Leur visite, qui peut s’effectuer en une journée suivant une boucle à partir d’Amman, plongera le visiteur dans le passé omeyyade de la Jordanie. Nostalgiques de la vie menée par leurs ancêtres, les califes de Damas ont fait construire ces palais en plein désert avec un raffinement parfois digne des Mille et Une Nuits.

La période omeyyade

La plupart de bâtiments omeyyades ont été construits durant la première moitié du viiie siècle. Et, malgré leur aspect fortifié, ils tenaient plus lieu de pavillon de chasse et de lieu de villégiature. La dynastie des Omeyyades n’a régné que de 661 à 750. Basée à Damas, elle a rayonné bien au-delà des frontières de la Syrie actuelle. Surtout, le règne des Omeyyades correspond à un véritable âge d’or : raffinement de la culture, munificence de l’architecture, circulation et accumulation du savoir par la traduction des ouvrages grecs en arabe.

Azraq
A 110 km à l’est d’Amman. 
Azraq est entourée d’une oasis de plusieurs kilomètres mais qui est en voie de disparition à cause du tarissement des sources souterraines qui l’alimentent. Cette petite ville doit son importance à sa situation stratégique, au croisement des routes menant à l’Irak, l’Arabie Saoudite et la Syrie. Lawrence d’Arabie y avait établi son quartier général pendant la Grande Révolte arabe.

Qasr al-Azraq
Ouvert tlj de 8 h au coucher du soleil. Entrée gratuite (se faire ouvrir par le gardien). 
Contrairement à la plupart des autres châteaux du désert, le Qasr al-Azraq, le « château bleu », remonte aux Nabataéens, qui ont empilé de gros blocs de basalte noir pour disposer d’un point de contrôle sur les caravanes de passage. L’édifice, renforcé par les Romains, fut remanié au xiiie siècle. La tour d’entrée de la forteresse porte d’ailleurs des inscriptions en latin ainsi qu’en arabe, laissées par les bâtisseurs successifs. Les lourds battants de la porte sud sont en basalte et pèsent chacun trois tonnes. On ne manquera pas les plafonds des bâtiments de gauche donnant sur la cour : on y verra un intéressant système de couverture formé de dalles de basalte disposées en encorbellement. Une originalité due à l’absence de bois dans la région.

Qasr al-Kharaneh
A 75 km à l’est d’Amman. Entrée gratuite. 
Ce château omeyyade n’avait rien d’une résidence d’agrément. C’était une citadelle à vocation défensive au confluent de plusieurs pistes caravanières. Deux blocs de remploi d’origine romaine ou byzantine situés à droite de l’entrée indiquent qu’un bâtiment antérieur à la période arabe existait là. L’architecture est plus légère à l’intérieur de la forteresse : les chambres à l’étage sont décorées de médaillons et de moulures en stuc. On ne s’étonnera pas de la hauteur des portes des écuries, elles ont été conçues ainsi pour laisser passer des… chameaux.

Qasr al-Hallabat
A 50 km à l’est d’Amman. Se faire ouvrir par le gardien qui vit sous une tente près de l’entrée. Entrée libre mais le pourboire est recommandé. 
C’est une ancienne forteresse romaine, transformée plus tard en monastère, avant d’être remaniée par les Omeyyades, qui en ont fait une villa, au viiie siècle. Il reste d’ailleurs une petite mosquée à l’extérieur du bâtiment. Les sols étaient entièrement tapissés de mosaïques : on peut encore admirer de magnifiques spécimens d’animaux (lion, autruche, mouflon, taureau, et même serpent à barbe) et de chasseurs.

Château du désert Qasr al-Azraq © Tangka

Château du désert Qasr al-Azraq © Tangka

Qasr Amra
A 90 km à l’est d’Amman. Ouvert tlj de 7 h à 19 h 30 l’été, de 8 h à 16 h 30 en hiver. Entrée libre. 
C’est le plus beau des châteaux du désert. On attribue sa construction, entre 707 et 715, au calife Walid ier, qui édifia autour un ensemble défensif dont il ne reste presque rien. Bien que situé en plein désert, il était jadis entouré de jardins et de plantations arrosés par un système sophistiqué de norias amenant l’eau puisée à une quinzaine de mètres de profondeur. C’était, pour les califes, un lieu de repos et de détente où ils menaient une vie proche de celle des « seigneurs » du Moyen Age, avec parties de chasse, chants courtois, jeux et concours de poésie entre troubadours du désert. Les fresques, raffinées et bien conservées, se trouvent dans la salle d’audience et le hammam. Détail notable : on peut admirer des représentations de la figure humaine, chose extrêmement rare dans l’art islamique. 

