Entente cordiale avant l’heure, Wallis, Cooket Bougainville, trois capitaines venus d’Angleterre et de France, ont construit ensemble le mythe tenace d’O’Tahiti, la nouvelle Cythère. Deux siècles et demi plus tard, Tahiti évoque toujours l’image d’un paradis des mers du Sud aux cultures et aux traditions encore vivaces.

Le triangle polynésien 

Que l’on ne s’y trompe pas : les affiliations des différents archipels de Polynésie ne doivent pas uniquement aux caprices de la géographie et de la dérive des continents. Identifiés de manière historique par les diverses populations polynésiennes qui les ont colonisés, les archipels constituent bel et bien des communautés culturelles et humaines à part entière, dont les seuls points communs sont l’appartenance au grand triangle polynésien (Hawaii, Nouvelle-Zélande, île de Pâques) et une origine maohi imprescriptible. Marquisiens, Paumotu (habitants des atolls des Tuamotu), Roramatai (habitants des îles Sous-le-Vent) et Tahitiens, tous revendiquent des particularités linguistiques. Ainsi aux Marquises parle-t-on une langue plus proche du maori de Nouvelle-Zélande que du reo maohi que l’on entend à Tahiti. Pour autant, les enfants polynésiens conservent la « tache mongole », cette tache de naissance transmise de génération en génération, témoin des vagues de conquêtes océaniennes qui se sont succédé à partir de Malaisie, d’Indonésie et de Mélanésie dès 1500 av. J.-C. pour se poursuivre jusqu’au xiie ou xiiie siècle de notre ère.

La navigation ancestrale 

Au centre du triangle polynésien, la pirogue a valeur de symbole. Elle a régné en maître pendant près de trois mille ans, rythmant les migrations d’île en île et permettant aux Maohi d’antan de coloniser un territoire maritime immense.
Embarcations rudimentaires, assemblages de planches réunies par des cordelettes en fibre de noix de coco, calfatées à la poix d’uru, l’arbre à pain, les pirogues n’offraient à leurs marins aventuriers que peu de confort lors de navigations risquées où l’orientation était uniquement fondée sur l’observation attentive des houles et des dérives océaniques, du ciel et des êtres vivants. Ce qui n’a pas empêché ces hommes de maîtriser la démesure de l’océan Pacifique, faisant de la pirogue l’incontournable objet d’une vie devenue plus sédentaire tout en restant essentiellement maritime.

A chaque île sa pirogue 

Outil indispensable pour la pêche, moyen de transport irremplaçable entre les îles, voire engin de guerre, la pirogue est à la fois simple dans son concept premier et multiple par ses différentes architectures, selon qu’elle est double ou à balancier, à pagaie ou à voile. De plus, les différents archipels ont repris chacun à leur compte ces principes de base pour enrichir le patrimoine maritime polynésien d’un florilège d’embarcations variées. Une tradition qui perdure encore de nos jours grâce à la fabrication de nombreuses répliques de pirogues anciennes et à la tenue régulière de grandes courses de pirogues comme le Hawaiki Nui, qui rassemble chaque année près de 100 bateaux. L’esprit sportif polynésien permet ainsi un prolongement de l’aspect culturel de la pirogue comme moyen de rencontre.

Sculpture Oviri © Christopher Brown

Sculpture Oviri © Christopher Brown

Le cocotier dans la légende polynésienne 

Une légende polynésienne raconte qu’un homme et sa femme vivant dans un atoll éloigné eurent comme enfants trois têtes, deux garçons et une fille, qui devinrent des noix de coco peu après leur naissance. Puis vint au monde un fils parfaitement constitué qui planta ses frères et sœur. Ces derniers s’épanouirent et donnèrent, pour le premier, une variété dont les noix de coco étaient à enveloppe verte, pour le deuxième une variété dont la noix était à enveloppe brune, tandis que la dernière donnait de toutes petites noix. De ces trois espèces seraient ainsi nées toutes les espèces connues dans les îles de nos jours.

