Depuis le XVIe siècle et le début de la colonisation, le Costa Rica a toujours été un pays à part au sein de l’Amérique centrale. Plus ou moins délaissée par les Espagnols avant l’indépendance, la petite République a, dès sa proclamation, bénéficié d’une remarquable stabilité. Ses choix politiques l’ont conduite à supprimer ses forces armées et devenir la « Suisse d’Amérique latine ».

Les premiers habitants

Avant l’arrivée des colonisateurs espagnols, le territoire était principalement habité par trois tribus amérindiennes. Au nord, dans la région actuelle du Guanacaste, vivaient les Chorotegas, descendants des Mayas et Aztèques venus du Mexique au VIIIe siècle. Les Borucas, installés au sud sur la côte pacifique, étaient originaires de Colombie. Les mystérieuses pierres sphériques, dont la signification n’est toujours pas connue, constituent leur principal héritage. Enfin, sur le rivage caraïbe, le peuple nomade des Huetares appartenait aux tribus amazoniennes. 

La conquête espagnole (1502-1570)

En 1502, lors de son quatrième et dernier voyage, Christophe Colomb, pris dans une tempête au large du Honduras, arrive sur des terres inconnues. Il leur donne le nom de Costa Rica, car il pense à tort qu’elles sont riches en or. Les Costaricains aiment à dire qu’il a été en fait émerveillé par la richesse végétale de la région… La colonisation se poursuit quelques années plus tard, à partir du Panamá voisin, par une troupe dirigée par Diégo de Nicuesa. En 1513, c’est au tour de la côte pacifique d’être découverte. Mais l’expédition menée par Vasco Nuñez de Balboa ne parvient pas à pénétrer plus avant dans un territoire rendu quasiment hermétique par la végétation abondante. Il faudra attendre 1552 pour que Juan de Castaneda et Hernan Ponce de Léon explorent l’intérieur du pays. A défaut de métal précieux, les Espagnols qui s’installent quelques années plus tard sur ce nouveau territoire trouvent une terre fertile et un climat propice au développement de l’agriculture. Malgré la résistance de la population aborigène, Juan Vazquez de Coronado, qui succède à Juan de Cavallon au poste de gouverneur, parvient à établir l’hégémonie espagnole et à fonder quelques villes dans la vallée Centrale, Cartago en premier lieu. L’humanisme de Juan Vásquez de Coronado a profondément influencé la mentalité costaricaine. Les Indiens ne sortent pas pour autant indemnes de l’affrontement, décimés par les batailles et par les maladies. 

Un développement modeste et isolé (1570-1781)

En l’absence de population indigène dans la région de Cartago, les colons ne peuvent pas s’appuyer sur les encomiendas comme ils en ont pris l’habitude dans les autres territoires d’Amérique centrale – ce procédé consiste à répartir les Amérindiens entre les différentes installations coloniales où ils sont exploités. Au Costa Rica, le gouverneur est donc obligé de s’atteler lui-même à la tâche de défrichage, si bien qu’au lieu des plantations luxuriantes des colonies voisines, c’est plutôt une agriculture de subsistance qui se développe.
A partir de 1569, le Costa Rica prend sa place au sein de la capitainerie du Guatemala, dans la vice-royauté du Mexique, mais son éloignement de Guatemala City et son apparent manque de richesse lui permettent de se développer sans subir la même intervention directe que les autres territoires d’Amérique centrale. L’Espagne se désintéresse même de cette petite province. Elle est peu rentable pour la monarchie et à tel point isolée de tout qu’aucune monnaie propre au pays n’est frappée ; la population retrouve alors l’usage des fèves de cacao pour ses transactions. 

La construction de San José 
Cet isolement de la vallée Centrale place le Costa Rica à l’écart des grands axes commerciaux et l’économie du pays végète durant tout le XVIIe siècle. Il faut attendre plus d’un siècle avant que d’autres villes d’importance ne sortent de terre. Ce sera d’abord San José en 1737, puis Alajuela en 1782. En revanche, les colons établis sur la côte pacifique peuvent entretenir des relations régulières par voie maritime avec le Nicaragua voisin.

La culture du tabac (1782-1821)

A la fin du XVIIIe siècle néanmoins, le poids de la colonie s’affirme auprès des autorités guatémaltèques. L’Espagne accentue son effort de politique commerciale et le tabac costaricain devient un produit recherché à l’exportation. Grâce à l’argent ainsi récolté, la société locale prend une nouvelle ampleur, favorisant le développement d’une vie intellectuelle et politique dynamique. 

