L’histoire de l’Argentine est essentiellement marquée par l’immigration de millions d’Européens, débarqués aux XIXe et XXe siècles sur les rives du Río de la Plata. Une histoire tumultueuse, marquée par diverses dictatures et rébellions, qui jouit depuis 1983 d’une démocratie stable.

La Conquête espagnole

Lorsque les Espagnols débarquent dans la région du río de la Plata au début du XVIe siècle, ils n’y trouvent pas de grandes civilisations précolombiennes, contrairement au Mexique ou au Pérou. Les Indiens, certes, sont présents, mais vivent essentiellement en tribus. Citons, parmi elles, les Indiens CharruasMapuches, ou les Pampas (qui donneront leur nom à cette région de l’Argentine). D’autres ethnies peuplent également la Patagonie, comme les Onas et les Yaganes. Leurs conditions de vie sont très rudes. Les Guaranis, plus organisés, habitent une zone allant du fleuve Paraná (est de l’Argentine) jusqu’à l’actuel Paraguay et à la côte atlantique du Brésil. 

La construction des villes 
Les Espagnols cherchent un passage vers l’océan Pacifique, et fondent, au cours du XVIe siècle, Buenos Aires et les principales villes argentines : Córdoba, Mendoza, Salta, Tucumán. Cependant, ces dernières resteront sans grande importance jusqu’au XVIIIe siècle. Les Espagnols sont beaucoup plus attirés par le Pérou et ses métaux précieux que par les immenses étendues de la pampa. En effet, à cette époque, les mines du Haut-Pérou (l’actuelle Bolivie) et le port de Lima, sur la côte pacifique, constituent le centre nerveux de l’empire colonial espagnol et font la fortune de la mère patrie, l’Espagne. Le río de la Plata, tout comme la future Argentine, restent, au XVIe et au XVIIe siècle, des territoires d’une importance secondaire pour ces Européens.

L’heure de la colonisation 
Les différentes ethnies indiennes sont massacrées ou réduites en esclavage. Les Espagnols leur imposent le travail forcé dans les mines ou dans les exploitations de coton, à l’image du sort réservé aux Indiens des autres colonies (Mexique, Pérou…). Certaines révoltes indigènes sont d’ailleurs très durement réprimées. Les colons ne prendront que peu à peu conscience de l’importance stratégique du Río de la Plata. Les gouvernements se rendent compte de l’immense valeur que peut représenter la pampa: à long terme, l’agriculture représente un bien sûr et inépuisable face aux mines d’argent des Andes. Dès leur arrivée, ils avaient amené quelques bovins avec eux. Lâché dans la pampa, le bétail y a trouvé un cadre de vie idéal et s’y est reproduit à l’infini. Pendant longtemps, pour posséder des vaches, il suffisait… de les capturer. C’est seulement à la fin du XVIIIe siècle qu’apparaissent les premières réglementations sur la gestion et la propriété du bétail.

La création d’un vice-royaume

En 1766 est créé le vice-royaume du Río-de-la-Plata. Ce territoire s’étend bien au-delà de l’actuelle Argentine, puisqu’il recouvre une partie du futur Chili, de l’actuelle Bolivie, du Paraguay et de l’Uruguay.
Le port de Buenos Aires commence à se développer. La couronne espagnole lui octroie le droit de commercer avec le Chili, le Pérou et, bien sûr, l’Espagne. Buenos Aires devient le principal débouché pour l’importation et l’exportation de tout le bassin de la Plata.
Les grands courants d’idées, l’influence des philosophes du siècle des lumières, arrivent en Amérique. Une forme de bourgeoisie apparaît. 

Et si l’Argentine avait été anglaise… 
Le 25 juin 1806, le capitaine Popham attaqua Buenos Aires avec ses troupes, dans l’intention de conquérir le pays. Les premières troupes ayant été forcées de se rendre, de nouvelles armées furent envoyées à Montevideo, où elles établirent un siège. Elles réattaquèrent la ville, mais, en 1807, furent finalement vaincues au cours de combats dans les ruelles de Buenos Aires. Pour se défendre, les habitants utilisaient de l’huile et de l’eau bouillante, qu’ils projetaient du haut des toits. Redoutable et efficace stratégie, qui mit fin aux convoitises britanniques !

El CHE - 07 © Mauricio Moreno

El CHE – 07 © Mauricio Moreno

Le « Paris de l’Amérique du Sud » 
Peu à peu, Buenos Aires va s’agrandir. On construit des immeubles dans le plus pur style français ou italien, tout au long du XIXe siècle. De splendides monuments sont construits, comme le Congrès, influencé par celui de Washington. De majestueuses avenues, telles l’avenida de Mayo, sont tracées. La capitale prend alors le surnom de « Paris de l’Amérique du Sud ». Le marbre et autres matériaux utilisés pour construire les cages d’escaliers, façades et frontons des édifices sont souvent directement importés d’Europe.