Une société hiérarchisée 

On pourrait croire qu’une société fondée par un être unique, une famille, un clan, colonisateur d’un simple motu, d’un atoll entier ou de tout ou partie d’une île, ne donnerait lieu, sous les simples cieux du Pacifique, à aucune complication sociale. Il n’en est rien, bien au contraire. Les sociétés polynésiennes, issues d’un même ancêtre, ont très rapidement connu une dérive structurelle et sociale conduisant à la mise en place d’une hiérarchie spécifique qui attribuait à chacun un rôle bien dévolu dans la communauté. Dès lors, au fur et à mesure que celle-ci croissait en nombre, elle se retrouvait immanquablement divisée en trois : les ari’i, les raatira et les manahune.

Les « ari’i » 
Ils étaient généralement issus de la branche aînée du patriarche ou du chef de clan fondateur de la communauté et formaient une certaine aristocratie, reposant sur un pouvoir plus spirituel que politique. C’est cette caste qui fournissait le chef du clan, qui devenait dépositaire du pouvoir sacré, parfois redoutable, le mana, qu’il était alors le seul à partager avec le dieu Oro dans un lieu sacré appelé marae.

Les « raatira » 
Ils constituaient une caste intermédiaire, chargée le plus souvent de transmettre les ordres des ari’i et de les faire appliquer.

Les « manahune » 
Ils formaient le petit peuple : pêcheurs, agriculteurs, artisans, mais aussi prisonniers de guerre et esclaves. On ne sortait de cette caste que pour devenir prêtre ou chef de guerre (iaotai).
Car, avec une telle hiérarchisation de la société, les clans étaient aussi nombreux que les querelles qui les opposaient et les guerres fréquentes pour asseoir la prédominance de telle famille sur les autres. La plus puissante fournissait alors l’ari’i rahi, le chef suprême, que les Européens eurent tôt fait de rebaptiser roi pour plus de commodité.

Raiatea, l’île sacrée 

Selon les légendes polynésiennes, Raiatea aurait donné naissance à l’ensemble des îles de la Société,les plus importantes en terme de culture, après les Marquises, premier archipel du Pacifique à avoir été colonisé. C’est à ce titre qu’elle est depuis longtemps considérée comme l’île sacrée par excellence et que toute référence religieuse maohi passe par ses rivages, pour l’archipel de la Société comme pour l’ensemble du triangle polynésien. Si les dieux polynésiens semblent parfois aussi nombreux que les îles, il est pratiquement acquis que le mythe du dieu Oro (dieu de la fertilité et de la guerre) est né à Raiatea avant de s’étendre à l’ensemble des archipels. Il est ainsi devenu le dieu dominant des atua (dieux créateurs), comme Ta’aroa, Tiki, Ro’o, et des multiples dieux secondaires, tels Hiro (dieu de la pêche), Hina (déesse de la lune) ou Pele (dieu des volcans).

Les « marae », lieux sacrés 
Si les lieux sacrés voués au culte de ces dieux, les marae (mae en marquisien), semblent tous répondre aux mêmes principes architecturaux fondamentaux, les variations selon les archipels et la fonction même de ces lieux sacrés ont entraîné des variantes du modèle de Taputapuatea, le grand marae de Raiatea.
Un marae est ainsi généralement constitué d’une grande esplanade rectangulaire ouverte, le pae pae, dont la cour est la plupart du temps dallée et entourée de murs bas. A l’une des extrémités, on dressait l’ahu,autel parallélépipédique ou pyramidal, souvent entouré de pierres levées symbolisant la généalogie des créateurs du marae et servant de dossiers aux prêtres. Les grands marae publics étaient le plus souvent construits en bord de mer, alors que les structures familiales ou corporatistes se trouvaient plus à l’intérieur de l’île. Leur taille dépendait alors de l’importance du clan qui les avait érigés, et ils étaient bien souvent consacrés au culte des ancêtres, à celui du dieu de la pêche, de la chasse, de la construction… Uniquement accessible aux prêtres et aux chefs, le marae était un endroit tabu : interdit et sacré.

