L’histoire du Danemark est marquée par l’ancienneté du royaume et par sa grandeur du VIIIe au XVIIIe siècle. Après la perte de la Suède et de la Norvège, la politique intérieure prend plus d’importance et se recentre sur le développement de l’Etat-providence, l’amélioration des conditions de vie et le respect des droits individuels.

La préhistoire (12500 av. J.-C. à 500 av. J.-C.)

Les premières traces d’habitat humain au Danemark datent de la période de Bølling (12500 à 12000 av. J.-C.), période de réchauffement climatique après la dernière glaciation, et témoignent de l’existence de villages de chasseurs de rennes. 

Des terres immergées 
Pendant le mésolithique qui suit l’âge glaciaire, le Danemark ne forme encore qu’un seul bloc avec l’Angleterre. Mais la montée du niveau de la mer durant la période Atlantique (7000 à 3900 av. J.-C.) isole les territoires du Nord, et des fjords séparent les terres principalement couvertes de forêts de tilleuls. Les villages se forment alors sur les côtes, les populations de chasseurs laissant place à une civilisation de pêcheurs.

La civilisation rurale apparaît 
Le néolithique est marqué par l’apparition de l’agriculture et de l’élevage. Des aires de rassemblement et des tombeaux de pierre encore très nombreux dans le paysage danois contemporain témoignent d’une civilisation active et socialement évoluée. De 2800 à 2300 av. J.-C., les chars apparaissent et servent de mode de transport. Les fouilles de tertres funéraires de cette époque ont permis de déterminer que les morts sont ensevelis individuellement et que les hommes et les femmes bénéficient d’un traitement égal. L’introduction du bronze et du cuivre entre 2400 et 1700 av. J.-C. est postérieure à celle qui a lieu en Angleterre et en Europe centrale, mais les outils de silex sont alors fabriqués avec un tel raffinement qu’on peut en déduire la volonté des tailleurs de pierre de tenir tête à l’arrivée des nouveaux matériaux.

L’âge du bronze 
Les vestiges de cette époque sont nombreux, et leur état de conservation presque parfait pour certains. La collection des cercueils du Musée national montre des corps pratiquement intacts, vêtus de costumes et de coiffes parfaitement identifiables. Les croyances religieuses sont décrites par des peintures rupestres et certaines représentations, comme le char du soleil retrouvé dans le marais de Trundholm en 1902, sont des motifs récurrents dans les objets d’offrande. Les différences sociales émergent dans une société agricole où la taille des exploitations varie, mais où elles demeurent à la même place, si l’on en croit les vestiges de fermes habitées pendant plusieurs siècles.

L’âge du fer 
Cette période voit apparaître les premiers villages organisés, composés de maisons identiques clôturées, de petite taille au début puis plus spacieuses à partir du premier millénaire apr. J.-C., où les différences de classes sociales s’accentuent. Deux corps, exceptionnellement bien conservés, ont été retrouvés dans des marécages : ceux des hommes de Tollund et de Grauballe, datant du début de l’âge de fer. On suppose qu’ils ont été sacrifiés ou châtiés pour avoir enfreint les lois de la société. Des objets d’art romains (les vasques en argent de Hoby provenant de Capoue ou encore le trésor de Gallehus) datant des cinq premiers siècles de notre ère prouvent l’existence d’un commerce déjà bien établi avec les provinces romaines.

Stem Socialdemokratisk © Business Graphics Datentechnik GmbH

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Les Vikings

Tandis que l’âge du fer est marqué par une société rurale sédentaire, la période viking est caractérisée par un commerce florissant et l’expansion de la civilisation scandinave dans le reste de l’Europe. On a souvent assimilé les Vikings à des barbares sanguinaires, mais les recherches historiques des dernières années permettent à présent de dire que leurs conquêtes avaient pour la plupart un but commercial. 

Ribe, la première ville 
Vers le VIIIe siècle, le roi Angantyr (Ongendus) fonde la ville de Ribe, à l’ouest du Jutland, qui deviendra une place d’échange et de commerce au rayonnement international. Viborg plus à l’est et Odense dans l’île de Fionie s’y ajoutent au XIe siècle, tandis que Roskilde se définit comme le haut lieu de la royauté et du clergé.

Les conquêtes 
Profitant de la dislocation du pouvoir mérovingien et des querelles internes des Francs, des Anglais, ou des Irlandais, les Danois s’établissent sur leurs terres. En Saxe et en Frise d’abord, puis plus au sud, aux embouchures des fleuves où ils s’imposent comme défenseurs contre d’autres Vikings. Leur réputation de guerriers leur permet peu à peu de se faire embrigader dans les conflits internes des pays dans lesquels ils se trouvent, et ainsi de conquérir certains fiefs « de l’intérieur ». C’est ainsi que la Normandie, cédée par les Francs, reste territoire viking pendant de nombreuses années. Les raids à proprement parler ont généralement pour but immédiat l’extension du commerce. En France, ils culminent avec le siège de Paris vers 880.