Les premiers pas de la République (1821-1940)

Le 15 septembre 1821, le Guatemala prend ses distances avec le royaume espagnol, entraînant derrière lui toute la région. Le Costa Rica rejoint l’éphémère République d’Amérique centrale avant que l’indépendance ne soit proclamée en 1923. Cartago, San José, Heredia et Alajuela sont toutes villes candidates à la suprématie, mais c’est en définitive San José qui est choisie pour devenir capitale de la jeune République, après plus de deux cents ans de domination de Cartago. Le débat fait alors rage pour l’intégration ou non du pays à la Fédération des Provinces-Unies d’Amérique centrale. Le parti républicain, favorable à cette adhésion, emporte la décision au terme d’une violente guerre civile. 

L’épisode William Walker
En 1855, cet aventurier américain – qui fut avocat et médecin avant de s’intéresser à la prospection aurifère -, a déjà pris sous sa coupe la Basse-Californie au Mexique. Après avoir imposé son pouvoir au Nicaragua, il lorgne sur l’ensemble de l’Amérique centrale, et le Costa Rica en particulier. Juan Rafaël Mora, un baron du café alors président de la République, prend très vite conscience du danger. Il lève une milice de 9 000 hommes. En 1856, au terme d’une bataille rangée qui dure seulement un quart d’heure près de l’hacienda Santa Rosa, cette armée populaire parvient à mettre en déroute l’Américain et ses hommes. Walker se réfugie dans une maison en bois à Rivas, que Juan Santamaría, à la tête de la milice, incendie pour mettre en fuite le mercenaire.

L’émergence du café 
Sous l’impulsion du premier président élu, Juan Mora Fernandez – dont l’une des premières décisions est l’abolition de l’esclavage -, le XIXe siècle est également marqué par le prodigieux essor de la culture du café qui devient alors un produit d’exportation, en particulier en direction du Royaume-Uni. Le chef de l’Etat, convaincu du rôle que peut prendre la production caféière, offre des titres de propriété aux exploitants qui s’engagent à y cultiver la précieuse fève. En 1835 néanmoins, une guerre fratricide se déclare au Costa Rica, la prédominance de San José n’ayant pas l’heur de plaire aux cités voisines. Pourtant la capitale parvient à asseoir son autorité, alors que s’installe à la tête de l’Etat Braulio Carrillo. C’est sous son mandat, en 1938, que le pays se désengage de la Fédération des Provinces-Unies d’Amérique centrale. Le café demeure l’atout numéro un du pays. Tandis que les plantations se développent à un rythme effréné, d’autres infrastructures s’avèrent nécessaires pour répondre à la demande croissante des pays européens, des ports en particulier.

Une période agitée 
Braulio Carrillo, arrivé au pouvoir par la force, en sera chassé de la même façon en 1842. Loin du respect des institutions et de la démocratie, qui caractérisera le Costa Rica plus tard, un général venu du Honduras, Francisco Morazan, réussit un coup d’Etat pour s’installer à son tour à la présidence. Il n’y restera guère longtemps. Un an plus tard, il est à son tour renversé, avant d’être exécuté. Le premier président élu, en 1864, s’appelle José Maria Castro.

L’United Fruit Company 
Sous le mandat de Tomas Guardia (1870-1882), le Costa Rica souhaite mettre en place un réseau ferroviaire afin d’améliorer le transport des produits cultivés dans la vallée Centrale jusqu’aux installations portuaires. Cependant, la topographie du pays est un frein au travail des ouvriers, et le financement d’un tel projet est difficile à collecter. La solution viendra de l’homme d’affaires Minor C. Keith. Ce neveu d’Henri Meigg, un citoyen américain pionnier de la culture bananière, propose d’achever la construction du chemin de fer et d’assumer les dettes contractées en échange de concessions le long de la voie ferrée. Très vite, la production de la banane prend de l’ampleur, pour devenir la deuxième richesse du pays après le café. Minor C. Keith crée l’United Fruit Company, dont le poids économique dans le développement costaricain sera capital.

Les avancées démocratiques 
La présidence de Guardia correspond à une époque d’importantes réformes, sociales et politiques. Entre autres mesures spectaculaires, celui-ci impose la scolarité gratuite pour tous et abolit la peine de mort,juste avant de laisser son fauteuil présidentiel. Cette vocation démocratique ne s’est depuis jamais démentie, malgré quelques soubresauts et autres tentatives hégémoniques de certains chefs d’Etat. Ainsi, le général Fédérico Tinoco Granados prend le pouvoir en 1917 sans y être invité par les urnes. Il restera deux ans aux commandes du pays, avant d’être chassé par l’armée et la marine sous les acclamations populaires.