Le temps des « découvreurs » 

Quarante-six ans après Magellan, qui fait escale, lors de sa légendaire circumnavigation, à Puka Puka, dans les Tuamotu, sans y nouer de contact, c’est un Espagnol, Alvaro de Mendaña, qui s’attaque à la traversée du Pacifique Sud au départ du Pérou, en 1567. Inexpérimenté, il navigue vers l’ouest sans toucher aucune terre et rebrousse chemin. Lors d’une seconde tentative, il débarque à Fatu Hiva, le 21 juillet 1595, et baptise l’archipel qu’il vient de découvrir les « îles Marquises de don Garcia Hurtado de Mendoza », en l’honneur de la femme du vice-roi du Pérou. Son équipage et lui quittent l’île en laissant quelque 200 morts et une maladie qui fera des ravages : la syphilis.
Le 4 février 1606, son second, le Portugais Pedro Fernandez de Quiros, débarque dans le lagon de Hao,aux Tuamotu, où il est accueilli par les indigènes qui l’aident à se ravitailler.
Si l’on pense que de nombreux navires, pirates ou corsaires, ont croisé par la suite, mais de manière illicite, dans les archipels polynésiens, c’est le 17 juin 1767 que le capitaine anglais Samuel Wallis « découvre » enfin, à bord du Dolphin, O’Tahiti et la nomme « terre du roi George III » en en prenant possession. Dès lors, la Polynésie fait officiellement son entrée dans la géographie maritime du xviiie siècle et marque le début d’une nouvelle ère d’exploration scientifique dans le Pacifique.

L’expédition de Bougainville 
Quelques mois après le passage du Dolphin, deux navires français, L’Etoile et La Boudeuse, arrivent à Tahiti sous le commandement de Louis-Antoine de Bougainville. Une escale idyllique qui bouleverse tellement le navigateur dans sa conception philosophique du monde qu’il surnommera Tahiti la « nouvelle Cythère ». Grâce à son récit et à Ahutoru, un Tahitien qu’il ramène avec lui à Paris, Bougainville fera les belles heures de la cour de Louis XV et celles des philosophes tels que Diderot, qui reprendront à leur compte son Voyage autour du monde pour parfaire le mythe du « bon sauvage » cher à Jean-Jacques Rousseau. Malgré la présence du naturaliste Commerson et de l’astronome Véron, l’expédition de Bougainville reste plus culturelle que scientifique.

Les expéditions de Cook 
Ce sont les trois expéditions anglaises que dirigea par la suite James Cook, entre 1769 et 1779, qui permirent une remarquable moisson de données géographiques et ethnologiques sur l’ensemble des îles de la Société, grâce notamment à la présence des botanistes Banks, Solander et Forster, de l’astronome Green et du dessinateur Parkinson. Devenu président de la Royal Society de Londres, Banks, en 1788, chargea une expédition de collecter des plants d’arbre à pain afin de les transplanter aux Antilles pour nourrir les esclaves. Le chef de cette expédition s’appelait William Bligh, son navire, le Bounty.

La théorie de Darwin sur la formation des atolls 
Voyageur infatigable et naturaliste d’une rare perspicacité, Charles Darwin a également laissé son empreinte dans l’archipel polynésien lors de son passage avec le Beagle, en 1835. C’est en observant les différents faciès des îles de Polynésie qu’il formula la théorie de formation des atolls par subduction (enfoncement) de l’île centrale. Cette théorie se traduit en images par une diversité de formes, de Tahiti, île haute à la barrière de corail naissante, à Tupai et son atoll parfait, en passant par Moorea, île haute cernée d’un lagon au corail fleurissant, et Bora Bora, où la montagne centrale a presque entièrement cédé la place au lagon.

La mutinerie du « Bounty » et la naissance de la dynastie Pomare 

Au-delà de son aspect à la fois libertaire et tragiquement rocambolesque, la mutinerie du Bounty eut une influence directe sur une civilisation en passe d’aborder un tournant décisif de son histoire. Déjà, au cours de leur séjour de cinq mois, les marins du Bounty avaient eu un profond impact sur la société tahitienne.
Après la mutinerie, une quinzaine de marins furent laissés à Tahiti par un Fletcher Christian en partance vers Pitcairn. Ces derniers, grâce à leurs armes et à leur participation militaire, seront les acteurs directs d’événements qui changeront le cours de l’histoire.