Les guerres contre la Suède (de 1563 à 1720)

En 1397, l’Union de Kalmar donne au règne du Danemark sur la Suède et la Norvège un support constitutionnel. Alors que les Norvégiens s’accommodent de l’autorité danoise jusqu’en 1814, les Suédois revendiquent l’indépendance à partir de 1434. Jusqu’à la fin du XVe siècle, les mouvements séparatistes se multiplient. En 1520, le « bain de sang de Stockholm » finit d’attiser les passions : Christian II ordonne l’exécution de 80 opposants à l’Union lors d’une révolte contre l’autorité du roi. En 1523, Gustave Ier Vasa obtient la souveraineté politique.

La guerre de Sept Ans 
La coexistence pacifique s’instaure peu à peu, jusqu’en 1563 où la Suède déclare la guerre au Danemark. Deux nouveaux souverains, Frederik II de Danemark et Erik XIV de Suède, se disputent l’autorité et le conflit se solde par l’épuisement des troupes et un résultat nul.

La guerre de Kalmar 
Déclarée par le Danemark à la Suède pour tenter de rétablir les frontières de l’ancienne Union, cette guerre s’achève après trois années de bataille, sans vainqueur. Mais la participation de Christian IV à la guerre de Trente Ans, et sa défaite en Allemagne en 1626 suivie des victoires de Gustave II Adolph de Suède à partir de 1630, inversent le rapport de force entre le Danemark et le jeune royaume suédois. Ce dernier est désormais la première puissance de la Baltique et, en 1658, le Danemark doit lui céder tous ses territoires à l’est de l’Øresund, à l’exception de l’île de Bornholm.

Dernières tentatives infructueuses 
Les victoires danoises lors de la guerre de Scanie en 1679 et de la Grande Guerre nordique en 1720 ne suffisent pas à récupérer les terres à l’est de l’Øresund. Ce sont cette fois les autres puissances européennes qui interviennent en faveur de la Suède, contraignant le Danemark à renoncer définitivement à ses revendications territoriales. La paix est signée en 1720 et la Suède et le Danemark s’allient finalement devant la menace naissante de la grande Russie.

La frontière allemande (de 1350 à 1920)

L’autre territoire controversé du royaume est celui du Schleswig-Holstein. L’histoire de cette région, déchirée par des luttes ancestrales entre le Danemark et l’Allemagne, rappelle celle de l’Alsace-Lorraine. Après la mort du roi Valdemar II, le royaume se disloque, miné par des rivalités au sein de la famille royale. Les années de 1332 à 1340 sont des années sans roi. Les 200 circonscriptions sont réunies en fiefs dont les seigneurs sont d’origines allemande ou suédoise. 

Une souveraineté incertaine 
Ainsi, le duché de Schleswig est peu à peu conquis par les armées allemandes du Holstein. A partir de la seconde moitié du XIVe siècle, sous le règne de Valdemar Atterdag, le Danemark tente de regagner ses territoires, et ce jusqu’en 1435 sous le règne d’Erik de Poméranie. Ces tentatives infructueuses trouvent une issue après la mort d’Adolf VIII, duc de Schleswig-Holstein qui ne laisse pas d’héritier. Le roi Christian Ier est nommé duc de Schleswig et comte de Holstein en 1460. Il fait alors le serment de ne jamais séparer les deux pays.

Luttes d’influence et apparition du nationalisme 
Mais l’importance de l’influence étrangère au sein de la noblesse et de la cour, ainsi que les querelles entre les groupes danois, norvégiens et allemands de l’Etat, font naître un nationalisme précoce chez les bourgeois du XVIIIe siècle. L’Allemand Struensee, médecin et conseiller du roi fou Christian VII, est renversé en 1772 par la bourgeoisie nationaliste. En 1776, celle-ci impose la loi sur les Droits des Danois de naissance qui limite le droit d’exercer les fonctions de l’Etat aux Danois. La découverte de l’abus de pouvoir dont le médecin et amant de la reine s’était rendu coupable à l’égard du monarque accentue l’inimitié antigermanique qui culmine avec Tyskerfejde, la rébellion allemande de 1789. Mais la situation est complexe : en 1815, le tiers de la population danoise est encore d’origine germanique. Le Schleswig est divisé entre le Sud germanophile et le Nord prodanois, tandis que le Holstein est majoritairement allemand. Les revendications identitaires, endiguées par des transformations politiques successives, s’intensifient jusqu’en 1848 où la révolution de février à Paris accentue les ferveurs nationalistes dans les deux camps.

