 10 h à 17 h les samedis et dimanches. Entrée payante.
Ses cellules ont été reconstituées avec un louable souci de véracité.
Un film relate la vie des prisonniers, célèbres ou anonymes, aux XIXe et XXe siècles. Il évoque notamment les affreux sévices qui leur étaient réservés : brrr ! La cafétéria est beaucoup plus accueillante.

St. Finbarr’s Cathedral
Ouvert tlj, offrande souhaitée.
Sur la rive sud de la Lee, les rues s’élargissent et les jardins se multiplient. Sur Bishop Street, la cathédrale St. Finbarr’s, dédiée au saint patron de Cork, affiche un style néogothique appuyé. Elle est surmontée par trois flèches. A l’intérieur, de très beaux vitraux retracent la vie de Jésus.

L’université
A l’est se dressent les ruines de Red Abbey : elles datent du XIIIe siècle et constituent le plus ancien monument de la ville. Et, à l’ouest, vit l’université. On y pénètre sans formalités particulières. Après avoir arpenté la ville, il fait bon se détendre parmi ses grands arbres, ses bosquets touffus, ses parterres fleuris. La Lee traverse son parc ; entre deux cours, étudiants et professeurs y taquinent la truite. Une université comme ça, on en redemande !

Examen prénuptial
Pendant leurs temps morts, les étudiants jouèrent longtemps au rugby sur les pelouses de l’université de Cork. Les étudiantes appréciaient beaucoup ces démonstrations d’adresse, de vigueur, de rapidité. Elles leur permettaient de jauger les hommes. Et, souvent, de choisir celui qui partagerait leur vie, séduites ici par la force d’un mollet, là par la puissance d’un thorax, ailleurs par un sens tactique prononcé. La pratique du sport n’est plus admise sur l’herbe universitaire de Cork : elle transformait tous les espaces verts en bourbiers. Il paraît que ce sont les jeunes filles qui le regrettent le plus.

Les environs

Blarney
Située aux abords de Cork, à 10 km au nord-ouest par la N20.
Blarney est une bourgade proprette et cossue, envahie par les touristes dès le printemps. Deux raisons majeures à ce succès : Blarney Woollen Mills, une énorme boutique de lainages irlandais d’excellente qualité.
Et Blarney Castle, un bon gros château du XVe siècle.

Blarney Castle
Ouvert en mai et en septembre de 9 h à 18 h 30, en été jusqu’à 19 h, d’octobre à avril jusqu’au coucher du soleil ; le dimanche de 9 h 30 à 17 h 30. Entrée payante.
Les murs de l’énorme donjon renferment une pierre qui, dit la légende, confère le don d’éloquence à ceux qui l’embrassent. L’exercice exige pas mal de contorsions ! Les promenades dans le parc, égayé par une petite rivière, sont beaucoup plus paisibles.

Midleton
A l’est de Cork, la verdoyante campagne irlandaise retrouve tous ses droits. En empruntant la N25, on parvient d’abord à cette petite ville qui vaut surtout pour le Jameson Heritage Centre(ouvert de mars à octobre tlj de 10 h à 18 h, de novembre à février du lundi au vendredi de 12 h à 15 h. Entrée payante).
Etape incontournable pour les amateurs de whiskey désireux de parfaire leurs connaissances, il retrace l’histoire de ce breuvage.

Youghal
Il faut absolument poursuivre la route en direction de la côte, pour rejoindre cette cité fortifiée. La pittoresque Clock Tower, tour de l’horloge qui servit de prison au XIXe siècle, est la vedette de la rue principale, très commerçante. Sur Church Street, St. Mary’s Church est considérée comme la plus vieille église d’Irlande. Et le Myrtle Grove compte parmi les rares manoirs Tudor non fortifiés de l’île.
Youghal possède aussi de très belles plages. Son port, moins actif que par le passé, devrait séduire les cinéphiles : y fut tourné Moby Dick, en 1954, avec Gregory Peck dans le rôle du capitaine Achab.

Cobh
Toujours sur la côte, mais cette fois au sud-est, à l’extrémité de Great Island, se situe le port d’embarcation des émigrants qui, accablés de misère, quittaient leur pays pour l’Amérique. C’est également de Cobh que le Titanic partit pour son désastreux voyage inaugural.

Kinsale
Plus au sud par la R611, le port de pêche et de plaisance de Kinsale se montre beaucoup plus avenant : il accueille des régates internationales tout au long de l’année. Entre sa rade et Cork Street, il collectionne les ruelles étroites et zigzagantes, les maisons à colombage peintes de couleurs vives, les bons restaurants, les pubs complices. Et il multiplie les points de vue qui mêlent joyeusement la mer et ses bateaux aux prairies et à leurs moutons.

Les forts
Au concours de la plus belle carte postale irlandaise, Kinsale a toutes ses chances. Les deux forts qui commandent l’entrée de la baie, James’s Fort et Charles’s Fort, datent du XVIIe siècle et rappellent les furieuses batailles dont la cité fut l’enjeu.

St. Multose Church
Ouvert tlj, du lever au coucher du soleil, entrée libre.
Il faut arpenter Main Street, pleine de vitrines attrayantes ; à son extrémité nord, l’église, qui date du XIIe siècle, possède encore sa tour carrée, d’origine normande ; on y voit aussi les étonnantes tombes des anciennes familles de la cité. Deux petits musées complètent la découverte de cette cité léchée, située sur l’estuaire de la rivière Brandon.

Regional Museum
Market Square. Ouvert tlj de 14 h 30 à 17 h 30. Entrée payante. Les horaires d’ouverture sont susceptibles de changer sans prévenir !
Nombreux souvenirs historiques et maritimes. Un musée sans prétention, mais pas sans intérêt. Il possède même quelques pièces exceptionnelles, telle la carte de Elisabeth Ire donnée à Kinsale en 1590.

Desmond Castle
Cork Street. Ouvert de 9 h à 16 h 30, tlj sauf le lundi hors saison. Entrée payante.
Poste de douane au XVe siècle, prison pour les soldats français au XVIIIe siècle, il abrite maintenant un musée du vin aménagé avec intelligence.