Un chef s’impose 
Cook avait aidé un jeune chef, Tu, dans ses conflits avec d’autres chefferies. Ce même Tu avait donc accueilli Bligh avec moult honneurs, puis vite compris tout le parti qu’il pourrait tirer de quelques mercenaires armés de mousquets. Après la conquête de Moorea, notamment, Tu, devenu Mate, imposa la paix en échange de la reconnaissance de sa souveraineté. Il prit le nom dynastique de Pomare et étendit son pouvoir à l’ensemble des îles de la Société.
Se succédèrent alors des années chaotiques durant lesquelles le rôle des Anglais et des Français, éternels rivaux obnubilés par leur esprit de conquête, fut primordial.
Ainsi Pomare II, fils de Pomare, développa-t-il le commerce avec les Anglais et livra-t-il la Polynésie à la voracité évangéliste de leurs missionnaires, sonnant le glas de l’ancienne société polynésienne, des ari’i,des prêtres et de toutes les croyances primitives.
Pomare III disparut très jeune, et c’est une femme, Aimata, qui prit le nom de Pomare IV. Elle fut l’une des reines les plus illustres de Tahiti, et son règne dura un demi-siècle. A sa mort, en 1877, l’un de ses fils devint Pomare V. Il mourut en 1891, année de l’arrivée de Gauguin. Avec lui s’éteignait le dernier des Pomare.

Le protectorat français 

C’est durant le règne de la reine Pomare IV que le destin de l’archipel polynésien bascule définitivement vers la francophonie. Auparavant, les luttes claniques avaient atteint leur apogée moderne sur fond de dissensions religieuses attisées par les Anglais, protestants, et les Français, catholiques.
Quand, en décembre 1836, le missionnaire anglais George Pritchard fait expulser les pères Laval et Caret, il ne sait pas encore qu’il vient de condamner les intérêts britanniques dans cette partie du monde. Deux ans plus tard, l’amiral Dupetit-Thouars débarque à Tahiti pour demander réparation à la reine, ajoutant au désordre et à la confusion ambiants. Il revient en 1842, bien décidé à faire de l’île la base marine qu’il cherche à établir dans l’archipel polynésien. Epaulé par de nombreux dignitaires tahitiens, il parvient à un accord avec la reine, qui accepte la mise en place d’un protectorat français. Pritchard tente alors de briser cet accord, mais réussit seulement à endurcir la France, qui proclame l’annexion de Tahiti le 8 novembre 1843.

Une guerre et une défaite 
La situation s’envenime et, en mars 1844, des chefs rebelles tahitiens opposés à la présence française se lancent dans une véritable guerre qui durera plus de deux ans et s’achèvera par la victoire des Français, le 17 décembre 1846. Le traité de paix, signé le 7 janvier 1847, officialise une fois pour toutes le protectorat français. Il faudra alors attendre une trentaine d’années pour que le processus de rattachement à la France prenne sa véritable dimension. En 1877, la reine Pomare IV décède, laissant le trône à son fils, Pomare V. Celui-ci fait don de ses territoires le 29 juin 1880, faisant basculer la Polynésie vers une colonisation en bonne et due forme qui s’achèvera en 1902 avec l’annexion des îles Australes. Tahiti et ses îles sont transformées en Etablissements français d’Océanie, et les Tahitiens deviennent français.

La course vers la modernité 

Les débuts de l’administration française sont plutôt chaotiques, notamment dans ses rapports avec les colons européens. Ces derniers, la plupart du temps sans moyens, ne trouvent bien souvent leur salut que dans des mariages mixtes qui bouleversent peu à peu la société tahitienne.
Les seuls apports de la métropole se résument au développement des mines de phosphate de Makateaet à une politique agricole favorisant la culture du coton, du coprah et de la vanille. Le besoin de main-d’œuvre devient alors le moteur d’une immigration où l’on distingue Mélanésiens, Pascuans et surtout Chinois fuyant une Chine du Sud misérable et stérile. Cette génération-là ne fera pourtant pas souche à Tahiti et préférera retourner en majorité vers son pays natal ou vers les côtes du Pacifique. C’est seulement au début du xxe siècle qu’une deuxième vague d’immigration en provenance de Chine centrale donne naissance à la communauté de marchands prospères que l’on connaît aujourd’hui.
Le début du siècle endure également diverses épidémies qui déciment les habitants. C’est aux Marquises que la disparition de la population – qui passe de 60 000 autochtones à la fin du xviiie siècle à 3000 dans les années 1900 – est la plus dramatique. Et, quand ce n’est pas la maladie, ce sont les cyclones qui frappent une colonie oubliée de la mère patrie car trop à l’écart des grandes routes maritimes.