Retour aux sources 
On raconte qu’au début du XXe siècle les riches estancieros (propriétaires terriens) qui allaient en Europe en bateau n’oubliaient jamais d’emmener leur vache avec eux afin d’avoir du lait frais tous les matins ! La traversée durait plusieurs semaines, et il fallait l’agrémenter autant que possible… A cette époque, les membres de la haute société argentine se rendaient souvent en Europe. Outre le négoce et les affaires, ils voyageaient pour s’imprégner de la culture, de la mode et des courants d’idées du Vieux Continent. La vieille Europe était (et est restée) une référence pour les Argentins, désireux de connaître les pays de leurs ancêtres, notamment l’Italie, la France, l’Allemagne et, bien sûr, la Madre Patria l’Espagne.

San Martín, père de l’indépendance

L’Argentine accède à l’indépendance au début du XIXe siècle. Le général José de San Martín délivre le pays, puis le Chili et le Pérou, de la domination espagnole. Elu protecteur du Pérou, il abolit l’esclavage et rencontre, en Equateur, Simon Bolivar qui, lui, a donné l’indépendance aux pays du nord de l’Amérique du Sud (Venezuela, Colombie, Equateur…). San Martín, en désaccord sur certains points avec Bolivar, préfère se retirer. Il mourra en exil en France, à Boulogne-sur-Mer, en 1850. Aujourd’hui, tous les Argentins honorent ce « patriote », non seulement le père de l’Indépendance, mais aussi un modèle de sagesse et de simplicité : il préféra démissionner plutôt que de se lancer dans une course frénétique au pouvoir. Toutes les villes d’Argentine possèdent un monument ou une rue à la mémoire de cet illustre personnage.
Le XIXe siècle sera marqué, jusqu’en 1860, par des querelles incessantes entre « unitaires »(partisans d’une centralisation sur Buenos Aires) et « fédéraux »(caudillos, chefs revendiquant des particularismes locaux). L’Argentine est un pays profondément divisé. De plus, la différence entre Buenos Aires, modernisée, cosmopolite, et l’intérieur du pays, est de plus en plus criante. 

Une immigration venue d’Europe

Après des décennies de guerres et de batailles, la nation s’unifie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Quatre personnalités exceptionnelles dirigeront l’Argentine durant cette période : Urquiza, de 1854 à 1858, Mitre, de 1862 à 1868, Sarmiento, de 1868 à 1874, et Avellaneda, de 1874 à 1878. La politique d’immigration européenne est mise en place en 1862. C’est le début d’une période faste pour l’Argentine, qui, en quelques décennies, deviendra l’un des pays les plus riches de la planète. Le pays exporte des céréales vers l’Europe, ainsi que de la viande.
Dès lors, des millions d’Européens débarquent sur les rives du río de la Plata. La première vague d’immigrants est surtout composée d’Espagnols et d’Italiens. Entre 1880 et 1900 arrivent deux millions d’immigrés venant d’Europe du Sud et d’Europe centrale. Deux autres millions les rejoignent entre 1900 et 1910. Puis, dans les années 1920 et 1930, suivront des juifs polonais, des Russes, Syriens, Grecs, Turcs… 

Perón, un président, un mythe

Juan Domingo Perón est incontestablement l’homme politique argentin le plus marquant du XXe siècle.D’abord officier, puis secrétaire d’action sociale, il est élu chef de l’Etat en 1946. Il instaure la politique du « justicialisme », où cohabitent dirigisme économique et assistance sociale aux plus pauvres. Ces mesures lui assurent une grande popularité. Son épouse, Eva Duarte, « Evita », par son charme et son charisme, devient une véritable idole. Cependant, plusieurs échecs économiques, ainsi que l’hostilité de l’Eglise et d’une partie de l’armée, contraignent Perón à quitter le pouvoir. Il s’exile en Espagne. 

Une nouvelle vague d’immigration

« Gobernar es poblar y dar trabajo » (« Gouverner, c’est peupler et donner du travail »), avait dit le président Perón. Des années 1950 aux années 1970, l’Argentine connaît une nouvelle vague d’immigration, composée, cette fois-ci, de Latino-Américains. Des centaines de milliers de Boliviens, Paraguayens et Chiliens viennent en quête de travail, attirés par l’industrie ou l’agriculture argentines. Ils peuplent surtout les faubourgs des grandes cités, et sont appelés les cabecitas negras (petites têtes noires), car ce sont majoritairement des métis ou des Indiens. 

1930: premier coup d’état 
Le 6 septembre 1930, le président Irigoyen, réélu de manière constitutionnelle, est renversé par le général Uriburu. C’est le début, pour l’Argentine, d’une longue période de dictatures successives. L’armée ne quitte plus le devant de la scène et les golpes (coups d’Etat) s’enchaînent. La dictature ne prend fin qu’en 1983, avec l’avènement du régime démocratique d’Alfonsín. Cette instabilité politique marque le déclin économique de l’Argentine ainsi que l’accroissement des inégalités sociales. Et pourtant, ce pays fut, avant la Seconde Guerre mondiale, une puissance économique supérieure au Canada !