Des changements d’appartenance successifs 
La guerre de Trois Ans éclate, ralliant le Schleswig-Holstein au reste du royaume en 1851, mais le sentiment identitaire allemand ne disparaît pas pour autant, et la Constitution de novembre 1863 signée par le roi Christian IX, qui détache le Holstein du royaume en gardant le Schleswig, met le feu aux poudres. En février, la Prusse et l’Autriche déclarent la guerre au Danemark qui doit renoncer aux territoires par la paix de Vienne en octobre 1864. Après celle-ci, la politique étrangère du Danemark est essentiellement tournée vers le voisin germanique et la minorité danoise du nord de l’Allemagne. Ce n’est qu’en 1920 que le sort des habitants du Schleswig se décide définitivement, par le référendum qui fixe la frontière à sa position actuelle. Cette décision populaire ne sera jamais remise en cause, et Hitler lui-même se gardera bien de l’outrepasser.

Une famille royale européenne 
Margrethe II de Glücksbourg (née en 1940 et régnant depuis 1972) est le 71e souverain du royaume. Elle est mariée au Français Henri, comte de Laborde de Montpezat, et leurs fils Frederik et Joachim parlent couramment l’anglais, le français et l’allemand. Leur ancêtre Christian IX de Glücksbourg (1863-1906) avait marié cinq de ses enfants et petits-enfants à des héritiers de trônes européens, ce qui lui valut le surnom de « Beau-père de l’Europe ». En effet, sa fille Alexandra avait épousé Edouard VII, roi d’Angleterre ; sa fille Dagmar, Alexandre III, empereur de Russie ; sa fille Thyra enfin, le duc Ernst August de Cumberland. Son fils Vilhelm quant à lui était devenu roi des Grecs, sous le nom de Georg Ier ; et son petit-fils Carl, roi de Norvège, sous le nom de Haakon VII.

De l’absolutisme… (de 1660 à 1848)

A la fin du Moyen Age, après les trois vagues de peste du XIVe siècle, le roi Valdemar Atterdag parvient à redresser l’économie du pays, en reconstruisant les fermes désertées par l’épidémie et en imposant un droit de péage au passage du détroit de l’Øresund, très emprunté par les flottes anglaise et hollandaise pour gagner la Baltique. Les grosses propriétés de la Couronne sont désormais administrées par les fiefs, enrichissant ainsi la haute noblesse. Celle-ci siège avec le clergé au Conseil du royaume. Quant à la petite noblesse, à la bourgeoisie et à la paysannerie, elles forment ce qu’en France on appelle le tiers état. Le soulèvement populaire surnommé « Grevens Fejde » (la rébéllion du Comte) de 1534 à 1536 ne suffit pas à abolir les privilèges de la noblesse et du clergé. Par la charte qu’il rédige en 1536, Christian III les réaffirme en accordant un rôle prépondérant aux membres du Conseil dans la politique du royaume. 

Le règne de l’aristocratie 
Théoriquement, le gouvernement constitutionnel repose sur les trois états, censés élire le roi. Dans la pratique, c’est le Conseil du royaume qui s’en charge, élisant toujours le fils aîné du monarque. Cet état de choses perdure tant que les paysans et la bourgeoisie ne sont pas soumis à des impôts directs. Mais les guerres du XVIIe siècle écessitant l’apport de moyens considérables pour la construction navale et l’approvisionnement de l’armée, le Conseil du royaume, lui-même dispensé de taxes, se trouve en porte-à-faux vis-à-vis du reste de la population. La colère du peuple éclate en 1629 après Kejserkrigen, le conflit contre l’Allemagne. Suite au soulèvement populaire, l’hérédité de la couronne est proclamée en 1660, sous le règne de Frederik III qui a gagné la confiance du peuple, neutralisant ainsi l’influence du Conseil du royaume. Le roi rédige en 1661 l’Acte du gouvernement de la monarchie absolue, puis la Loi royale dans sa forme définitive en 1665. S’ensuit un vaste mouvement réformateur qui ne s’achèvera qu’au XVIIIe siècle sous le règne de Frederik IV.

La voix du peuple 
En 1901, les libéraux ayant obtenu la majorité absolue au Folketing, ils présentent une motion de censure contre le gouvernement en place et obligent celui-ci à démissionner. Ils élisent alors un nouveau gouvernement que le roi Christian IX se voit tenu d’accepter. Depuis ce jour, une règle tacite oblige le gouvernement en place à démissionner si la majorité élue au Folketing lui est hostile. Le 1er septembre 1901, ce nouveau pas vers la démocratie moderne est salué par une grande manifestation populaire à Copenhague où se réunissent 10 000 personnes pour acclamer la décision du roi.