Le « Kon Tiki » 
C’est au cours de son séjour sur l’île marquisienne de Fatu Hiva, à la fin des années 1930, que le naturaliste norvégien Thor Heyerdahl échafauda sa théorie du peuplement de la Polynésie orientale et mit au point la géniale navigation qui le rendit célèbre dans le monde entier. C’est ainsi que le Kon Tiki, radeau fabriqué en troncs de balsa selon des plans imaginés d’après les évocations d’embarcations précolombiennes, effectua, en 1947, une traversée du Pacifique Est uniquement poussé par les vents et les courants. Parti des côtes sud-américaines, le Kon Tiki termina sa course à Raroia, au cœur des Tuamotu.

Tahiti reconnue 
L’embellie survient avec le percement du canal de Panama, qui place Tahiti à mi-chemin entre l’Amérique et l’Australie. Au même moment, les cours du coprah s’envolent, les ventes de phosphate grimpent en flèche, de même que celles de la vanille, qui représente, avant la Première Guerre mondiale, 40 % des exportations du territoire. La flotte allemande du Pacifique commandée par l’amiral von Spee aura beau tenter, sans grande conviction, d’intimider la petite colonie, Tahiti restera à l’écart du premier conflit mondial, hormis au travers de ses 1 000 poilus polynésiens engagés sur le front.
L’entre-deux-guerres voit les relations conflictuelles entre une administration décalée et des colons de mieux en mieux intégrés reprendre de plus belle. Les mariages mixtes d’avant-guerre ont donné naissance à une nouvelle population, les « Demis », dont le rôle s’affirme de jour en jour. Papeete devient peu à peu le mirage qui attire les populations de l’ensemble de la Polynésie, qui désertent alors leurs archipels d’origine pour goûter aux joies du modernisme et de la société industrielle. De plus en plus scolarisée et éduquée, la population polynésienne voit s’éveiller des velléités d’émancipation auprès d’une administration coloniale sclérosée.

La montée de Bora Bora 
La Seconde Guerre mondiale viendra mettre un coup d’arrêt à ces aspirations légitimes. Pourtant, Tahiti se rallie dès le 2 septembre 1940 à la France libre, et c’est de nouveau au sein du bataillon du Pacifique que les Polynésiens de France s’illustrent sur tous les fronts. Cependant, une autre île sort de l’anonymat grâce au conflit. C’est en effet à Bora Bora que le commandement américain du Pacifique choisit d’installer une base navale arrière de première importance. La vie de l’île, comme celle de la Polynésie tout entière, en sera changée à jamais.

Le rattachement définitif à la France 
L’après-guerre renforce le rattachement à la France, notamment après le référendum proposé par de Gaulle en 1959, où le « oui » l’emporte à 65 %. Trois événements majeurs vont ensuite accélérer l’accession de la Polynésie à la modernité et à un trop-plein de bien-être économique. La France devant quitter l’Algérie, elle choisit la Polynésie pour y installer son centre d’essais nucléaires. Puis c’est la construction de l’aéroport international de Faa’a. Enfin, en 1962, la MGM déverse près de 30 millions de dollars pour tourner, à Tahiti, la célèbre version hollywoodienne des Mutinés du Bounty. Enfant béni du Pacifique, la Polynésie était devenue l’enfant gâté de la République.

« Bounty », le syndrome au goût de paradis 
Si l’on a raison de dire que l’histoire se répète souvent, le parallèle entre la véritable aventure des révoltés du Bounty et la transposition cinématographique que la MGM en fit en 1962 ne manque pas de surprendre. Chacune à leur époque, les deux épopées marquèrent irrémédiablement la société tahitienne, la première sur le plan politique, la seconde sur le plan économique. Comme Fletcher Christian, Marlon Brando tomba amoureux de sa partenaire Tarita. Comme Christian (Pitcairn), il chercha une discrète retraite polynésienne (Tetiaroa). Au regard des déboires de l’expédition Bligh, la production dut faire face à maints problèmes (changement de réalisateur, retards répétés, excès financiers…). Sans parler du triste parallèle entre la fin sordide des révoltés sur Pitcairn et les événements tragiques qui entachèrent le volet polynésien de la vie de Marlon Brando.

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