Crises et dictatures

L’Argentine connaît une période de forte récession économique. Coups d’Etat, crises financières et sociales se succèdent. En 1973, Perón revient au pouvoir, grâce à la victoire de ses partisans aux élections, mais il décède peu après. Dès lors, sa deuxième épouse, Isabel, assume le pouvoir. Mais le pays connaît une crise économique sans précédent. Les assassinats politiques deviennent monnaie courante et la tension est à son comble. 

Evita ou la naissance d’un mythe 
Née en 1919, Evita, fille illégitime de Juan Duarte, monte à Buenos Aires pour devenir comédienne. En 1945, elle épouse le président Juan Domingo Perón. Dès lors, elle fait de la défense des déshérités son credo politique et convainc son mari de fonder son pouvoir sur l’appui des classes populaires. Elle s’investit dans la distribution d’aides financières aux plus démunis, la construction d’écoles, d’hôpitaux… Son charisme et sa beauté séduisent les foules au-delà des frontières de l’Argentine, et sa mort, en 1952, émeut le monde entier.

Une dictature sanglante 
En 1976, l’armée reprend le pouvoir. Pendant sept ans, de 1976 à 1983, l’Argentine connaît la dictature militaire la plus sanglante de son histoire. La répression est impitoyable à l’encontre des opposants politiques, syndicalistes, artistes et intellectuels. Les disparitions sont nombreuses (plus de 30 000 disparus). De véritables camps de détention sont installés autour de Buenos Aires. Mais l’endroit de plus sinistre mémoire reste l’Ecole de mécanique de la marine, située à Buenos Aires, non loin du gigantesque stade de River Plate. Ce bâtiment fut le principal centre de détention et de torture de cette époque. C’est certainement là que périrent Alice Domon et Léonie Duquet, deux religieuses françaises disparues en 1977, dont les corps n’ont jamais été retrouvés, et pour l’assassinat desquelles le capitaine argentin Alfredo Astiz a été condamné par contumace par la cour d’assises de Paris, le 16 mars 1990.

Les Mères de la place de Mai 
Dès la fin des années 1970, les mères de disparus réclament le retour de leurs enfants en défilant en cercle chaque semaine devant le palais présidentiel : ce sont les « Mères de la place de Mai » (Madres de la plaza de Mayo). Elles recommencent ce mouvement de protestation, chaque jeudi. Et, dans le monde entier, principalement en Europe et aux Etats-Unis, des manifestations identiques de femmes se tiennent devant les ambassades et consulats d’Argentine, en signe de solidarité avec les Mères de la place de Mai.

Le football comme remède 
En 1978, le Mondial de football se déroule en Argentine. L’équipe nationale remporte la coupe face aux Pays-Bas. Le gouvernement argentin essaie, par cette occasion, de redorer son blason et de donner une image positive du pays à l’extérieur. Pourtant, la violence du régime suscite une réprobation de plus en plus forte à l’étranger.
La récession économique se poursuit. Hyperinflation, spéculation, paupérisation… l’Argentine renoue avec tous ses vieux démons. En 1982, pour crédibiliser leur régime et s’attirer les faveurs de l’opinion publique, dans un souci de « ralliement »patriotique, les militaires tentent une reconquête des îles Malouines(anglaises depuis le XIXe siècle). Le gouvernement britannique de Margaret Thatcher réagit immédiatement et envoie ses troupes. Cette guerre des Malouines se terminera par un véritable fiasco pour l’Argentine. Plusieurs centaines de soldats trouvent la mort.

Le retour de la démocratie

En 1983, la démocratie est de retour. Le président élu, Raul Alfonsín, ne parvient pas à rétablir l’économie, mais il se bat pour reconstruire la paix civile et sociale. Pourtant, la crise économique continue de plus belle. Début 1989, les tensions sociales atteignent leur paroxysme. Le pays connaît une vague de pillage de magasins et de supermarchés (notamment à Rosario) d’une ampleur jusqu’alors inégalée. L’hyperinflation atteint également des proportions vertigineuses, allant jusqu’à 6 000 ou 7 000 % ! Il faut des liasses de billets de banque pour effectuer ses achats.
Le successeur de Raul Alfonsín, Carlos Menem, est élu en 1989, et réélu en 1995. Sous ses deux mandats, certains secteurs de l’économie argentine connaissent une indéniable amélioration. Cependant, dans d’autres domaines, la précarité persiste. Carlos Menem, accusé de corruption, n’est pas épargné par la critique. 
En 1999, le maire de Buenos Aires, Fernando de La Rúa, devient le chef de l’Etat. Malgré une légère reprise économique dans les années 1990, les inégalités sociales et le mécontentement populaire conduisent Fernando de La Rúa à la démission en décembre 2001. Après l’arrivée de Nestor Kirchner au pouvoir en mai 2003, l’Argentine semble avoir retrouvé une certaine stabilité. Depuis décembre 2007, son épouse, l’ex-sénatrice Cristina Kirchner, tient les rênes du pouvoir et se confronte à une importante crise qui touche le secteur agricole.

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