Dans la salle du trône, un calife en majesté, éventé par deux personnages, est représenté : il pourrait s’agir de Walid Ier. Sa ressemblance avec le Christ, probablement due à l’influence de l’art byzantin, est frappante. En sortant de la salle du trône, à gauche, une femme allongée sur un divan reçoit plusieurs personnages. Du côté gauche du même mur sont représentés différents souverains vaincus par les califes : l’empereur de Byzance, un roi wisigoth d’Espagne, l’empereur perse et le négus d’Abyssinie.
La grande salle d’audience offre également des scènes de chasse à l’onagre (âne sauvage) et des représentations passionnantes des corps de métiers de l’époque (carriers, maçons, charpentiers, forgerons, etc.). Enfin, une étonnante fresque montre une femme recevant un guerrier, avec son épée à la main, puis le couple tendrement enlacé, et enfin l’attaque d’un cheval blanc par un lion.

Le hammam était composé de trois salles. La clef de voûte de la première porte trois bustes qui symbolisent les trois âges de la vie. Au-dessus de la porte menant à la salle d’audience, une scène érotique dévoile une femme nue, un ange et un buste d’homme. Les détails de décoration laissent apparaître des scènes amusantes, comme un homme poursuivi par un lion. Enfin, la coupole de la troisième salle est décorée des signes du zodiaque et de scènes mythologiques grecques.

Qasr al-Mushatta
A 40 km au sud d’Amman. Se munir de son passeport qui pourra être réclamé en raison de la proximité de l’aéroport, considéré comme un centre d’intérêt stratégique. 
Avec 144 m de côté, c’est le plus grand et le plus prestigieux des châteaux édifiés par les Omeyyades, mais il n’a jamais été achevé. Il faut aller… à Berlin pour admirer les belles sculptures de la façade, offertes au début du siècle à l’Autriche et aujourd’hui exposées au Pergamon Museum. Il reste toutefois des fragments de la décoration de plâtre sculpté représentant sarments de vignes, fleurs, oiseaux, lions… La salle aux trois conques offre un bel exemple de climatisation naturelle, grâce aux trous percés dans les murs.

Qasr al-Tuba
Ce château, l’un des moins connus, est aussi l’un des plus difficiles à atteindre. Il est pourtant très impressionnant bien qu’inachevé, à cause l’assassinat du calife Walid II. L’une de ses portes a été transportée au Musée archéologique d’Amman. Pour y accéder, il faut quitter l’autoroute numéro 40, pour suivre, vers le sud, une petite route sur 35 km. Mieux vaut être accompagné d’un guide du coin. Le désert jordanien recèle plusieurs autres châteaux, en plus ou moins mauvais état : Qasr Aseikhin, Qasr Deir al-Kahf et Qasr Uweinid, trois forts romains en basalte ; Qasr Mushah, Qasr al-Muqawar et Qasr al-Qastal, trois forts ou caravansérails omeyyades. La plupart ne sont accessibles qu’en 4 x 4.

Umm al-Jimal

A 80 km au nord-est d’Amman. Entrée libre près de la caserne, au pied d’une haute tour. Penser à prendre son passeport en vue de possibles contrôles militaires. 
C’est ce que l’on appelle une « ville morte », comme on en trouve beaucoup dans le nord de la Syrie, une ancienne cité byzantine dont l’originalité est d’être située au milieu d’une steppe couverte de lave basaltique. En route, on passera par Mafraq, important carrefour routier avec l’Irak. Il ne reste presque rien du fort nabatéen, puis romain et byzantin, qui défendait la ville. Umm al-Jimal, en arabe, signifie « la mère des chameaux ». C’est que, dès sa fondation, à l’époque nabatéenne, on y pratiquait l’élevage. La ville se trouvait d’ailleurs sur la route des épices, qui passait par Palmyre, Bosra, Petra… Après un intermède romain, le christianisme s’y implanta rapidement, et une quinzaine d’églises y furent construites. C’est un tremblement de terre, au viiie siècle, qui mit fin à la prospérité de la ville, qui compta jusqu’à 8 000 habitants. Son originalité est d’être entièrement construite en basalte, ce qui a permis sa bonne conservation. Il est fortement déconseillé d’escalader les ruines afin de ne pas les abîmer et de ne pas risquer une chute.

Ruines
A l’intérieur du mur d’enceinte, qui était percé de sept portes, la caserne est le bâtiment le mieux conservé : au centre de la cour entourée de logements d’un ou deux étages se trouve une tour de six étages. On remarque également une chapelle, transformée ultérieurement en monastère. Plusieurs maisons donnent une idée de l’austère architecture qui prévalait à Umm al-Jimal. Quatre autres bâtiments importants retiennent l’attention : le temple romain ; le prétoire, vaste bâtiment à deux ailes dont la destination reste inconnue ; la cathédrale, très ruinée, et le palais du gouverneur.

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