Les temps modernes (de 1940 à aujourd’hui)

Rafaël Calderón Guardia est en revanche élu, quand il accède à la présidence en 1940. A son tour, il met en place de nouvelles réformes, comme le système d’aide sociale et le revenu minimum garanti, et lance une vaste réforme agraire. On lui doit également la création de l’université du Costa Rica. Cependant, à la fin de son mandat, il refuse de céder le pouvoir. Ainsi en 1948, quand son parti, le Parti républicain national, perd les élections, les bulletins de vote disparaissent opportunément dans un incendie, annulant le scrutin… Une guerre civile, courte mais meurtrière, conduit plusieurs milliers de personnes à la mort. José Figueres Ferrer, un opposant exilé au Mexique, producteur de café, sort vainqueur de cet affrontement fratricide et prend les rênes du pouvoir à la tête d’un gouvernement révolutionnaire. A travers la Constitution du 17 novembre 1949, toujours en vigueur aujourd’hui, il nationalise les banques, donne le droit de vote à tout le monde, femmes et Noirs y compris, et surtout abolit l’armée, à la grande surprise des pays environnants, mais aussi du monde entier. Les casernes deviennent des musées et le budget de la défense est transféré à l’Education nationale… 

Un plan pour la paix 
Au Nicaragua voisin, le dictateur Somoza doit faire face à une guérilla acharnée menée par les sandinistes. Le Costa Rica, qui n’a jamais caché son aversion pour les pouvoirs autocratiques, autorise les rebelles à établir leur camp de base dans les forêts tropicales du nord. Cependant, à la chute de Somoza, l’extrémisme des nouveaux dirigeants ne plaît pas plus aux Costaricains et c’est au tour des « contras », qui ont soutenu l’ancien dictateur, de venir se réfugier dans le Guanacaste… Oscar Arias Sánchez, élu à la présidence en 1986, cherche alors une solution. Il commence par déloger les « contras », arguant du principe de neutralité, avant de proposer un plan de paix, Esquipulas 2, qui sera signé par tous les pays de la région – Salvador, Honduras, Guatemala et Nicaragua – et ramènera la paix civile en Amérique centrale.

Le retour de Don Pépé 
José Figueres Ferrer, ou Don Pépé, comme le surnomment affectueusement les Ticos, laisse sa place à un président démocratiquement élu, Otilio Ulate. En 1953, Don Pépé est candidat au suffrage universel au sein d’un nouveau parti, le Parti de libération nationale (PLN). Avec plus de 80 % des suffrages, il est plébiscité par la population et obtient même un second mandat au début des années 1970. Le PLN reste encore aujourd’hui un parti prépondérant dans la vie politique. L’un de ses plus célèbres représentants, Oscar Arias Sánchez, qui a été réélu à la Présidence de la République au début de l’année 2006, reçut en 1987 le prix Nobel de la paix pour avoir participé aux efforts de pacification de l’Amérique centrale, en particulier au Nicaragua, dans le conflit opposant le général Somoza aux sandinistes. C’était en définitive une suite logique à la proclamation, en 1983, de la neutralité perpétuelle, active et non armée du Costa Rica, la « Suisse » de l’Amérique latine.

Le choix du tourisme 
Le Costa Rica subit, comme d’autres, de plein fouet le choc pétrolier des années 1970. Les cours de la banane et du café chutent et l’agriculture, qui reste prédominante dans l’économie nationale, souffre profondément de la crise mondiale. A partir des années 1980, le gouvernement se trouve dans l’obligation de demander une aide financière auprès du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour réduire sa dette extérieure. En 1994, le président José María Figueres – fils de Don Pépé -, pour faire face à une hausse régulière du chômage et de la pauvreté, décide de favoriser l’implantation des investisseurs étrangers dans les domaines de la haute technologie et du tourisme. En valorisant les atouts naturels du pays, la richesse incroyable de sa faune et de sa flore, la beauté de ses plages et de ses montagnes et la qualité de ses infrastructures, le gouvernement a réussi à accentuer fortement le développement touristique. Désormais, le tourisme est la deuxième source de revenus, après l’agriculture.

Le retour d’un prix Nobel 
Après un intermède de huit années effectué par le Parti de l’unité sociale chrétienne (PUCS) et marqué par de graves affaires de corruption, le Parti de libération nationale (PLN) est revenu au pouvoir en février 2006 au terme d’une élection très serrée, qui a porté à la présidence de la République Oscar Arias : un retour aux affaires pour le prix Nobel déjà en charge du pays entre 1986 et 1990. Sous sa conduite, en 2007, le Costa Rica a rejoint l’Accord de Libre-Echange entre l’Amérique centrale et les Etats-Unis (Central American Free Trade Agreement). Cet accord prévoit notamment l’abaissement ou la suppression des tarifs douaniers entre les pays signataires. Il a suscité, au sein de la société costaricaine, un débat très vif, avant d’être ratifié par référendum (51,58 % de oui et 48,42 % de non). Oscar Arias a également dû gérer, en janvier 2009, les conséquences d’un violent tremblement de terre, qui a frappé la région du volcan Poas.

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