L’élaboration du système administratif 
Le Conseil du royaume est remplacé par une administration collégiale départagée en départements, et l’aristocratie traditionnelle voit ses prérogatives disparaître au profit d’une hiérarchie sociale basée sur la fonction remplie au service du roi. Le règne de l’aristocratie est dépassé par la normalisation de l’Etat administratif. Les lois, les systèmes de mesure, les plans cadastraux sont passés en revue et des barèmes sont mis en place pour assurer une imposition équitable des terres. Mais l’exercice immédiat du pouvoir, c’est-à-dire le prélèvement des impôts, le recrutement militaire et de la justice incombent désormais aux gros propriétaires terriens, ce qui, tout en délégant le pouvoir, éloigne le monarque de son peuple. Ainsi l’absolutisme danois mue-t-il peu à peu en un système administratif qui le mènera à sa perte. La politique intérieure passe lentement aux mains des ministres et la crise de l’absolutisme culmine avec le renversement de Struensee par les courtisans du roi en 1772. L’inaptitude avérée de Christian VII à gouverner pousse en effet son entourage à créer le Conseil intime de l’Etat, qui l’oblige à consulter ses ministres avant de prendre une décision politique. Cette institution demeure jusqu’en 1848, date à laquelle l’absolutisme prend fin.

… à l’Etat-providence (de 1849 à nos jours)

En juin 1849, la première Constitution du Danemark est signée, ouvrant la voie à un régime démocratique avec l’instauration du Folketing et du Landsting, deux Chambres composant le Rigsdag (Parlement). 

Conservateurs et sociauxdémocrates 
Au cours des deux décennies qui suivent, deux partis se distinguent : les nationaux-libéraux conservateurs d’une part, et les mouvements de gauche, composés pour l’essentiel des paysans qui emportent la majorité en 1872. C’est l’époque de la montée ouvrière et de la naissance de la social-démocratie, fortement réprimée par les autorités. La police tentera même de soudoyer les dirigeants du parti pour les faire émigrer aux Etats-Unis. Mais en 1884, l’influence des sociaux-démocrates a pris une telle ampleur que les représentants du parti entrent au Folketing.

L’ouverture à l’international 
Le XXe siècle naissant marque une rupture culturelle : le niveau d’instruction a considérablement évolué depuis la loi sur l’école de 1814, et l’analphabétisme est déjà pratiquement éradiqué en 1850. La culture traditionnelle disparaît et s’élargit sur le reste du monde, avec la vague d’émigration vers les Etats-Unis notamment. Le schéma social hiérarchisé est remplacé par une société de classes qui se distinguent par le niveau de revenus, et en 1903, une réforme fiscale supprime la taxe sur les propriétés foncières et sur les terres et la remplace par l’impôt sur les revenus et le patrimoine.

Les droits des femmes 
Le marché du travail se féminise dans les services, et en 1908, les femmes obtiennent le droit de vote aux élections locales. L’accès au scrutin du Folketing leur sera accordé, ainsi qu’aux domestiques, par la Constitution de 1915. En 1924, Nina Bang est désignée ministre de l’Education dans le premier gouvernement de gauche du Danemark. Elle est à l’origine de la formation des enseignants en langues étrangères et en sciences sociales et politiques. La dernière réforme constitutionnelle, enfin, donne en 1953 le droit aux héritières de la famille royale d’accéder à la Couronne. Ainsi le 14 janvier 1972, à la mort de Frederik IX, sa fille, Margrethe de Glücksbourg, devient Margrethe II, reine de Danemark.

Priorité n° 1 : le niveau de vie 
A partir de 1955, les gouvernements successifs amorcent la construction de l’Etat-providence, fondé sur les principes suivants : la pension pour tous (1956), les congés maladie payés (1960), l’assurance invalidité (1965), l’assurance chômage (1970), la Sécurité sociale (1973), l’aide aux nécessiteux (1974). Ces aides de l’Etat s’appliquent à tous les citoyens selon un principe d’universalité et sont financées par les contributions publiques, ce qui justifie un taux d’imposition élevé et néanmoins consensuel.

Scepticisme vis-à-vis de l’Europe 
La réussite du modèle social danois est la principale cause des réticences exprimées vis-àvis de l’Union européenne. La crainte de perdre les garanties acquises par la dernière génération pour contribuer à la stabilisation de l’économie européenne sous-tend la plupart des débats antieuropéens. Mais parallèlement à cela, les Danois savent que leur économie, dépendante des marchés internationaux pour l’export, ne peut se passer des échanges avec le reste de l’Europe. C’est la raison pour laquelle la politique extérieure est constamment conditionnée par les décisions prises en Angleterre et aux Etats-Unis, le géant américain étant considéré comme l’allié le plus sûr dans le processus actuel de globalisation.

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